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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 10:45
Ils ont vu le www (le monde hippie)

Autour de :

Frédéric Monneyron et Martine Xiberras

 

Le monde hippie

De l'imaginaire psychédélique à la révolution informatique

Imago 2008

 

 

Où les auteurs proposent que, parmi les retombées du mouvement hippie dans la société actuelle, on peut inscrire le réseau web mondial, échappée de l'esprit originaire d'une même vallée utopique. Sa récupération par l'institution: la société inégalitaire du profit progresse par nappes guerrières, et par déliaison traumatique de l'humanité; mais dans des lignes de faille recircule le lien cosmopolite. Dernière émergence en date, San Francisco, années 60

 

 

Des spots hallucinogènes, mais une prise de conscience d'une religiosité sans substances

Le spiritualisme des religions occidentales est le mieux à-même d'exprimer la cohésion cosmique, il réfute les classifications du monde opérées par l'Occident, ce découpage des sociétés par frontières, fonctions sociales, races, etc... Extase et extinction du moi dans le Soi. La contre-culture qui éclot dans les années 60 dans l'est américain avec le mouvement Hippie, retour de Katmandou, est... orientale. Le voyage en Orient, c'est, aussi regarder la mort en face, amoureusement, et non plus s'enfermer dans son déni, violent, qui permet la guerre. Peace and Love. C'est aussi une psychogéographie qui n'a plus d'interne (le délire) ni d'externe (le voyage), mais une isomorphie entre l'être et l'univers : sentiment océanique, foi de la voie vibratoire (H. Michaux) qui nous libère des formes. Et la physique quantique ne vient-elle pas de démontrer qu'observateur et observé sont connectés ? Tao de la physique.

 

 

Transe technologique, traces du mouvement hippie

Quand les communautés hippies retrouvaient l'extase sociale et cosmique des sociétés traditionnelles, se libéraient d'un social imposé par l'amour, les festivals tekno aujourd'hui, dans un rapport au sacrificiel, un épuisement par la transe, retrouvent l'exaltation du corps collectif. On rejoint le lieu inconnu, mais le lundi on regagne le bureau... Et il faut à nouveau des pilules pour revivre un peu d'empathie, pour se déprendre du social. Transe Goa ! Ecstasy ! Car les institutions ont persisté, les communautés ont cédé, l'amour fait retour au couple, le voyage initiatique (ce « voyage géographique en relation isomorphique avec le voyage intérieur ») au tourisme de masse. Quelques coopératives encore, assoc, antipsy, groupuscules politiques, sectes, végétarismes. Vifs interstices. L'écologie s'y perd, il ne s'agit pas de protéger la nature, mais de faire corps, mode bobo, souci de soi et de la caste plutôt que du monde commun...

 

Les Hippies tentèrent un concentré des « expériences de traversées de frontières psychiques, morales, mentales, spirituelles, sociales, etc »... Une pratique de Wilhelm Reich. Tendre vers l'énergie cosmique. Mais d'autres ont préféré la Révolution, et puis la négociation. La liberté sexuelle, et les Gender studies. La psychiatrie elle aussi : qui ne s'encombrera plus de catégories-frontières entre « maladies », mais baignera les impatients dans la « méditation de pleine conscience », cette religiosité vidée de substances. Retour aux Techniques archaïques de l'extase. Le mouvement Gay, mais le Sida. Qui permet à la bonne société de finaliser son rejet... D'identifier, à rebours, bien catholiquement, le sexe et la mort... La sphère rassurante du couple... Le profit matériel, seul objet du désir, à nouveau. La nouvelle adolescence où on se toise aux marques achetées et exhibées, au kilo de beauté, un groupe au peu de sexe, l'amour pas maintenant, préservatif. On fait circuler le désir dans la représentation. Les usages se réfugient très loin de l'imaginaire. Oubli du tantrisme. L'altermondialisme, par son « act local », ne serait pas non plus en mesure de se réclamer de l'héritage, mais serait repli sur lui-même, sans lien avec l'idéal cosmique du mouvement hippie.

 

 

Du psychédélisme à la Silicon Valley plutôt qu'à l'altermondialisme ? Ils ont vu le WWW

Le LSD, dit Timothy Leary, a fait découvrir à ses utilisateurs l'interconnexion de tous les éléments du cosmos, et une forme de communication authentique (empathique) avec l'autre. Méta-programmation de l'utilisateur de LSD, une vue directe sur ce qui n'était jusqu'alors que code, communication aux autres; ils ont vu le réseau et en sont changés, ils savent où aller. Des professionnels de l'extase archaïque, aussi : de très nombreux informaticiens indiens viennent travailler dans la Silicon Valley ! Ils y voient et créent le WWWeb, qui devait permettre l'interconnexion gratuite, au sens marge, de tous. Le peer to peer. Cette interconnexion perçue par les mystiques, cette noosphère... La connexion des micro-ordinateur, dans la faille du rêve trans-frontières des hippies...

 

Echappée au code ? Une communication de sentiments, peut-être, dans la transmission virale d'images, par rapport au texte écrit, toujours incomplet et lieu d'un autre ? Mais les alluvions hippies se sont perdus pour l'heure dans les publicités New Age, les jeunes des garages sont devenus chefs d'entreprises...

