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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 18:14
Le Purusha s'épand encore (l'Inde, ou la stabilité d'un impalpable: Drhu)

 notes et réflexions autour de

« Journée Migrant : Santé et migrants originaires du monde Indien : mieux les comprendre et les soigner » - Hôpital Avicenne, 30 mai 2017

 

  1. Cosmogonie: la stabilité d'un impalpable, le Purusha s'épand encore

  2. Déesse et Gynocide : il n'y a pas de contraires

  3. Psychologindia : une ontologie de l'être entre micro-, macro-, et méta-histoires

 

_________________________________________________________________________________Le Purusha, ce dieu ou homme primordial de la cosmologie védique (-1200 / -700) s'épandit, se déversa, laissa émaner de lui-même, diffuse, une partie de sa substance qui progressivement généra le monde et ses créatures, incluant corps et âme humaines ; puis ce Un émanateur du monde va pénétrer à son tour son monde, y plonger, et en constituer le Soi ou Âtman. Ainsi si l'on regarde dans la bouche de l'enfant Krishna on voit le monde en totalité, car dans l'hylozoïsme hindou (conception où le monde est lui-même un être vivant), dans ce panenthéisme (système de croyance qui postule que le divin interpénètre toutes les parties de la nature, mais que, dans le même temps, il se déploie au-delà d'elle, se distinguant ainsi du panthéisme qui tient que le divin est tout entier dans l'univers, sans lui être ni extérieur, ni supérieur) il n'est pas de limites mais un hyper-enroulement dans lequel le dieu créateur maintien le lien avec sa création (une relation narcissique va ainsi persister entre le créé et le créateur); « chacun », chaque être y est donc soumis à un flux d'existence ou Samsara qui le dépasse, l'englobe et le constitue en même temps ; et entre tous les êtres existe un lien ou Maitri, base de la notion de Karuna ou compassion. Nous sommes le monde et il nous enveloppe, nous en participons et en recevons ses actes en retour (Karma). Le Soi hindou est une cosmogonie, un peuplement dirait Deleuze, et bien plus qu'une génération. La notion de Moi n'y existe pas, Moi (Ahamkara) est illusion de Soi dans ce réseau apparent de limites de la Maya qui nous brouille le continu du réel. Le sage s'efforce à une identification de l'Âtman à l'absolu du Brahman, de l'âme humaine et de l'âme du monde, du "Soi" et de l'"Être en soi". L'âme élémentaire, objet de la psychologie médicale âyurvédique, rejoindra l'Âtman à la mort, lors de la déconnexion des éléments composant le corps; mais l'Âtman ou Soi absolu se manifeste de notre vivant au travers des fonctions vitales et mentales (Manas, le mental, est le connecteur des organes de nos sens). L'Inde est le monde, ce n'est pas une culture.

 

Mais le musicien nous a dit tout cela : « Drhu est la stabilité d'un impalpable en Inde, disent les indianistes, et on sent ce quelque chose, dit-il. Pad est le maître. Une note fixe, la même tonalité est maintenue tout-au-long du morceau. On choisit un mode vocal selon le moment de la journée. Le mood est une performance dont tout le monde est instrument »

 

 

La culture, qui vise à élever des murs face à l'énergie primordiale, quand le corps originel lui est sans organe ; une protection sociale mais qui, par peur du chaos, de l'inflammation au réel, nous impose la déliaison. La culture – avec ses interdits logiques, ses blancs, ses caches - marche vers le mal, ce défaut de connaissance... Le monde est Un mais il ne montre plus au travers des cultures qu'une infinité de facettes qui semblent disjointes, et que l'on commente comme proches ou lointaines, antérieures ou inégales, alors qu'elles se sont formées au gré de l'isolement et ne se confronteront qu'au hasard des rencontres, nous comparerons nos mailles et en oublierons encore plus l'unité du monde. A ces mailles cependant il faut se raccrocher si, le mal nous ayant frappé en retour, dans le choc traumatique on devient étranger à cette logique qui nous tenait, et nous isolait d'un temps qui nous serait mortel. Par un double court-circuit brutal et subi dans la toile de l'illusion, le trauma nous rend ouvert au possible de la mort, quand la culture familiale nous en protégeait dans son champ. Se raccrocher, ou basculer, disait Eliade.

 

Alors, être au contact de cet impalpable, s'y diffuser comme en gel,

et snober le culturel, ce palpable ??

(comme on s'évade aux ressentis négatifs en méditation de pleine conscience ?)

(un jour il faudra bien ne pas revenir)

 

La femme est le but de tout voyage, fin d'erre. Les filles tirent la poudre du ciel, à leur beauté. La culture légalise le gynocide. La femme est trop déesse, trop puissante pour être laissée seule (sans hommes). La femme est la grande tentatrice, objet de réclusions et de violences ; mais elle est la grande déesse de l'ascète.

Une vision occidento-touristée, romantique puis baba-cool, du XIXe au XXè siècle ? Un postulat Indo-européen originel qui a bien aidé le colonial occidental : la violence de l'Inde, la perte d'un âge d'or ? Voire... il y aura un devenir-femme de la grande démocratie masculine nationaliste... Et les Babas gardent les cols et peuvent ressurgir, contre-culture, où ils ne le souhaitent pas...

Il y a de la dopamine dans la profusion du monde indien, qu'on l'aime, ou pas. Qu'on le trouve kitsch, ou sublime. Que l'on résonne, ou pas. Quand son océan baigne quelque chose de notre « interne » qui s'y est préparé, maintenant ou autrefois.

_________________________________________________________________________

Une géographie du monde indien (Union indienne, Sri Lanka, Pakistan, Népal, Bengladesh, Bhoutan). L'Asie du Sud. Pas la Birmanie, qui faisait partie de l'Empire des Indes, pas l'Afghanistan. Une islamisation incomplète de cet espace, qui a préservé la diversité religieuse. L'Occident des Indiens, c'était l'Afrique de l'Est et notre Moyen-Orient (du terne à l'Ouest, du moins fou, du moins divers). Hindouisme Islam (14% en Inde actuelle) Christianisme Parsis (ou Zoroastriens) Sicks Jaïnistes
 

L'image à la Dumézil de l' « invasion des Aryens des plaines » et de l' « idéologie tripartite » d'un peuple originel... a fait beaucoup de dégâts au siècle dernier. On nous la ressort ici. Il est vrai que dans les échoppes indiennes les biographies de Gandhi et d'Hitler se cotoient. Mais les cultures ne se « transmettent » pas à la verticale telles des êtres vivants, elles se mêlent à l'horizontale, en nappes ; il n'est point de migrants ni d'indigènes, mais des cultures interpénétrées. A qui est la terre ?
 

Migrations précoloniales. Royaume Cham en Asie du Sud-Est. Ces vagues migratoires du passé qui, elles, sont admises, licites, souvent glorieuses, et ne le seraient plus, dans ce monde de nations. « Twice migrants » d'abord exportés dans l'Empire britannique (ou Français) avant de gagner l'ex Métropole. Tentative d'arrêt de l'émigration, volontariste, à l'indépendance. Des villages dépeuplés sur les lignes de partition. Les soutiers bengalis sur les grandes lignes maritimes, et c'est Dubaï. Mais les conflits, et les minorités qui s'exilent : Tamuls, Cashmiri, Sicks, Bengali. L'endettement des migrants, et l'argent qui fait vivre la famille au village. Au Royaume-Uni, 4% de la population est originaire d'Asie du Sud. Les Tamuls sont la première communauté d'Asie du Sud en France. Trente ans de guerre. La Chapelle. Comme le sanskrit (langue indo-européenne), la langue Tamul (bien que dravidienne) est divinité.

Et un atlas fabuleux de socio-géographie...

