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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 13:20

18/25 mai 2012

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Ca fait du bien quand ça s'arrête, la mémoire, celle de l'immédiateté, des enfants à conduire, des conjoints à joindre, des familles à s'imposer; tout cet "épisodique" vacille avec le vieillissement, pour libérer une mémoire du monde entier, et ça fait du bien, joies de vivre vieux1. C'est pourquoi les vieux s'obstinent, retirés d'apparence, méprisés de l'immédiat, jour après jour; toutes les autres vies se vivent enfin, roman intégral, livre parfait, et sans plus aucun mot visible. Nous, ici, enfermés à leur extérieur, pouvons-nous tout au plus comprendre celà quelques fugaces secondes, quelques éclairs de monde pétillant alors à notre pauvre microcosme. Pourtant, à y regarder, à y lire, chaque geste de chaque vieux est un monde, et chacun de ces gestes est une longueur d'avance sur notre interrogation, un peu comme une toxicomanie est longueur d'avance sur le temps à venir. Mais dans la vieillesse il n'est pas de rançon, et la journée entière se suffit; toute cette stagnation d'externe et d'apparence laisse tous les loquets ouverts, de ces tristes portes où se heurte toujours le chimiste de lui-même, rongé de la fièvre de sa quête, dans ses pauvres descentes. La vieillesse atteint sans plus d'états d'âme, l'âme est le frein à la pronoïa, car quelle peut-être la source énergétique de cette liberté-là, énorme, sinon la pronoïa ?  Nous reste à nous tous les restés autres encore, auxiliaires de cette vie, à penser cette liberté-là, ses supports domestique, sensoriel..., des supports qui laisseraient libre ce temps enfin déployé du vieux.


 

Dans l'attente, dans cette oxydation progressive et préparatoire, apprentissage à la vie enfin lente, dans l'attente cette vie est trop lourde à manoeuvrer, la chaîne tire encore à l'avant, au risque du vivre, au risque du trauma, avec entre, l'âme qui bloque. Il est bien dans l'expérience collective des temps gluants et poisseux d'attente, des temps condensés, centrifugés comme si l'existence avait dû trouver un raccourci, d'autres temps allegretto ou magiquement dilatés, où s'ouvrent - brièvement - les écluses du monde intérieur6; mais un journal intime doit s'affranchir de toute chronologie pour devenir cette librairie du réel, ou tout-au-moins doit-il s'adonner au nomadisme primordial de la littérature, inspiration et expiration. Troubadour, il faut se propulser ailleurs, quand on trouve épuisant d'être entourés de gens, qui empêchent à la découverte de l'autre limite2, et l'accès à ce fondamental, dans lequel pourtant, quoi que nous prétendent les experts en bienveillance, notre billet est toujours valable. Partir et découvrir des points de vus inouis. Ne plus céder à cette impression ressentie alors, que de surface tout coule normalement au monde; comme toutes les dimensions de temps, cette écriture sans cesse doit tourner un angle de page.

 

 

Libéré de la culpabilité du franchissement, comme du retrait-bonheur surmoïque, le temps du vieux dégonfle enfin l'ego, s'accomode à la limite des entre-sphères. Le romantique s'astreint à une liberté, cette paranoïa des frontières4 , le vieux, qui s'est employé à modeler la terre vierge, doit partir, potier d'ailleurs, et son mouvement d'immobile compte plus que sa destination; aux parcours multiples s'impose maintenant un rythme. Invisible, et mélodie de notre propre deuil des profondeurs métaphysiques, au sens porté par le chant et non plus la langue, dans une pensée toujours mais sans plus la tyrannie des significations5. Nous mêmes restons à la fois hors le vieux et en le vieux qui malgré nous se déprend de tous les autres, s'exprimant déjà en toutes les langues mêlées au sein d'un unique, sans grammaire, sur un mode bien plus rythmé que les vivants. Ce groupe là est-il capable de faire résonner nos carcasses ?


 

 

Etait-il devenu immortel par le simple fait d'attendre le retour d'une expédition qui, précisément,

devait le rendre ainsi ?


Eric Faye

Devenir immortel et puis mourir

 

 

 

 


 

 

 

 

1. S. O'Nan, Emily, L'Olivier

2. Les "limites du bocal" de Satprem ou de la Mère: "c'étaient toujours les autres, le père, la mère, la religion, ce n'était jamais soi, ce n'était jamais ça; mais passé un certain seuil de rapidité, disent Satprem comme Deleuze et Guattari, on accède à une telle logique, une telle évidence... C'est la transition qui fait que c'est douloureux, la solution est dans le prochain pas qui fait passer de la condition humaine à l'homme en dedans de nous, comme au dedans de la matière physique, en y allant par l'expérience. Quitter son faux état-civil, où tout est vécu à travers quelque-chose, depuis cette grande faille qui s'est formée entre l'animal et l'homme, pour aller dans le vrai physique, immédiat"