 

 

Que fera retour ?

Ça part d'une haute vallée du Gange, ça va sur le Golden Gate Park, ça semble s'éteindre, ça circule dans les failles, underground, puis ça se rallume sur le quartier latin, et ça fait rebond en New-Age (cette vision holistique, cette religiosité sans la substance), et ça a vu le réseau de conscience. Où recirculera l'imaginaire psychédélique ? Comment faire faille d'attente pour la prochaine énergie utopique ? Où l'Orient de l'esprit va-t-il maintenant prendre corps ? Là où le Reich haineux de Mille ans, qui caressait un rêve hégémonique aux odeurs de surhomme a échoué par la machine et la guerre, aux Etats-Unis d'Amérique, qui sont aussi nouvelle frontière, une utopie orientale d'amitié entre tous les êtres a su conjuguer un temps rêverie sociale et amoureuse, visées spirituelles et aspiration à la liberté individuelle, utopie refrénée par le système mais dont certains phénomènes sociaux gardent des traces, et ayant favorisé peut-être l'éclosion d'une nouvelle technologie de communication qui se voulait initialement, dans son peer to peer, émancipée des institutions... Retombée en un matérialisme divin, dans une pyramide à la Teilhard de Chardin... Où se relibérera l'imagination ? Des frères franciscains immergés dans le mystère de la nature (« flower power »), aux romantiques (orientalisants et haschichins) et au New Age post-hippie... Quelle nouvelle efflorescence du sentiment d'amour et de la transcendance d'échelle ? Quel sera l'hyper-lieu du réenchantement vital ?

 

 

La ligne directrice de l'essai est la théorie de G. Durand sur le « bassin sémantique » et l'élaboration mythique (1996, Introduction à la mythodologie) : l'ère est aussi une aire, dans laquelle l'expérience « nouvelle », le fleuve, ruisselle en courants multiples aux régimes différents. Puis, dans un partage des eaux, se font partis, écoles, courants ; des confluences forment des alliances. Alors, au nom du fleuve, un mythe particulier promeut un personnage réel ou fictif qui dénomme désormais ce bassin sémantique. On aménage les rives dans une consolidation rationnelle, les deltas s'épuisent, le fleuve affaibli se divise et se laisse capter par des courants voisins.

 

l'Inde est l'inconscient de l'Occident

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 10:41
Eliade La Nuit Bengali

Eliade, La nuit bengali, 1950, ... son nom, Maitreyi, Maitri, apparaît beaucoup plus tard, après ma sortie du sanatorium... Il s'ouvre sur l'oubli et la quête, le trouble, la surprise et l'incertitude: le coup de foudre, ce contrepoint de l'arrachement originel. Un autre Absolu, la Femme, et non européenne, au piège d'une classe sociale. Et une poitrine puissante, matrice, alliage d'argile et de cire, comme on rêve, le personnage européen s'immerge là presque contre son gré, mais en quelques pages on sait déjà que la matrice sera rejointe, Maitreyi initie en se livrant non pas à lui mais à son Être. Alors qu'ils deviennent amant, dans un interdit qui pourtant ne s'impose pas, la jeune soeur, elle, accède à la psychose, leur amour est toute douleur qui protège sa voie à Elle, autre énergie de retour. Les soeurs seules savent l'être total qui se livre à lui mais auquel il se refuse encore, soumis à son interrogation, ne s'autorisant pour l'heure qu'une initiation ménagée, préservant d'autres rêves, craignant comme une chute dans le retour total, et encore soumis aux ordres du père, là-bas.

 

 

Risque essentiel du retour éliadien qui emporte soit vers l'union totale, soit vers l'effondrement, voilà l'exercice avec garde-fous que propose le maître, là est ce "risque du yoga"... La terre-mère amante, elle-même, est malade, et il faut l'enduire, même dans une fête des couleurs, car de vives douleurs l'assaillent alors qu'elle se donne, totalement, frénétiquement. Une humeur circule, l'inter-règne gémit encore aux décharges de l'inorganique, et lui doute, au lieu de compatir.

 

 

Le père de famille disparaît de jour en jour dans sa cécité. Rites de possession brutaux, cannibalisme, jalousie. La fillette tente de quitter plus radicalement son corps. Lui est alors banni par le père, la petite reprend ses esprits, mais meurt le jour du départ de l'amant... Il gagne la solitude d'un bungalow de l'Himalaya, à ... Almora, non loin de Jageshwar et ses bois de pins, loin de Chandrigar, et la flûte de Khrisna... Ils seront unis de tous leurs sens, il voudrait regarder Maitreyi droit dans les yeux, mais quels sont ces yeux de l'amour, qui seraient en amont de toute illusion ?

