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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 00:49
(ou comment la rencontre avec L'écriture de l'histoire de M. de Certeau
fut acte fondateur de Septième Vague)



- echos de l'inchoatif -
(extraits)



Il y a six ans exactement, alors qu'il errait, il se trouva happé par ce panneau dressé, il s'approcha, s'éloigna, mais dut revenir, pris par un des livres,  et d'ailleurs il ne sut jamais quel actualité il y  avait, et peu importe: ils étaient repartis ensemble, l'un dans le sac de l'autre, l'autre dans le cas de l'un.



Il se disait avoir en main son psychanalivre, il en avait croisé d'autres, mais celui-ci ne s'éteignait pas même refermé. Il ressentait depuis longtemps ce besoin de distanciation, d'exotisme, de jeu dans son rapport à l'autre; il cultivait une stratégie de l'étranger, il recréait par le voyage ce passé au lieu de l'autre, cet espace aux yeux de l'autre: et dans son livre tout celà était théorisé, l'histoire devenait une oscillation dans un temps aboli, oscillation entre conservatisme et utopisme par sa fonction de signifier un manque, oscillation entre légende et réaction. Par ce "premiérement" qui était enfin assis, il pouvait maintenant s'autoriser un "deuxièmement", on y était: de l'indéfini de la recherche il lui suffisait de ne pas passer à la servitude d'une écriture fermée. Des  jaillissements lumineux mais angoissants de furtivité émanant d'un chaos de données devenu insaisissable, de son incapacité têtue à ordonner cette jungle qu'il ressentait, qu'il ressentait pourtant comme aucun autre, des profondeurs d'un énorme fichier au bord de la saturation, et que lui seul pourtant pouvait explorer, il pouvait s'éloigner sans culpabilité, non sans perte, mais cette perte portait en elle-même le nouveau développement, et son nouveau mode d'étude: il était en plein dans ce passage à bien des égards étrange, longtemps seulement entraperçu, depuis longtemps on lui demandait ce qu'il faisait là, il rougissait en avouant chercher un message, il le lisait à l'instant, et cette introduction d'hier n'était plus organisée par le devoir de finir. Il pouvait, redevenu lecteur, devenu lecteur, s'assoir ou bon lui semblait, refuser le zéro sur l'axe, admettre que nul ne sait par lui-même qui est son père. Une Odyssée sans enthymème. Et même, enfin, sans voyage obligé.




On lui demanda, le voyant prendre des notes, s'il écrivait. Il répondit que non, il lisait, il lisait l'Ecriture de l'histoire.





Michel de Certeau n'est pas "difficile" à lire; il s'obligeait à une écriture complexe, les mots à eux seuls étant insuffisant à décrire la réalité. Son écriture est inchoative (comme lui-même l'était pour le développement de la pensée de ceux qui ont eu la chance de le rencontre) c'est-à-dire que l'apparente difficulté réside dans l'abondance des blancs, des trous, des lacunes et des failles que le lecteur doit donc par lui-même remplir, et ce faisant, prolonger l'oeuvre: Michel de Certeau a inventé l'hypertexte avant l'heure.

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 19:26
ceci n'est pas un organe



Il y a autant de lignes de partage que de vivants. Poser des lignes rouges, des limites entre les règnes, est essence du racisme et chaque arbre cladogénétique construit son propre système à partir des critères qu'il a imposés a priori. En sciences "dures" comme en sciences humaines. Tout-au-moins si l'on raisonne dans la trajectoire de notre système linéaire, argumentatif, déterminatif, basé sur la causalité. Mais l'échelle des êtres peut aussi être pensée en réseau de limites, en facettes, en repliements topologiques interstrates, et chaque démarcation n'est plus alors séparation mais point de contact, non exclusif d'un autre. Il y a autant de lignes de partage que de vivants...


Pour un être, ceci est matériel qui est moins spirituel que lui 


P. Teilhard de Chardin

 

Lettres à Léontine Zanta
(éditées par M. de Certeau)
30 octobre 1923, Sur le Fleuve jaune




Entre le vivant et l'inanimé, entre l'organique et le minéral, où placer la "bonne ligne" ??



