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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 14:24
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L'humanité se partage entre ceux qui se plaisent à regagner leur lit le soir et ceux que le fait d'aller dormir inquiète.
Il n'y a donc pas d'"humanitaire" hors les logiques économiques contemporaines axées sur le biomédical1, s'adressant à des individus chez qui la soufrance est illicite, ne peut être prise en compte, se doit avant tout de ne pas être. Mais l'homme est bien fait pour souffrir, et humanité n'a pas d'adjectif qui ne dissocie pas le corps du monde: "l''humanité se partage" pourrait être le sous-titre d'Instructions pour sauver le monde2. La mémoire nous tombe bien dessus comme une guillotine, et nous préférons bien utiliser notre cerveau à ressentir notre corps plutôt que de céder aux images insupportables qui rendent fou: souffrir, se souvenir, ou bien parfois, quelques instants, flotter et comme dormir les yeux ouverts. Les fêtes sont des pièges pour se souvenir, des bombes de la mémoire, quand elle revient la douleur est encore plus douloureuse. Mais une vieille femme va parler: la douleur ne s'atténue que par le partage, par l'accès à cette "communauté de ceux qui sont unis par le sceau de la souffrance"3, cette communauté même que les superentreprises de l'humanitaire refusent, exportant leurs solutions calibrées à partir de leurs "club meds" de la médecine, en kits standardisés. Rosa Montero sauve le monde en nous montrant comment se forme la communauté de ceux-là, souffrants, de l'intérieur d'eux-mêmes, de l'intérieur du monde: il était seul, ils seront bientôt quatre, improbables et pourtant...: c'était un mystère...

(1) Daniel avait fait encore une fois son cauchemar récurrent, cette angoissante sensation d'avoir tué quelqu'un qui ne s'effaçait pas complétement de lui, même après son réveil. Mais après tout, ne sommes nous pas tous des projets de cadavres ? Mais voilà qu'il y avait ce cauchemar incompréhensible. (2) Matias, lui, pouvait à chaque instant
poser le pied sur un souvenir qui faisait exploser sa peine, le laissant sourd et mutilé, baigné dans le sang de sa mémoire. (3) Elle buvait pour oublier, et elle y était presque arrivée. Pendant des années, Cerveau avait suivi avec une exactitude et une persévérance de chercheuse scientifique son implacable programme d'abrutissement. Mais quelque chose chez Daniel l'avait atteinte, peut être son désespoir, sa douleur ou son vide. Et dans la communauté de douleur, scellée lors d'une nuit étrange, vibrante, enflammée, un mécanisme se met en marche, quelque chose de grisant et de prometteur, comme si quelqu'un avait mis en marche le mécanisme secret du bonheur. Aucun des trois ne dit rien aux autres, mais chacun pensait pour soi la même chose. Tout le monde alors espère et pressent le grand choc.

Matias sentit une bousculade à l'intérieur, une chaleur soudaine dans l'estomac, quelque chose qui, bien qu'énormément perturbant, n'était pas désagréable, et eut du mal à reconnaître cette sensation. C'était de la joie.

Ce matin, à sa place, il y avait un type, qu'il n'avait jamais vu.
Il pensa à une erreur du hasard.
Les choses de l'univers sont organisées,
mais de loin en loin un cheveu peut les dérégler pendant quelques minutes.
(...) Il se résigna à boire son café, dos à la salle, vide à cette heure.

Franz Bartelt
Le bar des habitudes
Gallimard, 2005

1. P. Blackburn, Humanitaire pour quelle humanité ? Revue Entropia, N°7, automne 2009, pp 205-223
2. R. Montero, Instructions pour sauver le monde, Paris, Métailié, 2010
3. A. Schweitzer


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La théorie des vases communicants de Fieldman
ou "Les actes bons améliorent le monde"


Selon R. Montero, Aaron Fieldman, physicien quantique à l'origine des travaux qui amenèrent Heisenberg à proposer son principe d'incertitude, émigre aux USA pour participer au projet Manhattan, et y formule sa théorie, également connue sous le nom d'"effet Loth". Restée invérifiée à sa mort, il s'agit d'une sorte d'"effet papillon" de toutes les actions humaines, réparties en actes "bons" qui mettent de l'ordre et de l'harmonie dans la matière, et d'autres "mauvais", ou entropiques. Les actes individuels se répercutent, résonnent à distance (comme les propriétés des particules élémentaires en physique quantique).


Les coïncidences de Paul Kammerer
ou "quand une coïncidence se produit, il s'en produit toujours beaucoup d'autres. En d'autres termes, les coïncidences... coïncident"


Biologiste autrichien, lamarckien, accusé de fraude scientifique, Kammerer se suicida en 1926. Il propose la Loi des séries, à partir d'un postulat selon lequel  l'univers tend d'une part vers l'entropie, mais d'autre part vers l'ordre (la vie sera, pour James Lovelock, un des processus introduisant cet "ordre à rebours"). Les coïncidences seraient une conséquence de cette seconde tendance à l'harmonie, à l'unité de l'univers.

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