Eliade La Nuit Bengali
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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 14:46

 

O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedanta, p. 358:

 

 

"Souvenons-nous que Mâyâ comporte un double pouvoir: pouvoir d'obscurcissement et pouvoir de projection dispersive"

 

 

Le premier pouvoir, ou mouvement, de la Maya, le plus connu aussi, est plus négatif, privatif, il est constitution de l' illusoire réseau de limites qui nous égare en apparence, en ego, et fait écran au réel; et le second mouvement, qui participe toujours de la Maya mais en son autre pôle, par traversée de membrane, cet effet positif de la Maya est le pouvoir de "projection dispersive", par lequel rien de l'individualité n'est perdu dans la délivrance, "les éléments du corps et de l'élan vital rentrant dans la potentialité causale de l'éternelle magie supportée par le Brahman". Maya, par son principe indissociable de "projection dispersive", réorganise les éléments (de ce qui ne faisait que forme) dans la totalité de l'énergie cosmique. Maya, processus magique, est ainsi le principe des coïncidences entre ce que nous étions illusoirement et ce que nous sommes réellement, principe de continuité entre notre vie restreinte aux limites des formes dans l'existence transmigrante, et notre identité, par projection dispersive, à tout l'être absolu.

 

 

liens

Maya, réseau de limites

La Maya et l'invisibilité du Soi

Winnicott et la peur de l'effondrement du Soi

Le processus magique

Coïncidences et Compassion ?

Forme et condensation, inflammation et dispersion: deux pôles de la mort

 

 

 

le pouvoir positif de la Mâyâ
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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 13:57
La "pleine conscience" (MBSR), artifice méditatif ou thérapie ?

Marseille, 26 mars 2016
 

Méditation de Pleine Conscience


Artifice méditatif ou thérapie ? (un débat Science et Spiritualité)

 


Bol tibétain, méditation des bruits et des sons, internes et externes
Guide de haute-montagne
Un patient douloureux chronique tient à parler

 

 

Accepter d'être heureux ? Est-ce que c'est tolérable de se dire que l'on remet l'émotion négative associée à la pensée à plus tard, suffit-il de pratiquer et ce plus tard sera toujours un plus tard ? La puissance de ces moments d'instants pleins vaut sans doute, quoi qu'il en soit, le voyage de l'"expérience globale", quand spectre ? spectateur ? et plein voyageur sans douleur ? on se déplace dans le réel. Alors, artifice méditatif ou thérapie ? Nier le mal est-il licite, en quelle que sorte ? "L'essentiel est d'être heureux", clame la psychologie positive, mais ne nous éloigne-t-elle pas de toute compassion, et donc de tout lien d'affect entre vivants ? Mais être heureux, serait-ce d'abord, ou aussi, être connecté avec ce que l'on est, notre originaire, selon la physique quantique comme selon la sainte psychanalyse quand elle se tourne vers la mémoire archaïque ? La HAS (Haute Autorité de Santé, en France) sans doute bientôt préconisera la mindfullness based therapy, puisque ça ne coûte pas bien cher, mais n'y a-t-il pas risque de dérive, désocialisation ou secte ?

 

Être Là


Observer / éloigner les "ruminations", les pensées qui circulent
Un niveau de travail que chacun possède en lui, et trop peu utilisé

 

La boue qui se dépose au fond, l'eau claire, mais il reste la boue au fond,
dit justement un témoin

 

 

Une proximité avec une position philosophique dans laquelle le mal n'est pas inhérent à la nature (augustinienne, bouddhiste : il y a corruption de la création divine par l'homme, ou construction par celui-ci du mal); un débat aussi entre physiciens (qui théorisent dans l'absence du phénomène de mort), biologistes (pour qui la mort est processus) et médecins (qui considèrent un mal intrinsèque à extraire, et la mort en échec)). L'hindouisme, lui, intègre le mal en tant qu'une des facettes de la réalité (sinon du réel). Aujourd'hui la Pleine conscience s'érige en outil de la psychologie positive, par rapport aux travail sur les chaînes conflictuelles de la psychanalyse freudienne. Un versant nord versus un versant sud du Moi ? Plusieurs voies d'escalade possibles ? Un retour immédiat à notre énergie primordiale, chtonienne, réelle, par la méditation ; et une conscience « lourde » ou faible, celle de notre vie depuis le domaine de la chute, une tentative de retour laborieux, médiat, par la gnose, l'introspection, le croisement des symboliques ? Les deux versants conduisent-ils au même sommet ? Y-a-t-il concurrence ? Ou deux sommets polaires d'un même réel ?

 

 

On n'est pas là pour se réparer (passivement) mais pour toucher à son intégrité

 

 

« Penser pour se détendre, ou se détendre pour penser » ? D'un côté par la culture (y compris scientifique), s'accrocher aux idées, combler les vides du symbolique et de la communication, tenter le retour à l'originaire continu par la gnose, en y apportant sa pierre ; de l'autre par le réel, ce flux total, ni bien, ni mal, le bonheur au risque de la dépersonnalisation, de la perte du réceptacle corporel (du bien et) du mal ? Faire la "gazelle tranquille » (après la chasse abandonnée par la lionne, les gazelles reprennent leur pâturage au même endroit, sans inquiétude) ? Se laisser domestiquer par le réel ? Des voies complémentaires ?! Une polarité du bonheur ? (argumentaire d'un inquiet!) Une voie de pleine conscience poreuse qui permet le voyage dans le réel ; une voie d'étrange étrangeté, pensée, interception, représentation.

