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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 08:48

   micropilos.jpg

 

Le Professeur Julien Barry incitait à l'admiration comme à la moquerie réservée aux savants perdus. Titulaire de la chaire de cytologie-histologie-embryologie de la faculté de médecine de Lille dans les années 1970, il savait entourer l'essentiel du message - résumé en quelques schémas où s'arrimaient sous nos yeux parfois perplexes les données alors émergentes de la régulation neuro-endocrine des intégrateurs cérébraux - de digressions "hors programme" de biologie générale et évolutive, jugées pourtant alors inutiles par la faculté aux futurs praticiens qu'elle devait  élever. Bien sûr parfois nous moquions l'oestrus de la poule ou la biologie des protocaryotes hétérotrophes anaérobies, mais dans un certain fouillis oratoire émergeait au final la netteté et l'évidence de notions pourtant complexes.  Peu de cours aussi se déroulaient sans que le Pr  Barry n'exprime sa rancoeur et sa frustration de n'avoir pas été reconnu par la communauté internationale comme un des pionniers de la découverte de ces axes neuro-hormonaux centraux, clefs de la cybernétique endocrinienne, et que des collègues américains avaient eu à coeur de mieux médiatiser que lui2: nous étions son auditoire unique et privilégié.

 

 

 

schéma ou schème: nom donné aux figures qui, à l'effet de démontrer la disposition générale d'un appareil, ou la succession des états d'un être ou d'un organe, sont exécutées en faisant abstraction de certaines particularités de forme, de volume, de direction ou de rapports des parties, parce que ces particularités empêcheraient de saisir d'un seul coup d'oeil, ou rapidement, l'ensemble des notions qu'il s'agit de faire connaître (Littré)

(étym.: sanscrit सह् sah résister, supporter, endurer, soutenir)


alscheme: a particular embodiment of scheme

 

embodied mind thesis: a position in cognitive science and the philosophy of mind emphasizing the role that the body plays in shaping the mind

 

 

 

Dans la masse parfois étouffante et encore hétéroclite des enseignements de première année de médecine, et qu'il convenait d'ingurgiter sans trop de réflexion, il se donnait en intégrateur des niveaux du vivant, comme certains mystiques voyageant dans les niveaux de conscience. Son cours inaugural  effaçait les frontières qu'il nous faudrait deux ans durant subir entre morphologie et physiologie, entre macroscopique et moléculaire. D'emblée il nous donnait le vivant en gradient où les niveaux de fonctionnement, comme les agencements anatomiques, n'étaient que des voies d'abord dogmatiques à une même entité, laissant ainsi à chacun  - sinon la liberté de l'aborder selon son intérêt ou sa disposition, examen oblige, tout devait être assimilé - mais donnant à ceux qui voulaient l'entendre un horizon homogène aux apprentis sorciers du vivant que nous étions. Avec le recul, Julien Barry m'apparaît aujourd'hui comme  un Galien moderne, usant des technologies les plus récentes (il était un pionnier de l'immuno-neurohistochimie) dans l'abord global du vivant. Sa progressive démonstration au cours de l'année universitaire, de schéma en schéma, à la lumière des récentes analyses de microscopie électronique et de biochimie, de la "continuité du système des cytomembranes", de l'"extérieur" jusqu'au noyau cellulaire (là où la théorie cellulaire classique ne voyait que limites, compartiments et organites) n'en finit pas aujourd'hui d'épauler ma vision du monde et mes interrogations sur les limites du "sujet" dans son "environnement"...