3. A. Vaillant, Dictionnaire du romantisme, CNRS Editions.

4. G. Kapplani, Petit journal de bord des frontières, Intervalles

5. V. Delecroix, Chanter. Reprendre la parole, Flammarion

6. E. Faye, Devenir immortel, et puis mourir, José Corti

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 19:59

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Mémoire comme génétique sont dépendants de la plasticité du sujet. La vieillesse est un temps d'expériences inédites, mais son sociétal actuel est tentative euthanasique biopolitique, par l'enfermement des "sans-plus-de-force-de-travail". Quelle est la part de la fibrille, quelle est la part de la relégation sociale dans la "maladie" d'Alzheimer, ce caveau d'un environnement ? Chacun dispose, dans une globalité oxydable, d'une part de lui en dehors du temps physique, et le vieillissement est d'abord changement d'usage dans la gamme des temps, avant d'être perte d'une mémoire. On ne sait pas comment on va vieillir, et cela soulève une angoisse nouvelle, en creux dans celle de la mort: le vieillissement est la forme la plus réelle de la castration. Le vieillard ne revendique plus l'intégralité, il admet l'homme-sans, cette tension inhérente au fait de vivre, mais cherche à justifier sa propre sculpture; à se relier aux objets, même devenus internes, sachant qu'aucun fini ne peut faire terme. Comment s'étayer sur sa propre mort, expansive, ou, dans une posture mélancolique, se condenser sur ce seul interne ? Un colloque s'est érigé résolument pour endiguer la dé-liaison: "à  moi vous êtes utile", dira demain le psychanalyste au vieux, baignant dans un contre-transfert nouveau; un seuil du corps à traverser, une psychanalyse peut-être - une métaphysique certainement - du bonheur, au risque du vieillir. Mais règne et hante encore l'horreur des proches que l'on se cache toujours: vieillir, cette altérité fondamentale encore.


 

réflexions autour du

 Colloque international transdisciplinaire Dynamiques du vieillissement
Université Denis Diderot Paris 7,
15-17 mars 2012

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 12:10

samsara-3366.jpg photo@alcoodoc

 

Freud voulut coloniser l'Inde qu'il refoulait, Bose négocia, Gandhi s'imposa à l'Oedipe, se déclarant déjà femme. Heureusement le bouddhisme avait préparé la Terre-Mère

(keep walking in the inconscient)

 

 

autour de 

Savoirs en dispersion: la domestication indienne de la psychanalyse

M. Renault

 La Revue des Livres (RdL)

n°5 mai-juin 2012

 

et de

Bouddhisme zen et psychanalyse

D.T. Suzuki, E. Fromm et R. de Martino

puf 1971



 

 

 

1. UNE REDUCTION DU PERE  EN TERRE HINDOUE

 

Un retour au sous-continent de l'inconscient ! Peut-être Vienne ne fut-elle finalement qu'un organe de l'inconscient, qui se retentait sans l'avouer à son corps tissulaire, "Christophe Freud redécouvrant le passage vers l'Inde", comme le dit joliment B. Breytenbach... La  position de Freud contre le "sentiment océanique", son retrait envers occultisme, le mysticisme, et même l'hypnose, n'était sans doute que de principe, et moins une position personnelle qu'une stratégie, car le fondateur de la psychanalyse craignait que l'adhésion à ces concepts par trop "orientaux" ou "surnaturels" puisse contrarier l'ambition qui fut toujours la sienne de développer une technique véritablement scientifique. Mais Freud était pourtant bien perméable à ces influences alors prégnantes en Europe, et A. Nandy1 pose bien ce point dans son ouvrage d'une contradiction intime entre un Freud romantique, guérisseur holiste, et un Freud positiviste, soucieux de dépouiller sa science de toute "Weltanschauung", philosophie de la vie, conception du monde. Et parmi les analystes principalement anglo-saxons qui prolongèrent l'oeuvre de Freud, nombreux sont ceux qui ne renièrent plus les apports "orientaux" à leurs théorisations (Winnicott, Bion, et en France Green), mais dans cette époque qui allait voir déferler le mouvement de contre-culture américaine issu de contacts nouveaux avec une Inde "powerflowerisante", et retentissant de slogans tels que "l'ashram plutôt que la psychanalyse", l'aveu de ces apports-là était plus aisé. On pouvait également se démarquer alors plus clairement des vieilles ambivalences d'un Jung à l'égard du "bon sauvage indien"...  Il n'en reste pas moins que le mouvement peu connu de la psychanalyse occidentalisante vers et en Inde, "tentative psychanalytique" entre outil colonial et voie de libération, est tout-à-fait original; le "retour" de la psychanalyse en Inde fut bien l'épopée - toujours en devenir - de sa ré-immersion dans ce tissu de monde, peut-être plus d'ailleurs qu'une forme de critique sociale, exceptée celle du système colonialiste alors en vigueur.

 

 

La première société psychanalytique "hors du monde occidental" est bien créée en 1922 à Calcutta, et présidée par Girindrashekhar Bose, jusqu'à sa mort en 1953. Comme le souligne S. Kakar, un des psychanalystes indiens les plus renommés (mais aussi sans doute un des plus "occidentalisés"), les cultures non-occidentales représentaient alors, pour les pionniers de la psychanalyse, des continents noirs à annexer comme celui de l'inconscient ou celui de la sexualité féminine. Les colonisés, eux, tentaient de s'émanciper d'un père blanc imposé, et saisirent l'outil qui leur tombait entre les mains; la psychanalyse formait avec le marxisme une des plus puissantes critiques de l'"occidentalité", mais n'en demeurait cependant pas moins ambivalente, en se nourrissant de la sphère bourgeoise européenne... Bose sut exploiter ces contradictions internes à la psychanalyse, la réinscrivit dans une philosophie de la vie, dévoilant en quelque sorte le moi secret de Freud, selon A. Nandy. Bose continua à faire usage de l'hypnose, et l'introspection, ancrée dans la culture indienne, fut la clé de sa technique thérapeutique. Il remit l'Oedipe en question, mettant au premier plan le désir originaire d'être femme en strate profonde de la psyché, qui conduit l'enfant à souhaiter la castration de son père, remplaçant l'angoisse par le désir de castration. Il oppose ainsi, reprenant le concept de Mother India (ou de la femme en continuité du divin), des limites culturelles au désir universaliste de la science de Freud. Plus largement encore, et plus loin que l'opposition Inde/Occident, ne s'agit-il pas d'un renversement de paradigme, avec une détermination culturelle du modèle pulsionnel, plutôt qu'un étayage d'une culture autour de pulsions innées comme le suggère Freud ? Ou aux profondeurs du psychisme est-il bien ce désir de lien maternel, comme le suggère Sloterdijk développant son concept des sphères primordiales, en particulier autour du plus refoulé peut-être de notre être, le placenta? Les cultures de Terre-Mère ne seraient dès lors plus rejetées, comme le pensait Freud, en dehors du savoir psychanalytique, ni considérées commes ces cultures en situation régressive par rapport aux civilisations patriarcales; et l'exploration des "pensées archaïques" n'est plus de nos jours un interdit pour certains analystes kleiniens ou winnicottiens, bien en amont de l'Oedipe...


