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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 09:53
les psychodysleptiques, l'"oeil didascalos" de H. Michaux

Cahiers critiques de poésie 29, dossier Mescaline 55. Déclenchement lacanien de la psychose : le pirate Jacob Cow fait ranger sur le pont tous les prisonniers, rapporte J. Paulhan, et avant de les jeter à la mer leur fait dire leur nom; à son tour, l'un deux dit : « je m'appelle Cow ». Alors, terrorisé, Cow lui-même regagne en hâte son bateau corsaire, fait larguer les voiles et disparaît. Nous en usons avec les mots, conclut Paulhan, comme si le Pirate à chaque fois devait s'enfuir.

 

 

 

Récits d'expériences :  chacune ressuscite le senti et le vu d'autrefois, et le temps « déplaçant » d'entre les expériences sombre à chaque fois en Lethe inversé. Ce sont les perturbations rejouées de l'esprit qui sont nos enseignants, qui nous découvrent; Michaux réfléchit aux cénesthésies (« sensibilité générale ») induites par les drogues. Mouvement de l'absolu de l'image, qui ne se donne plus uniquement à la mémoire, mais est énergie et non plus trajectoire du temps, amont du souvenir (l'oeil anatomique du télescope des astrophysiciens capte la mémoire de l'univers, le troisième œil capte lui son énergie, toutes deux tiennent pourtant de la même lumière; le psychodysleptique, c'est quand l'oeil subit une folie introjectée, au péril d'une lucidité provisoirement floutée).

 

Mais la mescaline semble pauvre à Michaux, elle a mauvais goût visuel, le sens de l'infini y est curieusement aplati et désenchanté, le grotesque y est monotone, seule la sensation d'un écoulement du réel jusqu'à sa perte, pas de synesthésie dans cette cénesthésie-là... Oeil didascalos. Cette drogue-là ressasse les questions qui divaguent, ne pose pas les questions qui délient ; on ne peut, non plus, diriger le rêve mescalinien, prouesse de direction à laquelle atteignent bien les méditants ; et l'intention affichée de Michaux d'observer semble de plus fatale aux hallucinations. Antipolarité de la drogue et de l'amour, sans doute : richesse de la création libre, mais pas d'orgasme sans l'autre, pauvreté de la masturbation. Chacune, femme, ne ressuscite pas le vécu de celle d'hier, mais le refoule. Edith Boissonnas décrira en poèmes « tsétaïeviens » l'impuissance de ce monde mescalinien: « Les chemins les dires s'entrecroisent / Vastes conversations sans voix ».

 

La mescaline avait pourtant semble-t-il ouvert les portes de la perception pour Huxley, mais il avait longtemps auparavant pratiqué la contemplation : il ne faisait qu'atteindre à un nouveau palier. «J'étais donc observé», dira R. Daumal ; ça vient de derrière les yeux et ça ne regarde que vous. L'hallucination est-elle cette perception « sans objet », c'est-à-dire, de l'autre côté du miroir opaque entre êtres et étants, un univers entier qui vous regarde ? Ce soleil noir est dédié à tous ceux que la fermeture des cercles effraye (B. Colin). Paulhan est plus convaincu que Michaux : « à remonter si haut vers les sources convulsives des couleurs, c'est à croire qu'encore un peu et ce sera Dieu », ici encore les couleurs ne servent plus à peindre les choses mais à tenir leur énergie. En 1955, contexte de fin d'Empire colonial oblige, il ne s'agit plus de refuser l'opium (au nom de la morale ? de l'épuisement transitoire de la source ?), il s'agit d'essayer la mescaline, les laboratoires sont en marche outre-Atlantique, nouveau monde, vieille Europe. Roger Heim, ethnomycologie des psilocybes. D'autres psychodysleptiques (le cannabis) donnent eux à toucher et à saisir les mots-moellons (la drogue de Ponge est le Malherbe...). Pour Michaux, si la poésie doit tout décrire, et dans tous les instants, il doit s'agir d'une réduction phénoménologique de toutes les choses, de toute la chose, et non d'un « flog » ou mosaïque d'images ; la poésie est la ligne directrice du journal, mais certes pas sa chronologie. D'une expérience l'autre, on passe le palier, puis on se perd à nouveau dans un fleuve sans rive encore. Il vient un jour, dit Paulhan, où il faut se dire qu'on ne découvrira plus rien (ici), ou qu'on se rend compte que, tel Galaad, on a déjà découvert et on est passé outre. Qu'on a tout soupçonné, tout pressenti. Qu'on ne s'est pas laissé, en tout cas, et c'est l'essentiel, et ça laisse ouvert, imposer, imprimer, du dehors.

