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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 11:40
Transe-Prigogine dans le chaos. Un probable au-delà du calculable ?
  • notes et réflexions autour d'
  • ILYA   PRIGOGINE
  • Les lois du chaos
  • 1996

Le chaos est-il déterministe ? Les lois complexes nous sont-elles accessibles, ou ce déterminisme-là nous-est-il, selon le théorème d'incomplétude de Gödel, à jamais repoussé dans nos systèmes trop peu ouverts ?

 

 

 

Les systèmes dynamiques (classiques ou quantiques) sont stables ou instables ; dans les systèmes dynamiques instables dits chaotiques, deux trajectoires voisines à l'instant initial divergent exponentiellement avec le temps, une petite perturbation initiale va s'amplifiant (« effet papillon » des météorologistes). Les « lois classiques de la nature » (newtoniennes) prédisent, une fois les conditions initiales posées, « tout événement passé ou futur », cette prédiction ne serait plus possible, selon Prigogine, dans les systèmes chaotiques. L'évolution temporelle dans les systèmes instables peut cependant être prédite aux niveaux d'ensembles de trajectoires, de façon probabiliste donc, et non de trajectoires isolées, de points dans l'espace-temps. Mais le chaos est « au-delà » de la probabilité pour l'auteur.

 

L'équilibre (ou stabilité) d'un système n'est-il pas une représentation, une construction, une catégorie ?

 

 

L'étude de trajectoires individuelles ne fait qu'illustrer le « désordre », un ensemble de trajectoires (tel la famille ?) a un comportement parfaitement régulier. Mais il y a brisure de la symétrie entre passé et futur sur un « axe temps » (pas d'éternel retour, pas d'origine mythique, pas d' « ordre » initial à niveau très bas d'entropie), et introduction des notions d'évolution, d'événements, de créativité, d'un rôle constructif de l'entropie-temps dans le non-équilibre, état où apparaissent de nouveaux phénomènes, les « structures dissipatives ». Dans l'histoire de la physique des systèmes stables, on conceptualisa des trajectoires (de points), puis des ondes (amplitudes) et enfin des champs (ensembles) ; mais le niveau fondamental des lois du chaos est celui des probabilités, qui ont une signification dynamique intrinsèque.

 

Les sciences humaines s'occuperaient également des phénomènes complexes, non intégrables

 

 

L'Être, et puis le risque du devenir; la vérité, et le danger de l'illusion: la physique classique recherchait un inchangeant (au risque même d'une causalité cyclique, téléologique), un permanent au-delà des apparences de changement, une physique sans événement, qui éliminerait l'effet du temps, dans une dimension théologique où tout serait donné. Il y eut d'autres perspectives pourtant dès le XIXè, la biologie darwinienne (qui insistait sur l'apparition de nouveautés et de modes d'adaptation), la thermodynamique et l'évolution vers la mort thermique (en 1872 Boltzmann, dont l'oeuvre marqua Prigogine, associa l'entropie non pas au temps mais au « désordre »), la crainte de l'épuisement des ressources de la nature. Prigogine lui s'insurge peut-être plus contre la symétrie du temps que contre sa réversibilité; le système chaotique engage dans un temps créatif « multidirectionnel », et du « nuage » entropique s'échapperait une seule flèche. Einstein comme Hawking adoptent l' « illusion de la réversibilité », dans le voyage d'Einstein on peut revenir le même, dans celui de Gödel c'est le temps lui-même qui se complexifie. Dans le voyage de Prigogine on est transformé. Cette « réversibilité » n'est-elle pas pourtant possible statistiquement, pour peu que le temps soit infini et balaye tous les équilibres possibles, l'identique n'étant qu'une création parmi d'autres  ?

 

  • Prigogine ne m'est pas sympathique,
  • je veux rester le même dans un monde qui change

« Il est bien des événements en histoire », dit Prigogine discourant, entre son Est et son Ouest changés, quelques années après la chute du rideau de fer ; il sent la « bifurcation » du temps.

 

 

 

Les bifurcations sont probabilistes et donnent un caractère historique à l'évolution d'un système. La sensibilité forte de ces bifurcations à de petites modifications dans la nature du système entraînent une déviation dans la symétrie de bifurcations observée en conditions aléatoires (ex. : l'agitation d'un mélange de molécules optiquement actives conduit à formation de molécules toutes lévogyres ou toutes dextrogyres, alors que sans agitation de la solution on a une répartition aléatoire des deux formes). L'univers, comme la vie pour Pasteur, est dyssymétrique.

 

Où est le déterminisme ? Dans le mécanisme d'interaction entre l'événement et la bifurcation, ce forçage de l'aléatoire, par un lien structure/fonction, impliquant des ligand/récepteur à découvrir ?

 

(d'après Wikipedia avril 17) «La théorie du chaos est souvent citée comme allant à l'encontre de l'idée de déterminisme, alors qu'elle traite des systèmes dynamiques rigoureusement déterministes. Cette théorie décrit dans quelles conditions un système est ou peut sembler « prédictible » ou non. Le déterminisme est lié au principe de causalité (dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets) ; la théorie du chaos précise que des causes quasiment identiques peuvent dans le cas général produire des effets totalement divergents et en ce sens, s'écarterait du principe de causalité pour rejoindre un modèle aléatoire. Mais cet écart du principe de causalité n'est qu'apparent : en effet pour reproduire une expérience dans les mêmes conditions, la sensibilité aux conditions initiales d'un système dynamique déterministe impose une précision infinie sur ces conditions afin d'aboutir strictement aux mêmes effets. Ceci est impossible en raison de la précision limitée des mesures expérimentales, d'où l'irreproductibilité et la variabilité apparente des expériences. Prigogine s'attaque au déterminisme, se servant des bifurcations constatées sur certains attracteurs et montrant que, quelle que soit la précision donnée aux variables d'entrée, la solution "saute" d'une branche à une autre. Ces altérités ne seraient donc pas liées à la précision et remettraient en question le concept de déterminisme scientifique. C'est sur ce constat qu'il appuie la notion de "flèche du temps" et d'irréversibilité des équations, mettant ainsi en doute le signe "=" de nos systèmes de physique".

 

 

Prigogine entretient un amalgame entre évolutivité des systèmes complexes (le temps créateur) et leur irréversibilité (qui n'est que peu probable, mais possible dans un temps long, et assurée dans un temps infini). Il y a pour lui « perte de la mémoire de l'état initial» mais celle-ci n'est qu'apparente : la complexité est un équivalent de l'inconscient au niveau des systèmes (psychanalyse), nous produisons n penséees dont certaines seulement émergent spontanément à la conscience (cognitivisme), mais celles qui sont masquées n'en répondent pas moins à une même logique. La vie ne peut être réduite à ce qui est seulement phénoménologique ; et nous ne savons communiquer que dans un temps unique.

 

 

Sensibilité aux conditions initiales : l'écart entre deux nombres voisins (décalage de Bernoulli) augmente exponentiellement avec le temps en fonction du coefficient λ de Lyapounoff s'il est > 0; les systèmes qui présentent une telle divergence exponentielle sont par définition des systèmes chaotiques ; ils possèdent une échelle de temps intrinsèque ou temps de Lyapounoff = 1/ λ et les trajectoires nous échappent après des temps longs par rapport à 1/ λ. Voilà qui est dit : elles nous échappent, elles ne sont pas incalculables. Le problème mathématique auquel s'attaque donc Prigogine est de décrire l'évolution d'un système dynamique sans faire appel à des trajectoires. Il développe une théorie spectrale complexe, abandonnant trajectoires de la mécanique classique et fonctions d'onde de la mécanique quantique pour passer à un schéma selon lui probabiliste, mais « il existe toujours des trajectoires mais au niveau statistique apparaissent des solutions supplémentaires»... et "indescriptibles"; des représentations statistiques « irréductibles » (on ne peut plus en retourner à la description en trajectoires) portent même sa nouvelle définition du chaos.

 

 

 

moments et interactions

 

Les moments hamiltoniens sont des quantités de mouvement qui font place aux vitesses dynamiques classiques ; un moment inclut des vitesses potentielles, probables. Peut-on décrire un système hamiltonien en fonction des seuls moments, sans faire intervenir des perturbations ou interactions ? Poincaré a répondu par la négative, on ne peut éliminer les interactions ou résonances qui interagissent avec les actions ou moments ; l'univers n'est pas un univers de monades libres, mais un univers d'émergences : les espaces hamiltoniens (à la base de la dynamique quantique) sont non intégrables. De l'eau dans le moulin prigoginien de l'indéterminisme-irréversibilité ; ou une quête à venir du calcul des interactions en système complexe (cf. la syndémique). Les résonances seraient à l'origine des trajectoires irrégulières « imprévisibles »... Les résonances créent de la variabilité, de l'émergence, elles complexifient les systèmes, elles augmentent le réel ! Dans les « grands systèmes de Poincaré » les résonances se manifestent dans presque toutes les trajectoires.