 

Cette affirmation d'un monde féminin mis à mal par un père dominateur étranger, cohérente d'ailleurs avec l'idée d'une androgynie comme figure de complétude dans l'hindouisme, aurait pu diffuser à toute l'Inde cherchant à se libérer du joug anglais; Gandhi d'ailleurs put déclarer publiquement qu'il était "psychiquement devenu une femme"2, refusant de lutter contre le colonisateur sur son terrain de l'hyper-masculinité, mais plutôt  convertissant la pulsion libidinale, où sont intriquées sexualité et violence,  pour effectuer une traversée de la violence, comme on traverse la douleur, le deuil ou le traumatisme...  On pourrait imaginer là une interrogation en prolongement sur un des postulats-clés de Freud, la pulsion de mort, dont l'existence est discutée aujourd'hui: l'étude de sa réception dans le sous-continent qui est aussi celui de Shiva, créateur et destructeur composite, permettrait peut-être d'avancer sur le débat entre le caractère intrinsèque à la psyché ou le déterminisme culturel de cette "pulsion", et de discuter plus avant la question soulevée autour de Bose, celle de l'universalisme supposé de la théorie freudienne versus l'impact des limites culturelles sur la psyché même. Mais le mouvement bengali, auquel participe Bose, cédera le pas au gandhisme et à son ascétisme, puis, à partir de la fin des années 50, les psychanalystes indiens se conformeront aux courants dominants de la maison anglo-saxonne; et il faudra attendre les post-colonial studies des années 80 pour qu'émerge à nouveau un questionnement réellement autochtone dans un débat majeur dont l'occident ne soupçonne pas encore l'importance... (sur la notion de Soi par exemple, confrontée à la notion sanscrite de Jivatman).

 

 

 

 

2. UNE MÊME TENTATIVE DE LIBERATION DE L'INCARNATION

(bouddhisme et psychanalyse en traversée de la séparation primordiale)

 

L'"Occident" oppose, l'"Orient" lui accepte, nous dit D.T. Suzuki, cette subjectivité absolue qui ne fait pas le sujet simple spectateur de l'objet, à qui ne suffit pas non plus le regard inversé des mystiques face à l'objet, mais qui abolit la distance sujet-objet. Freud analysa en biochimiste la psyché, les enzymes-pulsions devinrent les ponts retrouvés entre le sujet et l'objet qui n'en restaient pas moins discrets, gouvernails de nos limites jamais défaites. Mais la réalité ne peut s'atteindre par la dissection; sujet et objet fusionnent par le yoga de chaque acte. Par-delà cette opposition, on peut cependant considérer la psychanalyse, comme la tentative Zen  d'atteinte au silence, à la désincarnation, au contrepoint de la chair3, en tentative de libération du Moi des dualismes, de la matrice-génération, des limites corporelles de l'incarnation où nous a plongé la religion judéo-chrétienne. Psychanalyse comme Zen prétendent conduire à la transformation par la simple connaissance, et l'association libre, voie d'accès à l'inconscient, s'oppose au dualisme et aux interdits de la logique, à son carcan, à ses lacunes qui créent la distance sujet-objet. Dans la théorie de Freud, ces éléments de proximité avec la pensée orientale étaient cependants plus implicites qu'explicites, plus... inconscients que conscients !


 

La naissance physiologique est le contraire d'un acte, ce phénomène qui lie; la naissance est la mise sous contrainte d'un fragment-monde à une culture-généalogie de l'agir et de l'oubli, dont l'écrit et l'institution seront bientôt les paradigmes5; la séparation nous jette dans l'intellectuation, rançon de notre réflexivité. La souffrance commune de l'homme de culture occidentale est celle de l'aliénation de lui-même, de son prochain, de la nature; c'est l'absence de joie au sein de l'opulence, absence de plaisir, que Freud cherchait à redéployer dans l'apaisement de la tension: accepter le bien-être, et non se guérir d'une quelconque maladie. La libido et l'Oedipe, cependant, n'étaient encore que "tangents" à l'immersion dans le bien-être d'un homme total, en accord retrouvé avec la nature, surmontant l'expérience princeps de la séparation d'avec la Terre-Mère... Car de placentaire et amniotique, par rupture du cordon et respiration, dans l'incomplétude de la mère totalitaire qui s'instaure, l'homme atteint à un souffle qui n'est bientôt plus "l'arc-en-ciel spiralé" qui unit à l'univers; il faudra alors à l'homme-des-limites que nous sommes devenus, à l'animal-à-la-peau-médiate, ré-apprendre la résonance du bain primordial4. Après celle déliaison primordiale, n'importe quelle autre rupture des liens devient possible, moyennant certes un gain d'activité originale à chaque étape... Deux voies peuvent alors être explorées ou empruntées par le moi souffrant, celle de la régression au pré-né, condensation placentaire, ou celle du devenir totalement-né mystique, expansif; entre circule le sujet. La vie en devient l'expérience à venir qui nous permettra de renaître, mais la plupart d'entre-nous mourrons avant que de n'être nés; certains, dans leur désir étonnamment précoce de retour au sein-mère, développeront leur folie propre; d'autres régresseront plus tardivement, d'autres aussi iront au suicide; la plupart resteront esclaves dans leur position déliée, névrotiques, border-line à l'attachement maternel excessif, ou pervers à l'image paternelle démesurée. 