 

Être tranquille, ne plus auto-entretenir le stress qui charge le corps.
La relaxation
décharge le corps.
Un accès à une « autre couche », sans la « prise de tête », sans le « pilotage automatique »

 

« Ou fumer un joint » lance quelqu'un; mais être-là n'est pas être voyagé dans un flot continu d'associations.

 

On ne recherche pas un état particulier ; il s'agit d'être présent.rek.

Telles sont les trois imprécations:


intentionnalité (et non endormissement !)
dans le moment présent
sans jugement

 

 

Intentionnalité ou injonction ? La voix du thérapeute ? Quelle est cette voix qui guide la relaxation, le dépôt du trop, le dégourdissement ? Le yoga, le corps d'abord comme celui de l'hypnotiseur (F. Roustang), la méditation qui ouvre le « mindfullness ». Il n'y a pas de « jeu à jouer » ; on est dans quelque chose qui tient de la relation avec un animal domestique, dit l'orateur. Y-a-t-il danger de l'abandon en cet état passif ? Ou bien s'agit-il d'« un médicament en nous », comme dit le psychiatre, qui a lu The Lancet ?

 

Bio-psycho-social, esprit-corps-coeur, cet éclatement occidental ment, il y a une autre voie, qui fait nœud, qu'utilise le thérapeute ou le guide spirituel. L'éclatement est celui du patient addict, une pathologie du lien, une aliénation à un autre, à un produit. Ce qui soigne c'est l'autre, la voix qui emmène à soi, l'existence que l'on est aux yeux de l'autre, le thérapeute; l'autre est un objet qui fait cheminer, et non un lien comme celui qui existe à l'objet d'addiction. "Un problème est un rocher à comprendre sur la route, et pas dans l'immédiat" : nous ne sommes pas des sachants, mais des cheminants.

 

 

 

 

MBSR (mindfullness based stress reduction)

 

(1) "body scan"

Phase de relaxation préalable: un engourdissement qui part, un peu plus à chaque expir, dans un flux vers les pieds-sol, mais sans endormissement : on ressent le corps léger qui reste. Rien qui émerge pour l'instant hors cette légèreté. Ne pas anticiper l'éventuelle douleur.

 

(2) expérience globale de pleine conscience

 

On dégage un grand espace interne par les exercices respiratoires, un grand espace qui s'élargit, abdominal surtout;


On accepte ensuite les ondes sonores de toute nature (accepter au sens de ressentir, sans objectif de modifier)


Puis on accepte les pensées qui surviennent

 

Enfin on ouvre les yeux, en réception pure, regard divergent

 

 

On accepte, on identifie, sans rajouter de « couches » émotionnelles, nos filtres sont des conditionnements, on se laisse traverser ici sans jugement, on ressent le réel tel qu'il est (et non la « réalité »).

On reçoit les ondes vibratoires dans une paix qui n'est plus ni interne ni externe, dans cette grande cavité en soi qui touche au réel, mon corps n'est que fine membrane qui n'intercepte plus...  On se réancre au réel par la respiration, chaque fois que c'est nécessaire.

On est dans le flux fixe des ondes, des pensées, etc... , libéré du scaphandre reconnu lors du "body scan", on est membraneux au peu d'interceptions inflammatoires, les particules, les ondes ne fluorescent plus en sensations comme à l'habitude dans un corps tridimensionnel limité, dans le grand espace respiratoire pénètrent libres les fréquences.

 

 

Est-on présent quand on est « poreux sans plus d'interception » ? Dépersonnalisation et réel ? Comme la mort ? Pourtant on observe et ressent ce réel, toujours, il n'y a pas déréalisation, mais mise hors fonction des « filtres » usuels conditionnés.

 

 

On peut méditer sur la respiration, sur un objet, ou sur une situation précise qui pose problème. On peut revenir à soi par différents procédés, dont la respiration, il s'agit quelque soit la technique de ramener son attention sans tension (méditation n'est pas concentration)

 

« Perché » comme en psychodysleptiques, mais sans vertiges,

un pied toujours dans le réel

 

Puis une nuit folle de rêves agités où toutes les pensées sans doute tentaient ensemble le retour, fortes mais comme neutres, une agitation sans haine, sans intention même peut-être, un feu d'artifice.

 

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 19:19
La femme est la première et la dernière maladie (cachexie, mitochondrie)

 


La femme revient par la mère, ne cédant jamais, épuisant notre monde par son homoplasme imposé. Elle nous enflamme, elle nous réduit ; extase et cachexie. La femme est la première et la dernière maladie, celle qui arrache et celle qui rend, celle qui tient, celle qui nourrit, notre énergie au monde.

 

 

 

La cachexie est souvent le stade ultime de la maladie. Elle relève d'un processus pro-inflammatoire actif, et d'un emballement énergétique mitochondrial. Or, nous sommes homoplasmiques, c'est-à-dire que le cytoplasme, l'amnios de toutes nos cellules, est exclusivement maternel: les mitochondries spermatiques sont éliminées durant le processus de fécondation ou au plus tard lors des premiers stades de l'embryon, et notre machinerie énergétique, celle qui baigne notre code génétique hybride, est elle majoritairement femelle.

