Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 09:27

samsara-2707.jpg

yoga  (@alcoodoc)

 

 

résumé des épisodes précédents

 

La Maya ou illusion est réseau de limites, limites des règnes, des espèces, des individus, du moi. La limite n'est ni être ni non-être.

 

 

La limite n'est pas de l'être, elle marque un simple arrêt dans la dispersion pure du non-être.

 

 

 

La faille n'est pas de la limite mais d'un intermédiaire en partie commun aux êtres, et contrepoint de l'être. Elle prévient la fermeture psychotique de l'être.

 

La douleur est de la limite.

 

 

Qu'est-ce-qui est dans l'être de la douleur ?

 


 

Fissure c'est le vrai nom de toute différence, de toute diversité: bheda 


 

Par la fissure, de la douleur pollue la plénitude de l'être. Plénitude primordiale: Cankara introduit la très subtile et imperceptible fissure qui reléverait du non-être dans la nécessité interne de l'être plénier. Mais la contradiction de ce non-être potentiel en l'être n'est pas que conflit logique, l'incomplétude essentielle est portée par ce réseau de fissures, cette succession de chocs concrets, douloureux. Une pollution de la plénitude, et l'illusion de ce pseudo-réel tout rongé de non -être, et notre travail nécessaire est celui du détourage de l'être, a qui la maya attribue des noms et des formes en autant de modifications transitoires. Bheda est ce recul apparent de l'être, surcompensé par des déploiements admirables de plénitude variée. L'être est porté, étayé par un réseau de fissures lui-même contrepoint ou "polaire" topologiquement du réseau de limites de la Maya. La "surcompensation" de l'être peut répondre du religieux, de la norme sociale, en autant de pansements aux entailles de l'incomplétude; elle relève aussi des interdits logiques qui nous masquent à l'inconscient, et qui parfois se condensent en intuitions ou en rêves, à mi-chemin de la conscience et de la connaissance de notre être, qui nous est masqué par l'illusion objective du principe de causalité forme/substrat; or la contenance n'est pas un contenu brut, qui dépendrait d'une limite, mais une capacité de manifestation, qui se révèle en ces instants exquis où parfois pèse toute l'infinité.


 

Seule la partie de l'âme qui la nuit rêve était vivante en elle

S. Lagerlöf, Le violon du fou 

 

 

Le non-être est rejeté qui mord vraiment sur l'être à ses degrés inférieurs et y introduit des coupures; mais le réseau de blessures-fissures, conjonctions, lignes et noeuds transgénérationnels ou agénérationnels, est cependant l'espace intermédiaire du réel, l'outil par lequel nous partageons - ou ne partageons pas -  avec d'autres êtres des portions découpées, formées, de réel. Forme et permanence ne sont pas de l'espèce, comme le suggère Borges, mais de l'espace commun de jeu des êtres au réel (et dans ce jeu au cours duquel peut aussi à tout instant ressurgir le trauma jusque là retranché); cependant nous circulons bien "éternellement" dans le réseau par les formes, et d'espace intermédiaire en espace intermédiaire l'événement du sujet atteint au temps de l'être.


 

(sans bheda, jivatman se fondrait-il dans l'atman ?)

 

antonyme: yoga

 

 

 

 

bheda  

  fente, brisure; fissure (du. vagin) | destruction, violation | effraction; divulgation | état d'être brisé; froncement (des sourcils) | séparation; différence; intervalle | classification | intrigue, zizanie; corruption, trahison | math. hypothénuse d'un triangle rectangle | phil. dualité entre Dieu et l'Univers (opp. monisme [abheda]) | gram. violation d'une règle; ambiguité.

 

 


 

De tous ces liens qui nous rattachent aux choses,

il n'en est pas un seul qui ne se relâche sous l'influence de la souffrance,

laquelle nous libère de tout, sauf de l'obsession de nous-même.

C'est la solitude hypostasiée en essence.

E.M. Cioran


 

La limite corporelle est bien sûr celle de la douleur physique; le sujet, lui, souffre aux-autres-absents. La matière qui souffre n'est plus solidaire du reste de l'univers, s'isole, nous dit Cioran (Précis de décomposition, Gallimard, 1949); la douleur, agent de séparation, principe actif d'individuation, nie les délices d'une destinée statistique. Bheda est principe actif du sujet, non en tant qu'essence, non plus qu'en force primordiale, mais comme stratégie d'exploration du réel, les cloisons de la douleur étant appelées à la traversée des états de l'être. La douleur ne circule pas entre les êtres, elle n'est pas principe contagieux indifférencié, mais c'est un affect, un rasa de douleur, polaire de la compassion, qui contreforte la communauté des dividus. Et la douleur qui tend à séparer le sujet des choses, coque de pensée, est aussi processus de minéralisation, de rechosification, processus du passage de l'être: naissance et clivage/le lien cède la place à l'espace libre qui se dit mal/la douleur en circule/les baumes anesthésiques et culturels/mais l'oxydation du sujet relie de plus en plein au réel. Tout homme recèle une possibilité d'apocalypse (...), si chacun donnait libre carrière à sa solitude, Dieu devrait recréer ce monde: nous portons le potentiel du saut des mondes, mais nous faisons preuve de "civilisation", nous nivelons nos propres abîmes, nous nous masquons à nos failles... Le chaos ? C'est rejeter tout ce que l'on a appris, c'est être soi-même...


 

 

A chaque nouvelle blessure on apprend la sensation particulière à la parcelle de corps concernée.

Elle s'éveille. Chaque endroit de son corps où l'on se blesse ajoute un pan de plus à la conscience qu'on a des choses. On devient plus vivant. Et au bout du compte, une fois qu'on s'est blessé partout, on meurt.

A. Dillard

 

 

 

 



Partager cet article

Repost 0
Published by panopteric - dans fous de l'Inde
commenter cet article

commentaires