Est-ce qu'on intègre mieux, est-ce qu'on accepte mieux, tout-au-moins, les minorités plus lointaines, s'inquiète le grand témoin Kabyle ?

 

Une organisation sociale. Jati est un groupe d'appartenance héréditaire, qui survit au Varna dans ses conséquences sociales, dans les structures sociales, même si les discriminations du système des castes ont été officiellement abolies par les gouvernements issus du Parti du Congrès, qui survit même si l'on a changé de religion (« Varna transpire dans les groupes musulmans ou chrétiens », dit joliment Marie-Caroline Saglio Yatzimirsky). Et aujourd'hui les « Rationalistes », qui veulent vaincre les superstitions, sont menacés de mort par les nationalistes hindous. Il s'agit plus que d'une politique, et plus que d'une superstition, et des femmes sont toujours supprimées de la société, à leur naissance par IVG sélective, à leur mariage si la dot est insuffisante (« La dot, ou le sari brûlé »...), ou à leur veuvage où on les contraint au retrait dans des « communautés »...
 

 

Comment être « sage » en explorant la pensée indienne traditionnelle, qui nous donne accès au réel, tout en se révoltant contre ces persécutions dans cette strate du monde construite de nos sens ?


 

Jati, donc, littéralement ce « caractère intrinsèque », régit le mariage, la nourriture, le travail, et toute la hiérarchie du pur à l'impur ; l'impur est le surgissement de nature non maîtrisée dans le corps social et pour l'éviter il faut ritualiser, sacrifier, produire un reste-germe. Jati instaure la séparation, la spécialisation, la hiérarchie.

Varna (littéralement « apparence, couleur de peau », système des castes (brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya (travailleurs) et śūdra (services) et a-Varna) est un groupe de statut religieux. Les a-Varnas sont nés impurs, ils peuvent côtoyer mort, sang et sécrétions.

 

La famille en Inde est patrilinéaire (héritage via les mâles : nom, titres, terre où l'argent revient) et patriarcale (autorité mâle, enjeu et contrôle du corps de la femme). Les mots précis de l'anthropologue. La fille donnée au clan de l'autre mâle doit enrichir sa terre : la dot. La femme est « fille de son père, épouse de son mari, mère de son fils ». Un mouvement : l'explosion récente des manifestations suite aux viols de 2012. Et un espoir : en dix ans le taux de scolarisation des filles a bondi. Et la classe moyenne « fait bouger les choses »... mais vers l'argent-roi ? La condition de la femme dans le monde indien reste un problème considérable d'atteinte aux droits humains, et il faut le dire. Cinquante-six pour cent des jeunes femmes sont mariées sans leur consentement. Viols. Rejet des veuves, réduites à l'état de servantes, têtes rasées... Purdah (réclusion des femmes). Brûlures : plus de cent mille en 2001, soit six fois plus que les statistiques officielles. « Accidents de saris brûlés »...

 

La contre-culture des 60' aux States, si elle fut indianiste, participa des marges himalayennes et de leurs babas, des ermites des forêts, et non du carcan familial des plaines et de leurs villes ! Marges de toutes cultures, ressurgissements ! Déconstruction dans ces failles restées libres !

Aucune culture n'est « pire », et dans celle-là surnage quelque chose de continu

 

Une avancée ? (au prisme de nos lois occidentales): le troisième sexe est officiel en Inde : les Hijras, androgynes par castration ou malformation congénitale, vivant en communauté, adorant Bahuchara déesse de la fertilité, et jouant un rôle important, gage de fécondité dans les mariages. Les Hijras sont... rejetés et adulés, à l'image de Shiva Ardhanarishwar, mi-Shiva, mi-Parvati sa compagne.

 

Mais voilà que l'anthropologue se révolte contre la praticienne autodidacte de l'Inde, « on donne ici des choses figées », dit-elle, on ne peut pas généraliser, il y a des réalités très locales et pas « L'Inde », il y a une dimension historique et on n'a pas le droit de dire « ça a évolué » de notre point de vue d'occidental ! « Un hindou », ça n'existe pas ; l'approche doit être existentialiste, empathique, déconstruite, et non automatique. Les veuves ne sont plus reléguées dans les villages « même si elles sont exclues de certains rites » ; la dot est une résurgence dramatique du XXè siècle, réapparue avec la monétisation ; il y a des « saris brûlés » mais plus de sati, conclut-elle. Le monde indien est un monde à facettes multiples et non exclusives, un « polythéisme extensif ». Et il n'y a donc pas a fortiori d'exclusivité « hindoue » chez le migrant.
 

Une anthropologie en dissection savante et observation neutre qui excuserait toutes les pratiques ? On approcherait des dérives reprochées à l'ethnopsychiatrie de T. Nathan... Une composante néo-coloniale dans la critique non nuancée sur les violences – réelles - faites aux femmes ?


 

Le couteau des jeunes mères

La jeune post-doc ethnologue, mordant le monde de sa beauté à la Pierre Joubert,

a défendu ses arguments / observé le monde

 

Le patrilinéaire est aussi patrilocal ; l'arrivée d'un enfant y est à la fois bonne augure et impureté de l'accouchement (les matrones sont de basse caste). L'épouse est tenue à l'écart des décisions du foyer beau-parental, et même pour le choix de son suivi médical, d'une contraception... ; mais elle participe, Mother India, de la vénération de la déesse-mère, de la Shakti : la femme enceinte est « protégée ». Protection alimentaire (l'Ayurveda met les maladies sur un axe chaud / froid (cuit / cru) sur lequel les aliments interfèrent ; par exemple la papaye échauffe et peut favoriser un avortement). Le darshan avec des images de « beaux bébés » nourrit la callipédie, cet « art de faire de beaux enfants » (et l'échographie, ce contact avec l'image, est ainsi bien acceptée). Mais se développent, en parallèle aux pratiques rituelles favorisant les enfants mâles, et malgré la loi de 1994 qui interdit le diagnostic du sexe, les avortements sélectifs féminins. Le gynocide, en marche vers l'inavouable, reste généralisé. Les asiatiques sont sexeurs... Fête des naissances masculines, discrimination et honte de la maman accouchant d'une fille...

 

Sous l'impulsion du gouvernement indien dans les années 2000, un grand tournant est pris vers la médicalisation de l'accouchement, et 80% des accouchements ont lieu à l'hôpital en 2011 en Inde du nord, soit deux fois plus que six ans auparavant ! Mais des « heurts » surviennent avec les soignants, issus de castes plus élevées et voyant débarquer « les péquenots »... La pureté n'est pas propreté (la Ganga est polluée mais pure), mais les « éduqués » refusent les « sales ». Discriminations sociales, bakchichs, malveillance, violences... La politique de gratuité du gouvernement met certes le personnel hospitalier, limité en nombre et ressources, en difficulté, mais cela ne justifie pas pour autant cet accueil non bienveillant !

 

Le nouveau-né est vulnérable aux mauvais esprits (ces femmes mortes en couches, ces âmes errantes, s'étant libérées de toute position imposée dans le dharma) et l'on craint donc l'espace de la maternité. Alors la maman ne s'y sépare pas d'un couteau, souvent posé près de l'oreiller par la belle-famille, la lame du couteau éloigne les néfastes. Et la mise au sein est différée d'un à deux jours, pour tromper les mauvais esprits : ces pratiques sont acceptées à l'hôpital. Le religieux « justifie » la coutume. Attention au mauvais œil, aussi, la vue d'un bel enfant qui induirait la jalousie d'autres familles : recours aux bracelets (rituels d'inclusion), kohl et « bindou enlaidissant » !
 