  •  
  • La résonance empathique nous mène à la supraconscience
  • La pensée, l'insight se déposent dans le réel
  • Le groupe est plus que la somme des individus qui le composent (Bion)

 

 

Prigogine trouve absurde l'hypothèse du Multivers, ainsi que les théories qui, impliquant la conscience de l'observateur, penchent du côté du mysticisme. Le problème de l'interface entre l'esprit et la matière, soulevé par les paradoxes d'observation de la théorie quantique, est pour lui liés étroitement au problème des résonances de Poincaré. L'irréversibilité pourrait-elle être un élément introduit par l'observateur dans un monde réversible ? Non, il y a un mécanisme intrinsèque qui conduit aux aspects statistiques observés, tranche-t-il, et c'est précisément l'instabilité, le chaos : l'irréversibilité n'est pas due à notre intervention dans la nature. Dualisme de la science classique, cartésienne, dans laquelle corps (et son extension physique locale, sa géométrie) et pensée (qui évolue dans le registre temps pour Prigogine) sont régis par des lois différentes, celles de l'automate pour le premier, de la créativité pour la seconde. Mais Prigogine, avec Penrose (« c'est le manque de compréhension des lois fondamentales de l'univers qui nous empêche de saisir la notion d'esprit (mind) en termes de physique et de logique ») étend la science aux phénomènes jusque là rejetés dans la « phénoménologie » et qui pourtant appartiennent à la nature

 

bref, il est cognitiviste, et moi néoplatonicien plotinien aurobindien refusant de fonctionner en boucle : mais où « case-t-il » l'émergence ? N'est-elle pas à la fois propriété des systèmes complexes et facteur de leur propre déséquilibre-complexification ? Et si la pensée est émergence comme le proposait Teilhard, répond-elle encore aux lois du système dont-elle est issue ? N'avons-nous pas toujours un système de retard pour analyser la pensée ? Le temps des systèmes, c'est l'incomplétude de Gödel ! Le voyage en incomplétude, cette faille absolue du système de systèmes ! La vie n'est pas illusion, mais contrepoint de l'entropie, du désordre, et dans ses états métastables s'accroît la pensée. La mort est elle une éternité sans plus d'événements ? Ou bien n'est-elle que passage par l'univers le plus voisin du multivers... dans une autre flèche de temps ! From being to becoming, titre d'ailleurs joliment Prigogine.

 

 

Deux particules qui se heurtent dans un système ne sont plus indépendantes, il y a une mémoire de cette collision dans leurs caractéristiques, une « corrélation », tout système formé d'un grand nombre de particules est parcouru de ce flux de corrélations, on peut considérer que c'est la manière dont il vieillit, il y a comme l'apparition d'un temps qui n'est pas lié aux molécules, mais à leurs relations, un « futur » des corrélations plus élevées. Dans les populations humaines, ce sont les relations entre individus, plutôt que les individus, qui ont subi un changement radical du paléolithique à nos jours : notre société vieillit plus vite que la paléolithique parce que les moyens de communication se sont amplifiés, que la dynamique des corrélations sociales a subi une accélération énorme. Le temps des sociétés évolue.

 

Des solutions topologiques, sans doute, dans le chaos, que Prigogine n'aborde pas, fermé sur son hypothèse ; causalité, réversibilité, téléologie apparaissent antinomiques à irréversibilité et perte de mémoire ; mais « pour éliminer les divergences il faut briser le temps », ce que fait Prigogine dans ses calculs. La topologie permet-t-elle d'admettre une téléologie, cette finalité qui mort la queue de l'origine ?

 

 

Le chaos, une instabilité dont la probabilité est « poussée » par les conditions initiales, irréversible mathématiquement, et également imprédictible, conclut Prigogine. L'univers en système dynamique instable, le non-équilibre et l'entropie introduisant une cohérence dans l'émergence d'ordre et de désordre, mais une irréversibilité vers l'état antérieur. La Maya, elle, principe d'obscurcissement, est aussi principe dispersif, dans une sorte de réversibilité à partir de l'illusion de la forme, et qui réorganise les éléments dans la totalité de l'énergie cosmique. Sans entropie, sans instabilité, pas de structures biologiques, nous sommes l'émergence de systèmes qui ont changé. Nous sommes un possible, nous n'avons jamais été une certitude.

 

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 11:14
l'outil est post-humain, l'art maintient le lien: Régis Poulet, les grottes peintes, et la géopoétique

notes de lecture, Le vol du Harfang des neiges, R. Poulet 2015, des grottes peintes à la géopoétique. Le postulat de l'ouvrage est dans l'art ou les conditions de réconciliation avec le monde, face au développement de la technique. On est dans l'espace présumé transitionnel de la grotte, au prénéolithique. On serait hors des césures du langage, et hors du confort de non-penser monde du symbolique: pas forcément dans une zone de confort.

 

 

L'outil favoriserait la sélection de caractères qui auraient été létaux sans lui, il est une échappée par l'arme à la sélection biologique... Alors, seule la mort maintient le lien direct à l'animalité, à la nature. L'art est protestation contre cette séparation d'Homo qui survient par rapport à la nature dans le règne de l'outil qui s'organicise ; l'art en jeu, en opposition au travail, à la perte du devenir humain. En « gestion » de la mort et de l'amour, aussi, une animalité qui est signe de présence dans l'univers, « force de l'animal qui ne raisonne pas et ne travaille pas » (Bataille), et un dérobement à l'ordre.  L'art pariétal serait un utilitaire magique autour de la pratique de la chasse, le chamanisme permettrait le maintien de l'accès aux mondes étagés, à l'intrication des règnes, aux transformations, aux formes spectrales. L'art, le rire, l'érotisme et l'ivresse sont des « brèches vers l'intimité perdue » selon une habile intrication de Georges Bataille et de l'Abbé Breuil !

 

 

Car il y aurait une angoisse dans l'accès à la réflexivité, face à la mort, cet irreprésentable - et n'est-ce pas la technique elle-même, plutôt que l'incompréhension et la crainte, qui isole les vivants des morts ? - « Un interdit enveloppe les morts », littéralement... un linceul d'outil Est alors invoqué l'inaltérable de la forme animale. Quand la destinée personnelle se sent captable par un chaos transcendant, la réflexivité elle-même se renforce face à cette perte du bain animal, mais la création signe la conscience d'un Réel intangible, dans une réponse de l'art, qui « colmate et révèle en même temps». L'art maintien le lien vers une réalité autre que celle que les sens font percevoir, dans la « spiritualité », c'est-à-dire cette activité de l'esprit non dévolue à la technique, dit J. Clottes.

 

 

L'auteur fait l'hypothèse d'un processus hallucinatoire négatif dans cet art pariétal. La grotte, refuge du négatif, prolongement du sommeil, régression utérine ; la grotte, réaction de clivage à la souffrance. Où l'on rencontrerait Green et Ferenczi dans un processus primaire de réaction à la souffrance, et non  l'océan de dopamine chamanique d'hallucination positive de l'expérience de satisfaction. L'hallucination positive est un "plus que perçu"; l'hallucination négative ouvre au non perçu, l'art serait technique archaïque de l'enstase, fuite dans la matrice, la grotte, en ermite, dans une psychose blanche. Il y a fuite motrice de l'ermite qui soutient son hallucination négative par l'isolement ou l'errance, comme il y a des fuites toxiques du chamane, par investissement latéral de l'hallucination positive. L'abus perceptif peut également nous obliger à l'hallucination négative pour préserver notre continuité: en la grotte, cet espace intermédiaire entre la réalité psychique interne et le monde externe où évolue l'individu, cet espace du jeu créatif, culturel, potentiellement sacré. Un retournement du feuillet sensitif, excitable, vers un intérieur, entre intraperçu et extraperçu, « entre » organe interne et indriya, un intermédiaire qui permet en fait la continuité des perceptions du monde, malgré l'outil qui s'impose, malgré ce post-humain moteur de l'outil qui entrave la perception immédiate ; l'espace intermédiaire offre au Soi une possibilité de développement en continuité dans la Maya des espaces.

 

 

L'espace intermédiaire et son hallucination négative sont-il constitutifs, reliquats d'un état antérieur, ou processus de sauvegarde de la continuité psychique et évolutivement secondaires à la mise en place chez Homo de la pensée réflexive ? Comme une sauvegarde dans l'habitat chtonien. Le mythe devient objet transitionnel collectif (Green), sa perte est possible sans deuil, elle surgit même à plusieurs reprises dans le parcours de l'individu, il ne s'agit pas d'une religion, l'art n'est pas rite. L'inquiet ou le scientifique redécouvrent les mythes, vivent les rêves, sondent le négatif, tendant au continu qui étaye.