- ligne rouge métabolique, non plus celle du carbone, mais celle  du cycle du calcium dans lequel l'os apparaît en matériau biocomposite naturel, et "est issu "du fond des océans (cf. coup de calcaire);


- ligne rouge métaphysique, telle que proposée par Aristote par exemple, attribue une âme, immortelle mais différente, aux êtres vivants selon leur position dans son échelle de la nature:

âme nutritive / sensitive / appétive / locomotrice / rationnelle enfin pour l'homme;


- ligne rouge physique: pour les stoïciens, c'est la nature du mouvement qui va déterminer la catégorie des êtres: au premier degré de l'échelle des êtres est la pierre, capable de cohésion, disposition (HEXIS), mouvement immobile interne qui permet son transport. Le Pneuma des stoïciens, qui assure cette cohésion, permettant le mouvement, est ainsi partagé de la pierre aux Dieux, certains êtres étant animés de mouvement, de l'extérieur mais grâce à leur nature cohésive (pierre, morceau de bois, etc...), d'autres étant automoteurs, à partir d'eux-mêmes (croissance des végétaux; du feu; des sources) ou par eux-même (mobilité des animaux). Pour les stoïciens toujours, le destin agit sur l'être par l'intermédiaire de sa nature, et les mouvements ne sont donc pas imposés mais en accord avec la nature interne de l'être (sans cohésion, la pierre ne tomberait pas sous l'effet de la gravité). Le Pneuma de la disposition, caractéristique de la base de l'échelle des êtres dotés d'une âme, est décrit comme "un souffle se retournant vers lui-même", en "double trajet depuis le centre jusqu'aux limites" (pour Deleuze et Guattari, une telle relation constitutive entre son centre et sa limite externe est d'ailleurs une caractéristique du vivant (par opposition  au cristal qui, lui, peut continuer à croître même s'il s'évide en son centre));

Une divergence dans les échelles du vivant entre Aristote et les stoïciens est dans la présence d'une âme chez les végétaux pour le premier mais pas les seconds, et inversement dans la présence d'une automotricité des végétaux pour les stoïciens mais pas pour Aristote.



- Les stoïciens nous amènent par cette notion de cohésion à une autre ligne rouge, celle des êtres organiques versus les êtres homogènes. Les êtres doués d'une cohésion tissulaire, au bas de l'échelle des vivants, sont des êtres homéomères et tissulaires (dont les parties fragmentées sont semblables au tout), tandis que ceux du haut de l'échelle sont anhoméomères car constitués d'organes: clivés, ils meurent. Cette distinction fondamentale qui fonde la physiologie moderne, (et avant laquelle la physiologie circulatoire par exemple n'était pas concevable) remonte à Aristote mais ne sera opératoire en occident qu'aux XVIIè et XVIIIè siècles (sans doute à l'issue d'une  transmission par Avicenne, Averroes, etc...). Quoi qu'il en soit, nous pensons aujourd'hui le vivant en ensemble organique, nous voyons sa réalité dans son intégrité;
Les deux grands principes stoïciens sont la matière passive et une raison active donnant une cohérence à la matière, le tonos, qui se différencie, selon J. Brunschwig, selon les régions de la réalité physique: hexis (maintien, tenue) dans les solides inanimés, phusis (croissance) dans les végétaux, psuchè (âme) dans les animaux, mais a toujours la fonction d'assurer le dynamisme qui unifie tous les corps dans le monde, et pour commencer, ce grand corps vivant qu'est le monde lui-même.


- La médecine ayurvédique est elle basée sur les sept tissus vivants ou DHÂTU (chyle, sang, chair, graisse, os, moelle, sperme); les cinq éléments grossiers (terre, feu, etc...) ainsi que les trois humeurs (vent, bile et flegme) sont également des dhâtu et assimilables dans la pensée indienne à des tissus, composés homéomères. Elle considère donc le vivant comme constitués de tissus entre lesquels circulent des humeurs, et la ligne rouge êtres organiques / êtres tissulaires n'existe pas: en Inde comme chez les stoïciens, la terre est le premier degré de l'échelle des êtres, de même nature tissulaire.
Et "ligne rouge de l'humain": nous, vivants logiques, et pourtant paniqués à la cloche du sublime, les humains en seuls vivants capables de devenir illogiques ! Aucun autre être vivant, aucune matière inerte ne le peut !