 

 

Transformateurs énergétiques, dotées de leur propres gènes, les mitochondries produisent l'énergie nécessaire à la cellule, à partir du glucose disponible dans le cytoplasme. Dans la cachexie, cet amaigrissement terminal, aucun aliment ne nous emplit plus, tout est brûlé, le corps nous quitte, le muscle fond, le cerveau reçoit des cendres, écoeuré, n'aime plus à manger dehors, et préfère grignoter le corps sans plus rien demander. Même la graisse se transforme, brune, en son propre crématoire, sous l'effet de la douleur. Last illness.

 


Toutes les cellules de notre corps baignent dans un liquide amniotique primordial, régulé par les mitochondries, depuis Eve. Nous sommes des hétérozygotes homoplasmiques: les gènes recombinés des deux lignées baignent dans un monde strictement maternel.

 

 

Les mitochondries régulent la mort cellulaire programmée par apoptose, cette mort programmée est maternelle: que vienne le milieu externe à s'appauvrir, et la cellule se ratatine sur elle même, se fragmente dans le calme, et ses débris sont phagocytés. Quand le milieu est riche, par contre, on y baigne bien, en cette nounou permanente.

 

La transmission de l'ADN mitochondrial est uniparentale et femelle chez la plupart des métazoaires, « un biais de ségrégation mitochondriale exclusivement maternel chez les mammifères »... quand on porte seins, on baigne toujours dans l'amnios. Quel est donc l'intérêt évolutif à ne baigner que dans le maternel, monsieur Darwin ? « Il n'est pas évident de comprendre pourquoi il serait néfaste de disposer d'une mixture de deux génotypes mitochondriaux » ; double bain serait double peine ? Inceste de la double incarnation ? On ne peut se mouvoir en, et gérer qu'un seul corps, sans doute. L'homoplasmie en gage de « norme », n'aimer qu'un corps en gage de citoyenneté respectueuse... Des souris hétéroplasmiques ont été produites et présentent des modifications métaboliques et comportementales : réduction de l'activité physique, diminution de la prise alimentaire, troubles de reconnaissance spatiale, anxiété. A devoir gérer plusieurs corps, on est désorienté, on ne sait qui nourrir. Alors les mères sélectionnent le milieu qui nous sera imposé comme le plus approprié, nous leurs fils, nous leur espèce, qui ne devons donc baigner qu'à une double et pure homoplasmie. Notre surface seule, sans doute, dans son manque fondamental, pleure ce maternel à la fois interne et externe.

 


La femme est bain unique et eau de brûlure
Seul au bain qui sera aussi celui de notre propre rêve nous nous survivrons un jour

 

 

texte complet, notes, références:

http://medecineconjonctive.blogspot.fr/2016/03/the-last-illness-cachexie-mitochondrie.html

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 14:04
Linda Lê, Roman bipolaire

On est chez bien chez Christian Bourgois, qui imposa Pessoa, contre-courant permanent en lame de fond de l'enfermement. « Publier des livres que le public ne veut pas », mais que notre folie privée, elle, attend depuis toujours. « Editer contre », dit encore Bourgois, oui, mais tout contre. Ainsi vient Linda Le, explorant la double membrane entre le rêve et le réel, renvoyant aux déjantés qui n'en mènent pas large  dans la réalité, mais taillent la zone en hyperfréquence dans le réel. Bipolarité, manie. Dans la réalité leurs voix souvent les assaillent ; mais dans leur Extrême-Orient elles ne sont que langage, parmi tant d'autres, celui d'une foule bienveillante. René Char est en 4è de couverture : « De quoi souffres-tu ? De l'irréel intact dans le réel dévasté » ;  il ne s'agit pas d'exil, mais, au contraire, de retour aux liens originaires, par une faille nouvelle à déployer, et l'accident vasculaire, humoral, végétal, rasique, en sera l'outil.

 

Idyllique Royaume des Mots, tous liés à la mort, et sans pensées morbides. Une encre-chai, l'imprimerie de la vieille cave, secrète. Et dans cet irréel, le sursis semble toujours attribué à quelqu'un d'autre, jusqu'à ce que, enfin, et dans un bénéfice bilatéral, on se sente la force de la solitude. Mother dit !! Le frère jamais venu, l'ami confident éclipsé, il aurait su « te changer », lui, dit Mother ! Tu n'aurais pas été cette pauvre chose entichée de littérature ! Tu aurais vécu comme la majorité des gens ! Mais famille que l'on peut parfois attaquer d'angle, par la béance des non-venus, des disparus, des morts-nés, des égarés, des tués. Nous, du réel, le sursis encore nous semble. Ne pas perdre, à la jouissance du jeu, cet autre qui nous est, et continu; nous nous exilons trop peu, alors pensants, en ce double. Survient heureusement l'ami Roman, enfant sans parents, le dilettante, l'amusant, le bon à rien, dont le rôle est de refuser de rentrer dans le jeu.

