Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 19:47

 

Plus que d'un traité de vie porteur d'une  puissance de l'achevé – celle qui émanait de sa biographie de Pierre Teilhard de Chardin -, Edith de la Héronnière nous livre ici un document de travail, passionnant.  Un ouvrage à l'image peut-être du corps-laboratoire du poète occitan Joë Bousquet, et à la mesure de l'inachèvement précoce d'une chair, d'une forme de délivrance de l'être, d'un de ces traumas par trop brutal pour l'amour qui en devient trop fort. Une rencontre qui vient de Vézelay pécheresse, et qui parle aussi depuis cette Occitanie qui irrite tant de son accent, mais certes pas de son élan: un poète doit être d'accent brisé sous le soleil, sinon: de brumes et de colline. Et E. de la Héronnière a toujours-déjà dit l'androgyne1.

 

 


DE LA FORME ET DE LA CONSISTANCE
(finitude et accommodation)



notes de lecture autour de
Edith de la Héronnière
Joë Bousquet, Une vie à corps perdu2
Albin Michel, Paris, 2006

 

 

P1020571.jpg

... tous les fantômes des caresses quand mon regard devient la chair de ce qu'il aime et que rien ne lui ment

Mon coeur et enterré dans ce qui les éloigne comme il a sa prison dans ce qui lie mes jours Femme je crie vers toi à travers ce qui passe pour que mon corps soit mon secret comme le tien


 

 

(Joë Bousquet, flambeur d'amour devenu poète occitan, ne vivant que par l'aube perpétuellement renouvellée du trouble total de la plus jeune et plus parfaite beauté, tout celà est approché aussi par E. de la H.;  ici est retenu ce qui a pu faire lien entre handicap, douleur et amour, par cette faculté d'accomodation à la forme parfaite de l'aimée, et ce qui de là a pu faire langage au delà de toute limite de forme)

 

 

 


C'est par un dialogue avec l'impensable que notre propre identité se reconstitue,
que le langage de l'amour ou de l'effroi accouche d'une pensée.

 

 

 

 

 

Une plaie mortelle qui se referme sans donner la mort, qui un jour se réouvrira pour un nouveau franchissement; entretemps, longtemps les médecins s'interrogent, autour de l'homme paralysé, et moi avec eux3, non pas sur le « remarchera-t-il ?» mais sur le « pourquoi se cloître-t-il? ». En désespoir d'avoir à assurer un rôle social, qui aurait obéré son comprendre4, Bousquet s'exposa volontairement à la mort: de quelle nature alors est donc sa paralysie de  jeune homme5 ? Là est sans doute la clef de son oeuvre6, comme la clef de l'amour charnel, cette fusion d'autant moins inégale et d'autant plus  compensatrice que le corps n'en est plus pour partie que l'invité dérangeant. 

 

 

 


Le nécessaire, l'indispensable, il arrive souvent que l'on en prenne conscience a posteriori. Une conjonction de hasards a déterminé ma vie et mon rapport à l'écriture, nous dit E. De la Héronnière. Ce chant de solidarité exige de temps à autre que l'on replonge à la source: un refus forcené de l'identité sociale, vouloir s'empêcher de devenir quelqu'un7, avoir le plus de réalité possible, sous les espèces d'un être que nul ne pourrait définir, je voulais être une épave, échapper à la forme, dénoncer l'entrée dans la forme, ne jamais me conformer à moi-même, cette figure prévue. Mais qu'ont-ils tous eu à s'engager, à « devancer la mort », en 14 ? Les Céline, les Bousquet, le grand-père qui en son tard pensera ne jamais avoir tué, comme pour se disculper, comme pour avouer ? L'ennui ? L'ailleurs des hommes ?  Parce que la vie n'est pas en nous, mais qu'elle nous blesse pour nous diriger, et que nous la connaissons avec une douleur dont nous n'avons que les ans pour  guérir le corps8 ? Parce qu'il nous faut imprimer en l'être le contrepoint terrestre de la contingence de notre corps: sa consistance.