- Th. Bénatouïl,
Echelle de la nature et division des mouvements chez Aristote et les stoïciens
,
 Revue de métaphysique et morale, PUF 2005, 4:537-56
- F. Zimmermann, Philosophindia (link)
- F. Zimmermann, Généalogie des médecines douces




Retour à l'os dans cette combinatoire d'interfaces...



L'os en tissu de cohésion, assurant la disposition d'un vivant disposant d'un squelette interne, nécessaire à ce type de mouvement automoteur particulier des animaux supérieurs ! L'os, plus que le muscle, car point d'appui interne assurant la locomotion. L'os, toujours, ce tissu bio-calcaire, ce tissu osseux, ostéoïde solidifiée de cristaux plans d'hydroxyapatite (lien). Tissu qui est levier de la mise en mouvement, degré supérieur au mouvement lui-même dans l'échelle d'Aristote... un appareil locomoteur, et point d'organes1... Une nouvelle ligne rouge, anatomique, squelette interne secondaire au flip-flop (cf. l'os fut notre "limite externe"), passage de la carapace, cette pierre transportée, extérieure, à l'os, cette pierre tissulaire automotrice et interne...
Combinatoire d'interfaces, donc, strates multiples, plutôt que lignes de partages arbitraires: l'os en plan de consistance recevant de chacunes de ces strates du vivant, de chacune de ces lignes rouges illusoires organique / minéral, l'os en degré zéro de cette limite vivant / inanimé, biocalcium en flux dans la biocénose.



Quand quelqu'un vous dit "je sais":
posez-lui une pierre sur la langue, tranchez-lui la gorge
 et interprétez la pierre rouge.


Breyten Breytenbach
Métamorphases
Paris, Grasset, 1987




1. un système sans organes, tout comme l'inconscient !
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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 17:43



Paris (F2/3)
Occuper l'espace (dévier)
Le temps
Auto-étalant sorti à-demi (de la valise)
Sortira encore



Sur le grand bureau sur le petit bureau  moquette table basse fauteuils bleus table de cuisine évier tapis
Exclusive  horizontale
Aux murs: impeccables agencés ordonnés trous d'espace entre tous les lui encadrés distants parfaits
Et niveaux de l'étagère là-haut exposant calmement sans accident
Aux sols, aux plans, aux plats exposés à l'avancée, myriades d'hier protègent d'aujourd'hui. Ne pas ouvrir trop facile et trop vite la valise d'hier (de demain)



Briquets tickets encens revues bonbons notes diffuseurs ciseaux tabac miettes (de tabac) courriers  fermés post-it (vierges) couverts crayons bijoux cendriers  agenda (pareils) verres coupelles débordées blisters de comprimés boîtes tapis de souris sucres coquilles


Mais une seule nappe, pas de piles, biofilm
Abondance horizontale
Tout espace serait appel à manque
Ne pas pousser: enlever-remettre. Pousser dégager translater est l'impossible (tout-de-suite)
Poser


Au troisième jour, valise ouverte, énorme, objet sorti-rangé, déballé-reposé, offert-impudique, multiple-réfléchi, désiré-compulsif
Protocole d'exception, synaptologie


Cinquante cinq  maîtres carrés constellés au plat, conchiés de quotidien, voyagés, connectés, quatre télécommandes, impérativement, une marée haute constitutive, sans pourquoi, le reflux n'est qu'accident, cette marée est bien solaire, procédure chaotique en sursis, nappe qui ne se déplace mais qui force (par sauts) auto-réplicative, pâtés sur la plage mais étanches au désir


Mille posés là gardiens de mille-et-moins-une nuits de courage





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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 13:06



La vie est une torsion du néant à cheval sur une onde de probabilité

La beauté est le plus fort des attracteurs étranges

Quelque part entre inconscient et physique: poésie

Tao


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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 18:32
 