Carrefour des opiums

Entre les deux hubs du Triangle d'Or et de l'Afghanistan, le Nord-Est de l'Inde (instable politiquement) et le Penjab sont passages obligés des marchands d'opium, et on consomme sur ces routes, et la consommation fait « effet groupe » dans les villages traversés, comme au Manipur (mais... on est en pleine Zomia, dans ce Nord-Est indien!)... Comme une route de Kathmandu, sans sa vision occidento-centrée. Mais d'espace de transit hier de cette drogue dure, l'Inde, grand producteur mondial de médicaments, devient producteur de drogues de synthèse !

La consommation de cannabis est traditionnelle et souvent religieuse (bhang, mixture de cannabis incorporée à une boisson) mais l'alcool est souvent proscrit, ou stigmatisé. Les drogues de synthèse, médicaments, amphétamines, voient leur utilisation s'accroître. La réponse est policière, sécuritaire, ciblée sur les consommateurs, sans action sur les trafics.
 

Les épices des diasporas

Le fardeau culturel se traduit, l'exilé s'adapte. Ou se transculture. Se disqualifie, l'homme perdant son statut, travaillant dans l'arrière-cuisine. Mais on se raccroche, aussi, quand ça va mal, à ce poids culturel. On n'a pas envie d'échapper à sa caste et Jati n'est pas inégalité : c'est donné, c'est inscrit. Un vide si le système s'effondre. Aménagements : pas d'atrocités ici (envers la famille d'un intouchable approchant une femme), mais les violences familiales existent. Le « mari importé » renverse le système : c'est lui l'étranger dans la belle-famille (USA). Des jeunes filles qui restent à l'université pour retarder leur mariage arrangé, quand la transgression ne peut être frontale. Plasticité, mais persistance, du Varna dans la diaspora. « Elles surveillent, les femmes de Bombay » ; mais il n'y a pas de contraires, de oui/non en Inde, mais des facettes multiples, des ajouts, une circulation apophatique. L'Inde c'est le non-contradictoire.

« Quel conflit avec notre modèle égalitariste post-révolutionnaire ? » demande un auditeur.

Justifier ce conservatisme patriarcal de « cette société holiste et déterminée (L. Dumont) où l'intouchable, c'est son rôle, retire l'impureté » ? Ou se jeter dans une zomia transculturelle, là où on se réfugie pour vivre, où ça va changer d'équilibre ?

Consultation psychotrauma d'Avicenne, viol, torture, guerre (sur les huit millions de Tamuls dans le monde, 300.000 seraient en France) : enjeu fondamental de cette question culturelle, point d'ancrage qui persiste, mais qui sous-tend aussi les violences familiales liées au système... « non-contradictoire »...
 

« Ici les feuilles ne sont pas fraîches », et les difficultés de l'alimentation contribuent à la souffrance des exilés. On masse le nez de bébé, « ainsi il sera beau » dit la mère, mais elle sait bien qu'il s'agit d'un rituel de protection contre les mauvais esprits. « On ne pratique pas le système des castes ici », mais « tu la ramènes pas chez moi, celle-là ! »...
 

Aborder, selon Sainte Moro, les trois niveaux de sens avec le patient exilé :

  • ontologie de l'être : un bébé n'est pas tout neuf ! Surtout en Inde ! Plusieurs vies ! Et pas la seule généalogie ! Freud doit bosser dans tout un océan de réincarnations ! Chercher aussi dans la famille et dans l'histoire (le temple de l'arrière-grand mère détruit par la guerre) ; mais « qu'est-ce que j'ai fait dans l'autre vie pour mériter ça » est la question prégnante en Inde.

  • Sens donné à la maladie

  • logiques thérapeutiques : respect des rituels (on appelle la mère de la jeune maman par exemple, pour connaître les rituels du cordon). « Chercher au pays là où d'autres femmes ont le même problème »

 

Des antécédents familiaux et culturels que l'on peut comprendre ; des antécédents dans les autres vies que l'on peut seulement imaginer et admettre, se dit l'Européen.

Rattacher micro-histoire, macro-histoire, et méta-histoire pour retrouver un ancrage

Les lignes de faille : tsunami, exil, sans-papiers, retour, guerre, torture... Le trauma isole, par nature, dans un abyme de non-sens, et il faut retrouver des foyers d'appartenance, même si... Par exemple, resocialiser par un retour au temple (« quand le patient arbore à nouveau des marques rituelles, c'est bon signe »). Admettre les conséquences d'une vie antérieure est aussi une façon de maîtriser ce qui vous arrive. Réenraciner redonnera confiance et fera chemin thérapeutique. Pour le clinicien, admettre que l'on puisse penser différemment permettra l'établissement du lien : le patient, comme l'enfant, a besoin d'une « autorisation » pour parler sa langue (qui doit venir aussi de la famille chez l'exilé : cf. l'enfant de couple mixte attendant que sa mère lui explique que bébé elle maîtrisait les sonorités Tamul). Refuser les clichés, mais faire sentir au patient que l'on sait quelque chose de sa culture, alors il s'autorise à être reconnu, et on est dans le registre empathique.
 

La psychose des occidentés

L' « hindouisme » est une notion du XIXè siècle en Europe (un rasa post-romantique et pré-baba)... comme en Inde (une identité anti-coloniale). Le Purusha s'épand toujours dans Bollywood, et une poudre lumineuse reste toujours en suspension devant nos yeux lorsqu'ici on nous parle de l'Inde. Immergé en Inde, on prend un coup à l'imaginaire, on se met à rêver beaucoup plus, et d'un langage du corps différent (les danseurs, les musiciens, mais aussi le marchand qui balance la tête pour dire oui – ce oui résigné partiel –) on construit son irréel propre, son réel rêvé et inspiré. L'espace intermédiaire qui se redéploie, sans doute. On peut s'y égarer. Faut-il encore regarder Nocturne Indien ?

 

La sexologue, donc, nous parle de son vécu personnel de l'Inde

La pin-up est mixed Inde / Viet Nam et propose des massages ayurvédiques

Le médecin rentrant de « vers Pondichéry » en a oublié de parler des migrants

Cet impalpable qui fait associer dans notre propre rêve, cet Orient absolu, cette chaleur sourde d'une nuit qui dit, n'est-ce qu'un imaginaire ? Mais... la musique ! Le pèlerinage ! Le temple qui brûle, en continu ! La mort toujours en présence! On a refoulé, ici, aujourd'hui, la mort... Peu de pratiquants de l'Inde ici... Tout le monde se revendique d'une multitude de liens institutionnels, quand le mystique les réfute tous (de Certeau) et que le musicien les a tous assemblés toujours-déjà.

Le Purusha s'épand encore (l'Inde, ou la stabilité d'un impalpable: Drhu)
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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 10:45
Ils ont vu le www (le monde hippie)

Autour de :

Frédéric Monneyron et Martine Xiberras

 

Le monde hippie

De l'imaginaire psychédélique à la révolution informatique

Imago 2008

 

 

Où les auteurs proposent que, parmi les retombées du mouvement hippie dans la société actuelle, on peut inscrire le réseau web mondial, échappée de l'esprit originaire d'une même vallée utopique. Sa récupération par l'institution: la société inégalitaire du profit progresse par nappes guerrières, et par déliaison traumatique de l'humanité; mais dans des lignes de faille recircule le lien cosmopolite. Dernière émergence en date, San Francisco, années 60

 

 

Des spots hallucinogènes, mais une prise de conscience d'une religiosité sans substances

Le spiritualisme des religions occidentales est le mieux à-même d'exprimer la cohésion cosmique, il réfute les classifications du monde opérées par l'Occident, ce découpage des sociétés par frontières, fonctions sociales, races, etc... Extase et extinction du moi dans le Soi. La contre-culture qui éclot dans les années 60 dans l'est américain avec le mouvement Hippie, retour de Katmandou, est... orientale. Le voyage en Orient, c'est, aussi regarder la mort en face, amoureusement, et non plus s'enfermer dans son déni, violent, qui permet la guerre. Peace and Love. C'est aussi une psychogéographie qui n'a plus d'interne (le délire) ni d'externe (le voyage), mais une isomorphie entre l'être et l'univers : sentiment océanique, foi de la voie vibratoire (H. Michaux) qui nous libère des formes. Et la physique quantique ne vient-elle pas de démontrer qu'observateur et observé sont connectés ? Tao de la physique.