 

 

Invention de l'art, et géopoétique, dit R. Poulet : deux événements pour entrer dans une situation nouvelle, passer à un autre état. Kenneth White fonde ce concept de géopoétique: une epoche, suspension, introspection, protestation d'un ordre. L'epoche, ou la suspension du jugement des phénoménologistes, ou la passe de navigation des psychanalystes. La géopolitique est une textonique de la terre, post-historique, une thixotropie de la réflexivité: elle ouvrirait l'esprit au texte de la terre. Il y eut l'art comme il y a une rivière près des grottes qui sont ornées, puis une histoire, puis la géopoétique, qui ne remonte pas le cours d'une seule fibre refoulée, mais tout un tissu devenu invisible, un revécu d'expériences non déliées. La géopoétique est désanthropisation : « ni le moi, ni le mot, mais le monde » (White). Quelque chose de la théorie Gaïa, dans cette géopoétique !

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 09:48
Psychose et espace de Calabi-Yau cognitif

Dimensions de pensée (Calabi-Yau cognitif) : sur quelle matière noire se contreforte-t-elle la césure des mots ? La pronoïa plotinienne - dont notre pensée est part ou émanation - relève-t-elle d'une énergie noire, que le philosophe disait en précurseur « supralunaire » ?! Et les « lunatiques » - pour lesquels les anglo-saxons créèrent des asiles – ont-ils accès partiel à certaines dimensions usuellement repliées d'une pensée commune mais dont chaque logique ne permet qu'une appréciation discrète ? Y-a-t-il « psychose » quand les blancs d'une logique ne chevauchent plus du tout ceux d'une autre, faisant apparaître en contour ce processus psychopathologique de K. Jaspers, d'une logique autre qui ne nous est pas accessible ?

 

 

 

Les délires correspondent à quelque chose de radicalement autre que le sens compréhensible, et c'est cette autre chose que Jaspers propose de nommer le processus: l'efficace de quelque chose d'entièrement étranger à la compréhension (La notion de processus dans la pensée psychopathologique de K. Jaspers, G. Lantéri-Laura 1962): « l'efficace de quelque chose d'entièrement étranger à cette compréhension »

 

Espace de Calabi-Yau: modèle mathématique incluant toutes les dimensions d'espace (n = 11) postulées par la théories des cordes mais "hyperenroulées"; seules 3 dimensions sont "déroulées" dans notre espace-temps

 

Matière noire: principal constituant de l'univers, invisible à la lumière, et dont la masse considérable aurait été nécessaire en tant qu'"échafaudage" pour la constitution des planètes et galaxies

 

Logique: ensemble d'interdits permettant la constitution d'un langage symbolique. Pour les cognitivistes, nous élaborons continuellement n pensées dont seules quelques unes émergent à la conscience; la "psychose" pourrait-être tentative de retour à une pensée dans une logique autre que celle que nous a imposée le langage maternel

 

Pronoïa: concept du philosophe Plotin selon lequel la pensée baigne un monde supra-lunaire dont nous ne percevons qu'une partie

 

Gödel est panenthéiste. Dieu est l'énergie noire du Multivers.

 

 

 

 

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 18:49
le corps, système anti-hallucinatoire (Oliver Sacks)

 

Oliver Sachs

L'odeur du si bémol

l'univers des hallucinations

2012

 

notes de lecture d'une Neurotica systémique,

par un tenant de l'incomplétude des systèmes cohérents

 

  

Dès les premières pages de Sur l'empathie, Edith Stein se pose la question de savoir si l'hallucination relève de la perception pure (par absence d'"imaginaire instantané"), ou de la réactivation mnémonique; pour le phénoménologiste, l'hallucination est modification du sentir, et n'est donc pas "résurgence mnémonique interne". Autre intentionnalité, autre processus pour la phénoménologie, la psychose est pour la psychanalyse invasion du sujet en raison d'un défaut de symbolisation; Sachs, lui, propose une Neurotica des symptômes positifs. Toujours cette même interrogation: l'hallucination est-elle perceptive (« mystique », externe) ou cognitive (interne) ? Une ouverture de notre champ perceptif limité, ou bien le déficit d'un « module critique » de l'étape sensorielle, comme dans le modèle à deux temps du délire (M. Coltheart)  ? L'ouvrage, progression au sein d'observations multiples d'un neurologue ayant entre bien d'autres testé le LSD, et découvert son partenaire sexuel à 75 ans, va cependant au delà des dogmes cognitivistes.

 

 

«… privation sensorielle, parkinsonisme, migraine, épilepsie, intoxications, hypnagogie : un mécanisme cérébral – un processus physiologique primaire (…) - semble engendrer ou favoriser une activité hallucinatoire plus ou moins indépendante du mode de vie, du caractère, des émotions, des croyances ou de l'état d'esprit de l'individu». Mais l'auteur, d'observation en observation, élargit progressivement ce mécanisme neurologique de l'hallucination pour y impliquer l'ensemble du système corps ; car si le corps est imaginaire pour le lacanien, il est anti-hallucinant pour Sachs, neurologiste expérimentateur :

 

de l'homéostasie des perceptions

le corps, processus anti-entropique :

anti-infectieux, anti-inflammatoire,… et anti-hallucinatoire

(et incomplet, comme tout système: des maladies, des douleurs, des délires)

- une écologie des sentiments et des passions -

 

(1) Niveaux de dysfonction du système de perception, et gradient hallucinatoire

 

Des entendeurs de voix aux délires systémiques : vers le « corps hallucinant »

Il existe des « entendeurs de voix » hors pathologie psychiatrique. Rishis indiens, Jeanne d'Arc : des visions en orient, au travers du voile imposé de la Maya; des voix en occident, tactiques contre la prohibition du dire libre par l'institution. Des sons simples, son propre nom, un discours religieux ou surnaturel. Une musique complexe, le 2e mouvement du Quintette en Ut de Schubert, qui émerge et s'impose avec précision, « syncinésie » mnésique, dans la caboche du non-mélomane mais passionné du film Nocturne indien, quand il traverse lui-même avant l'aube la théorie de corps allongés sur l'esplanade de la gare d'Haridwar... . Entendre son nom (Freud), ou des séquences de sa langue – familières mais sans être capables de leur attribuer un sens - dans le fatras des proto-sons exotiques passés à la moulinette d'une aire du langage maternel trop désoeuvrée, alors qu'on est semi-somnolent dans un bus gravissant la montagne des bouts du monde. Pourquoi n'entendons nous plus tous de voix ? Pour J. Jaynes (La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit), tous les êtres humains entendaient des voix initialement, produites par l'hémisphère droit et perçues par le gauche comme extérieures, mais elles auraient été intériorisées depuis le premier millénaire avant J.C., avec la diffusion de l'écriture, de la logique, etc...

 

Le paranoïde n'est pas insensé, « les voix de nos malades recèlent leurs aspirations, leurs craintes, et l'ensemble de l'altération de leur rapport au monde extérieur [en devenant] le représentant des puissances hostiles ou pathologiques en général » (Eugen Bleuler, 1911) : un fonctionnement compensatoire de circuits particuliers en raison de lésions du développement, dira le cognitiviste ; un processus psychopathologique autre qui met bien en relation à l'objet, mais qui nous échappe, pour le phénoménologiste, mais pas un fonctionnement totalement interne absurde, ni une possession toute externe... Une sensation de traversée de la « limite » int. / ext., invasive dans la psychose, centrifuge et dirigée dans l'expérience mystique, passive dans l'expérience psychodysleptique. Mais, pour OS, l'hallucination en perception, que le mouvement en soit « descendant » ou « ascendant ».

 

(2) Des hallucinations secondaires à l'autonomisation neurologique lors de privation sensorielle

Privés des afférences sensorielles périphériques ou plus centrales, les réseaux neuronaux en charge de l'intégration de ces signaux perceptifs – mais aussi du contrôle exercé sur leur auto-activation par ces messages périphériques – s'autoactiveraient pour produire des images, élémentaires ou plus élaborées selon le degré de complexité des circuits concernés. Il y a asservissement cognitif et hiérarchisation des apports perceptuels (et c'est heureux sans doute dans la vie courante) : la vie est (aussi) un processus anti-hallucinatoire temporaire.

 

- La cécité périphérique ouvre ainsi la porte à la production centrale d'images élémentaires, hallucinations simples du syndrome de Charles Bonnet (XVIIIé), lors de cécité par lésion oculaire. Les hallucinations s'y apparentent plus aux perceptions qu'à l'imagination, une « perception interne » est activée par défaut de perception externe et passe le « filtre » du « module critique » cérébral ; le cerveau « feuillette un catalogue d'images » élémentaires, de parties d'images, de « proto-images » brutes, projetées de façon neutre, à la façon d'une Machine de Morel, par activation anarchique d'un système visuel primaire, qui ne fait pas participer le sujet qui garde son sens critique (contrairement à ce qui se passe dans les scénarios élaborés par les centres plus complexes impliqués dans le rêve par exemple).

