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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 09:48
Psychose et espace de Calabi-Yau cognitif

Dimensions de pensée (Calabi-Yau cognitif) : sur quelle matière noire se contreforte-t-elle la césure des mots ? La pronoïa plotinienne - dont notre pensée est part ou émanation - relève-t-elle d'une énergie noire, que le philosophe disait en précurseur « supralunaire » ?! Et les « lunatiques » - pour lesquels les anglo-saxons créèrent des asiles – ont-ils accès partiel à certaines dimensions usuellement repliées d'une pensée commune mais dont chaque logique ne permet qu'une appréciation discrète ? Y-a-t-il « psychose » quand les blancs d'une logique ne chevauchent plus du tout ceux d'une autre, faisant apparaître en contour ce processus psychopathologique de K. Jaspers, d'une logique autre qui ne nous est pas accessible ?

 

 

 

Les délires correspondent à quelque chose de radicalement autre que le sens compréhensible, et c'est cette autre chose que Jaspers propose de nommer le processus: l'efficace de quelque chose d'entièrement étranger à la compréhension (La notion de processus dans la pensée psychopathologique de K. Jaspers, G. Lantéri-Laura 1962): « l'efficace de quelque chose d'entièrement étranger à cette compréhension »

 

Espace de Calabi-Yau: modèle mathématique incluant toutes les dimensions d'espace (n = 11) postulées par la théories des cordes mais "hyperenroulées"; seules 3 dimensions sont "déroulées" dans notre espace-temps

 

Matière noire: principal constituant de l'univers, invisible à la lumière, et dont la masse considérable aurait été nécessaire en tant qu'"échafaudage" pour la constitution des planètes et galaxies

 

Logique: ensemble d'interdits permettant la constitution d'un langage symbolique. Pour les cognitivistes, nous élaborons continuellement n pensées dont seules quelques unes émergent à la conscience; la "psychose" pourrait-être tentative de retour à une pensée dans une logique autre que celle que nous a imposée le langage maternel

 

Pronoïa: concept du philosophe Plotin selon lequel la pensée baigne un monde supra-lunaire dont nous ne percevons qu'une partie

 

Gödel est panenthéiste. Dieu est l'énergie noire du Multivers.

 

 

 

 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 14:45
Evaluez votre risque cardio-vasculaire !
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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 17:12

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"Comment penser l'altérité et la souffrance identitaire chez les migrants", se demandent des collègues canadiens, nous faisant découvrir les travaux d'A. Schütz et de sa sociologie phénoménologique, dans un article qui a  l'énorme qualité de refuser "d'emmurer toute la complexité de l'expérience migratoire vécue dans une "catégorie grossière d'identité ethnique", propos qui de nos jours est très réconfortant. Le propre de l'espèce Homo, depuis plus d'un million d'années, est de migrer, de s'approprier des environnements nouveaux; le phénomène d'expansion-migration ne se heurte réellement que depuis le XVIIIè siècle, avec une acmé au XXè, aux frontières des états-nations, un phénomène très récent dans l'histoire, et très transitoire sans doute espérons-le, nous  débutons bien actuellement une phase de mondialisation, avec certes des échanges qui ne sont licites pour l'heure entre les états-nations que pour les marchandises et les flux d'informations, pas pour les hommes, d'où la stigmatisation des flux migratoires par nos archéopolitiques peu enclins au panoramique historique.

 

 

 

Bref, la thèse des auteurs rejoint quelque peu la notion de pulsion migratoire ou de désir d'exil proposée par F. Benslama (Université R. Diderot), cette énergie qui constitue le sujet migrant et qui rend compte à la fois du vécu pré-migratoire, de la migration per se, puis des difficultés acculturatives. Les migrants seraient ceux-là même, au sein de leurs populations d'origine, qui seraient détenteurs de cette pulsion propre ("n'est pas migrant qui veut", celà nécessite, dit le paléodémographe J.P. Bocquet-Appel, à l'EHESS, de maîtriser dès avant le départ tous les éléments d'un calcul complexe pesant avantages et désavantages de la migration; et on peut dans la clinique des migrants observer par exemple l'extraordinaire énergie combative des rescapés de prisons politiques qui continuent ici le combat pour les droits de l'homme, commencé là-bas). Cette pulsion migratoire spécifique du migrant comporte aussi - presque par définition - des aspects "border-line", et la migration est associée en deuxième et troisième génération à un excès de pathologies de type schizophrénieles enfants du migrant étant exposés à l'ambiguité des cultures et des lieux sans plus disposer toujours eux-mêmes de l'"élan" de cette pulsion migratoire.