 

Tout homme est religieux en tentant de répondre à la question de l'être-nature qui se transcende par sa vie consciente elle-même, par sa réflexivité, par sa conscience-ego. Depuis le narcissisme primordial, constitutif du délié de la naissance, chacun viendra à se poser la question "qu'est-ce que la vie ?", et s'abandonner parfois à la sécurité de sa religion secrète ou de sa folie privée, y donnera sa réponse créatrice personnelle, son symptôme-apport en vue du rejointoyage à venir au réel-nature, ce retour au bien-être par dépassement du narcissisme, cette re-liaison qui permettra cependant de continuer à s'éprouver soi-même. Le bien-être est ainsi cette aire de créativité, de transformation de tout ce qui est devenu étranger au monde6. Le XXè siècle fut l'irreligiosité même, possession, prestige, production, l'individu n'y exista plus mais fut réduit à la vie et à la mort des milliers d'objets produits et reproduits7 sans créativité aucune; "l'homme du XXè siècle pensa à Dieu au lieu d'expérimenter qu'il était Dieu". E. Fromm décrit, dans l'histoire des religions, des expériences de retour à un stade pré-humain dans des confréries fusionnelles au cannibalisme symbolique, aux meurtres rituels et à l'anhilation de la pensée des disciples, et leurs résurgences brunes et nazies8; les cultes orgiaques et psychodysleptiques pourraient relever également d'une tentative de régression. Taoïsme et bouddhisme, mais aussi Judaïsme, tenteraient eux une voie vers une unité nouvelle après une "traversée de la séparation", aspirant à un futur nouveau, Tao, Nirvana, illumination, etc... Bouddhisme et Judaïsme abandonnent la volonté d'un Moi, qui doit s'ouvrir, la bulle clivée s'ouvre et s'enfle au monde, le "vide" oriental est ce réceptacle; il y aurait là - dans cette perspective du bouddhisme en tout cas- abandon de volonté narcissique, mais sans danger de régression, et sans idolâtrerie d'un père secourable.

 


 

"Quel était votre visage avant la naissance ?" demande le maître lors du koan.

Nous possédons en nous une matière embrasée qui ne demande qu'à être percutée pour se mettre en direction; une fois mis en doute, l'ego, qui était dans une impasse existencielle entre les seules postures de vanité et de désarroi, reçoit ce choc et s'ouvre, meurt dans le soudain et grand réveil, ses anciennes membranes retournées et en cendres deviennent source du Tout.

Le Moi comprend alors qui il est, et sait où il sera.

 

 

 

 

 

 3. LA PSYCHANALYSE AU RISQUE DU SANSCRIT

 

 

L'abord de la notion de Soi dans la tradition indienne est riche d'enseignement quand on la confronte aux données de la psychanalyse. Les disciples anglo-saxons (Winnicott, Bion), et A. Green par exemple en France, développeront des concepts (espace intermédiaire, diachronie) qui reformuleront sous le "facet-design" oriental, et non plus avec la linéarité des stades de développement freudiens, certains concepts de la psychanalyse. L'approche comparative par le sanscrit de la philosophie indienne, telle que développée par exemple par F. Zimmermann à l'EHESS, permet d'intégrer les concepts de connexion (plutôt que de causalité), de lien instantané sujet-objet via les organes des sens (plutôt que de représentation de l'objet), de conjonction signifiant-signifié-chose. On peu ainsi peu-à-peu proposer une intégration de certains concepts psychanalytiques et indianistes de la personnalité, malgré l'illusion occidentale de la notion de moi, qui relève de la maya, ce "réseau de limites" selon O. Lacombe, et dans une conception du temps en succession d'instantanéités sans lien de causalité9.L'immunologie du Soi, par certains aspects, rejoint cette recherche. Enfin, dans certaines situations extrêmes difficilement théorisables et mal abordables par la psychanalyse (psychose, traumatisme, camps, amour, handicap, douleur, mort), l'approche des "philosophes de l'immanence" de la "lignée bergsonienne" (Deleuze, Canguilhem, etc...) "et donc" influencés par la philosophie orientale, semble  pouvoir proposer des approches pertinentes et originales de la compréhension de ces phénomènes.


 

 

 

1. A. Nandy, The Savage freud and Other Essays on Possible and retrievable Selves, Nex Delhi, Oxford University Press India, 1999

2. L. Boni (dir.), L'Inde de la psychanalyse. Le sous-continent de l'inconscient, Paris, Campagne première, 2011

3. G. Deleuze: la toile d'araignée contient un portrait très subtil de la mouche, qui lui sert de contrepoint; ainsi le "a-" sanscrit n'est-il pas anti-, contraire, mais complément, contrepoint, jugement indéfini qui contient tous les autres possibles, n'implique pas seulement qu'un objet n'est pas contenu mais qu'il se retrouve en dehors de la sphère du prédicat (Kant); limite d'un concept, action positive, mais ce fini n'est pas donné. Puissance positive du a- sanscrit (ainsi AHIMSA, "non-violence", est-il bien plus que l'absence de violence). 