 

 

 

 


Ecrire, donner à tous ce qui n'était qu'à soi: l'homme vit bien non pas par ce qu'il a en lui de commun avec tous (cette forme de l'espèce, cette limite unique de la perception de l'adulte sociétal, sédentaire et grégaire) mais par sa singularité; et si c'est sous la forme d'une douleur exceptionnelle qu'elle lui est donnée, il se doit d'ajouter aux trésors de l'humanité ce que ce travail de mineur auquel il fut rejeté l'obligea à découvrir lui-même: la douleur en processus de subjectivation, c'est-à-dire de construction du réel, la douleur en dé-condensation de synesthésies d'espèce9. Et si l'écrivain parvient ainsi à mettre au jour de la profondeur intacte, c'est non pas vers un sommet bergsonien d'évolution qu'il aura transporté la forme même de son écrit, mais vers ce post-humain collectif de la communauté de la souffrance10. Comme la terre profonde mais la plus libre affleure bientôt, pelletée après pelletée, de part l'action de creuser et de par le crible conjoint de la gravité, qui force les plus grosses condensations à rouler au bas, au haut du tas de déblai dans le travail de l'archéologie créatrice de l'être. Une fois réduit à rien ce qui au plus profond de soi était mort, une fois l'être ainsi libéré, le pâtir fait place à l'acte d'aimer, et l'être coïncide avec l'acte de vivre11. Perdant sa forme dans cet acte créatif, le corps, source du langage, donne de l'image à l'écrit. Et un langage entier du « contrécrire » dégagera peu-à-peu dans les textes de Bousquet l'inutilité de la plupart des paroles, l'idée devant laquelle toutes les paroles reculent: l'écriture non plus comme alternative de vie, mais comme medium de vie12. Connaissance du soir: un souvenir qui n'est pas une nostalgie, mais une source active, celle de l'enfance non enfouie dans un trop de corps. Alitement, passivité physique, on parla, s'interrogeant sur ce corps inerte autour de la blessure, de régression; une mission en tout cas pour le poète, libéré des tâches sociales et matérielles: disséquer sa liberté13. Un chant du cor occitan – coeur comme corps – noeud de l'amour et de la douleur.

 

 

 


Bousquet, vers l'être à l'état pur, vers l'évidence de l'impossible à franchir l'espace d'une mort à une autre mort, vie et mort sont bien deux domaines illimités, inépuisablement nourris de l'un et de l'autre14. Nous ne cesserons plus, dès lors, depuis cette évidence, de mourir avec lui: aucune histoire, abolition de tout rythme du corps blessé, mais dédoublements et noeuds, ensemencement du réel par la poésie: ces livres me ressemblent, et lire n'est pas un acte innocent. Nul ne connait la souffrance d'un autre, même toute empathie de sortie, mais les mots, eux,  donnent à voir ce commun à l'humanité toute entière, ils donnent la vie. La poésie transforme la sensation puisée dans l'espace intermédiaire entre les deux normes approchées par le poète, dans un processus fractal qui fait passer l'être de la vie à la mort, ces deux invariants du réel. Le problème intellectuel et le problème moral y sont étroitement liés, la poésie distend le tissu de l'habitude, devenu trop compact pour que le réel y circule. Nous ne cessons plus depuis, et s'y perfectionner est devenir incapable d'un mensonge15.

 

 