 

Les mots, étant par nature signes de pensée, ne suffisent pas; l'homme qui ne parle pas cherche à garder en l'absence des mots leur seule force de présence. Dans un mouvement indéfini, l'homme passe d'un côté à l'autre du langage et des rêves, c'est le zéro qui permet les mathématiques, nos pensées ont leur zone d'ombre qui courent et cousent le monde, et toute vie, nous montre Paulhan, est la quête d'un impossible équilibre. La puissance du mot, dispositif optique, et projection. Le corps est le nuage interstellaire, le langage l'explorateur des amas planétaires qui y voguent. Le nuage du corps, c'est sa variance topologique après prise en compte du mirage gravitationnel. Le voyageur, de toutes façons, même sans style, est émerveillé.

les psychodysleptiques, l'"oeil didascalos" de H. Michaux
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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 20:04

A tous les intermittents en lutte

Dernier combat

Même si... Elle...: rendez-vous dans la 3è Rive !

De l'usine à frites au Foyer occupationnel

Du concert improbable à la première Note

Par tous les chagrins possibles

Et toutes les questions

Qui nous vivent, et ne nous ex-istent plus

Ex-istence et Ekstase

Autant de Champagnes qui nous hissent

A tous les micros qui ne marchent pas

Mais sont les chants de l'Atmosphère

Laissons tourner la terre

L'Amour a pris le vent

Vous:  pouvez faire autrement

 

 

Cosmic Fantaisie

dernier combat

dernier combat

dernier combat

bird people

space people

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 09:25

 

PETE SEEGER

luc-dominique.jpgancetres-intermediaires--genies-de-l-intersticeF0019.jpg... des chansons d'espoir et de solidarité, avant tout, à une époque où ces termes paraissent désués, mais qui font la grandeur de l'être humain. Retour sur le véritable anti-troubadour du siècle (si l'on imagine un troubadour comme ne chantant que la gloire du pouvoir), et son incroyable énergie à transmettre un discours de paix  dont beaucoup de dirigeants actuels (ou d'individus) devraient s'inspirer. S'il y a bien un hymne à la démocratie, c'est à coup sûr et indubitablement "We Shall Overcome", dont il fut la voix.prise-de-parole.jpg

PROTEST SONG

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 14:53

P1030104.jpg

Parasitisme

  un seul tire un bénéfice, et d'ailleurs on n'a pas demandé l'avis du second, cet imprudent.


 

Commensalisme

  peu importe ce couple où un autre, s'il le faut il y a aura changement, il y a bénéfice secondaire, bien sûr, mais s'il faut aller ailleurs il n'y a pas péril en la demeure.



Symbiose

là, tout se tient : donnant-donnant, mais plus encore : recevoir d'un autre que de mon symbionte ne permettrait pas un tel épanouissement, nous grandirons ensemble, nous grandirons l'un par l'autre, et pourtant nous restons bien individus.

 


Fusion

  les organes s'échangent, dans un milieu semi-liquide semi-solide où des pièces de nous et de l'autre flottent, mais dans la nouvelle membrane, un seul individu existe, lequel de nous deux y est-il ? j'y suis, et tu n'y es pas, finalement, et aucun troisième ne peut plus être reconnu.