4. Une psychanalyse de poisson serait sans doute plus totale que celle vouée à l'échec d etout amphibien.

5. M. de Certeau, L'écriture de l'histoire, Gallimard

6. De "cotardisation" du soi...

7. W. Benjamin

8. M. Eliade, Naissances mystiques 

9. L'immunologie du Soi, par certains aspects, rejoint cette recherche.

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 14:51

 

 

Les sark'homes sont des tumeurs développées aux dépens des tissus sociaux dits de soutien, c'est-à-dire de la charpente de l'organisme, les services publics;

 on disait du Kapo Zi, qui a donné son nom à la maladie, qu´il avait piqué la fille de son maître, sa maison, sa chaire et sa clientèle

(sources: IGR/wikipédia/septième vague/philobof tapopulïstes tome II)

 

 

Dans sa déconstruction de la République,  N. Sarkozy n'a fabriqué qu'une chose, des murs.  Centres de rétention administrative, gardes à vue, racisme d'état, frontières, et autres suicides en prison.


Le mythe de l'ennemi substantiel accrédite la licence de tuer gratuitement
Y. C. Zarka, Le mal et la pensée

 

Bracelets-GPS, caméras de surveillance, screening des enfanys en âge scolaire, ré-enfermement psychiatrique. Invention d'une identité nationale fermée. Nouveaux camps autour des nouveaux marginaux, contagieux, intellectuels précaires, et autres décroissants volontaires qui encombrent les marges, seules dynamique pourtant d'une europe économiquement déconfite. Pourtant Nicolf Karcher ne se déplaçait jamais sans une usine d'armement clefs en main, toujours prêt à soutenir une bonne busherie de guerre ! Cela fait encore débat, et se heurte à l'incrédulité de nombreux universitaires: mais au début du vingt-et-unième siècle, des chefs d'état pouvaient impunément vendre des armes de guerre, et même retirer  de ces contrats une certaine légitimité auprès de leurs sujets !!!

 Wall Street (photo alcoodoc)

 

 La base très discrète du président, Le Monde, 6 mars 2009: une promesse qui avait été faite à G.W. Bush, dans le cadre de la main mise programmée par les étatsuniens sur le gaz iranien, énergie fossile qui permettra à la paléocivilisation capitalo-libéralo-polluante de se maintenir encore quelques décennies en toute inégalité de principe. Des Présidents de la République n'eurent de cesse que de créer musée ou bibliothèque;notre Bon Nicolf ne se complaisait que dans les instruments de crise, ceux du sang chaud coulant sur le sable clair.



La Rupture: couler la fonction publique, faire place nette au privé


La ligne de conduite gaullienne qui a prévalu depuis la libération jusqu'à J. Chirac inclus (cf. Raymond Huard, De Gaulle et les élites, La découverte), qui était de s'appuyer sur la haute fonction publique pour la mise en oeuvre de la politique, a été abandonnée lors de l'épisode Sarkozy, ce dernier préférant s'appuyer sur des hommes issus du secteur privé: une Rupture... "hautement significative et qui traduit une autre conception de l'Etat". De l'Etat ? (sic)... Oui, que faire aujourd'hui de quelque chose qui n'est plus rentable, ou qui ne l'a jamais été, comme par exemple un service public ?



Toute déviance à la norme Biopolitique tu criminaliseras


Surveiller et punir: l'instrument panoptique (qui permet de voir partout sans être vu: mirador d'antan, carte Navigo aujourd'hui) et sa conséquence logique, la garde à vue (1% de la population française en 2008; les gardes à vue ont bondi de 23 % entre 2004 et 2009... Le Biopolitique, système en vigueur dans le monde libéro-capitaliste, et théorisé par Michel Foucault, se préoccupe de garder tous ses sujets (qui sont à la fois machines de production hygiéniquement fiables et consommateurs surprotégés dans leur réserves à hypermarchés) au sein de la norme imposée. Chaque déviance (marginalité, contestation sociale, maladie, décroissance volontaire, etc...) y est donc réprimée: les malades mentaux sont enfermés en prison, les migrants trop peu formatés au système sont exclus, les élèves indisciplinés fichés car on ne sait jamais... et le social gêne le biopolitique... Gêneurs de tous les pays, résistons !! 

 ... Cet état français devenu  limite (au sens psychiatrique du terme), aller vers des cieux plus aimants et plus pensants, la non-pensée des masses totalitaires ayant gagné les "veaux" gaulliens:

 

"Déchéance de nationalité en cas "d'atteinte à la vie d'un policier" ou de polygamie,
démantèlement des camps illégaux de Roms, installation massive de caméras de surveillance ou encore port du bracelet pour délinquants multirécidivistes… l'ensemble des mesures avancées par N. Sarkozy bénéficia alors du soutien d'une solide majorité de Français...
 

 

Bye bye ! Honteux, je courus demander la déchéance de ma nationalité. On me trouva bien un arrière-grand-père belge et un vol de cacahuètes à l'école maternelle. Garde à vue, rétention, charter, Ouf !


PaléoEkonomie et ArchéoPopulisme

"Les Français aiment la voiture" et Nicolf Karcher soutient l'industrie automobile, cet avenir écologique, ce modèle de société d'avenir, etc..., tout en laisant vieillir le système ferroviaire et en évitant toute mesure qui rendrait le fret routier moins attractif que le ferroviaire, celà va de soit. Vous avez dit Grenelle ??? Comme le résume si bien ATTAC (bulletin d'informations du 2/2/09), "
piétinant ses propres modestes engagements en faveur de l'écologie, le gouvernement Sarkozy appelle une croissance – qui de toute façon ne reviendra pas de sitôt – sans s'interroger sur le bien-fondé des aides à des secteurs en difficulté au moment où il faudrait commencer à penser à leur reconversion".