Pas d'effondrement, mais la pire des peurs, celle d'avoir à reconnaître dans celui qui souffre une âme pareille à la sienne, quand tous les indices le désignent comme différent, limité, amputé de quelque chose, rejeté dès le premier regard, et d'un indéfinissable potentiel. La peur, à l'entrée de la communauté...16 Et de la part du mutilé, un rejet de cet entourage compatissant, tout comme une femme refuse d'être regardée par sa beauté, qu'elle pense masquer son être. Un rapport au-delà du premier regard, car tous les hommes sont blessés, et car tous les hommes sont beaux. Et alors l'aventure d'un seul se reflète à l'infini dans les autres: une ontologie du désastre sur laquelle se greffe un humanisme17, et une empathie qui chez Bousquet devient une métaphysique, englobant l'autre dans sa propre blessure18. La loi commune de la fracture de conscience entre l'être intérieur et la peau en est simplement plus aigüe, un pont se bâtit entre l'homme visible et l'homme intérieur, entre le même et l'autre, et Bousquet découvre cette route magnifique19 d'où il voit tomber derrière lui tout ce qui gardait une chance de désespérer. L'homme n'est que le point d'entrée de la blessure et certes pas son réceptacle, car le cône de sortie en est l'humanité. Englobant l'autre dans sa propre blessure... Ce qui fut jadis physiquement possible, ce qui advient. Sodomie. Jouissance, retournement. Perversion ordinaire, désir des croupes. De l'autre, de soi en l'autre. « Dès que je la vois je me sens comme expulsé de moi-même et propulsé dans les plus épaisses ténèbres de la vie physique », nous dit Bousquet. « Je pénétrais dans son image chassée de son désir, ma propre image qu'elle élevait au dessus de son être humilié: je pénétrais ma forme dans un berceau de terre et de vent »20. La quête de l'orgasme total, chez l'homme, fait forme vers cet autre de soi féminin, vers cette forme de désir homosexuel. Divination inouïe, « tout se passe comme si je me parlais à moi-même lorsque je veux tenter une femme ». Divination masturbatoire, fusion amoureuse ? Une présence féminine comme en creux ?

 

 

 

Un rapport à la douleur dénué lui de toute perversion. Une ascèse obligée, mais sans déni du corps. Un bonheur qui n'est pas un état de non-souffrance immobile mais une descente active dans le noir du corps. Une économie de la fuite...21 Une descente vers ces régions douloureuses et donc privées de tout mouvement, immobiles, pierres d'achoppement du moi autant que d'attente du soi...22 Une noirceur d'humus étrange et une immobilité quasi-minérale... métamorphose...

 

Libre, j'engendrai l'étendue où je croyais me déplacer comme un objet.
Immobilisé, je me suis aperçu que le battement de mon coeur créait sans relâche l'espace où si souvent j'avais cru reconnaître le décor stéréotypé de mon enfance.

 

 

 

 

La nuit intra-utérine et la « belle blessure de la naissance »23... le noir de source... Das Ding... la vérité et la catastrophe... la lumière qui jaillit de la faille... Plus de refuge dans l'image de l'homme, mais l'expérience que l'art de se connaître est en lui l'effet d'une croissance24; car ce n'est pas en luttant contre les contraintes, mais en les pensant, que nous leur échappons, découvre Bousquet. Une volupté à vivre: alors qu'il entrait à regret dans la vie d'homme, adolescent flambeur, éternel ruban de feu dont la fumée toxique cherchait à se masquer au temps, il est replacé par la blessure en situation originaire25: toutes ses sensations sont replacées en leur berceau, en leur atmosphère primordiale. Bousquet alors navigue dans sa blessure vers un souvenir sans représentation de lui-même: vers l'enfance, cette aura sans corps... cette intelligence de la perception...



Quand notre image disparaît de nos pensées, c'est une illusion qui meurt.
Et la vie s'en porte déjà beaucoup mieux: elle retourne à la pureté
dont l'enfance était déjà le regret, elle n'est plus distincte de l'amour.

 



Et il ne s'agit pas d'un effondrement, d'une destruction de l'image corporelle, mais bien d'une régression dans l'en-deçà de la construction de cette image, « facilitée » par la blessure physique, par la mutilation. L'art en champ du dé-mobilisé, nous dit encore E. de la Héronnière. Un réinvestissement du corps par les capacités primordiales de perception: un retour à l'oeuf26.  Parvenir peut-être à l'intérieur d'une des réalités les plus flagrantes qui soit, sur cette ligne de fusion de la joie et de la douleur, sur leur frontière commune ?27 Tenter une annulation de sa vie subjective, alors qu'elle paraissait devoir être tout30. Mémoire et corps: « des troubles de la mémoire, de l'imagination et même de l'intelligence  répondent aux insuffisances de la sensibilité, aux perversions de la mobilité », écrivait J. Bousquet au docteur André Breton... faire revenir à sa mémoire l'épisode enfoui, en remuant « simplement » ses jambes avec ses mains... non-rêverie d'un promeneur très solitaire28... Le corps de l'homme est, pour Bousquet, l'instrument de la pensée, et sous-tend un champ entier du réel. Un Yoga du corps immobile, une pratique de domination du corps matériel, permettant de délier la spiritualité essentielle ! Une sorte d'a-yoga donc...29 Il n'y a pas de délivrance achevée tant que dure la vie corporelle, nous dit l'Inde ancienne, dont Bousquet aussi se nourrit, mais sans doute existe-t-il différents niveaux, comme de conscience, de vie corporelle, et des sauts, entre. 