 


Saprophytisme

  je ne te fais aucun mal, tes déchets m'aident juste à vivre.

 

 

 

 

Où est la place de l'amour ? Dans le parasitisme peut-être, dans l'unique du parasitisme sans doute, l'amour seulement est là, il s'agit bien d'être plein d'attention pour son hôte, car il est trop tard de toute façon, et on ne pourrait survivre à sa mort, et notre souffle et le sien se confondent dans deux survies qui en deviennent unique.

 

Du plaisir ?

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 17:32

L'exigence de la commune, c'est de libérer pour tous le plus de temps possible

  P1040512.jpg

 

Tome I: La prise de la parole
Tome II: L'insurrection qui vient
(Comité invisible)



ou « la maitri en combat politique", et une justification de l'anarchie:

on ne peut gouverner par le profit un lien naturel entre les êtres...

 
...une nouvelle métaphysique d'une révolution des consciences; en autant de cercles nouveaux,  et plus seulement de révolutions, comme si le Comité invisible avait aussi lu Sloterdijk...


La fabrique éditions 2007

 

 

 

C'est bien sûr l'insurrection qui vient, tous les accusés se lèvent, l'argent ne circule plus qu'au juste de la valeur de la terre, les fuyards du profit se rangent en leurs limites d'hier, nous vivons, tous jettent nos armes, dans cette paix solide et fluide en même temps, où la confiture de compétition ne prend plus. De gauche à droite c'est le même néant qui prend des poses de cadors ou des airs de vierge. Des foyers ont pris partout, des rues entières, des hommes ont brûlé, et toutes ces braises se rassemblent dans une Europe qui ne survit plus que par un low-coast d'élite. Une décision venant des marges et de tous les refoulés et de tous les regards de peine est proche; il ne s'agit plus comme au dix-septième siècle d'une chasse aux déviants-dits-sorcières; nous sommes, nous les « sans » des zones aptes à la mutation, à leurs basques flasques aujourd'hui; nous sommes le regard du Basilic dans leur arène figée. Nous sommes partout là où ils nous ont repoussé, jusqu'à provoquer la mort de leur sphère; c'est notre victoire sur leur détestable projet de tri des individus, et c'est dans le sang des insurgés que naissent les formes littéraires nouvelles.

 

 

 

Notre personnalisation n'était plus qu'amputation à l'ultra-monde du vingtième siècle de sang et de prothèses du Moi, le handicap en modèle de la citoyenneté, nous pleurions notre revenu d'existence; vient l'heure non plus de l'identité, mais de l'existence, celle du lien. Vient l'heure de la relation et non plus celle des événements; la liberté illusoire de s'arracher était notre fantôme de liberté, l'identité une campagne de guerre dirigée contre ce qu'il y a entre les êtres, contre tout ce qui circule, ce qui les lie, mais le monde n'est pas ce parc d'attraction du lien admiré en cage, ce lieu de transit simple des egos automobilisés et des anxiolytiques. On cherchait à nous imprimer; le polyhandicap du citoyen normé était dans la perte du mouvement autonome comme de la parole, nation de muets voyagés. Nous ne sommes pas aujourd'hui déprimés, nous sommes en grève de ce Moi là, nous sentons enfin ce point de départ qu'on voulait nous masquer, nous abordons le passage et la décision. Nous sommes en grève sans plus vouloir troquer l'horizon de la révolution pour celui du retour à une normale construite par le profit, au cours de la civilisation néolithique qui  meurt enfin aujourd'hui.