 

 

Transe technologique, traces du mouvement hippie

Quand les communautés hippies retrouvaient l'extase sociale et cosmique des sociétés traditionnelles, se libéraient d'un social imposé par l'amour, les festivals tekno aujourd'hui, dans un rapport au sacrificiel, un épuisement par la transe, retrouvent l'exaltation du corps collectif. On rejoint le lieu inconnu, mais le lundi on regagne le bureau... Et il faut à nouveau des pilules pour revivre un peu d'empathie, pour se déprendre du social. Transe Goa ! Ecstasy ! Car les institutions ont persisté, les communautés ont cédé, l'amour fait retour au couple, le voyage initiatique (ce « voyage géographique en relation isomorphique avec le voyage intérieur ») au tourisme de masse. Quelques coopératives encore, assoc, antipsy, groupuscules politiques, sectes, végétarismes. Vifs interstices. L'écologie s'y perd, il ne s'agit pas de protéger la nature, mais de faire corps, mode bobo, souci de soi et de la caste plutôt que du monde commun...

 

Les Hippies tentèrent un concentré des « expériences de traversées de frontières psychiques, morales, mentales, spirituelles, sociales, etc »... Une pratique de Wilhelm Reich. Tendre vers l'énergie cosmique. Mais d'autres ont préféré la Révolution, et puis la négociation. La liberté sexuelle, et les Gender studies. La psychiatrie elle aussi : qui ne s'encombrera plus de catégories-frontières entre « maladies », mais baignera les impatients dans la « méditation de pleine conscience », cette religiosité vidée de substances. Retour aux Techniques archaïques de l'extase. Le mouvement Gay, mais le Sida. Qui permet à la bonne société de finaliser son rejet... D'identifier, à rebours, bien catholiquement, le sexe et la mort... La sphère rassurante du couple... Le profit matériel, seul objet du désir, à nouveau. La nouvelle adolescence où on se toise aux marques achetées et exhibées, au kilo de beauté, un groupe au peu de sexe, l'amour pas maintenant, préservatif. On fait circuler le désir dans la représentation. Les usages se réfugient très loin de l'imaginaire. Oubli du tantrisme. L'altermondialisme, par son « act local », ne serait pas non plus en mesure de se réclamer de l'héritage, mais serait repli sur lui-même, sans lien avec l'idéal cosmique du mouvement hippie.

 

 

Du psychédélisme à la Silicon Valley plutôt qu'à l'altermondialisme ? Ils ont vu le WWW

Le LSD, dit Timothy Leary, a fait découvrir à ses utilisateurs l'interconnexion de tous les éléments du cosmos, et une forme de communication authentique (empathique) avec l'autre. Méta-programmation de l'utilisateur de LSD, une vue directe sur ce qui n'était jusqu'alors que code, communication aux autres; ils ont vu le réseau et en sont changés, ils savent où aller. Des professionnels de l'extase archaïque, aussi : de très nombreux informaticiens indiens viennent travailler dans la Silicon Valley ! Ils y voient et créent le WWWeb, qui devait permettre l'interconnexion gratuite, au sens marge, de tous. Le peer to peer. Cette interconnexion perçue par les mystiques, cette noosphère... La connexion des micro-ordinateur, dans la faille du rêve trans-frontières des hippies...

 

Echappée au code ? Une communication de sentiments, peut-être, dans la transmission virale d'images, par rapport au texte écrit, toujours incomplet et lieu d'un autre ? Mais les alluvions hippies se sont perdus pour l'heure dans les publicités New Age, les jeunes des garages sont devenus chefs d'entreprises...

 

 

Que fera retour ?

Ça part d'une haute vallée du Gange, ça va sur le Golden Gate Park, ça semble s'éteindre, ça circule dans les failles, underground, puis ça se rallume sur le quartier latin, et ça fait rebond en New-Age (cette vision holistique, cette religiosité sans la substance), et ça a vu le réseau de conscience. Où recirculera l'imaginaire psychédélique ? Comment faire faille d'attente pour la prochaine énergie utopique ? Où l'Orient de l'esprit va-t-il maintenant prendre corps ? Là où le Reich haineux de Mille ans, qui caressait un rêve hégémonique aux odeurs de surhomme a échoué par la machine et la guerre, aux Etats-Unis d'Amérique, qui sont aussi nouvelle frontière, une utopie orientale d'amitié entre tous les êtres a su conjuguer un temps rêverie sociale et amoureuse, visées spirituelles et aspiration à la liberté individuelle, utopie refrénée par le système mais dont certains phénomènes sociaux gardent des traces, et ayant favorisé peut-être l'éclosion d'une nouvelle technologie de communication qui se voulait initialement, dans son peer to peer, émancipée des institutions... Retombée en un matérialisme divin, dans une pyramide à la Teilhard de Chardin... Où se relibérera l'imagination ? Des frères franciscains immergés dans le mystère de la nature (« flower power »), aux romantiques (orientalisants et haschichins) et au New Age post-hippie... Quelle nouvelle efflorescence du sentiment d'amour et de la transcendance d'échelle ? Quel sera l'hyper-lieu du réenchantement vital ?

 

 

La ligne directrice de l'essai est la théorie de G. Durand sur le « bassin sémantique » et l'élaboration mythique (1996, Introduction à la mythodologie) : l'ère est aussi une aire, dans laquelle l'expérience « nouvelle », le fleuve, ruisselle en courants multiples aux régimes différents. Puis, dans un partage des eaux, se font partis, écoles, courants ; des confluences forment des alliances. Alors, au nom du fleuve, un mythe particulier promeut un personnage réel ou fictif qui dénomme désormais ce bassin sémantique. On aménage les rives dans une consolidation rationnelle, les deltas s'épuisent, le fleuve affaibli se divise et se laisse capter par des courants voisins.

 

l'Inde est l'inconscient de l'Occident

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 10:41
Eliade La Nuit Bengali

Eliade, La nuit bengali, 1950, ... son nom, Maitreyi, Maitri, apparaît beaucoup plus tard, après ma sortie du sanatorium... Il s'ouvre sur l'oubli et la quête, le trouble, la surprise et l'incertitude: le coup de foudre, ce contrepoint de l'arrachement originel. Un autre Absolu, la Femme, et non européenne, au piège d'une classe sociale. Et une poitrine puissante, matrice, alliage d'argile et de cire, comme on rêve, le personnage européen s'immerge là presque contre son gré, mais en quelques pages on sait déjà que la matrice sera rejointe, Maitreyi initie en se livrant non pas à lui mais à son Être. Alors qu'ils deviennent amant, dans un interdit qui pourtant ne s'impose pas, la jeune soeur, elle, accède à la psychose, leur amour est toute douleur qui protège sa voie à Elle, autre énergie de retour. Les soeurs seules savent l'être total qui se livre à lui mais auquel il se refuse encore, soumis à son interrogation, ne s'autorisant pour l'heure qu'une initiation ménagée, préservant d'autres rêves, craignant comme une chute dans le retour total, et encore soumis aux ordres du père, là-bas.

 

 

Risque essentiel du retour éliadien qui emporte soit vers l'union totale, soit vers l'effondrement, voilà l'exercice avec garde-fous que propose le maître, là est ce "risque du yoga"... La terre-mère amante, elle-même, est malade, et il faut l'enduire, même dans une fête des couleurs, car de vives douleurs l'assaillent alors qu'elle se donne, totalement, frénétiquement. Une humeur circule, l'inter-règne gémit encore aux décharges de l'inorganique, et lui doute, au lieu de compatir.