 

- L'hallucination complexe relèverait du fonctionnement simultané de l'ensemble du système (l'abord total du réel, par toutes ses strates chez Deleuze, ou la Rome de Freud!) quand le fonctionnement habituel, hiérarchique, cybernétique, est logique et donc restreint (cf. action proposée pour la morphine d'activation égalitaire de tous les niveaux neurologiques, dans laquelle la douleur n'est plus au premier plan, plutôt que dev sédation sélective) ;

 

- Des lésions sur les centres intégrant les signaux perceptifs (aires perceptives corticales, etc...) pourraient également libérer l'usage de toutes les combinatoires possibles de percepts, usuellement régulées (exemple : libération du spectre olfactif, restreint habituellement aux odeurs associées à des faits mémorisés, et survenue d'odeurs « impossibles »). Par rapport au spectre perceptif possible, le spectre culturellement autorisé est restreint, le perceptif culturel serait régi par un linéaire discontinu, « pore » acquis d'information (cf. Castaneda ?). Le spectre sensoriel physique est déterminé par l'organe du sens externe, mais la combinatoire des quanta perceptifs élémentaires, elle, est variable ; on peut aussi penser que certaines perceptions pures restent hors du spectre culturel ou cognitif ; en outre une hallucination d'odeur (ou de couleur) « extraspectrale » physiquement, pourrait elle relever d'une activation particulière de l'organe perceptif interne.

 

Il y a usuellement servitude du percept à la mémoire (Madeleines de Proust, odeur de l'encre du livre qui évoque un lieu ou un objet du passé, l'odeur porte/est portée par le souvenir ; l'inverse, imaginer spontanément une odeur, est plus difficile chez la plupart des sujets (synesthètes exceptés ?), mais peut s'exercer chez l'anosmique ; et certaines odeurs potentiellement « composables » ne sont « pas imaginables », paraissent impossibles et donc hallucinatoires car elles ne sont associables à rien de la réalité phénoménale :

 

Il était impossible de combattre cette puanteur. Elle était épaisse, grasse, elle avait une texture, un volume, une couleur. C'était une odeur mouillée et d'un jaune blanchâtre, d'une puissance incroyable. Aucun homme sain d'esprit et libre de partir ne pouvait demeurer en présence de cette odeur là.

La Ligne rouge, James Jones

 

Nous nous bourrions de quinine. Nous avions la nausée. Nos avirons mollissaient dans la chaleur. Nos vêtements se recouvraient de moisissures. Il pleuvait toujours, et quand il pleuvait, il tombait de l'eau chaude et nos dents se déchaussaient. Quel rêve, quel rêve d'opium ! Tout ce qui surgissait dans notre étroit horizon était corallin, c'est-à-dire verni, reluisant, dur, avec un relief ahurissant dans le détail

Moravagine, Blaise Cendrars

 

 

(3) Des hallucinations par stimulations sélectives à différents niveaux neurologiques

 

psychodysleptiques et leurs différents points d'impact neurochimiques (cf.)

Les « trucs » psychodysleptiques des artistes, des écrivains (substances, jeûne, fatigue, etc...) ; l' « Inspiration » romantique : des stimulations cognitives plus ou moins ciblées ? « La Voix retrouvée », mais que l'autre soi-même déjà a perçu, peut-être, des années avant (l'enfance, l'événement, etc...) ? Les pensées apparaissant « sans plus de propriétaire » de Bion ? Perceptions partielles pures du poète, ou perceptions internes extra-spectre physique, via l' « organe interne perceptif» ?

 

processus pathologiques

Quand le cortex s'excite : migraine, épilepsie

- Migraine

L'ouverture d'une fenêtre sur le système nerveux (la géométrie des fortifications, ses motifs pourraient refléter la neurohistologie, l'onde lente perturbatrice d'un équilibre pouraît être l'instrument d'une auto-imagerie interne !) : le migraineux décide de devenir neurologue. Une hallucination (de motifs simples ici) « r éduite » à la visualisation de l'architecture neuronale corticale (---> « hallucinations » de plus en plus complexes et multisensorielles des structures profondes ou des réseaux neuronaux ; l'hallucination en cartographie de notre interne, cellulaire, tissulaire, métabolique, « homonculus étrange », yoga cellulaire !! de la Mère, réseau ADN !! de Narby...)). « Les formes hallucinatoires sont les universaux physiologiques de l'expérience humaine », nous dit Sachs, « se déroulant au niveau fondamental des cellules » auto-organisées en réseaux complexes. L'hallucination en expérimentation de notre complexité, en saut dans la complexité. Les cognitivistes classiques pensent le système nerveux complet, mais Sachs lui insiste sur son fonctionnement complexe.

 

- La maladie sacrée

Aura. Mais Hippocrate tempère cependant l'appellation qu'il donne à l'épilepsie : « cette maladie a une origine naturelle et une cause déclenchante ». Déjà-vu, jamais-vu et déconnexions de l'affect et de la représentation par autonomisation de centres cérébraux (corticaux ici) ; épilepsie et Neurotica cybernétique, mais privée de la complexité, l'ensemble du système n'étant pas sollicité : réactivation de souvenirs plutôt qu'émergence comme dans l'hallucination. Une impression de mise en continuité, Dieu est la mise en continuité (dont toute structure, solution de continuité, nous sépare).

 

- Jusqu'au lobe temporal

Hyper-religiosité intercritique de l'épilepsie temporale, joie, harmonie et compréhension totale, (une « bipolarité » de faible fréquence et très grande amplitude ?)

Syndrome de personnalité intercritique de Geschwind (d'après L'Idiot) : recherche de querelles mesquines, désintérêt pour la sexualité, ton moralisateur et sérieux, emportement soudain, intenses préoccupations religieuses, compulsions artistiques, littéraires (# spectre border-line !).


Epilepsie temporale avec auras extatiques de Jeanne, « ou » schizophrénie ? Ces prophètes-récepteurs... La religion, une architecture temporale, propose Sachs, mais sans préjuger de la relation structure-fonction, chaque fonctionnement ayant sa spécificité propre, ou témoignant d'une émergence particulière à structure-système commun. Limites et astuces de la structure, continuité de la fonction, les études structure-fonction relèvent d'une certaine mystique.

 

Lésion (tumorale, dégénérative, vasculaire, ...) de la structure nerveuse

- De la migraine à l'hémianopsie, une visualisation des architectures neuronales ?

Après un trajet compliqué, la rétine est cartographiée point par point dans le cortex visuel primaire (face interne des lobes occipitaux). De la rétine à l'œil interne, chaque niveau lésionnel sur les voies et centres optiques a sa « tache aveugle » et ses productions hallucinatoires plus ou moins « architecturales » ou complexes

 

- Lésions du TC et du mésencéphale et hallucinations du Parkinson

Hallucinations complexes, difficilement criticables parfois

chez 30% des patients traités par L-Dopa (!)

Des rêves très riches d'où les patients s'éveillent paralysés

cf . « démences » à corps de Lewy

 

(5) le mille-feuilles des consciences

en résultante de ces différentes activations sélectives du système complexe

(pour les cognitivistes, nous produisons continuellement n pensées, dans des réseaux neuronaux indépendants mais plus ou moins connectés, et seules certaines d'entre elles accèdent à la conscience)

 

le rêve et le cauchemar

Night mara, présence maligne (incube, succube) ; picard cauchier, presser et mare néerlandais, fantôme

Impact de l'immobilité sur la conscience, sensation de présence maligne (cf. Palladium). Quand l'esprit n'a plus accès au corps, soit il se tait (il faut alors marcher comme J.-J. Rousseau ou se mobiliser comme J. Bousquet pour penser et/ou se remémorer), soit il se délie, délire, sort du sillon logique que les limites des corps imposent.

Mare, démon féminin qui étouffe les dormeurs en s'allongeant sur leur poitrine. Narcolepsie hallucinatoire , Sleep paralysis : night-mares, nocebos, and the mind-body connection (S. Adler). Attente funeste parfois, effet nocebo du cauchemar-croyance, amplifié par le trauma, et morts « spontanées » aux USA des réfugiés Hmongs. Attente d'un corps nouveau (acculturation) et oppression.

hypnagogie (endormissement) / hypnopompie (réveil)

ce pont entre l'éveil et le sommeil (ce « truc » de Pessoa)

images, pensées, « conversation unilatérale de Nabokov », comme détaché de l'expérience personnelle, de transformation rapide : « vagabondage » cérébral. Qui apporte une information qui semble « révélée ».