  "La réalité n'a aucune importance"

Laurent Solly, chef de cabinet de Nicolf Karcher durant sa campagne pour l'élection au CA du $ark€land: "La réalité n'a aucune importance. Il n'y a que la perception qui compte".

Perception et gesticulation d'autant plus aisées à imposer aux sujets dociles que les médias sont aux ordres du complexe économico-politique, parfois malgré eux, souvent à leur insu. Mais la révolte gronde... (Le Monde, Un affaiblissement préoccupant de la parole politique, 13 février 2009).
 


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... il l'est d'abord par le fait de mauvaises décisions et de politiques mal conduites ; il l'est plus encore par les fautes morales qui ont été commises à l'encontre du pacte républicain. Du côté des mauvaises décisions, il y a d'abord ce parti pris constant en faveur de la centralisation. Le résultat se caractérise par une concentration sans précédent du pouvoir de décision au palais de l'Elysée, par une dévitalisation des hiérarchies intermédiaires et par une défiance assumée envers les collectivités locales. La centralisation, c'est aussi la myopie envers les périphéries : les banlieues, les territoires ruraux et ceux d'outre-mer, les populations marginalisées ou celles qui n'ont pas accès aux décideurs publics car elles ne disposent pas de représentations institutionnelles, cette "France d'à-côté" qui est aussi la France et que la puissance publique ignore ou délaisse.



Il y a ensuite la révision générale des politiques publiques (RGPP) (...) Recevable dans ses principes généraux, la RGPP aura surtout profité à des consultants privés, mais elle aura manqué l'essentiel de ses objectifs. Elle n'a pas, ou si peu, engendré d'économies ; elle s'est pour l'essentiel traduite par des fermetures de sites et une tension accrue sur l'accueil du public.


 

(...) Mais il y a aussi les fautes morales. Jamais, depuis la Libération, un parti, sinon même un clan, n'avait opéré une telle mainmise sur l'appareil d'Etat. En fait d'Etat irréprochable, nous avons assisté à l'interventionnisme dans la vie des médias et des grandes entreprises et à l'immixtion constante dans le cours de la justice (...) Nous avons entendu les paroles de mépris envers les magistrats, les enseignants, les chercheurs (...)

 

(1854-1934, syndicaliste socialiste du Tarn, figure du secteur minier)

 


6 MAI 2012, SIMPLE COUP DE CHASSE-NEIGE ?

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"Je prône un libéralisme social. Je vais faire la différence en montrant vraiment que le libéralisme n'est pas antinomique de l'action sociale et de la solidarité et que c'est de cette combinaison dont le pays a besoin. Je vais renforcer la création de richesse, promouvoir la productivité, la créativité, tout en travaillant à gommer les inégalités majeures. Dans un pays comme le nôtre, où la majorité de la population est sans travail et sans couverture médicale, il faut que l’Etat apporte des solutions".


 

- un candidat "socialiste" à la présidence de la république française, 2027, dans l'hypothèse où la révolution anti-libérale n'est pas survenue encore;

 

- Macky Sall, candidat social-libéral à la présidence de la république du Sénégal, 2012


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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 11:58

23 janvier 2009, Le Monde

Les vieux indiens livrés à eux-mêmes de Julien Bouissou


 

"Les jeunes générations sont devenues égoïstes", nous dit le vieil homme abandonné par son fils, dans un mouroir de New-Delhi. Son "Soleil Vert" ? Il écrit des poèmes. On aimerait les lire, Monsieur, vos poèmes. Vraiment. Responsable de l'ONG HelpAge India qui tente de défendre les droits de dizaines de millions d'aînés, autrefois - et tout va très, très vite ... -  membres respectés de la cellule familiale, Avinash Datta déplore: "Les hommes politiques sont âgés, mais ils préfèrent écouter les jeunes qui représentent un poids électoral considérable". Autre témoignage, minimaliste dans sa forme, mais tellement représentatif de cette mentalité "occidentale", capitaliste et libérale, qui rogne tout sans vergogne: "Désormais, les retraités ont besoin d'argent pour être respectés dans notre société"...

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En vieille Europe, l'électorat étant lui-même vieux, nous sommes bien sûr protégés de cette dérive démocratique (à la Alain Badiou)...
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 11:39

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"La démocratie des cerveaux disponibles": Caroline Fourest, rédactrice en chef de la revue ProChoix (lien), pose la question de savoir comment le citoyen-lecteur peut exister intellectuellement, entre le message trop souvent unique de la presse et toujours simpliste de la télévision, sous influence financière et ou politique, et le non-message d'une dérive au gré du web, non-lecture, recherche narcissique de ce que l'on est déjà, et dangereusement sensible à l'information "sur le mode de la rumeur et du complot".

 

Où est "l'espace critique commun", se demande-t-elle ? Comment assurer une  interaction constructive entre la complexité de l'information plus ou moins libre et l'apport du lecteur ? La question est fort bien posée, mais la réponse n'y est pas. "Septième vague" suggère que les blogues d'information, pour peu qu'un débat s'y instaure, soient une réponse, voire une révolution, comme l'apport des "cultural studies" le fut en son temps à la très classique histoire officielle (lien).