 

Exilée, écrivaine, Linda Lê dit le deuil du double en manque fondamental; quelque chose qui nous touche encore – mais d'une manière autre - résiste au détachement que nous avons un jour subi. Chtonien. Aucune nostalgie. Elle aide le le double à gagner le pays où elle ne veut pas retourner. Elle rend les amis amarres à la fiction commune ? Croyez-vous à votre fréquence originaire ? A-t-on un double possible en ce monde, de même détachement ? Donc surgit Roman, sa paranoïa. S'aimer, mais comme des cosmopolites. Hyperfréquences en résonances. Celle du mort ??? Folie, grigris et contre-monde. On se processe à l'autre. En Asie, les voix de Roman l'épargnent, leur niche est pleine, il est sur sa terre à Elle-au-même, il l'avait bien senti, son livre ne s'adressait qu'à lui seul, l'élu persécuté. En Asie-ma foule on s'offre davantage, sans nécessaire socialisation obligée. Toutes les hauteurs sont possibles, l'Asie est modale, elle est notre exploratoire, ici est tonal, forme imposée seule licite. Des voix, pas de mélodie. Surgit un livre en réseau vasculaire modifié, abandon de la quête du jumeau, cet inconsolé nous-même, qui serait tout juste sur le plan d'à côté. Lecteur, tu es le seul survivant. Le livre élance à l'autre comme le cimetière attire à lui, quand pourtant les morts sont les mêmes. Elle : peut alors se lancer seule dans la quête.

Linda Lê, Roman bipolaire
25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 10:40
d'après jeann©udin

d'après jeann©udin

Comment le langage est venu à l'homme
J.-M. Hombert et G. Lenclud
janv. 2014

(notes de lecture)

 

 

(1) le langage n'aurait que 70 à 80.000 ans, soit une très courte période à l'échelle humaine ! mais (2)  la "grammaire comparée", basée sur le postulat controversé de l'existence d'une langue mère, ne remonte que jusqu'à 8000 ans, ce qui rend impossible l'atteinte de son objectif

 

 

ͻ la réflexivité de la pensée est le propre de l'homme, mais il existe un état pré-linguistique de l'humanité; un prélangage global gestuel est voie vers le digital logique de l'énonciation; l'attribution du symbole au signal phonique est secondaire et arbitraire; il n'y a pas de "langue-mère" ni d'"évolution" des langues, mais une interpénétration culturelle des différentes langues créées;


ͻ l'hominisation: une continuité génétique et neurologique jusqu'au franchissement d'un "seuil" où le langage s'émancipe (sur quelques dizaines de milliers d'années seulement) de l'évolution. Un neo-organe mental du langage (- 500.000 ans ?) résultant de l'intégration entre plusieurs aires cérébrales ayant évolué "en mosaïque" pour des fonctions biologiques distinctes


ͻ absence d'artefacts archéologiques du langage, mais hypothèse - 80.000 ans pour son émergence. Langage et "deuxième monde", non naturel, de l'institution


ͻ notre cerveau immature étant longtemps exposé à l'environnement culturel, sommes-nous asservis au langage ?

 

 

"L'échelle humaine" est-elle culturelle ou biologique ?

Y-a-t-il un point d'inflexion entre l'évolution biologique et la transmission de la culture, qui serait paradigme de l'humain ? Y en aura-t-il un autre entre évolution culturelle et autonomisation de l'intelligence artificielle, qui serait celui du post-humain ?

Quel post-langage ? Arrêt de l'évolution neurobiologique du fait de l'appendicisation post-humaine, cette réduction cybernétique à des modules neuronaux non intégrés, et confinement dans la logique de la langue, glissement sur les images ? Ou poursuite d'un développement cognitif indépendant du langage, d'une "téloduction" corticale vers une noosphère, "supra-communication" hors emprise de la culture-outil ?

 

Quand nous dépasserons l'humanité alors nous serons homme
L'animal fut une aide L'animal est l'entrave

Sri Aurobindo / G. Moustaki

 

Y-a-t-il un ou plusieurs moments de l'apparition du ou des langages ?

On va croiser ici le biologique, le culturel et le linguistique; J.-M. Hombert est ingénieur en informatique et linguiste, G. Lenclud anthropologue. 

On est ici cognitiviste, centré sur l'évolution de modules internes qui deviendraient des "cassettes" du langage, mais on pose aussi des hypothèses en bons scientifiques.

Le langage, cet échappé de l'évolution ? (Hombert et Lenclud)
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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 15:46
illustration d'après And@rt  (fragment)

illustration d'après And@rt (fragment)

lien sur l'Atman et la notion de soi en Inde
lien sur Asraya, le corps vivant
lien sur Manas, le mental

 

Buddhi et l'organe interne selon Cankara

(d'après O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedanta, 1937)

 


Le corps vivant est défini comme Asraya, composé psycho-physique, lieu d'implantation des facultés sensibles (Indriya), point d'appui de l'action (Karman) et de la connaissance (Vijnana), dans un concept qui déborde les limites du corps individuel pour la nature entière. Le soi hindou (Atman, l'esprit) n'a pas plus besoin d'organe que d'objet; le sujet se trouve du côté de l'esprit sans s'identifier avec lui. Un vivant (Djiva) est caractérisé par l'Atman associé aux organes des sens (Indriya): le vivant est un Atman incarné.