Eléments plus hallucinatoires des visions hypnopompiques qui semblent projetées à l'extérieur, tandis que les images hypnagogiques sont reconnues comme non réelles (« sorties de rêves » ?) Sensation hypnopompique de la présence d'un être, sans doute soi-même, lors du passage entre deux niveaux de conscience, veille/sommeil, amour/sommeil, etc...

 

états de conscience modifiés

« Aucun être humain ne saurait se contenter de vivre au jour le jour (son humanité) » : transport des émotions, recherche de sens au non-sens qui nous clive, suspension de nos restrictions intérieures et extérieures – voilà la quête de Sachs - à l'ici et au maintenant (restrictions extérieures par rapport à l'ici et maintenant vital, animal ; intérieures pour l'ici et maintenant phénoménologique). Percer la Maya « extérieure », et comprendre le complexe neurologique « interne »... (alors la « limite » s'effondrera).

Modification par l'art, la méditation, etc..., et les drogues (échappée sacramentelle au continu ou connu de toute culture). Raccourci des Plantes des dieux et des drogues (ciblant telle ou telle structure) sur les techniques archaïques de l'extase. Intensification des couleurs. Visions en diagrammes de Mandelbrot, invariances d'échelle. Synesthésie plus ou moins complète de tous les sens (l'odeur du si bémol grave, concrétisation des notes, etc...), perception non continue du temps (vision stroboscopique, accélérations ou pétrifications du mouvement).

 

Newton imposa – par analogie à la gamme diatonique - 7 couleurs au spectre lumineux, certaines cultures n'en reconnaissent que 5 ou 6, la définition de l'indigo est loin de faire l'unanimité. D'oultremer à Indigo. Corallin, aussi...

 

Prophétie auto-réalisatrice en part de l'hallucination (comme du rêve qui recompose les éléments diurnes) : l'indigo apparaît « à demande » dans les expériences pharmacologiques de l'auteur (amphétamines + LSD + cannabis). Indigo lumineux et numineux (« un sentiment de présence absolue, une présence divine, à la fois mystère et terreur », mysterium tremendum de Rudolf Otto, Le Sacré. L'expérience numineuse est pour Otto l'expérience affective du sacré).

 

(6) répétitions et retours compulsifs : l'hallucination en défaut de stabilisation de la mémoire

Dans ce cadre, les hallucinations ne sont pas perçues comme étrangères aux problèmes personnels : flash-backs des crises d'épilepsie temporales, des reviviscences traumatiques, revécu des NDE. Incestes avec la mort : celle d'un proche, ou la sienne. Hantises cauchemardesques, revenants, souvenirs-spectres. Douleurs des membres fantômes. Emotions non fixées dans la mémoire dont l'éprouvé circule toujours (quand les modules du cognitivisme sont compatibles à la psychopathologie ferenczienne du trauma ; l'empathie tient-elle de ce défaut de stabilisation mémorielle des affects ?). Quand dans la nécrose on est « simplement » hanté par ses parents (L. Shengold), dans le psychotrauma tranchées et retranchements sont plus profonds, plus loin, mais nous sommes toujours sur la ligne de faille (de la mémoire stabilisée). Le chaos deleuzien, cette information totalement libre, qui blesse. Une chance (masochiste?) pour l'analyse, cet à-vif de nous-même au contrepoint de ces mémoires toujours vives, non encore transformées ; et un possible réencodage lors de la cure. Histoire du souvenir autobiographique, authenticité encore du souvenir traumatique. « [Ces souvenirs] semblent conservés dans une forme de mémoire différente, si isolément des autres souvenirs qu'aucune intégration psychologique n'est permise » (OS). Diables de Loudun d'Aldous Huxley comme de Freud : la mère supérieure évolue des convulsions hystériques aux hallucinations, le père Surin est contaminé, traumatisme secondaire empathique du thérapeute. Trauma, cauchemars, sorcières.

 

(7) de l'hallucination au délire : l'ensemble du corps ?

« Le délire est généralement l'indice d'un problème médical :

c'est la conséquence de quelque chose qui atteint l'ensemble du corps, dont le cerveau » (OS)

 

Et au delà du corps ? Cf. ce rêve intellectuel rapporté par OS d' « un nombre très, très grand et qui augmenterait sans cesse, (…) qui violerait une hypothèse que nous tenons pour inviolable » : une crainte du saut de l'incomplet vers le complet, et de l'anéantissement dans ce système complet ; une peur de sa propre implosion en la complétude... (cf. le risque de l'étude des mythes chez M. Eliade, risque de bascule...). Monde autistique du calcul infini possible, chez V. Nabokov enfant et fiévreux, et retour en « norme newtonienne » grâce à la compréhension du phénomène par sa maman. Balade en chaos...

 

Hallucinations de séparation d'avec son corps, doubles, paramnésies (cf. schizophrénie, paralysie du sommeil, méditation, hallucinogènes, NDE, et « toute diminution de l'irrigation sanguine du cerveau ») : out of body experiences (OBE). « Troisième personnage », présence sensible (lors de l'épuisement et l'hypoxie des alpinistes... et de l'acte sexuel, ou de la prise de substances psychotropes). Interprétations mystiques, quand la « présence » devient la personne de Dieu. Le trauma qui ferait jonction entre cette perception empathique primitive et notre système de perception-représentation élaborée ? Un flux cosmique d'échanges / un réseau des vivants et l'empathie / le corps et la représentation (Une mystique sauvage, un retour du refoulé, et la Neurotica). Voyage sans corps interceptif dans le « mille-feuilles de conscience ». « L'incarnation semblerait être la plus fondamentale de nos certitudes, le seul fait irréfutable au monde » (OS). Impression que notre conscience se trouve dans notre tête, comme nous regardons le monde avec nos yeux ou utilisons notre main : continuel feedback proprioceptif... (et sa projection possible, cf. expériences d'emploi de bras articulés connectés). Corps et organes des sens qui assemblent différents attributs « spectraux », perception d'objets matériels ou « immatériels ». Un dérivé d'une fonction animale de perception primitive de l'autre membre de la chaîne du vivant, en alerte au prédateur possible ? Douleurs fantômes post-amputations et autres hémi-indifférences post-AVC. La douleur en spectre d'un « autre corps » (désiré / perdu / attendu). Croyance d'une schizophrène : « j'ai été échangée à la naissance », « les autres me volent mon sommeil ». Gradient de métempsychoses continues dans l'espace-temps dont « nous » sommes part, le corps en principe anti-hallucinatoire.

 

Conclusion

Un modèle de libération des différentes structures neurologiques profondes (Sacks), ces abymes de l'univers (Ledru-Krishna), permet de théoriser une continuité des troubles de perception, du syndrome de Charles Bonnet des déficients visuels périphériques avec leurs hallucinations simples, à l'autonomisation complète des structures cérébrales encodant les processus perceptifs et l' «hallucination libératoire» (release), avec en paradigme la déficience corticale initiale des NDE. Il existe ainsi une complexité des types d'hallucinations, à la hauteur de la complexité du système nerveux.

Mais quid ? de ces fréquences optiques non perçues par les organes des sens périphériques, de ces champs qui nous entourent, et de la continuité du monde auquel nous sommes fenêtrés ??? Peut-on proposer une structure en abyme du monde et de notre cerveau, pour expliquer l'ouverture « mystique » à la pronoïa, cette pensée qui dépasserait notre corps (Plotin) ?? Notre moule d'argile serait toujours imprimé en notre centre, au noir de source, et sapiens tout entier serait dans le contrôle plutôt que dans la capacité cérébrale...? Le système limbique plutôt que la bouche de Krishna , en processus hylozoïque ? Une téloduction, cette acquisition évolutive de nouvelles chaînes neuronales analysant le monde, mais... centripète, une chaîne liquide des humeurs du monde vers l'organe interne, ce Panculus ?! L'hallucination serait cet écoulement du monde en notre centre... cet objet usuellement tranquille, composite de spectres maîtrisés, libéré de l'arbitraire du temps (et donc de la mise en mémoire), libéré du processus neurologique, comme libre, et donc inquiétant, subi. L'hallucination, un erratisme mental vers l'objet  ?