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 22:22

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9 décembre 2011 / 5 mai 2012

 

Les passeurs du concept ne sont pas en creux de ceux de la personnalité ou de la conscience: ils persistent, tiennent, résistent, tandis que l'être fuit et meurt de ses errances entre la présence et la perte. Qui connait les conditions les change1; mais des hordes de parasites, d'ignobles intrus2 détraquent l'être, voulant le guérir. L'écriture est un brouillon général, un entrelac non linéaire, toujours menacé par le corps, toujours inspiré par la mort; le corps ne pense que des autres qui s'évident en lui, les êtres n'ont pas de corps à eux, une contingence - une féérie - ne peut être immanence. L'être pourtant tient de ce rescapé perpétuel et s'étonne toujours de la perte dont son rêve cause, l'être ne veut occuper aucune parcelle de terre, l'être est erratique, l'être est en fuite de tous ses supports précaires, et l'être est sous emprise, mourrant parfois de par ce qu'il aime. L'être est aussi énigmatique que l'esperluette entre "Je" & "Moi"3, l'être est l'aura benjaminienne du brouillon général de la communauté.

 

 

Inquiétante étrangeté du droit romain, cette langue matricielle de l'occident, qui réinvente le réel, institue la nature, la cité et les dieux4. Construire l'état: faire exister une communauté alors que tous ses membres ont disparu, un collectif nouveau en devenir-cadavre, une réduction de sépulture en cuisson du monde5, un élargissement du biopolitique à la thanatosphère.  Mais peut-être sommes nous bien aujourd'hui au pic de l'état comme à celui du pétrole, car l'état s'archipellise des voyages sans retour de millions de corps sans sépulture, tranchées atlantiques, traite du sud, auto-génocide européen du XXè siècle. Le métissage fut d'abord le fruit d'un viol avant que de devenir règle riche et monde d'attente, le métissage fut recyclage avant que de devenir réceptacle.


 

 

Terreur primitive de ceux qui chassent pour ne pas être mangés: le cri du fauve qui nous emprisonne n'est qu'aura, transe, invasion sidérante et souhaitée, entrelacement pulsionnel. La littérature pouvait encore hier nous servir à panser cette terreur, mais maintenant il nous faut passer. La littérature est notre gravité, notre fardeau, et ce porte-parole fait de la mort un spectacle6 qui n'a plus lieu d'être. Ravages de la civilisation, mais pluralité et dynamique de l'être, cette confédération d'âmes7. Tension terrible des grands criminels contemporains comme des saints des premiers temps, mais déstabilisation d'être des temps diachrones à venir, en espoir d'une navigation future et migratoire plus qu'erratique en l'archipel des Mois. Accepter sa défaite serait perdre la raison, et c'est une histoire vieille et hors-normes comme la pluie8.

 

 

 

 

 

1. G. Canguilhem 

2. A. Artaud 

3. P. Assouline

4. Y. Thomas, Les opérations du droit, EHESS

5. A. Esquerre, Les os, les cendres et l'état, Fayard

6. F. Noiville, Mario Vargas Lllosa guérisseur public, Le Monde, 9 décembre 2011

7. A. Tabucchi, Pereira prétend

8. S. Sangsuk, Venin, Seuil, 2001

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 12:39

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Multinationales et nations sucent le monde. En Inde, les semences de coton OGM Bayer introduites il y a dix ans sont devenues vulnérables à de nouveaux parasites (bactéries, vers suceurs) auxquels les variétés non génétiquement modifiées étaient résistante; de plus elles nécessitent plus d'eau et de nutriments et épuisent les sols, nécessitant le recours à des engrais chimiques pour préserver les rendements: au total les rendements stagnent, les coûts augmentent, et les paysans déjà endettés auprès de la firme ou d'usuriers intermédiaires pour l'achat des semences OGM ne peuvent plus rembourser leur dette. Des milliers d'entre eux, dans le Maharashtra (centre de l'Inde), se sont suicidés par ingestion... de pesticides... Et la perte humaine dépasse encore ce désespoir-là: les savoir-faire ancestraux des agriculteurs disparaissent aussi devant la "nécessité" nouvelle d'une gestion hautement technologique (chaque variété de semence OGM nécessite un type de sol et des engrais spécifiques). Les semences locales, en dix ans, ont quasiment disparu. Coton OGM: les rendements baissent, les coûts augmentent.


 

Main-mise des multinationales sur les semences, et séduction des états: alors que la planète produit largement de quoi nourrir toute sa population, la hausse des prix alimentaires (poussée en 2007-2008, pic en 2011-2012), liée à cette main-mise sur les semences, à leur cortège technologique imposé, à la concurrence du biocarburant sur la production alimentaire,  aggrave la malnutrition dans les pays pauvres, et son cortège de mortalité maternelle et infantile.


 

 

Agriculture: laisser la maîtrise technique au collectif local, donner à une gouvernance mondiale autorité sur une régulation du prix des matières agricoles, libérée du profit. Fermer la bourse de Londres qui décide toujours du prix d'achat du café au producteur ivoirien... Objectif intermédiaire: protéger nutritivement les mille premiers jours de la vie, de la conception à deux ans.

 

 

 

 

Trading haute fréquence: de super-calculateurs permettent à de super-traders d'engranger un nouvel or virtuel, celui gagné sur les fluctuations de l'ordre du millième de milliseconde des cours en bourse.  D'infimes différences de cours - déjà virtuelles - gonflent une nouvelle sphère hypervirtuelle; ce trading haute fréquence, proclament ses nouveaux maîtres, contribue à la liquidité des marchés. Mais on manque toujours d'eau pour maintenir un tant soit peu le rendement de nos semences OGM, là-haut.