 

 


Un préfet prend un arrêté contre ceux qui se construisent des cabanes dans les arbres, vient l'éclat de rire déflagrant; car la vie encore persiste dans les quartiers de relégation, d'économie informelle, non détachée, ces ghettos de tous les étrangers comme moi. Mais c'est la norme de l'autre côté de l'autopont, avec ces doses de tristesse que condensent d'année en année les fêtes de famille, où tout le monde fait comme si de rien n'était devant le cadavre posé là, dans ce repli infantile au sein de ce monde du patron et du loyer, monde qui s'écroule, et où on voulait nous faire renoncer à devenir majeur. La décomposition de toutes ces formes sociales est une aubaine à l'expérimentation qui vient.

 

 


Exploitation et participation au coeur noué de la notion de travail, et nous sommes bien aujourd'hui au delà du libéralisme comme du marxisme, ceux-là toujours qui s'agitent en vain, il nous faut revivre à cette participation et ne plus opposer temps du service commun et temps du loisir. Mais pour lors nous sommes encore mutilables, et se poursuit l'explosion esclavagiste des « services à la personne », exploitation du corps à la norme, plutôt que politique solidaire du  Care... Et s'accumule la ruine sous l'ordre du travail, cette machine à mobiliser toute l'énergie physique et psychique, et à laisser choir tous ceux qui lui résistent. Désertons collectivement le régime de la mobilisation: des individus, et des continents entiers vomissent le FMI; l'Occident, aujourd'hui, c'est un GI qui fonce ou un touriste qui serre sa carte bleue, une jeune fille qui cherche des soins hydratants, un tiers-mondiste solidaire de toutes les révoltes défaites, un christianisme sacrifié survivant en structure affective, compassionnelle et impuissante; l'Occident c'est un contenu à l'agonie mais une forme qui se survit; nous avons un cadavre sur le dos, mais il n'y a rien à attendre de la fin de la civilisation, sa mort clinique ne peut intéresser que les historiens, seule notre décision nous délestera de ce cadavre et en fera une politique.

 

 

 

Tant qu'il y aura l'homme et l'environnement, il y aura la police entre eux; ne plus habiter la nature nous rend vulnérable au moindre cahot du système, au moindre aléas climatique. Il ne s'agit plus maintenant d'épidémiologie, mais de comprendre l'instant qui nous ouvre, et d'y inscrire notre action, de nous y organiser, hors de tous ces états en miniature qu'on nous propose, dernières impostures associatives. Il n'y a plus à attendre la catastrophe qui est déjà là, nous sommes dans le mouvement d'effondrement, le temps ne doit pas s'imposer à nous, une tendance future ne doit pas nous déterminer; mais il nous faut nous attacher à ce que l'on éprouve comme vrai, partir de là. Se constituer en communes – « coopératives » serait vieillissant, et d'ailleurs nous sommes plus anarchistes que coopératifs – communes qui ne se définiront plus par un dedans et un dehors, mais par la densité des liens en leur sein, par l'esprit qui les anime plus que par les personnes qui les composent: comme une civilisation adolescente, refusant tout héritage, brisant la généalogie, prenant le risque de tisser de nouveaux liens horizontaux, au delà de toute matrice reproductible. Compostons la génération, dont le seul avenir est d'être la précédente, nostalgie ou conflit. L'exigence de la commune, c'est de libérer pour tous le plus de temps possible: non pas un temps mort, peur du vide comblée par le temps du travail exploitant, il ne s'agit plus de remplir un temps mais de libérer de l'énergie, des lignes d'énergie que nous pouvons suivre à loisir. Pour expérimenter et se battre, pour retrouver les intuitions perdues.

 

 

 

L'extension des communes ne doit pas dépasser une certaine taille au delà de quoi elle perd contact avec elle-même, au delà de quoi l'intensité du lien cède à l'illusion de la compétition et son cortège de profiteurs. Abattre d'abord les métropoles, les états, tous ces espaces obligés de haine, par l'interruption de leurs flux et de leurs programmes, marchandises, normativité, contrôle policier, libérant ainsi les potentialités indispensables d'auto-organisation aujourd'hui soigneusement masquées. Saboter toute instance de représentation. Tout bloquer de l'ordre présent; il n'y a pas à poser une forme idéale à l'action, l'essentiel est que l'action prenne une forme et ne la subisse pas. Et d'abord, ne plus laisser à deux pour cent de la population le soin de produire l'alimentation de tous les autres: se rendre auto-suffisants, déposer les autorités localement, sans pathos, sans acharnement, avec une désinvolture et une dérision  scrupuleuses, il est bien inutile de prendre Paris. Tout le pouvoir aux communes ! Organisons-nous, retrouvons-nous.