Reprise de lecture jouissive de Mille Plateaux1, hier soir. Et cela ne tient pas qu'au papier couché, à son blanc tendrement brillant, non plus uniquement à la souplesse du format: il est des lectures de connivence, qui sont où l'on va, qui offrent grandes ouvertes les portes que l'on voulait enfoncer depuis toujours. Mille Plateaux en est, et qui nous détache de  la névrose-douleur par acceptation sociale de nos traits psychotiques, ceux de la multiplicité et des pores multiples, Mille Plateaux est inflation du sujet avec mise au dépôt de la douleur sociale, autorisation donnée à une existence "context-sensitive", à facettes, libérée des carcans du temps et de la forme: Révolution, en ce jour.


Personne ne fait l'amour avec amour sans constituer à soi tout seul,
 avec l'autre ou avec les autres, un corps sans organes.

G.D. et F.G., Mille Plateaux


Y-a-t-il, donc, un seul ou plusieurs loups
(plateau 2) dans l'inconscient ? Selon Deleuze et Guattari, Freud refusait dans son interprétation du rêve de l'Homme aux loups, comme dans toute sa théorisation psychanalytique, la "multiplicité de la meute" pour une identification réductrice, "molaire et non moléculaire"; par là même il faisait se heurter la psychanalyse à sa limite, celle de la psychose, dans laquelle "une pure multiplicité" est devenir du sujet; Freud se limitait à la similitude et refusait alors l'identité...
aussi quand Jung lui expose son rêve d'ossuaire, il n'y voit qu'un seul mort, et lui encore... Alors que "l'inconscient est une foule, Freud prenait les foules pour une personne"...


L'inconscient de Freud est en effet, comme dans son image d'une Rome dont tous les vestiges fonctionneraient en même temps2, stratigraphie: une seule formation mentale émerge de l'individu, mais elle résulte à des niveaux divers, selon le degré d'enfouissement, de strates du passé plus ou moins actives encore: la vision est frontale, plane, comme celle de l'archéologue devant la coupe qu'il vient de réaliser dans la profondeur de la terre et qu'il ne lui reste plus qu'à interpréter; l'inconscient est génération, produit du temps sur le passé d'un seul individu.

Or, nous disent en substance Deleuze et Guattari, l'inconscient est un peuplement, et non une génération; l'inconscient est mouvement brownien d'une biocénose et non linéarité d'une famille; l'inconscient est un corps sans organes, mais un corps sans organes n'est pas vide mais peuplé d'une foule mobile; le schizophrène n'a pas un père et une mère mais "un corps plein et des multiplicités qui s'y accrochent".


Et c'est là...


L'inconscient est ! bien sûr ! le Soi du multiple: il est le système immunitaire de l'altérité, pas celui de la limite; l'inconscient est une combinatoire: c'est bien un système, le système du soi interrelié au multiple de l'autrui.
Les humeurs sont des tissus (lien), l'inconscient est un système, et il n'est pas en quête d'organes, ces constructions si incertaines (le foie est-il organe ou tissu ? Doué de régénération: infra-organique donc ?), mais générateur de limites mobiles; s'il est un organe de l'inconscient il est liquide... Il y a vingt ans de celà, des neuro-immunobiologistes titraient avec audace "The immune system is our mobile brain". Un cerveau ? Mais liquide et patrouillant dans tout le corps...



Immunitaire
exempté de charge, "prêt au service" (in-munus); défensif, protecteur, clivage, résistance, hors-influence;  discrimine le soi du non-soi

Inconscient
charge au-delà de la charge, chargé de tout; obligé; réceptivité, fusion, susceptibilité



Le système immunitaire discrimine (les populations, les individus, les tissus, les cellules, les molécules), il est anti-corps; l'inconscient est multiplicité mobile, a-corps, au-dela de la charge (mais il est système et particules élémentaires: combinatoire sans intermédiaires figés), dans la positivité multiple posée par un tel jugement indéfini: le système de l'inconscient est a-mune.


