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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 18:14

 

 

(notes autour de

Hegel, Phénoménologie de l'esprit, Flammarion 2012, pp. 149-167,

La perception)

 

contrepoint.jpg 

L'unicité de la chose est perturbée par d'autres choses, la perception n'a aucun repos, et ce tout particulièrement dans le système médiat et non-réflexif de notre anthropocentrisme. C'est la déterminité (le tissu, l'apparence à nos sens des caractères dits secondaires de l'objet, mais qui supportent son aura, et contribuent à l'immédiateté parfois de la mémoire eidétique de l'objet) qui fait l'essence de la chose, tandis que l'inessentiel est ce qui distingue la chose des autres, par toute cette constitution  multiple et variée, mais qui existe pourtant par ailleurs, voile, Maya, reflet: la chose est le double dans la mesure où, dit Hegel. La variété n'est pas à l'écart de la chose, mais lui est inessentielle.


 

Ce multiple de la chose est conséquence de notre registre des sens, qui varie selon les dimensions d'univers dans lesquelles nous nous mouvons, univers physique et relativité, univers onirique et niveaux de conscience, univers généalogique, historique et construction de l'histoire, publique ou privée. Et si l'on considère non plus le système particulier où nous déployons notre existence, ou les quelques systèmes ou nous déployons nos existences, mais un tout (chaotique par exemple), alors la chose est une et totale.

 


 

 

La chose est une et totale, mais en même temps double, limitée et incomplète. Nous l'appréhendons par une démarche exploratoire, scientifique, de balayage (y compris des niveaux de conscience), ou par une perception de type eidétique, supraconsciente. Mais il y a bien une déterminité de la chose, la chose est bien en opposition à d'autres, le mysticisme de Hegel se décline dans cet oxymore chose Un / chose opposition. La chose Un n'est pas en connexion avec d'autres, mais en rapport de différence, d'opposition: la chose est essentiellement cette relation de rapport dont la chose "périt", et la perception classique relève de ce rapport entre les choses et non de leur essence. Tout ce que découvre la conscience va lui tendre à abolir l'inessentiel, et le rapport entre les choses en tant qu'objet de notre perception est corrolaire de l'impossibilité bergsonienne de la perception pure qui tiendrait à l'objet; le contenu tenu pour vrai de la perception n'appartient en fait qu'à la forme et se dissout dans son unité.

 


 

L'Un, l'être pour soi, n'est posé que comme quelque chose d'aboli, et ces deux extrêmes relèvent eux-même d'une entité unique. La progression entre l'être sensible et l'être universel recourt non pas à un processus cyclique (comme le penserait Eliade) mais à un exploratoire de cette structure en abyme du réel par arrachement-ajouts itératifs et continuels. Une union progressive dans le Un des singularités et de l'universalité, en puissances du "bon sens", du jeu. Mais alors la perception "résiste" à la conscience et à sa contradiction fondamentale, originelle, par la différenciation de perspectives (des "aussi", des "dans la mesure où", etc...), par la différenciation de l'inessentiel: "le vrai qu'on était censé conquérir par la logique de la perception s'avère être le contraire". Et c'est en celà sans doute que Certeau entend qu'il n'est pas d'essence, que l'essence est nulle, mais qu'il est une marche et un jeu, une invention du quotidien, et non une structure ou un cycle. C'est ce déroulement, poursuit Hegel, continuelle alternance entre détermination du vrai et abolition de cette détermination, qui constitue à proprement parler la vie, l'ensemble des faits et gestes quotidiens dans la conscience.

 

 

L'universel inconditionné est l'objet vrai de la conscience. Mais il n'en reste pas moins un objet, défini comme ci-dessus, appréhendé comme Un et comme double à cette nouvelle échelle, et s'ouvre un nouveau cycle ! Dans ce mouvement itératif, la conscience est elle-même intriquée dans son devenir; dans sa quête du vrai, la conscience n'est pas libre (quel est donc le formatage premier de notre conscience, et quels langages premiers la dirigent-elle aux tous premiers temps ?). Il est en effet des moments de cet exploratoire, et une autonomie des matières, qui s'interpénètrent sans se toucher; une pure porosité et une auto-abolition des choses, et une autonomie des différences. Ce qui perçoit et ce qui est perçu sont unis et non-distincts, mais également chaque côté, percevant et perçu, est réfléchi en soi. La force de cette opposition-mouvement (elle-même refoulée en soi, par itérations non-linéaires) est composée d'autant de moments évanescents par pertes de leurs déterminités: force de l'incompréhension, de la fuite des idées, de la perte de l'unité nocturne au juste-réveil, etc... Le mouvement lui-même s'effondre avec les substances, mais la vérité de la force persiste; la réalité de la force est en même temps perte de la réalité, la force est cette universalité. Hegel pose cette force même en concept, qui unit-oppose la force "active" réfléchie du soi et le medium "passif" des matières (dans une association qui fait écho à la phase initiale de la concentration, sur une perception interne ou externe, dans la technique de contemplation méditative). Dans des tissus aux échelles de conscience de plus en plus élevée, par itérations, on gagne "par ce milieu l'entendement du jeu des forces de l'arrière-fond véritable des choses", par une combinatoire de la conscience qui remonte la cascade de la combinatoire génétique du monde, mais dans un milieu qui est toujours un "disparaître", une apparition, un phénomène, c'est-à-dire une apparence de l'être qui est immédiatement non-être (seules les épiphanies néolithiques d'Eliade sont stables). C'est ce tout de l'apparition, cettte eidétique, qui constitue l'intérieur, le tissu, le milieu du jeu des forces, comme réflexion de celui-ci en lui-même.

 

 

L'apparition du phénomène et l'être de la perception n'ont qu'une signification toujours "négative", ou plutôt en contrepoint; les aires du réel qui nous apparaissent ne s'emboîtent pas concentriquement, mais ont une relation de contrepoint, dans une invariance d'échelle, tout au long du processus itératif d'émergence de la conscience. La quête semble illusoire d'infini, mais cette quête est elle-même le réel de ce monde suprasensible où sont déployées toutes les dimensions successives de l'objet, ce monde suprasensible nettoyé de l'opposition de l'universel et du singulier, nettoyé de l'opposition d'un ici-bas évanescent et d'un au-delà durable (mais hors tout chronos).

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