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 19:56

Elle: est mon dernier baiser

Tellement plein d'un corps un

Qu'il s'ignore


Elle: me renvoie aux jambes cassées

D'une chair qui de l'interne se déprend

Et m'envoie en Noël

Mais y trouve archive, échafaud, contrefort

 

 

Entre: le possible du couple

Tantôt deux, tantôt arbre, seule symphonie

Elle: du possible

 

arbrelyre.jpg


 


 

Cette femme, de chair,

privée de neige,

donc noire, muette,

le long de laquelle

se tiendront les livres à venir

 


Roger Giroux / Jean Daive

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo maxdru

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 18:45

6-21 mai 2011

routenmer.jpg

ASPASIE

(la beauté est androgynie fantasmatique1)

 

 

 

 

Ivresse de l'incertitude, dead-line toujours refoulé9 , angoisse de ne pas avoir assez fouillé le réel et de devoir écrire, et retour impulsif à la fouille, qui en devient permanente, une stratigraphie de frontières, et quand est atteint déjà, enfin, le rocher originel, mais qu'aucun mot n'est venu, il n'y a plus, vite, qu'à creuser à côté, attendant le maître qui fera parler notre propre découpe. Comme un moi qui fait tout - c'est son job en propre - pour rester dans son hypothèse s'il peut encore éviter la norme. Parfois éclate pourtant une bouffée d'écriture, mathématique plus que littérature, avec ses postulats, mais aussi sa part affirmée d'inconnu toujours: ceci suggère cela en est d'ailleurs le seul signifiant.

 

 

 

Un petit oriental entre gris et noir – certains lui refusent le gris, mais lui ne se dit ni bourreau ni victime – un petit oriental à double bosse, cyphose et bedaine – traverse la scène. Comme lorsque le miroir met ses lunettes pour nous regarder d'identité. Cauchemar bureaucratique versus fragilité individuelle2. Et seule Elle peut encore, dans cet unique paradoxe du vivant, nous sortir de la génération... Non pas simplement (dire d'ethnologue, ou langue de belle-mère) simple théorie d'interruption du regard (qui sous prétexte de liberté nous ancre peu ou prou à un autre clan):  car s'aimer est tomber à deux dans l'intermédiaire. Plus de violence administrative, plus de numéro d'attente et de file d'angoisse, mais bien des nations sans parents et des passeports sans enfants, le remords de la guerre froide dès lors est caduc, et la fièvre narcissique, et seul l'adolescent de toujours, celui-là forcément incapable d'avoir un nous, plongeant encore dans le nécessaire poison des douleurs familiales. Les adolescents pèsent leur chair, facturent leurs mensurations.

 

 

 

Mais résiste encore, dans le temps des autres qui pourtant avance, ce fade de la pensée empêchée, et puis - pourquoi en cet instant qui s'effondre ? - surgit cette évidence de la plus jolie femme.  Que me fait tendre, dans ce vacarme qui fige, dans cet assemblage de commun, vers la seule irradiation de ce lieu ? Est-ce là processus primaire, de mon seul désir qui tente ? Elles sont belles d'entre-jeunesse, et aux seuls sourires, mais je suis dans le trop de mâles du monde. Vient déjà une réponse: la beauté est tautologique de son énigme, du rêve de ses yeux, de l'inclinaison songeuse de sa face et du mi-hâle de sa peau: la beauté est juste avant ce trop lisse qui clôt. Je ne peux résister à son potelé de l'amour, à ses bras splendides sur son genou nu, à la flagrance de chair de la ligne de fuite de son grand pectoral, qui la met totalement nue, pour peu que l'on soit exactement à ma distance, médicale.