Ou la névrose en contrat, et l'inconscient en au-delà du corps, mais par le corps:


Du corps par le corps avec le corps depuis le corps et jusqu’au corps.
Antonin Artaud



Mais l'inconscient, sans déterminer de lignes de partage, travaillant la topologie des strates, est sans doute bien structuré  comme un système immunitaire. Structuré comme: ce qui autoriserait des résonances avec les autres systèmes, peut-être dans une approche de type thérapeutique phénoménologique, tout en réfutant toutes les possibilités d'interférences causales pronées par les tenants d'une certaine psychosomatique intégrative, ou autres réductionnistes neuro-immuno-endocrino-psychiques.
 

(à suivre)...




1. G. Deleuze et F. Guattari, Mille Plateaux, capitalisme et schizophrénie 2, Paris,  Les éditions de minuit, 2006
2. S. Freud, Malaise dans la Civilisation
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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 19:19


J'habitai chez un marchand (un an)

De sommeil
Obligé et sans soleil, saumure le dimanche pareil


Je regardai alors beaucoup: la télé
Trop fort
Et observé aussi jusqu'en mon écran (dedans)


Sombre enfumé le soir le matin
Le bruit, mauvais côté, attendre l'autre (enfin couché)
Réveillé aussi. Je préférais mon carton. Hier.


Et n'étais pas migrant, pas d'exil: immobile !
Simplement précaire (d'action)
Et sans caution (bancaire)


Maintenant je cherche la pierre
Le tissu fait défaut
Je cherche l'éther


A coups de doute
Enfin
Je pense entier

(Vous aussi ! Docteur !)
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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 13:09



Poursuivons, nième topique des pulsions, Freud était un scientifique et aurait apprécié la démarche générique. Analysons la pulsion de mort1 qui semble par trop massive et hétérogène (voir: L'empathie: technique ou "humeur" ?): elle engloberait en effet, selon Septième vague,  un universel sous forme d'un flux empathique, animal, RASA de douleur, contagieux, mais aussi un composant heureusement non contagieux, celui de l'agressivité, qui reste au cas-par-cas, qui n'est que phénomène de groupe restreint, dépendant d'un leader, et excluant les agresseurs du réseau auquel le composant empathique crée l'accès. La compassion est du registre des victimes, du syndrome de Stockholm et du monde, l'égoïsme est l'apanage des bourreaux ("je n'ai pas été heureuse", répète inlassablement la mère castratrice...; les tueurs n'ont souci que d'eux-même, comme étrangers au monde),
de l'inter-individuel selon Lorenz; l'égoïsme est intersection et non communion.


Leur placidité (...) s'accompagne d'une étonnante insensibilité; si regrets il y a, ils (Eichmann3, comme les tueurs des Tutsis) ne s'adressent qu'à eux-même, à leur vie gâchée, à leur destin malchanceux.

M. Revault d'Allonnes



CONSIDERANT:


(A) Magie: flux de communication qui persiste entre des objets séparés dans le temps ou l'espace, mais ayant été en contact au préalable;


(B) Eichmann était sans motivations malignes, contagieuses, mais "individu superfluide"2 au sein d'un système totalitaire, individu incapable de par sa médiocrité de risquer les marges d'un programme, ayant perdu sa capacité à juger du fait du nivellement des masses par le biopolitique: alors l'agressivité est renvoyée au comportement pathologique d'un seul homme, le Führer. Le mal devient le mal de personne même si tous le font... Il est des bandes de "Mad Max", mais elles ont toujours un chef.

Certaines sectes croient à une âme collective des espèces animales. (...) Cette âme ne perçoit pas la douleur des individus de son groupe et les transformations de la mort sont plutôt pour elle une jouissance. Elle n'a pas la conscience de l'homme.

Maurice Magre, Inde, Magie, 1936
(réédition chez Kailash, Pondicherry, 2008)


C'est bien le bourreau qui est a-humain, par sa non-pensée, et non la victime amenée au bord de l'effondrement par le bourreau, comme on a pu le théoriser parfois pour le "musulman" des camps...



Ecoulement tubulaire et ses lois. L'a-humain, l'absence de pensée, l'inhumain dans l'humain, est au sommet du flux, en régime linéaire, isolé, il n'est point de com-sadisme; la compassion quant à elle tourbillonne chaotiquement dans les marges, les profondeurs. Entre, sur les flancs dociles et lisses, dans les foules calmes, belles comme elles sont vues par l'observateur extérieur, il n'y a point de pensée mais seulement un mouvement régulier, deux écart-types de soumission inconsciente, soit 98% de la population...