 

 

Le père de famille disparaît de jour en jour dans sa cécité. Rites de possession brutaux, cannibalisme, jalousie. La fillette tente de quitter plus radicalement son corps. Lui est alors banni par le père, la petite reprend ses esprits, mais meurt le jour du départ de l'amant... Il gagne la solitude d'un bungalow de l'Himalaya, à ... Almora, non loin de Jageshwar et ses bois de pins, loin de Chandrigar, et la flûte de Khrisna... Ils seront unis de tous leurs sens, il voudrait regarder Maitreyi droit dans les yeux, mais quels sont ces yeux de l'amour, qui seraient en amont de toute illusion ?

Eliade La Nuit Bengali
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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 14:46

 

O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedanta, p. 358:

 

 

"Souvenons-nous que Mâyâ comporte un double pouvoir: pouvoir d'obscurcissement et pouvoir de projection dispersive"

 

 

Le premier pouvoir, ou mouvement, de la Maya, le plus connu aussi, est plus négatif, privatif, il est constitution de l' illusoire réseau de limites qui nous égare en apparence, en ego, et fait écran au réel; et le second mouvement, qui participe toujours de la Maya mais en son autre pôle, par traversée de membrane, cet effet positif de la Maya est le pouvoir de "projection dispersive", par lequel rien de l'individualité n'est perdu dans la délivrance, "les éléments du corps et de l'élan vital rentrant dans la potentialité causale de l'éternelle magie supportée par le Brahman". Maya, par son principe indissociable de "projection dispersive", réorganise les éléments (de ce qui ne faisait que forme) dans la totalité de l'énergie cosmique. Maya, processus magique, est ainsi le principe des coïncidences entre ce que nous étions illusoirement et ce que nous sommes réellement, principe de continuité entre notre vie restreinte aux limites des formes dans l'existence transmigrante, et notre identité, par projection dispersive, à tout l'être absolu.

 

 

liens

Maya, réseau de limites

La Maya et l'invisibilité du Soi

Winnicott et la peur de l'effondrement du Soi

Le processus magique

Coïncidences et Compassion ?

Forme et condensation, inflammation et dispersion: deux pôles de la mort

 

 

 

le pouvoir positif de la Mâyâ
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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 15:46
illustration d'après And@rt  (fragment)

illustration d'après And@rt (fragment)

lien sur l'Atman et la notion de soi en Inde
lien sur Asraya, le corps vivant
lien sur Manas, le mental

 

Buddhi et l'organe interne selon Cankara

(d'après O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedanta, 1937)

 


Le corps vivant est défini comme Asraya, composé psycho-physique, lieu d'implantation des facultés sensibles (Indriya), point d'appui de l'action (Karman) et de la connaissance (Vijnana), dans un concept qui déborde les limites du corps individuel pour la nature entière. Le soi hindou (Atman, l'esprit) n'a pas plus besoin d'organe que d'objet; le sujet se trouve du côté de l'esprit sans s'identifier avec lui. Un vivant (Djiva) est caractérisé par l'Atman associé aux organes des sens (Indriya): le vivant est un Atman incarné.

 


L'organe est "cause instrumentale". Indriya, organe des sens, désigne les organes des 10 sens externes, 5 de perception et 5 d'action (parole, préhension, marche, excrétion, génération). On ne distingue pas cependant dans l'Ayurveda la composante sensorielle de la composante motrice de l'organe, et les Indriya sont plus que des "récepteurs" au sens biomédical moderne, mais des interfaces, des jointures, des connections entre le Djiva et la matière, les cinq éléments.

 


Buddhi (intellect, esprit), Citta (le mental), et les autres organes internes (cf. illustration), ceux du psychisme, ne sont pas le soi mais ont qualité d'organes. L'organe interne dans sa globalité appartient au corps subtil, lieu de fonctions biologiques et psychologiques, qui perdure jusqu'à la délivrance de l'âme; il est succession de formations mentales se produisant au gré des interactions de l'organe mental avec ses objets, provoquant un ébranlement de toute l'âme, une "actualisation" (au double sens d'actuel et de véritable) du corps grossier. Le corps grossier, dernière des manifestations vitales, siège des sens externes, se dissout lui à la mort.

 


L'organe interne est siège des quatre fonctions psychiques. L'activité sensible des Indriya (cf. illustration) est connectée au Manas ou "mental", "sixième sens"1, premier organe interne. Manas est caractérisé par le doute de l'activité psychique: c'est un opérateur de synthèse en contact avec la dispersion, entre consentement et indétermination.
Citta ou "élaborateur de pensée" est un des opérateurs hiérarchisés de l'organe interne. Il intègre les connaissances nouvelles et les connaissances remémorées, actualisées et enrichies ou représentées sous forme de souvenirs. Il forme des complexes dynamiques (Samskara) au hasard des associations, dans l'effort méthodique de remémoration, ou dans la clairvoyance2 (du yogin). Ces complexes appartiennent à la fois au domaine de l'objet et à celui du sujet: ils forment "un trésor d'impressions sans nombre rassemblées en totalité organique"3.
Ahamkara est producteur du Je, expérience du Moi4.
Buddhi est fonction psychique suprême, éveilleur, caractérisé par la certitude et la décision; il ne correspond pas comme Citta au domaine des idées mais à celui de la Vérité et du vouloir. "A toutes ces portes de la perception, l'organe interne, l'esprit (Buddhi) exerce sa présence illuminatrice, par "une sorte d'épanchement de la pensée elle-même": la pensée en fluide, flux, rasa dont les organes permettent l'écoulement.

 


Des organes externes d'action-perception connectés à des organes internes psychiques;
une chaîne d'organes internes sur un continuum de sensations,
le continuum d'organes fait globalité, les organes ne sont pas connectés
en parallèle dans un organisme.
Des "modules" cognitifs ??? Un flux neuronal ?? Mais flux qui s'épanche depuis l'objet jusqu'en un au-delà du corps anatomique...

 


Nous sommes confrontés d'une part à l'illusion universelle de la Maya, cette illusion cosmique dépendante du pouvoir créateur, par ces formes illusoires surimposées à un fondement réel; et d'autre part à l'erreur individuelle, illusion psychique, dépendante de l'expérience. L'analyse par l'organe interne, via les formations du Samskara où "l'illusion est mise en forme de mémoire", et la rencontre de la perception correcte nécessitent un fonctionnement harmonieux et atteignant au continu de cet organe interne, l'absence de toute fissure (Bheda), de toute solution de continuité dans cet organe interne par où l'illusion puisse insérer son propre jeu. Alors les représentations ne s'arrêtent plus en chemin mais vont jusqu'à l'objet et s'identifient à lui dans un vécu actif des processus perceptifs. L'organe interne agit, si nous atteignons à sa continuité, en démodulateur au travers du réseau de limites de la Maya, vers la reconnaissance d'une mémoire nue.

 

 

lien sur Bheda, la fissure active

 

 

notes

1. parfois associé à l'épiphyse ou "oeil pinéal"; sensibilité de l'organe interne à différents degrés d'une lumière

2. et "remémoration éclair" de Tulving, madeleine de Proust ?

3. ou aura-objet ? des équivalences représentation / perception dans la "chaîne" de l'organe interne ? depuis le réseau de limites du perceptif jusqu'à une perception pure ? La maturation du Samskara nous permet-elle d'analyser notre erreur perceptive ?