 

 

 


Bousquet, soigné au plus intime par un cousin, ami, et... oculiste...31:


En explorant mes organes,
 il semble explorer à tâtons le principe qui les fait agir.
A-t-il puisé ses inspirations de médecin dans une philosophie de la vision ?
Il soigne le corps comme si la maladie résidait dans l'âme32.

 


Drogue et encore le retour à la perception, élargie mais pure. Cocaïne et accommodation: d'abord l'image se réduit à son signal rétinien, minuscule, puis par accommodation non seulement cristallinienne mais de l'ensemble de sa musculature « autonome », le corps produit l'image, nouvelle, « hallucination » qui est en fait perception élémentarisée puis repeinte à la globalité animale du sujet, libérée de l'illusion de sa limite: la source, l'originaire se déploie comme en dehors de soi mais à l'ubac de nos yeux...33 Accommodation, un phénomène que Bousquet apprit, dans son yoga immobile, à propager de proche en proche à l'ensemble de la musculature34, dans un rapport étroit entre la forme extérieure perçue et la courbure intérieure du corps, et par lequel le corps comprend toute l'échelle de la matière. Le corps, cette carte des choses et du ciel, et qui se met à se dérouler, à vivre, depuis le recoin où on l'abandonnait. Accommodation: quelque chose sans doute de la contraction du corps, de sa tension, de son collapsus sur son trou noir, cette douleur qui tire; puis, par cycles, qui jouit: de la douleur, le corps par cycles se condense et se libère. S'accommode-t-il donc dans une forme nouvelle, expérience de la douleur, au-delà de la souffrance, déroulement de l'être initial ? Au nadir de celle de l'oeil peut-être, cette grande force d'accommodation qui s'accroît avec l'âge du corps, dans le temps de l'individu ou dans le temps nomade du traumatisme35.... dans ce « jusque » tellement progressif du vieillissement et de la mort usuels, comme dans la violence du trauma, de la blessure, du moins de corps, du moins de vie déjà, tout de suite, dans l'au-delà de la sidération. « Il n'y a plus personne pour distinguer mes mains de mon visage », dit  Bousquet, il n'y a plus de distinction du mouvement et de la réflexion: fusion, dans la drogue, dans le handicap, dans l'amour, cette pureté qui ne démentit pas le coeur blessé mais qui passe par l'initiation à la douleur. Le handicap, l'impossibilité physique à toucher le sol, ces pieds nus mais isolés de la trame, absence de mouvement dans cette impossibilité de la matrice, mais aussi saut entre ces niveaux souvent inexplorés de vie corporelle. Jusque la pierre de la mort, qui garde encore le mouvement externe, transport.

 

 



