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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 11:47

21 janvier 2011 / 2 janvier 2012

 

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Quand l'écriture se dérobe, craque, ne trouve en fait: rien. Thérapeute, écrivain: malade. Le stylo meurt et la nature reparle. Les nourrissons sont en sevrage, certitude de passage, bataille de poudre qui est bien plus dense qu'on ne le pense: il n'est pas de terrain de jeu neutre1.  Jeunes et vieux mêlent leurs racines en concurrence, qui vrillent, ou s'étendent; pas une feuille ne doit manquer au compostage de ce que je pars écrire, l'archéologie funéraire précède forcément l'hagiographie, il faut bien d'abord mourir, puis dire; toute chronologie est comme cette classification sans loi posée, sans socle, sans interdits: le chronos n'est pas logique. Doutons. Insoumission. Le choix de notre présent est éminemment politique, et « la langue est le lieu de tous les enjeux »2... La littérature est mère, mais cette mère traductrice et qui lie puissamment au monde, ce quartier de nous qui a une langue à lui, ouvrier du réel... Nouvelles normes, programmes marchands épidémiques, l'entreprise à mis la main sur le langage... cette main qui disparaît parce qu'elle ne parle plus... la victime qui n'est plus que variable d'ajustement…

 

 

 

« Toutes les interdictions du monde tombèrent parce qu'elles n'avaient jamais constitué une loi, on a dit que cela n'existait plus». Pénétrer dans la conscience des victimes: on hésite à publier, on ne chausse pas les lunettes du bourreau, on ne s'autorise aucun pathos, mais on remet bien l'empathie en marche, des décennies après, et juste là où les saigneurs pensaient pouvoir l'abolir3: le lecteur en thérapeute, dans la communauté de contrainte d'Adler, cette communauté de souffrance immobile, fermée, et qui le reste à l'ouverture même des portes par les libérateurs... Puissance du choc différé, dans la littérature, dans la vie, ce sans-temps. Que tu le veuilles ou non tu as été un choc et tu ne peux t'effacer.

 

 

 

« Là-dedans, je veux... », dit l'auto-artisan de son intérieur naissant de vasques récupérées; "Je n'arrive pas à éviter de donner cette notion d'arrogance", admet l'homme4. Moi, je ne veux rien, clairement; et ce « ne-pas-vouloir » est des plus existants qui soient, et dire absolu. Le laisser parler ? Mais un socle est nécessaire à toute lecture, à toute révolution: si la loi n'est pas formalisée, tout type d'effondrement est possible, toute circulation boucle stérilement, comme une classification déliée de toute cause. Douter change tout, comment sortir le maître du fossé, comment sortir la victime de la certitude, comment ne-pas-vouloir ? Douter neutralise le meurtre, la domination, la condamnation, au profit d'une tolérance bienveillante5. Karuna: on ne demande aucune activité au doute, mais seulement ce flottement, et toujours cette poussière blanche du jeu, quand la place est si chaude à souder le temps. Rebelles d'un monde où le pacifisme pouvait conduire à la prison, survivants de ça, nous sommes debout, devons-nous encore résister ? Le doute est tonique...

 

 

 

Vigilance sur le chapitre des mots, refus du codex... Retour à l'idée maritime, archipellique, débordement, car le langage doit rester vert-à-babord. Débordement: « même si vous n'y comprenez pas un mot, vous pouvez y voir, par la multiplicité, par la fragmentation, le monde dans lequel nous sommes ». Le réel est une glossolalie. Jusqu'à la poésie, cette aurore lucide et consciente, ce tissage. Une beauté bruissante de révolte, qui brûle un réfractaire...

 

 

 

 

 

 

1. D. Winnicott , Jeu et réalité

2. G. Mordillat, Rouge dans la brume, Calmann-Lévy

3. H.G. Adler, Un voyage, 1962

4. René Girard, cité par J. Birnbaum, A l'épreuve du terrain, Le Monde, 21 janvier 2011

5. B. Russell, Essais sceptiques, Les Belles Lettres

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