4. en lien avec la mémoire épisodique ? le Jivatman ? Ahamkara est-il l'organe interne de l'attention à soi, qui pour les cognitivistes fait défaut chez les patients souffrant de schizophrénie ? voir aussi "un atelier d'embryologie indienne"

Buddhi, l'organe interne et l'épanchement de la pensée
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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 15:17
En amont du sujet est la déesse Vâc (son, parole)

Vedâ: le son est la cause efficiente de la connaissance. Pour les théoriciens de l'hindouisme, et contrairement à ce qui prévaut en Europe depuis le XVIIIè, "l'écriture est une puissance de tromperie, (...) elle n'est pas seulement une notation du son, mais une restructuration de la parole, [et] la cause efficiente de la connaissance du sens de la phrase, c'est le son"1. Le mot vâc (parole), en sanscrit, désigne une émission de sons doués de sens, mais ne signifie pas "discours argumenté"; une faculté de langage, mais pas un langage. La nécessité du langage, et la perte de la langue parfaite (samskrita), naissent bien de la séparation d'avec la mère, et tout un devenir-femme s'ensuivra dans la traversée indienne de l'inconscient.

 


Phonologie en Inde: une "décondensation" de l'ipséité. Le sivaïsme du Cachemire et le tantrisme développeront l'idée d'une quadripartition de la parole vâk4. "Dans sa condensation progressive, la parole primordiale de Siva devient vibration sonore primordiale, puis résonance, goutte (bindu) d'énergie phonique, puis phonème (varna), et, enfin, mots". Cette cosmogonie de la parole insiste sur les aspects corporels (parole comme vue sont, dans l'humorisme indien, des fluides du corps), étroitement liés à la pratique des exercices respiratoires yoguiques, à l'activation de la kundalini; le mouvement qui va à l'inverse de la cosmogonie, retour de la Parole vers la source, est pour l'homme chemin de libération spirituelle, on peut remonter les rivières, "les paroles confluent, pareilles à des rivières, se clarifiant par la pensée au dedans du coeur"5: "la parole se donne au poète comme parole à voir".

 

 

Le cri et le chant précèdent le discours, le Veda est une masse sonore. Sarasvatî est l'une des déesses, fluviale, de la parole, de l'intelligence à expression verbale... (et des examens !). Un seul mot (Aum), ou bien une phrase mais prise comme un tout et qui fonctionne dans l'intuition (pratibhâ) comme un nom propre, dotée d'un pouvoir iconique, peut porter, outre une éventuelle parole pour communiquer, la voix intérieure, vâc, la parole qui se révèle dans l'intuition12. Remontée du fleuve, accès à la connaissance vraie: "dans l'appréhension séparée des objets, une intuition se produit qui est toute autre que la connaissance d'objets séparés13. Dans les deux sens, conclut F. Zimmermann, paroles venues du dehors ou voix intérieure, je suis toujours en position d'auditeur, et non pas de locuteur14 (position pourtant centrale en Occident).

 

 

Pour le poète et grammairien du Vè siècle Bhartrhari, "la parole se déploie à travers quatre plans de plus en plus différenciés, jusqu'aux sons perçus par l'oreille, plan des objets mondains": parole "voyante", "moyenne", et "étalée", et enfin "suprême" (parâvâk), la divinité fait apparaître l'univers en le disant, à différents niveaux correspondant chez l'homme à des phénomènes d'aperception ou de perception consciente. Au niveau de la "parole suprême" la Conscience suprême prend conscience d'elle-même et de tout ce qu'elle recèle intérieurement6, l'univers sous sa forme germinale de parole.

 

 

Enonciation et ipséité. Pour E. Benveniste  toute énonciation implique l'Autre, l'allocutaire, un rapport au monde; pour lui la subjectivité serait l'émergence dans l'être d'une propriété fondamentale du langage, cette possession du "Je" selon Kant16, cette indexicalité du langage qui constitue la subjectivité, le langage précède donc la pensée17, il n'y a pas de pensée sans parole intérieure. Le locuteur (de la parole ) n'est pas l'énonciateur (l'énonciation constitue le sujet).

 

 

Qu'est-ce qui nous fait homme, doté d'une ipséité1, voire d'une subjectivité: la capacité de parole, la pensée réflexive, l'adresse à l'autre ?

 

 

d'apres F. Zimmermann, séminaire Vâc, EHESS, Philosophindia

 

 

 

 

notes et développements: lien

 

 

la non-parole maternelle et la porte du délire: un langage au corps
. mère, langage, délire: toucher la chose
. la langue en pulsion à la jonction du corps génétique et du  corps culturel
 
pensée préverbale, apophatisme et poésie:
les mots et la chose, apports de l'Inde ancienne

. "penser en relief":  avyapadesa, la non-énonçabilité
. émotion et émission: la déesse parole et l'ipséité


l'homme est-il "parlêtre" ou "métaréflexif" ?
les données évolutives et neurobiologiques

. comment le langage est venu à l'homme
. une folie présociale des pansynaptiques ?

 

 

 

 

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 18:20
Kali, Ananda, une histoire d'avant-hi(v)er, Peter Handke

Kali, une histoire d'avant-hiver, Peter Handke, 2007/2011. Je lus d'abord avant-hier. Traduit par G.-A. Goldschmidt. "Vous avez été notre chanteuse d'avant-hiver. Après vous il ne nous reste que le chemin du retour. Maudit chemin du retour. Même vers mon hangar à bateaux au bord du fleuve. Mes parents étaient des Indiens. Ah si j'étais un Indien, je saurais où aller, matin comme soir, jour comme nuit". Tenterait-elle aussi de retrouver un enfant disparu ? Notre entre-temps est terminé, temps de purification, tu m'as trouvé. "N'aie crainte, je ne vais pas chanter ici. Ou seulement en des temps sanctifiés". Ananda. Quiproquo. Kali n'est que le sel de la mine... De la tentative de l'Inde, jusqu'à Luang-Prabang, là-bas l'aujourd'hui pousse en flèche sur le hier. Kali n'est pas une histoire d'avant-hier: c'est une femme pleine, qui me découvre par ma librairie, et dont nous sommes tous, amants, impossibles amis, éternellement le violon en flammes: atteinte de la jouissance, mais il faudrait écouter toute la ballade, qui n'est pas écrite, cette voix n'a pas de parole. Et tout cela dans son style, au sein duquel on ne peut qu'intervenir. Intervenir: ce qui nous est toujours refusé, si l'on reste sur la montagne de sel. Kali est l'émigration "vers ses deux mains droites" de l'homme au seul; mais la femme est sur la même barge, et elle seule regarde en plein le fleuve. Qu'est-ce que j'entends d'elle ? Promesse de chacun de ceux qui crient à soi-même ? Eclat de colère, bouteille de vin fracassée sur la table ? Faut-il que je l'appelle chanteuse, ou bien crieuse ? J'entendis mieux le bris et l'ensanglantement, que sa chanson; dès son entrée sur scène c'est pourtant essentiellement en tant que musicienne qu'elle a agi sur moi, en jouant, pas tant pour nous, que rien que pour le jeu; maintenant, à compter de son final, elle ne sera plus une musicienne, elle ne sera plus, jusqu'à la fin de l'histoire, que celle-ci ou cette autre. Et c'est bien une femme comme il n'y en eut jamais qu'une; si vite passée pour aller dans la loge, on sent, après-coup, après-coup seulement, qu'elle ne perd rien de vue; autrement comment aurait-elle pu me voir, moi, ce quelque chose que l'un des techniciens de scène a fait tomber ? Elle fit son apparition en habit de ville, et elle disparut en prostituée. Elle attend sans attendre.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 14:38
photo@tramadoc

photo@tramadoc

Aujourd'hui les religions voudraient imposer des codes de conduite morale, et porter justification d'actions qui répondraient à des catégories du "bien" ou du "mal". Mais selon les Upanishads, (7è ou 6è siècle avant notre ère, et donc antérieures sans doute aux "religions du livre" qui tendraient à imposer ces codes de conduite), on peut avancer que Dieu n'a pas d'affect. Ceci est à mettre en contradiction avec la perspective augustinienne de l'occident chrétien, selon laquelle Dieu est Bien, secondairement corrompu en Mal par l'homme, comme avec la théorie freudienne, dans laquelle pulsions de vie et pulsion de mort pourraient être entremêlées:

 

 

texte discuté: histoire personnelle fragmentée en épisodes multiples 

de F. Zimmerman, Philosophindia

sur la perspective augustinienne: ou comment la négation du mal reste la ligne jaune de l'Eglise

sur la discussion de l'existence de la pulsion de mort: magie noire, magie blanche

 

 

 

Deux croyances largement partagées en Asie du Sud et de l'Est sont l'idée d'une pluralité des mondes vécus, et celle de la fragmentation de l'identité personnelle (Soi) en une pluralité d'épisodes disjoints (Moi), qui n'excluent pas l'absence de souvenir de ces expériences passées. La mémoire étant "le souvenir des états antérieurs de l'organisme" (Masson, Abrégé de neurologie), quelque chose dant le Réel intervient en support de ce souvenir, dans le registre de la représentation et dans celui de l'affect, une fois l'organisme ayant transité d'un état l'autre (samsâra). En effet, sans affect, la mémoire ne serait qu'un catalogue impersonnel de la chose, tandis que le Soi constitue sa mémoire à la charge des affects associés aux perceptions de la chose, mais en autant de représentations discontinues, discrètes. Sans doute, alors, "Dieu" est-il cette chose pleine, continue, dépourvue d'affects, contrepoint absolu de nos souvenirs, et nos affects - et les conduites "morales" qui en découlent - autant d'interprétations forcément partielles du Réel, et d'autant plus limitées qu'elles sont principalement agies par le Moi de constitution la plus récente, baigné aux bains de l'oubli qui accentuent notre finitude, notre discontinuité dans le flux de conscience: toute narrativité du Soi (âtman) est illusion, tandis que je peux conter l'histoire - fallacieuse et incomplète - du Moi (ahamkâra).

 

 

Pluralité des mondes vécus et réalités multiples sont également au coeur de la philosophie de William james, ou de la phénoménologie de Husserl comme de la sociologie phénoménologique d'A. Schültz. Le flux de conscience dans son unité première est décomposé par la réflexion, il existe tout un réseau de relations constituant l'horizon de l'objet, et toute une gamme de réductions phénoménologiques est nécessaire pour délimiter l'objet de pensée. En corrollaire, il persiste toujours des "marges" nécessaires à la connexion complète avec l'objet, avec le Réel. Schütz conçoit diverses provinces de sens qui ont leur logique propre, aucune ne pouvant à elle seule assurer la connexion complète à l'objet (et ceci n'est qu'une expression autre du théorème d'incomplétude de K. Gödel, qui démontra en logique que tout système cohérent est incomplet). Les provinces de sens sont des mondes finis, discrets, chacun ayant sa logique propre, dans un fond d'expérience qui lui est complet mais non structuré. Cette façon de voir, rappelle F. Zimmerman, est dominante en Inde depuis les Upanishad.

 

 

Ces marges de la pensée sont la pensée à l'état naissant, qu'aucun système logique (représentation, langage, voire dogme, etc...) ne peut épuiser: "on ne peut saisir les sons qui s'échappent d'un tambour, bien qu'on puisse saisir le tambour"; nous ne pouvons pas saisir le Soi comme un objet parmi d'autres dans le monde, mais nous pouvons le saisir à l'état naissant dans l'acte de pensée, à la lisière de la pensée. Et "ce monde-ci", la "réalité" dans laquelle nous vivons à un instant donné, encadrée de ses affects de compassion ou de haine, n'est que l'objet de notre attention et de notre croyance à cet instant.

 

 

 

 

 

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 14:35

samsara-2755.jpg

photo©tramadoc

 

Vienne ne fut-elle finalement qu'un organe de l'inconscient qui se retentait sans l'avouer à son corps tissulaire, "Christophe Freud redécouvrant le passage vers l'Inde", comme le dit joliment B. Breytenbach...? Les analystes anglo-saxons qui prolongèrent l'oeuvre de Freud, eux, ne renièrent pas les apports "orientaux" (Winnicott, Bion, et aussi en France A. Green (http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-27946571.html) en une époque où l'on pouvait parfois clamer "l'ashram plutôt que la psychanalyse". Aujourd'hui, Francis Zimmerman, indianiste à l'EHESS, dialogue avec les philosophes indiens contemporains sur le concept de Soi, ou "autrui dans le monde des vivants" (http://ehess.philosophindia.fr/philosophie/80/).

 

On peut penser que la  position de principe de Freud contre le "sentiment océanique", l'occultisme, le mysticisme, etc... était moins une position personnelle qu'une stratégie, l'adhésion à ces concepts par trop "orientaux" et "non scientifiques" auraient pu alors contrarier l'érection de la psychanalyse en science, objectif de Freud, qui était pourtant lui-même perméable à ces influences.



Par ailleurs l'interrogation est toujours actuelle sur l'existence d'un des postulats-clés - mais tardif, et survenant dans un contexte historique tragique - de Freud, la pulsion de mort. L'étude de sa réception dans le sous-continent indien (Bose), qui est aussi celui de Shiva, créateur et destructeur composite, comme Freud entrelaça pulsion de vie et pulsion de mort, permettrait peut-être d'avancer sur le caractère intrinsèque à la psyché, ou bien sur le déterminisme culturel, de cette "pulsion", et de discuter plus avant la question de l'universalisme supposé de la théorie freudienne versus l'impact des limites culturelles.

 


Ce qui renvoie aussi, dans cette douleur et cette jouissance mélées de l'expulsion lors de l'accouchement, au pays de la "terre-mère", à ce "désir d'être femme" en strate profonde de la psyché, concept passionnant que nous livre la théorie de Bose, et que l'on peut associer avec les développements de P. Sloterdijk autour des sphères primordiales, en particulier autour du plus refoulé peut-être de notre être, le placenta, et par-delà à l'exploration des "pensées archaïques" que tentent actuellement certains analystes kleiniens ou winnicottiens, bien en amont de l'Oedipe et des situations patriarcales...

 

 


- mouvement de la psychanalyse vers et en Inde -

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 14:18

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Le professeur Francis Zimmerman poursuit, d'un séminaire l'autre à l'EHESS, sa passionnante exploration de la philosophie en Inde, et affute les outils permettant d'appréhender le merveilleux comme la structure de ce monde à facettes. Après avoir développé le caractère humoral (rasique) de la cosmogonie indienne, et la notion de maitri (ou "amitié entre les vivants", qui transcende les limite arbitraires et occidentales des règnes), après avoir discuté - de son point de vue de sanskritique - les théories du langage, et comment "le mot touche la chose" sans jamais pouvoir la décrire totalement, il donne maintenant, dans son séminaire sur la pluralité des mondes vécus, un "atelier d'embryologie indienne" qui expose d'une façon lumineuse le processus de réincarnation à l'oeuvre dans le samsâra, qui n'implique pas la transmigration du moi, mais permet la compréhension du soi. L'ensemble peut-être retrouvé au travers du "kaléïdoscope" de son site, dont l'arborescence et les feuillets sont les plus à même de rendre compte de la structure en abîme du réel de l'Asie du Sud:

 

http://ehess.philosophindia.org

 

 

 

 

 

PAROLE / MOELLE / OS

Le professeur nous avait bien expliqué déjà le principe de cette catégorie de signifiants, qui décrit comme un "plan d'inférence" deleuzien dans le mille-feuilles du Réel: dans la tradition brahmanique, l'os (asthi) est le produit cristallisé, solidifié, le reste sacrificiel du principe spirituel de la parole (vâc), dont la composante corporelle active, liquide, humorale est la moelle (majjâ).