Tout est à vomir sauf l'instant unique d'aimer et de tuer ce que l'on aime. Entre, des paroxysmes de tristesse, une sensibilité à la beauté dans son pôle mortel. Et la réouverture des plaies, au-delà des cicatrices, le corps lâche enfin dans cette crise de naissance pure: la blessure de vingt ans re-saigne à l'annonce de cette guerre nouvelle-toujours, « je n'ai pas pu supporter l'idée que cela recommençait. Je me croyais plus fort ». Et la religion d'oc entre dans le domaine de la pensée pure: se détacher, s'éloigner, mais sans s'appauvrir, une approche de troubadour qui permet, nous dit E. de la Héronnière, de sortir du chaos engendré par la force36. Au point secret où douleur et joie, à force d'être pures, sont une seule et même chose, dans ce réel de la poésie. Amour courtois,  Dieu pour d'autres, fécondité de la distance, car les amants ne peuvent faire un, mais tentent de s'approcher de ce secret, de son immensité et de la conscience d'y exister37. On ne pense jamais que ce qui sépare, conclut Bousquet38. Une connaissance quasi-initiatique de la douleur, qui ne permet plus de considérer le malheur comme un mal, s'accordent Simone Weil et Joë Bousquet. Un saut sur place deleuzien du « vouloir organique » au « vouloir spirituel », aussi39. Pensée du malheur, pensée du réel. Qui ne permet plus d'être en dehors de l'événement...40 Le roi de la légende guérit le jour où lui est posée cette question: « quel est ton tourment? »41... La question qui est ton nom42, la catharsis qui du noeud de la douleur fait revivre l'être... Naissance... Vivre dans sa douleur mais non avec la douleur; non comme compagne43, mais comme état de soi, vivre cette naissance, plutôt que de s'égarer en antalgiques, rêveries, consolations, car la perte de l'être, le maintien du non être-encore, s'érigent dans tout ce qui procure consolation.





Vers le soleil souterrain dont il connait l'existence, cette « nuit d'outre-noir », ou ce « noir de source », car «il y a deux noirs, le noir d'éclipse et le noir de source. L'homme ne connait que le noir d'éclipse. La couleur seule le mène vers le noir de source», déclare Bousquet à un ami peintre. Nous habitons l'absence de jour, comme sous une casquette, tandis que la nuit qui nous habite, elle, antipodique du soleil, a ses astres dans la terre ». Un noir chtonien44, la grotte de toutes les origines, initiatique... Un principe magmatique, exerçant une attraction égale à celle du soleil...45 « Une physique du bon sens » occultée par des siècles de spiritualisme, nous dit encore le Cathare, nous appelant à purger notre regard... Ce noir de source, en lequel temps et espaces sont étrangers, et dont le sang, comme l'éruption du volcan, « saigne la lumière »... Le noir de source, cet intransitivité de l'être, obtenue à force de brûler toutes  les images, et sans retour. Sans doute Bousquet  parvenait-il bien alors, conforté dans son expérience par ses lectures orientalisantes, à la conception et au ressenti du Dao primordial.

 



Tout semble perdu, mais il nous reste l'issue de sauver le mal.

L'aube d'un bonheur profond, illimité, et si vraiment étourdissant
qu'il se demandait quelquefois si la tristesse d'adolescent, loin d'être l'instinct,
la sensibilité au malheur, n'en était pas la nostalgie.




Mais, que son accent me reste désagréable...

 

 

222617088x.jpg

 

 

 

 

 

Notes

1. Il en est presque étonnant qu'elle n'ait pas encore tenté la biographie sentimentale et mystique de M. de  Certeau, elle qui aime le sang-bleu...

2. renvoi à M. Crowley, L'homme sans, politiques de la finitude, Nouvelles éditions lignes, 2009

3. Puisque je suis bien devenu, maintenant, médecin (lien EBM Jane)

4. Se comprendre: s'inclure dans sa propre existence et avoir l'intelligence de sa situation, nous dit E. de la Héronnière: oikeïosis

5. Et de quelle nature, son lien ambigu à son père médecin, qui le fait rapatrier auprès de lui, alors que des progrès apparaissaient et que le transport majora sans doute la lésion ? Et quid de sa mère ? Une biographie devra dire sans dire ce lien à la génération, uniquement entr'aperçu dans l'ouvrage de E. de la Héronnière.

6. Car pour le reste, l'invasion de la matière dans le corps, voir J.L. Nancy et d'autres

7. "Montée" scoute: enfant, je vivais chaque année ce luxe de l'anéantissement, ce rite a-initiatique dans lequel les plus âgés d'une classe d'âge redevenaient les « cul-de-pat. » de la classe d'âge supérieure; je m'exerçai à merveille à cette épreuve toute l'existence qui s'ensuivit directement, dans une sorte de destruction constructive d'enfance éternelle, et une sorte d'au-delà de l'institution, aussi ! Perte itérative de béquilles dans une marche vers soi.