(C) Dans les marges chaotiques de l'écoulement linéaire, brimbale l'empathie, émerge l'humeur: magie blanche;
car par la périphérie, ruban de Moebius ou pôles, en autant d'erreurs statistiques, sont en contact topologique, en "facet-design", ceux que le système s'obstine pourtant à fluidifier et à isoler les uns des autres.


(D) Charisme et magie noire: l'influence d'un seul s'exerce; les autres fonctionnent en réception simple, en  a-pathie, absence de pensée, a-empathie... Il s'agit pour eux d'une simple sublimation: la violence de la bande leur tien lieu d'acte de penser.




PROPOSONS:


Il n'y a pas de "tuning", de contagion antipathique: l'antipathie est la couleur noire, l'absence de couleur, de flux; là réside l'optimisme de l'espèce: la magie, par définition, est blanche.





Sorcellerie, magie noire, "mal": tout ce qui lie (gang), immobilise, arrête; "la tour"; le cristal, trappes, mort-figée

J'avais la sensation de descendre un escalier interminable dans un crépuscule de désespoir. Je m'enfonçais dans un royaume inhumain, extra terrestre, celui de l'immobilité, où la vie s'arrête, où les germes sont stériles, où les sèves dorment. Je descendais (...) au milieu de figures mort-nées, dans des refoidissements d'images glacées, des cristallisations de cellules.

Maurice Magre



Magie blanche, "bon": diffuse, unit (communauté), explose; lieux multiples, "contrées", entropie, chaos, porosité, mort-folie

Un certain "détachement" qui permet l'identification avec les choses et les êtres de son vivant (lien: hylozoïsme), et évite d'être "douloureusement bouleversé par l'expansion qui suit la mort" selon M. Magre; cette séparation non traumatique entre subjectivité et objectivité permettra le passage de la douleur à la jouissance (voir
mort inflammatoire, créative), dans un au-delà du bien et du mal.


Entre: le monde des désirs, le quotidien
(ces désirs, rasa connectant à l'autre, étouffés chez les sujets "hyperfluidifiés")





La haine ne se cultive que par jalousie, dépit, ou résignation. Par économie de la sensation. Il n’y a pas de haine chez les solitaires, les handicapés sociaux ou économiques, les transportés par les livres ... ou par les mots, peut-être.



(une suite: quand la compassion se départit de la haine)




1. S. Freud, Malaise dans la culture
2. M. Revault d'Allonnes, L'impensable banalité du mal, Cités, 36: 17-26, 2008
3. H. Arendt, Eichmann à Jérusalem
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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 13:55


...une certaine façon d'exister, ni absolument fictive, ni absolument réelle,
qui sans engager l'avenir, tenait tout de même compte du passé...


Louis Ferdinand Céline, D'un château l'autre, 1957


Grand temps du retour: courbé au sein maternel, puis échappement de l'adulescent.
Puis ? Premiers progressifs, ne plus se voir net des pieds à la tête.
J'aurais pu, Petit Chose néoténique caché dans la maison que je regrettais encore maternelle, allumer le chauffage.
Avant, on se contient, social, et peut-être c'est bien.
L'Amour vient à déporter (en amitié, en mots ou en maîtresses)
Gigantesque compromis
L'angoisse (de mort) s'y sent un peu piégée, ralentie
Au risque de fulgurances circulaires
Je donne procuration, même si je ne pense pas revenir: je ne refuse plus la surprise.



Pour flotter sur le sable, seule une double maison-bateau,
 un tonneau interne, maison-berceau sur un axe fixe,
un tonneau externe tournant constamment sur lui-même...


Abe Kobo, La Femme des sables, Stock, 1962


Elles sont belles sans être sexuellement très attirantes. Il y a là plein de femmes, il y a une porte, elle la fermera, laissant entrer la quête et le désir. Le lecteur croit à un géniteur pris au piège pour renforcer l'effectif de la secte.