 

 

 

Le déracinement (induit par la pulsion migratoire qui agit le sujet) aboutit à une potentialisation du processus de naissance, les premières ruptures biologiques de la matrice-mère étant alors potentialisées par d'autres dans la migration géographique; les collègues canadiens proposent très justement d'appréhender le migrant par sa trajectoire et son projet de vie, d'aider à renouer, chez ceux qui parfois se croient "perdus en route", avec ce qu'ils sont. Il s'agit bien de restituer à la personne son projet de vie, celui-là même qui pré-existe à la migration, et qui réapparaît lors de la thérapeutique; et non comme on s'y risque dans beaucoup de structures médico-sociales aujourd'hui à  "dire" le projet de vie à la place de la personne, quand elle n'est pas en état de le formuler... Tout parcours migratoire est singulier plutôt qu'il ne le devient; il s'agit bien de mieux comprendre comment ont été vécues les différentes pertes sur cette trajectoire du sujet. Les auteurs rapportent également l'intéressant concept d'esthésie ("nouvel ensemble de sensations et de perceptions, de courant sensoriel qui meublent les conditions de vie ordinaire", de Le Breton), qui nécessite un "tuning" du patient dans son nouvel univers, similaire au "tuning empathique" nécessaire au thérapeute dans la cure du traumatisme. Leur conclusion est magnifique: le soignant doit servir d'éclaireur sur le trajet migratoire, tout comme le migrant fut l'éclaireur de son propre sujet souffrant; le soignant doit reconnaitre le résistant en marche, porteur de ses choix "à propos de ce qu'il ne veut et ne peux pas entretenir comme rapports au monde".

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 11:27

samsaraF0047.jpgDe la pharmacopée traditionnelle chinoise émerge à nouveau une innovation thérapeutique, et un espoir de traitement dans la sclérose en plaques: le fingolimod, isolé d'un champignon, est une substance analogue de la sphingosine (un "alcool gras" caractéristique d'une variété de lipides constituants les enveloppes cellulaires, et en particulier les sphingolipides de la gaine de myéline des neurones). L'atteinte de cette gaine de myéline est la caractéristique de la sclérose en plaques, mais le mécanisme des lésions de la substance blanche (que forme cette myéline dans le tissu nerveux) est inconnu, et encore classé du fait de cette ignorance  dans le tiroir des "maladies auto-immunes".

 

Le champignon Isaria sinclairii dont est isolée la molécule est un entomopathogène: infectant des larves d'insecte, il les tue et s'y développe en une arborescence caractéristique au-dessus de la larve morte, qui le fait désigner en chinois par l'image "insecte l'hiver-plante l'été"; il évoque la déterritorialisation des règnes par Deleuze dans son complexe orchidée-guêpe par exemple, ou plus simplement une autre possibilité de métamorphose que celle à laquelle nous croyions être destinés. Ce champignon est d'ailleurs utilisé en pharmacopée chinoise comme remède d'"éternelle jeunesse".

 

Les essais cliniques récents montrent une efficacité plus grande de ce nouveau médicament que de la référence actuelle, l'interféron-béta, sur la fréquence des poussées et l'évolution de la maladie. Abaissant la fréquence cardiaque, il nécessite cependant une surveillance cardiologique. Les immunologistes observent que le fingolimod entraine la dégradation des "récepteurs membranaires couplés à la protéine G", des dispositifs d'activation cellulaire usuels chez les vertébrés supérieurs. Par ce mécanisme, ils pourrait bloquer l'émigration à partir du thymus et des ganglions lymphatiques, vers la lymphe, le sang et les organes, des lymphocytes T "de réserve". Ce mécanisme indirect a été étudié dans le cadre de l'hypothèse "autorisée" dys-immunitaire de la sclérose en plaques, mais une action directe sur la gaine de myéline est cependant également probable du fait de la nature chimique du fingolimod