 

Consommez dans l'instant, nous dit l'école. Ici est un lieu, mais hors sa beauté, tous relégués. Bulle d'externe. La jeune manager est handicap de sa beauté. Mais des orbites vides, mais des toux grasses en terrasse, les relégués en sont au partage. Le poète, lui aussi, est successivement emprisonné et libéré: Elle l'environne, c'est la mission révélée par le prophète à tous ceux qui, envoyés au front, exacerbent leur clivé3; l'éditeur lui est empêché et tous, à nouveau, s'auto-éditent, reprenant ensuite ici - de force, ou par délation - leur nom caché. Je suis né le jour où Elle l'a décidé, nous naissons bien quand nous sommes en état de re-fusionner, et certes pas à la maternité.



 

Que faisaient-ils ensemble avec leurs corps ? Beaucoup d'entre nous meurent vierges et masturbatoires, un devoir en attente, et quelques imaginations. Elle: devrait se métamorphoser en permanence, changer de forme, pour toujours être le contrepoint parfait de ce que jour après jour elle me donnerait. Et moi, amoureux éperdu, finirai donc par la tuer, le vrai amour est forcément crime; le consentement est au-delà de cet équilibre impossible du double contrepoint, le Dao garde bien représentés deux centres, d'où la tentation de continuer à penser en noir et blanc4. C'est l'absence de corps qui permet la relation. Son éternité.



 

Après la mort du père uniquement commence à se dessiner progressivement tout paysage intime: alors je pus, alors je dus m'inventer cette insouciance fracassée des dandys. Me perdre enfin dans ces ruines circulaires que je cultivais. Refuser de suivre, peu-à-peu. Me terrer dans le fragile des mots, étranger parmi les étrangers, chercheur d'amis à jamais perdus dans une vie antérieure, le dialogue en débutant pour autant, appelant de nombreux romans. La beauté naissait en idée fixe, en androgynie fantasmatique, en club des Hachichins aux Mille et une Nuits, mais gardé de son cerbère et donc sans acte possible. Les tyrans sont-ils bien faits de particules mortelles ?5 La beauté fracassée dont j'avais été exilé par l'Empire revenait par navire au sein du continent, et seule la littérature devenait autorisée à faire des nations6. Restent des chiffonniers du concept, des farfouilleurs des savoirs, et parmi eux quelques-uns qui tentent de faire vite avec des idées lentes, d'écrire court sur de gros livres7, tandis que les autres rament pour aimer. Où commence la sincérité d'une relation ? Où finit-elle, surtout ? Seules certitudes, les origines ne mentent pas, et dans le relai qui viendra, seule la contre-culture est consentante, elle seule tend, entre vie et pensée; et tout le reste, tout ce sexe qui  ne passe pas par l'origine, toute cette beauté surprise, elle, se monnaye, est industrie. La zone grise existe, mais pas son interprète; illusion de fermer un livre, mais lui offrir, à Elle, toujours le même livre8.

 

 

 

 

 

 

 

1. http://clio.revues.org/index132.html

2. Marc Weitzmann, à propos de Faute d'identité de M. Assayas (Grasset),  Le Monde, 6 mai 2011

3. « L'Eternel a créé une chose nouvelle sur la terre: la femme environnera l'homme ». Jérémie, XXXI, 22, cité par  B. Cendrars in La main coupée, Denoël, 1946.

4. C. Fourest, http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/05/20/eloge-du-consentement_1524973_3232.html

5. E. Rjevskaïa, Les carnets de l'interprète de guerre, Christian Bourgois.

6. « La beauté, sous toutes ses formes, incarnée, dans la vie, par les femmes, qui lui coûtèrent cher » (M. Contat, Le Monde, 6 mai 2011, autour de Théophile Gautier).