  

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 10:45
Ils ont vu le www (le monde hippie)

Autour de :

Frédéric Monneyron et Martine Xiberras

 

Le monde hippie

De l'imaginaire psychédélique à la révolution informatique

Imago 2008

 

 

Où les auteurs proposent que, parmi les retombées du mouvement hippie dans la société actuelle, on peut inscrire le réseau web mondial, échappée de l'esprit originaire d'une même vallée utopique. Sa récupération par l'institution: la société inégalitaire du profit progresse par nappes guerrières, et par déliaison traumatique de l'humanité; mais dans des lignes de faille recircule le lien cosmopolite. Dernière émergence en date, San Francisco, années 60

 

 

Des spots hallucinogènes, mais une prise de conscience d'une religiosité sans substances

Le spiritualisme des religions occidentales est le mieux à-même d'exprimer la cohésion cosmique, il réfute les classifications du monde opérées par l'Occident, ce découpage des sociétés par frontières, fonctions sociales, races, etc... Extase et extinction du moi dans le Soi. La contre-culture qui éclot dans les années 60 dans l'est américain avec le mouvement Hippie, retour de Katmandou, est... orientale. Le voyage en Orient, c'est, aussi regarder la mort en face, amoureusement, et non plus s'enfermer dans son déni, violent, qui permet la guerre. Peace and Love. C'est aussi une psychogéographie qui n'a plus d'interne (le délire) ni d'externe (le voyage), mais une isomorphie entre l'être et l'univers : sentiment océanique, foi de la voie vibratoire (H. Michaux) qui nous libère des formes. Et la physique quantique ne vient-elle pas de démontrer qu'observateur et observé sont connectés ? Tao de la physique.

 

 

Transe technologique, traces du mouvement hippie

Quand les communautés hippies retrouvaient l'extase sociale et cosmique des sociétés traditionnelles, se libéraient d'un social imposé par l'amour, les festivals tekno aujourd'hui, dans un rapport au sacrificiel, un épuisement par la transe, retrouvent l'exaltation du corps collectif. On rejoint le lieu inconnu, mais le lundi on regagne le bureau... Et il faut à nouveau des pilules pour revivre un peu d'empathie, pour se déprendre du social. Transe Goa ! Ecstasy ! Car les institutions ont persisté, les communautés ont cédé, l'amour fait retour au couple, le voyage initiatique (ce « voyage géographique en relation isomorphique avec le voyage intérieur ») au tourisme de masse. Quelques coopératives encore, assoc, antipsy, groupuscules politiques, sectes, végétarismes. Vifs interstices. L'écologie s'y perd, il ne s'agit pas de protéger la nature, mais de faire corps, mode bobo, souci de soi et de la caste plutôt que du monde commun...

 

Les Hippies tentèrent un concentré des « expériences de traversées de frontières psychiques, morales, mentales, spirituelles, sociales, etc »... Une pratique de Wilhelm Reich. Tendre vers l'énergie cosmique. Mais d'autres ont préféré la Révolution, et puis la négociation. La liberté sexuelle, et les Gender studies. La psychiatrie elle aussi : qui ne s'encombrera plus de catégories-frontières entre « maladies », mais baignera les impatients dans la « méditation de pleine conscience », cette religiosité vidée de substances. Retour aux Techniques archaïques de l'extase. Le mouvement Gay, mais le Sida. Qui permet à la bonne société de finaliser son rejet... D'identifier, à rebours, bien catholiquement, le sexe et la mort... La sphère rassurante du couple... Le profit matériel, seul objet du désir, à nouveau. La nouvelle adolescence où on se toise aux marques achetées et exhibées, au kilo de beauté, un groupe au peu de sexe, l'amour pas maintenant, préservatif. On fait circuler le désir dans la représentation. Les usages se réfugient très loin de l'imaginaire. Oubli du tantrisme. L'altermondialisme, par son « act local », ne serait pas non plus en mesure de se réclamer de l'héritage, mais serait repli sur lui-même, sans lien avec l'idéal cosmique du mouvement hippie.

 

 

Du psychédélisme à la Silicon Valley plutôt qu'à l'altermondialisme ? Ils ont vu le WWW

Le LSD, dit Timothy Leary, a fait découvrir à ses utilisateurs l'interconnexion de tous les éléments du cosmos, et une forme de communication authentique (empathique) avec l'autre. Méta-programmation de l'utilisateur de LSD, une vue directe sur ce qui n'était jusqu'alors que code, communication aux autres; ils ont vu le réseau et en sont changés, ils savent où aller. Des professionnels de l'extase archaïque, aussi : de très nombreux informaticiens indiens viennent travailler dans la Silicon Valley ! Ils y voient et créent le WWWeb, qui devait permettre l'interconnexion gratuite, au sens marge, de tous. Le peer to peer. Cette interconnexion perçue par les mystiques, cette noosphère... La connexion des micro-ordinateur, dans la faille du rêve trans-frontières des hippies...

 

Echappée au code ? Une communication de sentiments, peut-être, dans la transmission virale d'images, par rapport au texte écrit, toujours incomplet et lieu d'un autre ? Mais les alluvions hippies se sont perdus pour l'heure dans les publicités New Age, les jeunes des garages sont devenus chefs d'entreprises...

 

 

Que fera retour ?

Ça part d'une haute vallée du Gange, ça va sur le Golden Gate Park, ça semble s'éteindre, ça circule dans les failles, underground, puis ça se rallume sur le quartier latin, et ça fait rebond en New-Age (cette vision holistique, cette religiosité sans la substance), et ça a vu le réseau de conscience. Où recirculera l'imaginaire psychédélique ? Comment faire faille d'attente pour la prochaine énergie utopique ? Où l'Orient de l'esprit va-t-il maintenant prendre corps ? Là où le Reich haineux de Mille ans, qui caressait un rêve hégémonique aux odeurs de surhomme a échoué par la machine et la guerre, aux Etats-Unis d'Amérique, qui sont aussi nouvelle frontière, une utopie orientale d'amitié entre tous les êtres a su conjuguer un temps rêverie sociale et amoureuse, visées spirituelles et aspiration à la liberté individuelle, utopie refrénée par le système mais dont certains phénomènes sociaux gardent des traces, et ayant favorisé peut-être l'éclosion d'une nouvelle technologie de communication qui se voulait initialement, dans son peer to peer, émancipée des institutions... Retombée en un matérialisme divin, dans une pyramide à la Teilhard de Chardin... Où se relibérera l'imagination ? Des frères franciscains immergés dans le mystère de la nature (« flower power »), aux romantiques (orientalisants et haschichins) et au New Age post-hippie... Quelle nouvelle efflorescence du sentiment d'amour et de la transcendance d'échelle ? Quel sera l'hyper-lieu du réenchantement vital ?

 

 

La ligne directrice de l'essai est la théorie de G. Durand sur le « bassin sémantique » et l'élaboration mythique (1996, Introduction à la mythodologie) : l'ère est aussi une aire, dans laquelle l'expérience « nouvelle », le fleuve, ruisselle en courants multiples aux régimes différents. Puis, dans un partage des eaux, se font partis, écoles, courants ; des confluences forment des alliances. Alors, au nom du fleuve, un mythe particulier promeut un personnage réel ou fictif qui dénomme désormais ce bassin sémantique. On aménage les rives dans une consolidation rationnelle, les deltas s'épuisent, le fleuve affaibli se divise et se laisse capter par des courants voisins.

 

l'Inde est l'inconscient de l'Occident

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 10:41
Eliade La Nuit Bengali

Eliade, La nuit bengali, 1950, ... son nom, Maitreyi, Maitri, apparaît beaucoup plus tard, après ma sortie du sanatorium... Il s'ouvre sur l'oubli et la quête, le trouble, la surprise et l'incertitude: le coup de foudre, ce contrepoint de l'arrachement originel. Un autre Absolu, la Femme, et non européenne, au piège d'une classe sociale. Et une poitrine puissante, matrice, alliage d'argile et de cire, comme on rêve, le personnage européen s'immerge là presque contre son gré, mais en quelques pages on sait déjà que la matrice sera rejointe, Maitreyi initie en se livrant non pas à lui mais à son Être. Alors qu'ils deviennent amant, dans un interdit qui pourtant ne s'impose pas, la jeune soeur, elle, accède à la psychose, leur amour est toute douleur qui protège sa voie à Elle, autre énergie de retour. Les soeurs seules savent l'être total qui se livre à lui mais auquel il se refuse encore, soumis à son interrogation, ne s'autorisant pour l'heure qu'une initiation ménagée, préservant d'autres rêves, craignant comme une chute dans le retour total, et encore soumis aux ordres du père, là-bas.

 

 

Risque essentiel du retour éliadien qui emporte soit vers l'union totale, soit vers l'effondrement, voilà l'exercice avec garde-fous que propose le maître, là est ce "risque du yoga"... La terre-mère amante, elle-même, est malade, et il faut l'enduire, même dans une fête des couleurs, car de vives douleurs l'assaillent alors qu'elle se donne, totalement, frénétiquement. Une humeur circule, l'inter-règne gémit encore aux décharges de l'inorganique, et lui doute, au lieu de compatir.