 

Une histoire presque magique. Isolée d'un champignon au pouvoir de moduler le devenir-papillon de la chrysalide, au projet de nous faire traverser les formes qui nous enserrent, cette "nouvelle" molécule est un bel espoir d'échappée des patients jusqu'ici enfermés dans un diagnostic de "sclérose en plaques" et qui pouvait semblait inexorable. Une maladie sans cause connue qui bénéficie d'un traitement à l'action elle aussi mal expliquée en physiopathologie conventionnelle, mais qui perpétue une connaissance et un usage empiriques attestés. L'occultisme auto-immun, lui, essaie encore de se raccrocher au wagon.

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 19:59

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Mémoire comme génétique sont dépendants de la plasticité du sujet. La vieillesse est un temps d'expériences inédites, mais son sociétal actuel est tentative euthanasique biopolitique, par l'enfermement des "sans-plus-de-force-de-travail". Quelle est la part de la fibrille, quelle est la part de la relégation sociale dans la "maladie" d'Alzheimer, ce caveau d'un environnement ? Chacun dispose, dans une globalité oxydable, d'une part de lui en dehors du temps physique, et le vieillissement est d'abord changement d'usage dans la gamme des temps, avant d'être perte d'une mémoire. On ne sait pas comment on va vieillir, et cela soulève une angoisse nouvelle, en creux dans celle de la mort: le vieillissement est la forme la plus réelle de la castration. Le vieillard ne revendique plus l'intégralité, il admet l'homme-sans, cette tension inhérente au fait de vivre, mais cherche à justifier sa propre sculpture; à se relier aux objets, même devenus internes, sachant qu'aucun fini ne peut faire terme. Comment s'étayer sur sa propre mort, expansive, ou, dans une posture mélancolique, se condenser sur ce seul interne ? Un colloque s'est érigé résolument pour endiguer la dé-liaison: "à  moi vous êtes utile", dira demain le psychanalyste au vieux, baignant dans un contre-transfert nouveau; un seuil du corps à traverser, une psychanalyse peut-être - une métaphysique certainement - du bonheur, au risque du vieillir. Mais règne et hante encore l'horreur des proches que l'on se cache toujours: vieillir, cette altérité fondamentale encore.


 

réflexions autour du

 Colloque international transdisciplinaire Dynamiques du vieillissement
Université Denis Diderot Paris 7,
15-17 mars 2012

 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 21:34

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Pour l'Inde comme pour les stoïciens, la vie se définit par la capacité au mouvement, actif comme passif: la cohésion tissulaire qui permet le transport, et non l'organe différencié, est donc la caractéristique du vivant; ainsi le corps de la personne paralysée pourra être mu par son auxiliaire de vie qui compensera la fonction de ses organes déficients; et ainsi doit pouvoir être remis également en mouvement par une aide extérieure le fonctionnement psychique de la personne atteinte de pathologie mentale du fait de la maladie ou de l'âge, pourvu que la cohésivité du tissu social soit préservée par un réseau d'interventions autour d'elle. Vivre c'est bien bouger; mais au contraire écrire le corps de l'autre, l'enfermer dans une coque qui l'isole du social, lui imposer des conduites normatives dont il n'a pas exprimé le souhait, c'est le faire mourir. Nous maltraitons nos aînés dans les maisons de « retraite ».

 

 