 


 

Espoir: l'anomalie du glacier qui ne fond pas1. Aux confins de l'Inde, du Pakistan, du Népal et de la Chine, non-loin de Shangri-La, l'"anomalie" relevée par les scientifiques d'un glacier qui se refuse à fondre, un micro-climat de la conscience sans doute, là-bas quelques babas qui préservent le germe originel de l'amitié entre les vivants, loin toute manipulation, loin tout profit, une survie et une attente prêtes à ré-ensemencer la planète. Aux confins, on échappe à l'oppression et à la rivalité des nations. Au nord aussi, des résistants: des agriculteurs entament près de Nantes leur troisième semaine de grève de la faim pour lutter contre les spoliations de leurs terres du fait de la création d'un nouvel aéroport international. Alimenter le monde, ou se soumettre au seul flux du  profit ?



 

Mais de l'Inde encore: les multinationales s'enrichissent en polluant. La Commission européenne distribue des crédits carbones, Arcelor-Mittal met à l'arrêt ses fourneaux européens, ce qui lui permet de revendre ses droits à polluer non utilisés (pour lesquels un marché virtuel spécifique s'est créé!)2, dans une opération financièrement rentable...


 


Voici donc l'intriguant et terrifiant monde du 27 avril 2012,

ses exploits technologiques et ses morts de faim ou de désespoir,

ses résistants et l'espoir des marges encore, et ses nouveaux aventuriers du business-fiction, quelques milliardaires texans qui rêvent maintenant d'un or spatial à conquérir... Car pour arroser le coton OGM, il y aurait d'énormes réserves de terres rares et d'eau dans les astéroïdes...

 

 

 

 

 

Le Monde, 27 avril 2012:


Les promesses non tenues du coton OGM en Inde

La hausse des prix alimentaires aggrave la malnutrition dans les pays pauvres

L'anomalie du Karakorum, glacier de l'Himalaya qui ne fond pas

Les bourses mondiales lancées dans une course à la microseconde

Quand Arcelor-Mittal gagne de l'argent en mettant en sommeil ses aciéries

Ruée vers l'"or spatial"

 

 

 

 

1. Il est en Inde des glaciers qui résistent comme des chakras qui fuient: le sous-marin russe "Nerpa", victime d'une fuite de fréon (14 novembre 2008, Le Monde), était en fait déjà vendu à la marine indienne, rebaptisé "Chakra"...

 

2. Neuf décembre 2008, Wall Street, Crise: le cours du CO2 s'effondre à la bourse de New-York: le prix des permis à polluer chute en conséquence. Surchauffe à prévoir sur la chlorophylle.

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 16:46

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autour du 

Colloque international transdisciplinaire

Dynamiques du vieillissement
Université Denis Diderot Paris 7
15-17 mars 2012

 

 

Un colloque considérable. Nous sommes pour l'heure dans un club institué en laboratoire: une institution qui se tente à d'autres, et tout autant de lieux; une institution qui s'éprendrait de la dynamique qu'on lui refuse ? Les psychanalystes sont incapables d'une table ronde; mais des voix, d'abord: ce coeur "nouveau" de la société, vieillissant, est-il condensation normale ? Ou le vieillard tachypsychique se leurre-t-il à lui-même, ayant la faiblesse de croire ? L'oisiveté des corps-vieux fut autrefois objectif de société, elle signe aujourd'hui leur enfermement, et la psychanalyse voudrait faire tomber ces murs là, comme elle a refusé de faire choir ceux de la psychose. Quid du coeur dans cette contingence du corps ? Y-a-t-il, hors des débats scientistes entrant en résistance contre l'entropie du corps-organe, une limite à l'emmagasinement des capacités psychiques ? Nomades de l'environnement, notre circulation emmagasine le réel, et nous en isole progressivement; l'énorme de notre niche écologique est contrepoint de notre mortalité. Mais, dans l'attente, la prison de retraite du vieil occident, catastrophe, n'est pas loin: ce colloque s'est érigé résolument pour endiguer cette dé-liaison.

 

 

(développement en ligne ici)

 

 

 

 

Petite annonce, le Quotidien du médecin, mars 2009:

Clinique recherche UN MÉDECIN GÉNÉRALISTE (H/F)
Poste et mission : en intégrant une équipe pluridisciplinaire, vous aurez
pour mission de gérer une unité de 40 lits de soins de suite indifférenciés à
orientation polypathologies des personnes âgées

 

 

 

****

 

Le Monde.fr, 18 mai 2005   LE CORKIGENE

Certains eurent le bon sens de la combustion spontanée, d'autres se firent dévorer par leurs chats. Mais Daphné coula, provoquant un dégat des os chez sa voisine du dessous. Et ce n'est pas un mauvais polar, mais un drame de la solitude, oh, non, pardon, de la canicule. Daphné "a commis une faute en souillant l'appartement de ses voisins" (article 1382 du code civil : "Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer") (Donc le corps qui coule est un fait de l'homme).  Si la fille de Daphné avait "pris journellement des nouvelles de la santé de sa mère, elle aurait rapidement constaté que celle-ci était décédée et les produits de décomposition n'auraient pas détérioré l' appartement". Le cadavre de Daphné "est une chose" dont sa fille avait la garde, sa responsabilité doit être engagée sur le fondement de l'article 1384 du code civil ("on est responsable non seulement du dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l'on a sous sa garde")...

 

****

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 19:47

Nous préférons la coopération à la concurrence, la fraternité à l'évaluation, la solidarité au résultat et, en plus, nous pensons que nos valeurs sont plus productives (que celles du patronat) parce que la réussite ne peut être que sociale et collective car il y a de la honte à être heureux parmi tant de misères.

 

Robert Guédiguian

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