 

DOCTRINE DES CINQ FEUX DU SAMSÂRA

Mais voilà que les choses s'éclaircissent, par surgissements, comme en sont coutumiers les auditeurs du séminaire: "à la cinquième offrande", celle qui correspond à proprement parler au phénomène embryologique, à la réincarnation, dans la dernière étape du samsarâ, "les eaux ont la parole comme l'homme" (chandogyaUpanisad V 3-10.pdf): l'être qui meurt transite par les cinq feux sacrificiels du cycle du samsâra, à chaque feu correspond un reste (dévotion du mourant incinéré, soma, eau, nourriture, semence, et embryon), entre ces différents plans d'organisation de la matière dans lesquels transite le soi, et dont le langage dans sa prolifération, son expansion, n'est qu'une tentative toujours incomplète de description des facettes de l'être, approche tout au plus d'un moi. L''être réel, le soi, est cette eau, cette moelle qui circule entre les plans, l'eau-homme du cinquième feu, l'embryon à nouveau nageant mais dans ses membranes. L'être existe bien pleinement dans son origine à chaque passage d'état, puis s'éloigne de lui-même ("du rendez-vous avec lui-même", dit le professeur) dans la tentative de construction de son objet, et de la description de cet objet  par la tentative du langage. L'os est tentative ontologique de l'être, la moelle son réel, la parole sa profusion incompétente (sauf peut-être au prix du langage psychotique qui abolit les interdits de la logique, ou à celui originaire des rishis qui, voyant le monde, furent capables de l'écrire).

 

 

Samsâra est bien, au cinquième saut de mondes, réincarnation; et alors se repose la question que les philosophes ocidentaux (voir Sphères de P. Sloterdijk) se posent encore trop souvent en termes de compartiments fermés: "why the "other world", in spite of so many creatures dying and passing into it, does not become full, that is, how and why there is return from that world into this earthly sphere. In the sacrificial language of the Brahmanas, we learnt that man, in this return, has to pass through five stages of transformations: deceased man, "sacrified" in "that world" as faith; then he becomes soma, rain, food, semen, from which he will again arise as a human being" (W. Halbfass, Explorations in Indian Thought, cité par FZ). Sais-tu comment l'autre monde ne finit pas par se remplir ? interroge la Chandogya-Upanisad; si l'on peut voir une cybernétique du Samsarâ, la thanatosphère y est bien un système ouvert1

 

 

Entre les cinq feux, autant de sauts, autant de "Lethe" pour "ceux qui ne savent pas ainsi", autant de solutions de continuité du moi qui font douter de la permanence d'un soi, la mémoire n'étant que le souvenir antérieur d'un organisme, et les langages s'attelant, tentant de combiner les interdits de leurs logiques respectives, à franchir ces passages d'oubli. Pourtant, entre ces vies distinctes et momentanées que traverse le soi, il y a une "solidarité" naturelle (maitri) sans qu'il soit besoin de postuler une identité ni une permanence; un corps vivant doué de sensori-motricité renaît, "Nom-et-forme" (nâma-rûpa), dans un autre Nom-et-forme, et il y a solidarité entre la graine et le fruit. La transmigration des âmes pose le principe d'une "continuité scindée par un clivage qui n'abolit pas les mécanismes du souvenir et de la reconnaissance de soi2, mais les distribue entre des "soi" distincts, dont chacun est le pôle d'identification d'une conscience" (J. Locke, Identité et différence. l'invention de la conscience, cité par FZ). "Nothing but a participation of the same continued life, by constantly fleeting particles of matter, in succession vitally united to the same organized body. He shall place the identity of man in anything else, but (...) will find it hard to make an embryo, one of years, mad and sober, the same man; (...) the same individual spirit may be united to different bodies, it will be possible that those men, living in distant ages, may have been the same man3. (...) Personal identity (is) preserved in something else than identity of substance4." (J. Locke, op. cit.)

 

 

 

Un seul lien de mémoire pur persisterait entre ces différents non-soi éclatés en différents plans, celui de la souffrance (de l'incarnation d'un corps l'autre) (Z. Yao, The Buddhist theory of Self-Cognition, cité par FZ). Ce qui renvoie aux tentatives phénoménologiques de resituer une trajectoire du soi dans différents noeuds de présence au monde, diachroniques, mais que le moi souffrant tente d'écrire en une histoire linéaire qui lui permettre de continuer sa marche dans le seul plan où il évolue "ici" et "maintenant". D'autres, les renonçants, tentent de se perdre dans l'anonymat pour conjurer cette souffrance et se recentrer sur leur soi.

 

 

 

A la pluralité des mondes que hante le soi répond donc une prolifération verbale des idées et des désignations par le langage dans ce plan de vie où la mémoire n'est qu'affect confus, douloureux, affectif, archaïque. Car notre identité personnelle, dans les croyances au Samsâra, est fragmentée en une pluralité d'épisodes disjoints5, que voudrait contrer l'illusion d'une narrativité du moi 6. Or, poursuit FZ, les multiples épisodes de mon histoire personnelle ne sont pas arrivés à moi tel que je me connais en cet instant; le philosophe W. James nomme sous-univers ces différents ordres de réalité que nous traversons, traversés par un même flux de conscience, et qui émerge en des marges (theory of fringes), des failles (bheda), des contrepoints de nos formes. Nous évoluons dans des provinces de sens qui sont des univers finis, discrets, aux marges desquels nous percevons partiellement, telles des existences spectrales selon la définition de M. Merleau-Ponty7, la réalité des autres provinces où nous évoluons. C'est cette façon de voir qui est dominante dans l'Inde depuis les Upanisad, ponctue FZ; nous pouvons saisir le soi à la lisière de la pensée, dans un autre système que celui qui nous est familier en europe depuis Platon et sa "distinction" entre le monde sensible et le monde intelligible. Et ainsi est soulignée la distinction cruciale entre le moi (ahamkâra), dont je peux faire la biographie, et le soi (âtman), qui n'a pas d'histoire, d'écriture.

 

 

un ligand ou une ontologie du Soi, la Cetana

 

 

 

 

 

Notes

1. "La boue de la plaine contenait bien plus d'enfants morts qu'il n'y en avait eu qui avaient eu le temps de chanter sur les buffles", M. Duras, Un barrage contre le Pacifique: et s'il fallait évaluer la thanathosphère âge par âge ? Un monde grouillant alors d'enfants morts, plus nombreux en plus bas âge, une infinité de non-nés, une multitude de still-born, de nombreux juvéniles, et, à l'extrémité de la pyramide des âges de l'"autre monde", quelques vieillards dans la gloire des mourants...

2. Là est sans doute tout le programme en cours - et l'enjeu actuel - d'une psychanalyse de l'archaïque, précédant celle des stades freudiens, répondant par exemple à l'appel des "pensées sans propriétaires" décrites par Bion.

3. cf. C. Lelouch, La belle histoire; M. Eliade, Un homme sans âge...

4. Comme dans le théorème d'incomplétude du logicien K. Gödel, un autre corps, d'une autre substance (qu'il attribue aux "anges") est nécessaire pour le développement complet de la logique, et pour permettre le cycle complet de l'individu (cf. P. Cassou-Nogues, Les démons de Gödel. Logique et folie).

5. A l'extrême, suivant V. Jankélévicz dans L'irrésistible et la nostalgie, nous nous réincarnons d'instant en instant, reconstruisant constamment la linéarité supposée de notre passé dans une interprétation permanente qu'impose notre mémoire imparfaite des états antérieurs de notre enveloppe physique, et à la logique propre des interdits de notre inconscient; certains "sauts" d'états physiques seraient simplement plus brutaux que celui du vieillissement continu organique.

6. La cure lacanienne proposant de remplacer l'impuissance de l'analysant par l'assumation de l'impossible du Réel.

7. M. Merleau-Ponty, Le visible et l'invisible.

 

 

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Published by panopteric - dans fous de l'Inde
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