Si le mouvement physique est connu pour sa capacité à éloigner la « grande faucheuse1 », le mouvement psychique doit pouvoir être sauvegardé et réactivé, de façon à ce que la personne âgée un jour « quitte un monde, peut-être, mais quitte un monde redevenu commun »2, dans la brillance préservée des mourants. Un lien à ne pas déconstruire autour de la personne vieillissante aujourd'hui enfermée en institution, comme autrefois le furent les lépreux puis les fous, reléguée socialement comme le sont aussi aujourd'hui les étrangers et autres « sans », ce « sans » et cette finitude qui sont pourtant caractéristiques de l'espèce humaine3. Ce lien à renouer qui permettra à nouveau le mouvement psychique en recirculant la douleur au collectif, plutôt qu'en condamnant la personne âgée, privée de désir sur le monde extérieur, au mouvement hypochondriaque focalisé sur ses organes. La douleur est bien de  l'ordre de cet impératif que décrivait Freud, et, rongeant toujours à la limite du sujet, ce courant, ce rasa doit être « circulé » pour faire retour à la nature d'où la déliaison l'a fait émerger; et il y a bien, suivant Deleuze et Guattari4, deux façons de mourir, une mort condensation, coque de la douleur chronique, non circulante, et une mort-expansion, mort-folie peut-être, passage trop violent au réel qui blesse peut-être, mais mort en excès plutôt qu'en carence de liaison au réel. Vieillir est mouvement, les tissus s'y offrent plus volontiers au rasa douleur qu'auparavant sans doute dans l'existence, mais la collectivité a aujourd'hui pour mission  morale - comme  pour intérêt bien-pensé - de pousser la fréquence de ce rasa douleur vers celui de la compassion, cette karuna qui est l'autre mot ou l'autre pôle de la douleur: le lien, et le care.

 

 

 

 

1. http://www.bmj.com/content/339/bmj.b4236

2. O. Douville, Mémoire mélancolique de la personne âgée, in Colloque Dynamiques du vieillissement, Université Paris Diderot, 15-17 mars 2012

3. M. Crowley, L'homme-sans, politiques de la finitude, Lignes, 2009

4. G. Deleuze et F. Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ? PUF

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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 18:17

"Des siècles de judéo-christianisme et de... platonicisme ont acclimaté un sentiment de l'unicité, de la responsabilité, de l'âme comme sujet et comme objet d'éternité. (...) Mais le citoyen d'Athènes, le Grec de l'Antiquité, se pensait lui-même directement à l'intérieur du tissu social. (...) Comment dire à des Athéniens, en espérant soi-même rester en vie, que la Cité n'est pas l'Alpha et l'Omega" ?

(Introduction de J. Cazeaux à La République de Platon, texte qu'il nous rappelle globalement contemporain de Confucius
(Platon: -427, environ - 347))
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Unicité de l'âme et individuation d'organes: de Platon en Galien...

Tissu social, tissu corporel et âme s'interpénétraient avant Socrate et étaient circulés des mêmes Rasa; Platon théorisa l'unicité-individualité de l'âme, puis Galien, deux siècles plus tard, admettra - au moins sur un plan didactique, mais dans cette ouverture là se précipiteront tous les théoriciens du corps-machine, et tous les tenants de la méthode anatomo-pathologique de notre XVIIIè, substrat du biopolitique - admettra le corps composé d'organes distincts, sièges des différentes fonctions: la machine, clivée de l'âme, était prête pour la mise en pièces...


L'Eternité, ou l'absolu de l'être (Epilogue, scène 2):

"L'éternité est difficile pour un composé multiple qui n'aurait pas une parfaite composition - ce qui est justement, à nos yeux, le cas de l'âme".

Le citoyen grec de l'époque présocratique admettait en effet trois parties à l'âme, raison, agressivité et désir; Platon, préfigurant la logique conjonctive des stoïciens (dans laquelle tous les éléments d'une proposition doivent être vrais pour que la proposition elle-même soit vraie) conditionne l'éternité de l'âme à l'adéquation de ses trois composantes; alors l'âme peut-elle prétendre à un statut autonome, éternel, voire divin, et non plus dépendant d'interactions entre parties, et avec d'autres composantes, tissulaires, de l'individu. Il est difficile également de ne pas évoquer ici l'"accord universel" des physiciens grecs, résultant de la proportion respectée entre les éléments, cette parenté, du même au même, qui découle d'une proximité entre les choses; cette proximité-amitié qui gagne, contagieuse, les éléments en proportion.


"C'est à tout principe de mort et de corruption que s'identifie le mal; et au principe de conservation et de valeur positive, le bien. (...) Pensons que l'âme est alors chose immortelle et qu'elle a le pouvoir d'admettre tous les maux et tous les biens, (...) nous ferons constamment métier de la justice et de sa compagne, la maîtrise de soi. Nous aurons alors l'amitié de nous-mêmes et de la divinité".