 

 

Le père de famille disparaît de jour en jour dans sa cécité. Rites de possession brutaux, cannibalisme, jalousie. La fillette tente de quitter plus radicalement son corps. Lui est alors banni par le père, la petite reprend ses esprits, mais meurt le jour du départ de l'amant... Il gagne la solitude d'un bungalow de l'Himalaya, à ... Almora, non loin de Jageshwar et ses bois de pins, loin de Chandrigar, et la flûte de Khrisna... Ils seront unis de tous leurs sens, il voudrait regarder Maitreyi droit dans les yeux, mais quels sont ces yeux de l'amour, qui seraient en amont de toute illusion ?

Eliade La Nuit Bengali
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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 14:46

 

O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedanta, p. 358:

 

 

"Souvenons-nous que Mâyâ comporte un double pouvoir: pouvoir d'obscurcissement et pouvoir de projection dispersive"

 

 

Le premier pouvoir, ou mouvement, de la Maya, le plus connu aussi, est plus négatif, privatif, il est constitution de l' illusoire réseau de limites qui nous égare en apparence, en ego, et fait écran au réel; et le second mouvement, qui participe toujours de la Maya mais en son autre pôle, par traversée de membrane, cet effet positif de la Maya est le pouvoir de "projection dispersive", par lequel rien de l'individualité n'est perdu dans la délivrance, "les éléments du corps et de l'élan vital rentrant dans la potentialité causale de l'éternelle magie supportée par le Brahman". Maya, par son principe indissociable de "projection dispersive", réorganise les éléments (de ce qui ne faisait que forme) dans la totalité de l'énergie cosmique. Maya, processus magique, est ainsi le principe des coïncidences entre ce que nous étions illusoirement et ce que nous sommes réellement, principe de continuité entre notre vie restreinte aux limites des formes dans l'existence transmigrante, et notre identité, par projection dispersive, à tout l'être absolu.

 

 

liens

Maya, réseau de limites

La Maya et l'invisibilité du Soi

Winnicott et la peur de l'effondrement du Soi

Le processus magique

Coïncidences et Compassion ?

Forme et condensation, inflammation et dispersion: deux pôles de la mort

 

 

 

le pouvoir positif de la Mâyâ
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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 13:57
La "pleine conscience" (MBSR), artifice méditatif ou thérapie ?

Marseille, 26 mars 2016
 

Méditation de Pleine Conscience


Artifice méditatif ou thérapie ? (un débat Science et Spiritualité)

 


Bol tibétain, méditation des bruits et des sons, internes et externes
Guide de haute-montagne
Un patient douloureux chronique tient à parler

 

 

Accepter d'être heureux ? Est-ce que c'est tolérable de se dire que l'on remet l'émotion négative associée à la pensée à plus tard, suffit-il de pratiquer et ce plus tard sera toujours un plus tard ? La puissance de ces moments d'instants pleins vaut sans doute, quoi qu'il en soit, le voyage de l'"expérience globale", quand spectre ? spectateur ? et plein voyageur sans douleur ? on se déplace dans le réel. Alors, artifice méditatif ou thérapie ? Nier le mal est-il licite, en quelle que sorte ? "L'essentiel est d'être heureux", clame la psychologie positive, mais ne nous éloigne-t-elle pas de toute compassion, et donc de tout lien d'affect entre vivants ? Mais être heureux, serait-ce d'abord, ou aussi, être connecté avec ce que l'on est, notre originaire, selon la physique quantique comme selon la sainte psychanalyse quand elle se tourne vers la mémoire archaïque ? La HAS (Haute Autorité de Santé, en France) sans doute bientôt préconisera la mindfullness based therapy, puisque ça ne coûte pas bien cher, mais n'y a-t-il pas risque de dérive, désocialisation ou secte ?

 

Être Là


Observer / éloigner les "ruminations", les pensées qui circulent
Un niveau de travail que chacun possède en lui, et trop peu utilisé

 

La boue qui se dépose au fond, l'eau claire, mais il reste la boue au fond,
dit justement un témoin

 

 

Une proximité avec une position philosophique dans laquelle le mal n'est pas inhérent à la nature (augustinienne, bouddhiste : il y a corruption de la création divine par l'homme, ou construction par celui-ci du mal); un débat aussi entre physiciens (qui théorisent dans l'absence du phénomène de mort), biologistes (pour qui la mort est processus) et médecins (qui considèrent un mal intrinsèque à extraire, et la mort en échec)). L'hindouisme, lui, intègre le mal en tant qu'une des facettes de la réalité (sinon du réel). Aujourd'hui la Pleine conscience s'érige en outil de la psychologie positive, par rapport aux travail sur les chaînes conflictuelles de la psychanalyse freudienne. Un versant nord versus un versant sud du Moi ? Plusieurs voies d'escalade possibles ? Un retour immédiat à notre énergie primordiale, chtonienne, réelle, par la méditation ; et une conscience « lourde » ou faible, celle de notre vie depuis le domaine de la chute, une tentative de retour laborieux, médiat, par la gnose, l'introspection, le croisement des symboliques ? Les deux versants conduisent-ils au même sommet ? Y-a-t-il concurrence ? Ou deux sommets polaires d'un même réel ?

 

 

On n'est pas là pour se réparer (passivement) mais pour toucher à son intégrité

 

 

« Penser pour se détendre, ou se détendre pour penser » ? D'un côté par la culture (y compris scientifique), s'accrocher aux idées, combler les vides du symbolique et de la communication, tenter le retour à l'originaire continu par la gnose, en y apportant sa pierre ; de l'autre par le réel, ce flux total, ni bien, ni mal, le bonheur au risque de la dépersonnalisation, de la perte du réceptacle corporel (du bien et) du mal ? Faire la "gazelle tranquille » (après la chasse abandonnée par la lionne, les gazelles reprennent leur pâturage au même endroit, sans inquiétude) ? Se laisser domestiquer par le réel ? Des voies complémentaires ?! Une polarité du bonheur ? (argumentaire d'un inquiet!) Une voie de pleine conscience poreuse qui permet le voyage dans le réel ; une voie d'étrange étrangeté, pensée, interception, représentation.

 

Être tranquille, ne plus auto-entretenir le stress qui charge le corps.
La relaxation
décharge le corps.
Un accès à une « autre couche », sans la « prise de tête », sans le « pilotage automatique »

 

« Ou fumer un joint » lance quelqu'un; mais être-là n'est pas être voyagé dans un flot continu d'associations.

 

On ne recherche pas un état particulier ; il s'agit d'être présent.rek.

Telles sont les trois imprécations:


intentionnalité (et non endormissement !)
dans le moment présent
sans jugement

 

 

Intentionnalité ou injonction ? La voix du thérapeute ? Quelle est cette voix qui guide la relaxation, le dépôt du trop, le dégourdissement ? Le yoga, le corps d'abord comme celui de l'hypnotiseur (F. Roustang), la méditation qui ouvre le « mindfullness ». Il n'y a pas de « jeu à jouer » ; on est dans quelque chose qui tient de la relation avec un animal domestique, dit l'orateur. Y-a-t-il danger de l'abandon en cet état passif ? Ou bien s'agit-il d'« un médicament en nous », comme dit le psychiatre, qui a lu The Lancet ?

 

Bio-psycho-social, esprit-corps-coeur, cet éclatement occidental ment, il y a une autre voie, qui fait nœud, qu'utilise le thérapeute ou le guide spirituel. L'éclatement est celui du patient addict, une pathologie du lien, une aliénation à un autre, à un produit. Ce qui soigne c'est l'autre, la voix qui emmène à soi, l'existence que l'on est aux yeux de l'autre, le thérapeute; l'autre est un objet qui fait cheminer, et non un lien comme celui qui existe à l'objet d'addiction. "Un problème est un rocher à comprendre sur la route, et pas dans l'immédiat" : nous ne sommes pas des sachants, mais des cheminants.

 

 

 

 

MBSR (mindfullness based stress reduction)

 

(1) "body scan"

Phase de relaxation préalable: un engourdissement qui part, un peu plus à chaque expir, dans un flux vers les pieds-sol, mais sans endormissement : on ressent le corps léger qui reste. Rien qui émerge pour l'instant hors cette légèreté. Ne pas anticiper l'éventuelle douleur.

 

(2) expérience globale de pleine conscience

 

On dégage un grand espace interne par les exercices respiratoires, un grand espace qui s'élargit, abdominal surtout;


On accepte ensuite les ondes sonores de toute nature (accepter au sens de ressentir, sans objectif de modifier)


Puis on accepte les pensées qui surviennent

 

Enfin on ouvre les yeux, en réception pure, regard divergent

 

 

On accepte, on identifie, sans rajouter de « couches » émotionnelles, nos filtres sont des conditionnements, on se laisse traverser ici sans jugement, on ressent le réel tel qu'il est (et non la « réalité »).