7. R.-P. Droit, autolouange

8. Au présent ou L'Amour des Maytree  (A. Dillard).

9. http://www.creos-forum.org/t8-separation-et-origines

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 09:14

leur territoire: juste un peu de désordre

 

nations des riches

 

retour à la liste des cartes:

 

F0030.jpg

 

arrêté par un djembe ultra-nomade

qui éclate à sa barbe

du peuple des plaines

à celui des mamelles

je suis revenu

 

tous ne sont pas là

mais tous en peuvent

entre: gazelle, couleur peuhle

ils rappellent la femme

on va danser sénégal

 

le kazakh éteint garde sa plainte

fractale des mondes

que frappent musique et bois

à l'appel des passeurs

danse, écrit-toi

sans ces mots qui troublent

 

deng toubab, rek

deng toubab, rek

deng toubab, rek

le danseur s'éloigne dans sa besogne

une vitre sur l'épaule

tourne droit

juste un peu de désordre

 

elle: se rapproche. effluve. masse douce, totale aura


comme un flot, pas comme une rumeur

de ses yeux presque

de son nez fin

qui me cligne

discrète

 

les rythmes sont du même arbre mais il y a des branches

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 00:05

feutre-copie-2.jpg

 

 

Gouttes sur le feutre du voyage

Et ce frais qui par la pluie du départ

Entre dans ce qui est toujours là

Et bien au-delà de tous nos tiens

 

 

Il y a toujours un au-loin

Mais qui à l'instant te pénètre

Sans qu'encore tu aies croisé son à-toi

Qu'espérant si proche t'immobilisera

 

 

De la dernière barge du train

Où s'absentent toujours les voisins

Cette pluie qui donne

T'annote au monde

Sauf le quai qui gronde

 

 

La terre se lève à la brume qui l'éveille:

Le plat se fait vie

Terre, coquille nous fait eau

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 19:42
F0044.jpg

Didascalies dystopie obsidionale quérulence
Elle, nomme le territoire encore-toujours inconnu de lui, lui assiégé par sa beauté, et incapable de la ligne directe
Fantôme de quelqu'un, sûrement, entre ces deux là, juste entre
Longtemps trop sage là où elle ne s'est pas usée, réchappée
Il assume, il compte, il classe
Parfois tout s'emboite, alors vogue très haut la brune
Parfois celà même compose
Seuls ses yeux proposent le merveilleux d'à côté
Faux refus
Le cycle tourne encore
Et compte sur toutes les autres fois
Nous fêterons nos cent ans, je décrète une foule chantante, des fleurs, des chèvres et de l'extase


A sainte eulalie du cyberdong
Seules les femmes sourient encore en soupirant
Déjà aux effluves de la nuit puis au parfum unique
Eux, terres de rien, inquiets de biens, n'offrent que l'absence entre
Mais un vrai train, qui secoue bien, qui va goutte à goutte vers le grand escalier
De la gare et de sa contre-fenêtre j'y scrute les passants du milieu
ceux qui ouvrent malgré l'arrêt
Y-quelques jolies brunes, l'uniforme persiste à la beauté mûrie pourtant
Un vrai train-sourire
Elle regarde dans mon sac comme moi dans son décolleté: sans se cacher
J'ai très tôt su que je rentrerai entre ville et campagne



Car toutes les dernières oeuvres sont perdues
A. Londres brûle en mer
Changaï-Marseille: sans retour
Question de foule, vagues de parole
Et la septième redonnera voix
Nouvelle guerre dans le creux des coffres
Nous sommes le compost de nos jours
Dubaï s'effondre sur son désert du monde, je ne fais qu'écouter
Celui qui pose grosse paluche et odeur forte, pleine
Sur le ventre du petit fébrile
Mais viendra une bibliothèque
De l'ombre du bien et du mal
Démon léger de l'ennui du je

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