"Maîtrise de soi": une appropiation à soi-même, "oïkeoisis" stoïcienne et conjonction de l'Inde ancienne ?
Un "au-delà du bien et du mal" qui permet de "lâcher prise" et de vivre connecté à l'instant ?
Mais par delà ces thématiques d'un vivant conjonctif et tissulaire, global, d'une approche holistique du sujet tels que l'appréhendaient les présocratiques ou l'Inde antique, se morcelle chez Platon le lien du sujet au monde, au milieu social comme à la Nature...


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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 13:11
G.M. Edelman, dans Biologie de la conscience3, nous prévient bien que le cartésianisme est nul et non avenu, puisque, s'appuyant uniquement sur le raisonnement conscient, il présente forcément des solutions de continuité entre les arguments qu'il prétend articuler. Réfutation d'emblée, donc, du dualisme, au profit d'un monisme, certes, mais  d'un monisme matérialiste: nous sommes dans les mêmes pas que J.P. Changeux dans L'homme neuronal, ou même que S. Freud à l'époque d'Esquisse d'une psychologie scientifique, l'époque de la "Neurotica". Freud, jugeant que les connaissances physiologiques de l'époque étaient trop parcellaires pour comprendre la psyché, eut rapidement le mérite de "décrocher", de remettre, de tester d'autres hypothèses, de se départir des réseaux neuronaux balbutiants de la science de l'époque: son abandon de la physiologie fut un  outil de travail scientifique mais qui ne portait pas jugement sur le corps. Aujourd'hui les neurobiologistes, forts de l'imagerie cérébrale et du spin de l'hydrogène, pensent pouvoir raccrocher tout sursaut de l'esprit à une péripétie du soma. Et sans doute faut-il bien en effet se raccrocher, re-connecter corps et âme, osciller entre la chirurgie brutale de l'inconscient et le voyage flottant dans la secte éthérée, donner une légitimité à l'inconscient, oui, mais sans doute pas dans cette perspective évolutionniste, teilhardienne2, qui donne à un dessein intelligent la main-mise sur l'esprit: oui nous pensons avec notre corps, mais cette pensée n'est pas le déploiement d'un programme anatomique.


l'oubli des cartésiens et l'interrogation des stoïciens

La logique, plutôt que génée par l'inconscient,  ne reléverait-elle pas plutôt pleinement de ce dernier ? La logique n'est pas fondamentalement règle d'association, mais bien règle d'interdiction, d'exclusion de certaines associations, et ainsi guide dans un chaos inorganisé d'événements, qui, contigus, préteraient à l'invasion de l'individu, à sa porosité totale: à la folie-douleur de l'excès d'information. L'inconscient, logique d'un surmoi mathématique1, alors même que le cartésianisme associe, et peut être même la conjonction stoïcienne... Dans cette "conjonctive", tous les éléments de la proposition sans exception doivent être exacts pour que la proposition soit vraie: mais l'inconscient "touche-t-il" à la proposition ? Des éléments oubliés existent-ils toujours en tant qu'éléments de la proposition ? En résumé, les chemins d'exclusion de la logique passent-ils par les béances, les morts de l'inconscient, ces absences impalpables que le monisme matérialiste cognitiviste ne peut maîtriser ni même conceptualiser ? La logique est bien restreinte par nos sens au conscient, mais elle est dessinée, sculptée, par l'inconscient, ce médium de la vie et de la mort, elle n'est pas royaume du corps; elle s'articule dans un temps sans fin, mais est pourtant conjonctive dans un temps à facettes.