8. La vie externe, et la perméabilité du corps au chaos, au prisme de douleur... qui n'est donc bien ni interne ni externe mais processus de la limite, outil du jeu de la limite dont parfois l'esprit ne sort pas indemne (la psychose, cet échec dans le changement d'enveloppe, propose P. Sloterdijk dans Bulles, Sphères I, Fayard, Paris, 2002, p. 359).

9. E. Ledru, La douleur sur le ruban de Moebius du moi, PUE.

10. Le "surhomme" est un homme sans (cf. note 2)

11. Oïkeiosis et handicap grave ? (cf. note 4)

12. Éricture (sic) de celui qui n'est jamais passé par cette première forme conventionnelle d'écriture et s'est réveillé par ces pieux de mots à explorer le compost...

13. D'autres empruntèrent, pour se libérer de ces tâches domestiques au sens large, non pas la blessure, mais... les armes (Ch. De Gaulle à propos la carrière militaire, Mémoires de guerre). Une topologie du non-domestique, qui passerait par un axe de violence ?

14. R.M. Rilke, Correspondance, Seuil, Paris, 1976, p. 590

15. Insuffisance de la psychanalyse par trop orthodoxe, qui doit se doubler d'un travail créatif, gage de succès, adolescence brisée remise en trajectoire.

16. Tant que l'on n'a pas fait le plongeon de sa chair, de son âme ou de sa volonté (tel le futur "Che" traversant le fleuve jusqu'à la léproserie en quarantaine de la fête, Carnets de voyage).

17. Illusion de l'interrègne, illusion du soi, dont le dépassement permet la  Maitri...

18. Maître mot du contrepoint, concept majeur de la Héronnière dans ce livre, et sans doute ailleurs: la blessure englobante. Le rasa en devient presque inutile, puisque l'autre de la blessure forme tissu conjonctif à l'être, et à tous les êtres. Endocrinologie plutôt que communication, le lien empathique devient par la douleur interne à un organisme multiindividuel, il n'est plus d'amibes, quelles que soient les altérations de leurs formes. Oui, la douleur est interne, mais pour la dyade multiple corps-autre du corps, pas au niveau d'un l'illusoire soi.

19. A rapprocher de cette route « qui monte derrière la tête » de Leonard Cohen dans The stranger song:

    … And while he talks his dreams to sleep
    you notice there's a highway
    that is curling up like smoke above his shoulder
    and suddenly you feel a little older ...

    … Dans l'ombre tu vois comme une fumée Une route qui monte derrière sa tête (…) Et en te retournant tu vois Que la porte de ta chambre reste ouverte (…) En bas au bord du fleuve demain Je t'attendrai si tu veux bien Là tout près du pont qu'ils construisent … (L'étranger, adaptation G. Allwright)

20. « Je me sentais me rêver au dessus de lui »: nouvelle interprétation du troisième de l'amour, l'angelot présent au plus tendre, au plus peau-à-peau, au plus fusion des ébats ne serait-il pas tierce, mais moi-même à venir ?

21. Dont l'autre pôle mystique est est le mouvement imposé du pèlerinage

22. La douleur en immobilité, et donc en a-vivant, selon les stoïciens... La recherche de ces noyaux internes immobiles de l'être, libres du temps, libres de la mémoire... Chora... L'accident, la blessure, la perte de mobilité du handicap physique ou psychique, en « avance » sur cette descente dans le corps... Ce champ interne de la douleur relève-t-il de l'archipel, de la constellation du mal, hérité et/ou retranché au long de la génération ? Un archipel que seuls atteignent et partagent ceux qui souffrent, et l'autre douleur, celle  de la limite, en medium vers ces noyaux centraux ? Das Ding, douleur interne, et la vie en processus externe qui tend à joindre, et une limite constamment en voie de perforation...? Une douleur-réel et une douleur-maya ?

23. P. Sloterdijk,  Bulles, Sphères I, op. cit.,p. 239

24. Le mouvement surréaliste surgit au lendemain d ela guerre de 14-18 et affirme avec A. Breton: « Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas, cessent d'être perçus contradictoirement ».