 


L'organe est "cause instrumentale". Indriya, organe des sens, désigne les organes des 10 sens externes, 5 de perception et 5 d'action (parole, préhension, marche, excrétion, génération). On ne distingue pas cependant dans l'Ayurveda la composante sensorielle de la composante motrice de l'organe, et les Indriya sont plus que des "récepteurs" au sens biomédical moderne, mais des interfaces, des jointures, des connections entre le Djiva et la matière, les cinq éléments.

 


Buddhi (intellect, esprit), Citta (le mental), et les autres organes internes (cf. illustration), ceux du psychisme, ne sont pas le soi mais ont qualité d'organes. L'organe interne dans sa globalité appartient au corps subtil, lieu de fonctions biologiques et psychologiques, qui perdure jusqu'à la délivrance de l'âme; il est succession de formations mentales se produisant au gré des interactions de l'organe mental avec ses objets, provoquant un ébranlement de toute l'âme, une "actualisation" (au double sens d'actuel et de véritable) du corps grossier. Le corps grossier, dernière des manifestations vitales, siège des sens externes, se dissout lui à la mort.

 


L'organe interne est siège des quatre fonctions psychiques. L'activité sensible des Indriya (cf. illustration) est connectée au Manas ou "mental", "sixième sens"1, premier organe interne. Manas est caractérisé par le doute de l'activité psychique: c'est un opérateur de synthèse en contact avec la dispersion, entre consentement et indétermination.
Citta ou "élaborateur de pensée" est un des opérateurs hiérarchisés de l'organe interne. Il intègre les connaissances nouvelles et les connaissances remémorées, actualisées et enrichies ou représentées sous forme de souvenirs. Il forme des complexes dynamiques (Samskara) au hasard des associations, dans l'effort méthodique de remémoration, ou dans la clairvoyance2 (du yogin). Ces complexes appartiennent à la fois au domaine de l'objet et à celui du sujet: ils forment "un trésor d'impressions sans nombre rassemblées en totalité organique"3.
Ahamkara est producteur du Je, expérience du Moi4.
Buddhi est fonction psychique suprême, éveilleur, caractérisé par la certitude et la décision; il ne correspond pas comme Citta au domaine des idées mais à celui de la Vérité et du vouloir. "A toutes ces portes de la perception, l'organe interne, l'esprit (Buddhi) exerce sa présence illuminatrice, par "une sorte d'épanchement de la pensée elle-même": la pensée en fluide, flux, rasa dont les organes permettent l'écoulement.

 


Des organes externes d'action-perception connectés à des organes internes psychiques;
une chaîne d'organes internes sur un continuum de sensations,
le continuum d'organes fait globalité, les organes ne sont pas connectés
en parallèle dans un organisme.
Des "modules" cognitifs ??? Un flux neuronal ?? Mais flux qui s'épanche depuis l'objet jusqu'en un au-delà du corps anatomique...

 


Nous sommes confrontés d'une part à l'illusion universelle de la Maya, cette illusion cosmique dépendante du pouvoir créateur, par ces formes illusoires surimposées à un fondement réel; et d'autre part à l'erreur individuelle, illusion psychique, dépendante de l'expérience. L'analyse par l'organe interne, via les formations du Samskara où "l'illusion est mise en forme de mémoire", et la rencontre de la perception correcte nécessitent un fonctionnement harmonieux et atteignant au continu de cet organe interne, l'absence de toute fissure (Bheda), de toute solution de continuité dans cet organe interne par où l'illusion puisse insérer son propre jeu. Alors les représentations ne s'arrêtent plus en chemin mais vont jusqu'à l'objet et s'identifient à lui dans un vécu actif des processus perceptifs. L'organe interne agit, si nous atteignons à sa continuité, en démodulateur au travers du réseau de limites de la Maya, vers la reconnaissance d'une mémoire nue.

 

 

lien sur Bheda, la fissure active

 

 

notes

1. parfois associé à l'épiphyse ou "oeil pinéal"; sensibilité de l'organe interne à différents degrés d'une lumière

2. et "remémoration éclair" de Tulving, madeleine de Proust ?

3. ou aura-objet ? des équivalences représentation / perception dans la "chaîne" de l'organe interne ? depuis le réseau de limites du perceptif jusqu'à une perception pure ? La maturation du Samskara nous permet-elle d'analyser notre erreur perceptive ?