 


 

Restent à la non-postérité que très peu de publications scientifiques d'audience notable, l'homme sans doute préférait la réflexion et l'illumination de la découverte au temps usé à la lutte vaniteuse entre pairs. Reste l'ouvrage abscons d'un homme sans doute vieillissant et publié à quasi-compte d'auteur chez un éditeur régional à diffusion au mieux confidentielle1: jargonaphasie ésotérique, toujours émaillée des fameux schémas, mais leur voie d'accès n'est plus donnée par le maître, abymé dans le texte... Où l'on redécode cependant la compréhension intuitive du vivant à laquelle il touche, mais sans parvenir à la dire - mais les mots auraient de toutes façons été insuffisants, alors, à quoi bon ? - Derrière l'érudition encyclopédique mais désordonnée - il n'était point d'ordre académique pour Julien Barry  - et les néologismes scientifiques, surgissent cependant encore des intuitions contaminantes. Tel ce chapitre sur les liaisons neuronales interhémisphériques, traits fondamentaux de la télencéphalisation mammalienne, et grâce auxquelles l'exercice de la pensée humaine demeure lié à, et "immergé" dans, la perception quasi-permanente de la corporéité propre "et" de notre monde extérieur (espèce-spécifique). Le sujet humain tout entier résumé dans ces liaisons/déliaisons entre notre cerveau droit intégrateur de l'environnement et notre cerveau gauche cognitif, voilà sans doute l'effet Barry dans toute sa force: quelques traits au crayon ou à la craie qui réconcilient brutalement la neurobiologie et la psychologie, les techniques d'étude neuronique unitaires qu'il développa et les techniques d'études cérébrales holistiques alors émergentes (résonance magnétique), et ce sans céder aux facilités des technolectes étrangers à la réalité des processus effectivement en jeu ou à l'imagerie de l'"intériorité".



  Au total les combinaisons réalisables permettent de déceler quelques 1,7 à 2.104 teintes différentes de couleurs. Physiquement ce sont les diverses interactions de la lumière (réflexion, réfraction, diffraction, diffusion, absorption, émission) avec les électrons de la matière qui donnent au "monde" perçu (après "téloduction") sa diversité chromatique.


 

Mais reste et navigue certainement dans l'école histologique lilloise - dans la lignée ouverte par Laguesse et  Morel  ? - une non-frontière qui donne accès à l'essence. Par Téloduction... Sans doute le savant avait-il touché, fort de ses minutieuses analyses de l'intime neuronal, à ces orbitales de plasmas ioniques téloneuroniques fluctuants, conditionnées par une fantastique mosaïque biomoléculaire, qui pourraient être le substrat physique privilégié des transductions mentales, s'intensifiant dans leurs potentialités au cours d'une évolution toujours en marche et qui nous pourvoira à l'avenir en nouvelles unités colonnales corticales.


 

Toutefois la notion de téloduction mentale de la subjectivité consciente (ou du Moi-je phénoménologique mondain) suggère des développements gnoséologiques fascinants sur les préconditions biologiques d'une "ipséité" qui est à la fois "référentiel perspectif" inéluctable et ouverture radicale, au-delà de la corporéité physique.

 

 

 

 

1. Julien Barry

Neurobiologie de la pensée

Presses Universitaires de Lille, 1995 

 

2. La notion d’axe hypothalamo-hypophysaire apparaît vers 1950. De nombreuses expériences démontrent que le cerveau est susceptible d’influencer l’hypophyse vraisemblablement grâce à des « neurohormones » déversées dans les vaisseaux qui l’irriguent. Ces neurohormones seront caractérisées en 1971 par l’équipe de Schally et par celle de Guillemin. Ces résultats contribueront à leur décerner le prix Nobel en 1977. Pour la fonction de reproduction, la « gonadotropin releasing hormone » (GnRH) ou gonadolibérine  entraîne la libération de LH et de FSH par l'hypophyse, et son absence entraine une stérilité et une absence de puberté. Une fois la structure de la GnRH connue, c’est l’école lilloise de neuroendocrinologie menée par Julien Barry qui, la première, décrit les neurones à GnRH dans l’hypothalamus du Cobaye (1973) (source: http://formathon.fr/fr/spip.php?article259). Restera la quête posée d'emblée et inachevée de la (des) pré-pro-hormone(s) sécrétée(e) par le tractus hypothalamique dorso-latéral intersticiel. Intesticiel...

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