25. D'ailleurs, pourquoi diable, bien que paraplégique, se confina-t-il dans l'antre obscur de sa chambre, à l'étage d'une bâtisse, se rendant donc totalement immobile, hors ses étés de plain-pied, où il se déplaçait de sa chambre aux berges de la rivière en fauteuil roulant ?

26. Mélanie Klein et Sloterdijk, plutôt que Winnicott...

27. Et me revoilà topologue convaincu de lacanisme...

28. La marche « réflexion » n'est sans doute bien que « remémoration »...

29. …qui rejoint le concept d'être pur (Sat) d'O. Lacombe dans L'absolu selon le vedanta: non-conflit, non-tension entre corps enfin découvert et âme, suppression du lien de sujétion de l'âme au corps, âme-rasa diffusant à tout le support corporel, support nécessaire à ce fluide, et non plus scaphandre contenant. Par ce yoga interne – cellulaire aurait dit Mère – disparaît l'organe et renaît le tissu premier. Blessure des organes, perte de fonctions, et remobilisation par l'interne de l'âme-corps, du chaperon de l'âme.

30. Facettes de l' « individu » fragmenté, et chaîne d'or de la maitri. L'hindouisme est-il mysticisme ?

31. Des amours intenses à la Jivago, aussi... Mais multiples ?

32. Ou Bousquet, suspecté d'hystérie, donne une définition de la psychosomatique...

33. cf. "enthéogènes"

34. Oeil, respiration, muscles, comme pratiqué dans mon yoga, contraction/expansion. Je vis alors que cette angoisse était liée à une crispation de quelque chose dans le ventre, et un peu sous les côtes, et aussi dans la gorge; je m'efforçai de me relâcher, de détendre mon ventre. L'angoisse disparut (...) Je fus envahi d'un sentiment tout nouveau, auquel je ne connaissais pas de nom, qui tenait du mystère et de l'espérance. R. Daumal, Le Mont Analogue, Paris, Gallimard, 1981. Alors qu'à l'instant je m'accomode à son regard bleu d'immense, moi n'est plus, et je suis, complet mais muet.

35. cf. F. Davoine/Sterne

36. L'amour courtois, in Sterne

37. cf. note 29 à propos de Sat, cet être-soi immense et calme, contenu/contenant de la contrée noire originaire.

38. On ne peut penser l'amour. Horizons perdus, retour de Haute-Loire, remontée de la vallée par les cahots du train, les attentes de la mère (et de l'enfant), le désarroi, aussi, du voyageur.

39. cf. chapitre sur J. Bousquet in G. Deleuze, Logique du sens.

40. Pensée médicale, selon AFL !

41. Anfortas, gardien du Graal

42. "Laisser advenir la question": M. de Certeau, L'écriture de l'histoire, Gallimard, 1975

43. Comme pourraient tendre à le proposer certains centres anti-douleur

44. Chtonien, magie du mot qui au retour d'un voyage en pays Bassari – d'où, comme Conway à Shangri-La, je ne voulais pas revenir, m'y sentant, devant la grande case circulaire, présent au monde, pour la toute première fois de ma non-enfance – et magie du mot découvert et argumenté tout au long d'un traité ethnologique analysant cette fête d'initiation au cous de laquelle les adolescents s'isolent dans la grotte sacrée à l'écart du village. Seul l'usage de ce mot, et non les observations, rendait compte de mon darsana.

45. Entre condensation et chaos, ce « grand classique du traumatisme »...

Partager cet article

Repost 0

commentaires

yveline ciazynski 17/06/2011 11:37


"qu'ai-je choisi de vivre ou de mourir?
tout commence ici dans la lueur inconditionnelle de ce que nous ne décidons pas.
vient le chemin qui décide à nouveau, rencontre dans l'imprévisible;
la passivité inaugure le geste d'amour, inscription dans la chair,
écoute de l'altérité qui se fait jour jusqu'au désir d'éternité"

Ces mots magnifiques ne m'appartiennent pas, ils sont le leg d'un ami*,... j'en suis simplement la passante pour Joe Bousquet,
désir de faire don à l'autre de ce message d'amitié
uni-vers...de l'amour qui permet le geste créateur, le geste vital de l'écriture
*christophe Schaeffer