la cosmogonie fixée des matérialistes: le lamarckisme du souvenir

Nos cosmologies modernes sont devenues scientifiques, nous dit encore G.M. Edelman. Le sont-elles à ce point qu'elles auraient effacé les autres, et que ces autres n'auraient pas le droit à l'appellation de "scientifiques", et pourtant déjà hypothèses sur le monde à partir de l'analyse d'événements encore incompréhensibles, cycles des astres ou angoisse de la mort, et hypothèses ensuite réfutées à la lumière de nouvelles découvertes ? Y-a-t-il des sociétés "primitives" enfermées dans un culte d'une cosmogonie fixée (animiste comme matérialiste) et des sociétés "scientifiques" ou la cosmogonie évolue par essais-erreurs ? "La mémoire est le souvenir d'un état antérieur d'un organisme", nous disent pourtant les neurologues, l'évolutionnisme n'est donc pas purement somatique, mais regard sur nous-mêmes de cet autre que nous étions, sans que ce jugement ne vienne graver quelqu'organe, "lamarckisme du souvenir" vers lequel tend à nous conduire Edelman. Nous fûmes un état antérieur et rien ne nous le prouve pourtant, sauf l'esprit... La mémoire est évolutive et sélective, renchérit Edelman, qu'elle soit immunologique, génétique, neurologique, etc... Nous sommes façonnés de nos souvenirs, mais de quelle nature est donc ce façonnage ? Epigénétique, il ne soumet donc pas le soma de notre descendance à ses règles: notre façonnage mnésique échappe au darwinisme et génère un carambolage d'individus au sein et en dehors de notre lignée généalogique: la mémoire échappe au clan pour façonner l'humain libéré des cicatrices de la généalogie comme de celles des frontières des groupes et des nations. Et l'IRM4 n'y voit "que pouic", comme Freud sut ou dut l'admettre.


la rupture de symétrie s'inscrit dans l'Etre

La symétrie règne dans le champ entropique de la physique, dans cette cosmologie actuelle du "Big-bang", matière et antimatière s'organisent, le temps s'épand calmement. Mais l'organique s'est échappé de cette physique en inventant la vie et la mort. Comme la logique est sous-tendue d'oubli et d'interdit disparus, l'Etre est guidé par la mort-qui-pousse, l'erreur physique de la mort fait échapper l'invisible aux équations les plus aigües, le principe de symétrie ne permet plus tout les calculs, la rupture de symétrie s'inscrit dans l'Etre, le système neurologique ne peut que fonctionner en système de fixation des oublis et des erreurs, ces oublis et ces erreurs sont premiers, et nous poussent - mais par derrière - vers la force unificatrice, ce "graal" que les physiciens et tous les monismes matérialistes cherchent par devant... Il est en chacun de nous des registres inaccessibles à la physique de la symétrie, des "cimetières des livres oubliés"5.


Je ne sais de qui je tiens mémoire de mon passé,
Autre je fus alors - ni ne me connais
En éprouvant avec mon âme
Celle étrangère que le souvenir m'apporte.
D'un jour à l'autre nous nous désertons.
Rien de certain à nous-mêmes ne nous unit,
Nous sommes qui nous sommes et c'est
Chose vue du dedans ce que nous fûmes.


Alvaro de Campos
cité par Octavio Paz
 in
Fernando Pessoa, l'inconnu personnel
 traduction Roger Munier, Fata Morgana, 1998



Chacun fait son voyage avec ses ingrédients propres,
mais pourtant, dans tout voyage, il y a des tentations de rencontres, parfois des rencontres,
il y a un mouvement qui tend à vous décentrer, à vous sortir de vous et qui parfois y parvient.


M.-R. Moro
Partir, migrer, l'éloge du détour
La pensée sauvage, 2008





1. Sans doute trouve-t-on chez A. Badiou, dans L'Etre et l'Evénement, un développement de cette théorie du surmoi mathématique.
2. Ces repliements successifs du soma qui, au cours de l'évolution, permettent par sauts le déploiement progressif de la conscience, passages brutaux d'un état stable à un nouvel état stable, et la noosphère - la supraconscience aurobindienne - au bout du chemin divin.
3. G. M. Edelman, Biologie de la conscience, Odile Jacob, Paris, 1992
4. Imagerie par résonance magnétique, méthode de visualisation de l'activation de zônes cérébrales et dont le développement est à l'origine du rebond cognitiviste en psychologie. Elle permet d'établir des corrélations
entre l'activation de telle ou telle zône du cerveau et une  activité physique ou mentale donnée, et tente d'en conclure des relations de cause-à-effet, rêve des tenants du DSM-IV, phrénologie des temps modernes...
5. C. L. Zafon, L'ombre du vent, Grasset, 2001
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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 20:07

Galien tombait à pic en son nouveau dictionnaire des termes techniques de médecine. De médecine ? Non, car Galien se préoccupait, lui, des maladies. Et ce n'est pas simple exercice de style.