4. en lien avec la mémoire épisodique ? le Jivatman ? Ahamkara est-il l'organe interne de l'attention à soi, qui pour les cognitivistes fait défaut chez les patients souffrant de schizophrénie ? voir aussi "un atelier d'embryologie indienne"

Buddhi, l'organe interne et l'épanchement de la pensée
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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 18:24
Byung-Chul Han, La Société de la fatigue (Bartleby, ce Medecine-man)Byung-Chul Han, La Société de la fatigue (Bartleby, ce Medecine-man)

Où on ne théorise plus en immunopathologie la négativité d'un "autre", mais la surcharge en positivité d'un "hypermoi"; où l'on propose la réduction d'ego, et non le renforcement des lignes de défense, car l'énergie impérative qui se déploie sur ces limites boucle sur elle-même plutôt que de faire réseau. Cage de Faraday, le moi est un trauma chronique auto-administré; et le soi n'est pas une catégorie immunologique. Un essai où on ne théorise plus l'altérité dont il faudrait se défendre systématiquement, mais la  reconnaissance de la dangerosité, interne ou externe. Et une approche sociale de l'excès de positivité, ce "gavage autogène", ce dopage mental que l'on nous dit "renforcement neurologique", en source de nombreuses pathologies: dépression, déficit de l'attention, états borderline, burn-out, infarctus d'âme.

 


La société actuelle post-moderne du sujet "performant", c'est une société où le surmoi s'homogénéise, religieusement, et paradoxalement s'éloigne, avec la négativité de tous les "autres". Alors on s'auto-gratifie, on se cotardise, puis on implose, forcément, car le rapport de production interdit d'achever quelqu'oeuvre que ce soit, c'est-à-dire de se représenter. Il n'y a plus aucun "précipité des investissements d'objets abandonnés" (Freud), il n'y a plus de forme, l'hypermoi n'est qu'un gel poreux pour  la productivité sans fin, le dépressif est a-morphe, accès à l'image totale, selfie. Le cri ou l'hallucination de la psychose n'est plus résistance à l'histoire, à l'écrit; l'infarctus d'âme est effondrement face à l'image continue, inclivée. RIS et plus RSI; le conflit structurait, l'image gélifie. Le performant post-moderne n'est plus sujet mais projet, et  se consume lui-même.

 

Obésité des systèmes d'images actuels d'information, de production, de communication; Homo positivus finit par saponiser toute sa graisse, chimie plutôt qu'immunologie, et gavé il forme bulles de rien; il s'est auto-comburé dans la performance, ce n'est pas la brûlure de Méduse qui  l'effraie ni le révolte, c'est l'apathie paradoxale d'une société de liberté à laquelle il s'est donné, c'est le trouble de l'attention dans un multitasking sans plus de réflexivité. Or, "c'est à une attention profonde et contemplative que nous devons les productions culturelles de l'humanité; la culture présuppose un environnement où il est possible d'avoir une attention profonde", une expérience du beau, cet étonnement sans prise au doute, et qui, paradoxalement, échappera toujours à la mise en culture. Le vital est anonyme, la culture un choix souvent peu délibéré, et souvent le prolongement outillé du biologique; autre est le beau. La mort, aussi, ce processus, est la seule conjonction totale maintenant notre lien direct à la nature, et dont la symbolisation nous clive, comme les thanototechniques religieuses. Il faut narrer, battre le détail, exposer, plutôt que de représenter, éloigner.

 


Mais chacun n'en est plus qu'à diriger son propre camp de travail, en même temps prisonnier et gardien, libéré et relégué, marges impossibles d'Auschwitz, boues lourdes des Goulags. Ça fonctionne sans maîtres de chair; mais pourtant les impatients border-line ou "troubles de l'attention" partagent le clivage des "musulmans" des camps, et le bardo long plutôt que la mort créative, leurs yeux ne brillent plus que de l'intérieur, et ne contemplent plus. Dans son propre camp de travail, dans ce siècle immunologique, on s'interdit la peur comme le chagrin, ces contre-productifs quasi-pathologiques; la pensée y est calcul et non plus réseau. L'ordinateur, machine positive (car la logique est par définition écart de ce qui n'est pas de son propre système) est plus rapide encore. La réflexion, elle, est le propre de notre pensée partielle et empreinte de négatif, ce ne-pas-faire, ce contemplatif; Bartleby se libère de la peur de l'échec, revendique l'esprit, et le pouvoir (plein et extatique) plutôt que le faire (forcément limité et frustrant). Mais le détenu de son propre camp de performance se dope, on le "renforce", et il s'épuise ou fait, plus brutalement, un infarctus d'âme, cette fatigue séparatrice selon P. Handke, qui n'est plus exploratoire, où seul le Moi occupe le champ du regard en entier, alors que la fatigue peut aussi être espace intermédiaire créatif qui ouvre à l'autre, relâche les liens du Moi, permet la pause, rassemble Dasein et Mitsein. La fatigue fondamentale inspire, l'activité érigée en principe absolu imprime. Une "fatigue au regard clair", dit Handke, celle qui offre accès aux formes lentes, tandis que le travail nous pousse à l'agressivité de l'instant, et l'économie de l'accélération à la disparition de toute forme; une pulsation différente de la fatigue, qui autorise aux rythmes propres, "société de Pentecôte" où toutes les langues se partagent, et n'oblige pas au refuge maniaco-dépressif.

Byung-Chul Han, La Société de la fatigue (Bartleby, ce Medecine-man)
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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 14:45
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Published by panopteric - dans médecine conjonctive
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