On reçoit les ondes vibratoires dans une paix qui n'est plus ni interne ni externe, dans cette grande cavité en soi qui touche au réel, mon corps n'est que fine membrane qui n'intercepte plus...  On se réancre au réel par la respiration, chaque fois que c'est nécessaire.

On est dans le flux fixe des ondes, des pensées, etc... , libéré du scaphandre reconnu lors du "body scan", on est membraneux au peu d'interceptions inflammatoires, les particules, les ondes ne fluorescent plus en sensations comme à l'habitude dans un corps tridimensionnel limité, dans le grand espace respiratoire pénètrent libres les fréquences.

 

 

Est-on présent quand on est « poreux sans plus d'interception » ? Dépersonnalisation et réel ? Comme la mort ? Pourtant on observe et ressent ce réel, toujours, il n'y a pas déréalisation, mais mise hors fonction des « filtres » usuels conditionnés.

 

 

On peut méditer sur la respiration, sur un objet, ou sur une situation précise qui pose problème. On peut revenir à soi par différents procédés, dont la respiration, il s'agit quelque soit la technique de ramener son attention sans tension (méditation n'est pas concentration)

 

« Perché » comme en psychodysleptiques, mais sans vertiges,

un pied toujours dans le réel

 

Puis une nuit folle de rêves agités où toutes les pensées sans doute tentaient ensemble le retour, fortes mais comme neutres, une agitation sans haine, sans intention même peut-être, un feu d'artifice.

 

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 19:19
La femme est la première et la dernière maladie (cachexie, mitochondrie)

 


La femme revient par la mère, ne cédant jamais, épuisant notre monde par son homoplasme imposé. Elle nous enflamme, elle nous réduit ; extase et cachexie. La femme est la première et la dernière maladie, celle qui arrache et celle qui rend, celle qui tient, celle qui nourrit, notre énergie au monde.

 

 

 

La cachexie est souvent le stade ultime de la maladie. Elle relève d'un processus pro-inflammatoire actif, et d'un emballement énergétique mitochondrial. Or, nous sommes homoplasmiques, c'est-à-dire que le cytoplasme, l'amnios de toutes nos cellules, est exclusivement maternel: les mitochondries spermatiques sont éliminées durant le processus de fécondation ou au plus tard lors des premiers stades de l'embryon, et notre machinerie énergétique, celle qui baigne notre code génétique hybride, est elle majoritairement femelle.

 

 

Transformateurs énergétiques, dotées de leur propres gènes, les mitochondries produisent l'énergie nécessaire à la cellule, à partir du glucose disponible dans le cytoplasme. Dans la cachexie, cet amaigrissement terminal, aucun aliment ne nous emplit plus, tout est brûlé, le corps nous quitte, le muscle fond, le cerveau reçoit des cendres, écoeuré, n'aime plus à manger dehors, et préfère grignoter le corps sans plus rien demander. Même la graisse se transforme, brune, en son propre crématoire, sous l'effet de la douleur. Last illness.

 


Toutes les cellules de notre corps baignent dans un liquide amniotique primordial, régulé par les mitochondries, depuis Eve. Nous sommes des hétérozygotes homoplasmiques: les gènes recombinés des deux lignées baignent dans un monde strictement maternel.

 

 

Les mitochondries régulent la mort cellulaire programmée par apoptose, cette mort programmée est maternelle: que vienne le milieu externe à s'appauvrir, et la cellule se ratatine sur elle même, se fragmente dans le calme, et ses débris sont phagocytés. Quand le milieu est riche, par contre, on y baigne bien, en cette nounou permanente.

 

La transmission de l'ADN mitochondrial est uniparentale et femelle chez la plupart des métazoaires, « un biais de ségrégation mitochondriale exclusivement maternel chez les mammifères »... quand on porte seins, on baigne toujours dans l'amnios. Quel est donc l'intérêt évolutif à ne baigner que dans le maternel, monsieur Darwin ? « Il n'est pas évident de comprendre pourquoi il serait néfaste de disposer d'une mixture de deux génotypes mitochondriaux » ; double bain serait double peine ? Inceste de la double incarnation ? On ne peut se mouvoir en, et gérer qu'un seul corps, sans doute. L'homoplasmie en gage de « norme », n'aimer qu'un corps en gage de citoyenneté respectueuse... Des souris hétéroplasmiques ont été produites et présentent des modifications métaboliques et comportementales : réduction de l'activité physique, diminution de la prise alimentaire, troubles de reconnaissance spatiale, anxiété. A devoir gérer plusieurs corps, on est désorienté, on ne sait qui nourrir. Alors les mères sélectionnent le milieu qui nous sera imposé comme le plus approprié, nous leurs fils, nous leur espèce, qui ne devons donc baigner qu'à une double et pure homoplasmie. Notre surface seule, sans doute, dans son manque fondamental, pleure ce maternel à la fois interne et externe.

 


La femme est bain unique et eau de brûlure
Seul au bain qui sera aussi celui de notre propre rêve nous nous survivrons un jour

 

 

texte complet, notes, références:

http://medecineconjonctive.blogspot.fr/2016/03/the-last-illness-cachexie-mitochondrie.html

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 14:04
Linda Lê, Roman bipolaire

On est chez bien chez Christian Bourgois, qui imposa Pessoa, contre-courant permanent en lame de fond de l'enfermement. « Publier des livres que le public ne veut pas », mais que notre folie privée, elle, attend depuis toujours. « Editer contre », dit encore Bourgois, oui, mais tout contre. Ainsi vient Linda Le, explorant la double membrane entre le rêve et le réel, renvoyant aux déjantés qui n'en mènent pas large  dans la réalité, mais taillent la zone en hyperfréquence dans le réel. Bipolarité, manie. Dans la réalité leurs voix souvent les assaillent ; mais dans leur Extrême-Orient elles ne sont que langage, parmi tant d'autres, celui d'une foule bienveillante. René Char est en 4è de couverture : « De quoi souffres-tu ? De l'irréel intact dans le réel dévasté » ;  il ne s'agit pas d'exil, mais, au contraire, de retour aux liens originaires, par une faille nouvelle à déployer, et l'accident vasculaire, humoral, végétal, rasique, en sera l'outil.

 

Idyllique Royaume des Mots, tous liés à la mort, et sans pensées morbides. Une encre-chai, l'imprimerie de la vieille cave, secrète. Et dans cet irréel, le sursis semble toujours attribué à quelqu'un d'autre, jusqu'à ce que, enfin, et dans un bénéfice bilatéral, on se sente la force de la solitude. Mother dit !! Le frère jamais venu, l'ami confident éclipsé, il aurait su « te changer », lui, dit Mother ! Tu n'aurais pas été cette pauvre chose entichée de littérature ! Tu aurais vécu comme la majorité des gens ! Mais famille que l'on peut parfois attaquer d'angle, par la béance des non-venus, des disparus, des morts-nés, des égarés, des tués. Nous, du réel, le sursis encore nous semble. Ne pas perdre, à la jouissance du jeu, cet autre qui nous est, et continu; nous nous exilons trop peu, alors pensants, en ce double. Survient heureusement l'ami Roman, enfant sans parents, le dilettante, l'amusant, le bon à rien, dont le rôle est de refuser de rentrer dans le jeu.

 

Exilée, écrivaine, Linda Lê dit le deuil du double en manque fondamental; quelque chose qui nous touche encore – mais d'une manière autre - résiste au détachement que nous avons un jour subi. Chtonien. Aucune nostalgie. Elle aide le le double à gagner le pays où elle ne veut pas retourner. Elle rend les amis amarres à la fiction commune ? Croyez-vous à votre fréquence originaire ? A-t-on un double possible en ce monde, de même détachement ? Donc surgit Roman, sa paranoïa. S'aimer, mais comme des cosmopolites. Hyperfréquences en résonances. Celle du mort ??? Folie, grigris et contre-monde. On se processe à l'autre. En Asie, les voix de Roman l'épargnent, leur niche est pleine, il est sur sa terre à Elle-au-même, il l'avait bien senti, son livre ne s'adressait qu'à lui seul, l'élu persécuté. En Asie-ma foule on s'offre davantage, sans nécessaire socialisation obligée. Toutes les hauteurs sont possibles, l'Asie est modale, elle est notre exploratoire, ici est tonal, forme imposée seule licite. Des voix, pas de mélodie. Surgit un livre en réseau vasculaire modifié, abandon de la quête du jumeau, cet inconsolé nous-même, qui serait tout juste sur le plan d'à côté. Lecteur, tu es le seul survivant. Le livre élance à l'autre comme le cimetière attire à lui, quand pourtant les morts sont les mêmes. Elle : peut alors se lancer seule dans la quête.

Linda Lê, Roman bipolaire
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