Galien et les médecins ayurvédiques se rencontrèrent. Où et comment, nul ne sait, et l'on parle donc d'étonnantes similitudes entre les deux doctrines médicales qui peut-être n'en étaient qu'une. Médecin conjonctif à la nature, Galien introduit cependant une notion qui ne se retrouve pas dans la médecine traditionnelle de l'Inde: l'organe. La médecine ayurvédique reste celle des tissus et des rasas (humeurs), Galien distingue en outre des organes en tant que supports des activités (l'oeil est le support de la vision):

Je donne le nom d'"organe" à un secteur de l'être vivant capable d'accomplir une activité.

On dépasse la simple résonance avec la nature et on aborde l'influence sur cette dernière. Toute une définition de la maladie suit alors. Tout un débat enfle, car les médecins ne s'accordent pas: faut-il considérer le corps et son atteinte, ou faut-il considérer l'activité et sa perturbation, pour parler de maladie ? Pour Galien, le débat lexical qui fait alors rage (entre ceux qui pensent que les dispositions physiques des corps sont les états maladifs et ceux qui croient qu'ils se constituent dans les nuisances infligées aux activités) est cependant superficiel car c'est l'appréhension globale de la maladie, dans ses causes, ses atteintes physiques, ses conséquences, qui est fondamentale pour le médecin:

... la disposition physique est la cause, tandis que l'activité est l'effet de la disposition physique (...) (Cependant) bien guérir les maladies dépend non pas des termes, mais de la juste appréhension des choses.

Et les méprises de certains médecins ont une cause unique, le non-entraînement à la méthode logique, qui fait parfois privilégier l'expérience, et parfois le raisonnement, au détriment d'une connaissance "globale":

... quand à l'occasion il leur manque une connaissance sur une chose très importante, ils se figurent qu'il leur manque la connaissance d'un terme.



"Tout est là" pour Galien: appliquer un traitement qui s'apuie sur une conception globale de la maladie, et non se demander quelle fraction de l'ensemble (cause / atteinte / activité) choisir comme siège de la maladie; la santé en proposition conjonctive dont une seule proposition altérée altère l'ensemble, suivant les stoïciens1.



Le handicap en maladie du mouvement, ce mouvement qui, actif ou même passif pour les stoïciens
, est caractéristique de vie. La maladie en altération du mouvement:

Et s'il est vrai que le mouvement volontaire c'est la bonne santé, la maladie, je suppose, sera peut-être la convulsion, la palpitation, la paralysie, le tremblement, et, pour résumer, tout ce qui supprime complétement le mouvement volontaire ou bien l'entrave en quelque manière.


La maladie ou la santé en conjonctive vraie, en conjonction (causale - anatomique - conséquente), n'est pas, quel que soit la virulence du débat, quelle que soit l'époque du débat, simple disposition physique, ni simple nuisance à telle ou telle activité; la maladie est concomitance entre cause, disposition physique et conséquence2. Mais comme, dit-il, "personne ne soigne la claudication", mais bien sa cause, l'inflammation, comme, donc, la thérapeutique concerne bien la disposition physique et non le symptôme, cette perturbation de l'activité, comme son rôle de maître est d'enseigner la thérapeutique à des disciples, et dans une perspective didactique, "toutefois, il sera sans doute nécessaire d'attribuer aux choses des termes". Et, comme à regret, craignant de porter atteinte à l'unicité d'un concept qu'il convient d'atteindre par la compréhension et non par la rhétorique, il déclare: "que la disposition physique qui entrave l'activité reçoive donc le terme de "maladie"; tout ce qui lui est consécutif, celui de "symptôme"; ce qui en est l'ouvrier, celui de "cause". Les craintes du maître étaient fondées: le monde occidental alors naissant se focalisera à outrance sur la disposition physique...


Notre propos était momentanément de corriger l'ignorance de ceux qui ne connaissent pas le nombre total des contiguïtés dans le présent sujet.



Les législateurs de 2005, redéfinissant le handicap, non plus sur la base de la pathologie de tel ou tel organe ou de telle ou telle atteinte de l'intégrité corporelle, mais en termes de déficiences dans les activités de la personne, s'éloignent d'une techno-médecine restreinte au  corps pour retrouver, par delà le tournant anatomo-pathologique du XVIIIè siècle, une dimension globale de la santé. Le traitement social étend la définition de la maladie au symptôme, au risque cette fois peut-être de "snober" l'atteinte physique. Sans vouloir, sans doute, s'arroger l'accès à la connaissance globale de la maladie, cette intuition du médecin conjonctif, rebelle à toute "evidence based medicine", le traitement social se donne-t-il cependant en outil du biopolitique, les victimes supplantant les malades ?


Retour au moment conjonctif de la médecine:

Galien
Méthode de traitement
Gallimard, 2009

Traduction intégrale et inédite du grec par Jacques Boulogne




sur le corps sans organes: le corps, un volume en perpétuel effritement

sur la conception ayurvédique tissulaire et les rasas: RASA, le suc des poètes
sur la méthode logique: magie, homéopathie, eucharistie
sur le mouvement en définition du vivant: mais où est la pierre ?
sur la loi 2005 sur l'égalité des chances et le handicap: lien






1. La santé, phénomène social total, n'abordera que la causalité de la maladie, sans considérer dans une même équation toute la chaîne causale et conséquente comme le faisaient Galien et les médecins ayurvédiques.
2. Galien, précurseur en celà de Ch. Nicolle, envisage  même l'existence de maladies cliniquement "muettes", sans conséquences fonctionnelles...
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 21:28
L'immunologie, ou la science qui inventa l'invasion par l'intérieur pour pouvoir exister




Sclérose en plaques (SEP):"auto-Anticorps" anti-myéline (contre la gaine)

Lupus érythémateux disséminé (LED): "auto-Anticorps" anti-nucléaires (contre le code)

Et gaine et code forment bien le "corps"...




On débattait autour de ces différents "modèles" de maladies "auto-immunes": émergence de cellules ou d'anticorps dirigés contre le "soi", antigènes du "soi" démasqués de leurs "sanctuaires" normalement impénétrables par le système immunitaire (oeil, système nerveux, gonades), ou agression induite indirectement, par réactions croisées, des anticorps induits par des germes particuliers reconnaissant aussi des motifs antigéniques du "soi" ?
On construisait, alors, l'agression à partir d'un intérieur. 1983. De  cette "auto-immunité" prétendue  on passa à l'agression réelle, et bien de l'extérieur (donc): le VIH. Car vint l'agression du virus du SIDA au coeur même du système immunitaire (cellules dendritiques, macrophages, lymphocytes T CD4+). Alors érigée en science, l'immunologie y perdit son aura clinique un peu mystérieuse, et de laquelle se réclamaient de pseudo-mandarins "internistes", qui durent céder de leur morgue aux biologistes.


Mais cette mort venue de l'extérieur augmentait bel et bien celle de l'intérieur, et les cellules mortes par apotose, ce suicide en conditions défavorables, survivent "karmiquement" par leurs antigènes internes, maintenant exposés en surface des cellules "nettoyeuses" ayant phagocyté leurs fragments; c'est bien aujourd'hui l'intérieur agressé qui s'exprime: des "auto-anticorps" peuvent bien alors se former par reconnaissance de ces motifs autrefois internes... mais ils n'intéressent plus personne, ayant perdu leur mystère, et leur nom, dans  ce vivant "deleuzien" caractérisé dans la communication entre ses différentes strates, du noyau à l'enveloppe. Le "soi" et l'"environnement": un continu de cyto"membranes", d'"enveloppes" tégumentaires, de "barrières" d'espèce, d'"interfaces" minérales / organiques...


Le VIH est bel-et-bien cheval de Troie, paradigme fondateur de l'immunologie (bio)(médicale). Perte d'étoffe d'une discipline maintenant strictement réduite au corps dans toutes ses acceptations.

Et ce "soi immunologique" que l'on voulait définir depuis ces mêmes membranes, enveloppes, barrières, est bien chevauchement de frontières privées et publiques ; le soi et l'environnement ne sont plus discrets mais continus dans un gradient antigénique, un environnement public nous habite,  ce « stroma » des histologistes, cette chair, ce corps qui fait face à l' « anti »-corps des immunologistes, mais n'est en fait que  contrepoint ou matrice de notre système immunitaire.

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