La vie, c'est simplement savoir qu'une femme existe.
C'est tout.
Le temps n'a pas cette réalité première.


Antoine Volodine, Dondog, Seuil, 2003


J'étais confiant ici en l'attente multiple. Etre en danger justifait ma retraite. Un monde clos où on ne faisait que répondre à vos questions par: « pensez-vous réellement vouloir repartir ?»*  Seul et absolu dans l'attente d'elle.


L'enfant est seul à pouvoir tirer la conclusion logique: partir.
Non pas lutter. Ne surtout pas lutter: partir.
 Trois mots vous donnent la fièvre, vous clouent au lit: changer de vie.
Reste l'ultime opacité, du côté du proche avenir - la peur de mourir.


Christian Bobin, Le Très-Bas, 1995



Les amants restent, les lieux vivent, les mots mordent, les fêtes agissent et les refus frissonnent. Excitante chaîne. Et pourtant j'aime encore tous les ciels de tous les matins. Un oeil sur la brune, un oeil sur la blonde. Belles, complémentaires, complices, diachrones. L'une ouvre un oeil, l'autre cligne, tout dans les traits et les mimiques les oppose et les unit, parfois les lèvres précises s'immobilisent et les deux têtes se tournent, ensemble cette fois, vers l'orateur. Merci beaucoup. Un survivant vaudrait plus qu'un réfugié.



Every heart
 every heart to love will come

but like a refugee

L. Cohen






*James Hilton, Horizons perdus, 1943

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 13:30


Puis je tombai amoureux de ta main qui écrivait, ton assez belle écriture noire, mais surtout la couleur (miel) et la taille (petite) et la forme de ta main angulée, son repliement des doigts, la croix en haut du crayon, du crayon que j'hésitai à te prendre, pour jouer avec toi, je suis pour toujours amoureux de ta main qui écrit, de ta voix, ton champ, de ton Toi un peu ingénu, duveteux. Derrière on nous lance un “Chut!!”, mais déjà, avant même ton sourire et tes yeux noirs d'au-revoir magnifiques, je sais combien sera long d'attente ce prochain jour, mais infini de nous. Je ne connais pas ton nom. Nous
rions deux de ce cours sur la mort.








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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 00:59
Notes et réflexions autour du colloque

 "Chaos et déterminations dans les sciences de la vie
et les sciences humaines"

 organisé par le Centre d’Etudes du Vivant (Université Paris-Diderot) les 24 et 25 octobre 2008 à la Bibliothèque François Mitterrand (lien)





Les embryologistes embrayent

Le chaos des physiciens (cf. l'avis de Prigogine ci-dessous en annexe) et des biologistes est détermiste, contrairement au chaos deleuzien, qui est métaphore du réel, potentialité pure, "je pense donc je ne suis pas". Pour les héritiers de Galilée et des Lumières que nous sommes, la nature est écrite en termes mathématiques, dans un retour matérialiste du divin, ordonnateur du chaos primordial de la Genèse...

Dans le chaos déterministe, de petites déviations initiales vont entrainer initialement une imprédictibilité du système, puis une réintroduction de régularités interviendra, sous forme des attracteurs étranges. Selon certains mathématiciens, contrairement à une idée prévalente, chaos et complexité seraient indépendants (la complexité du chaos serait même nulle, par définition).

Mais: le chaos n'est-il pas imprévisibilité plutôt que déterminisme ? Marche vers un nouvel état stable, mais non prédictible ?


Mais la biologie, par rapport à la physique, a sa théorie propre: on ne voit que ce que l'on a compris, et l'objet inclut sa théorie propre: la mort. La mort est la spécificité de l'objet de la biologie: pour Bichat, "la vie est l'ensemble des forces qui s'opposent à la mort" (vision Prigoginienne s'il en est, "la vie est un processus anti-entropique local" !) tandis que pour C. Bernard, "la vie c'est la mort". Et cet objet propre disqualifie, sauf pour les tenants du "dessin intelligent", le déterminisme du chaos, en particulier dans le développement cérébral. La biologie est caractérisée par sa part de non-déterminisme; le chaos relève des théories de maîtrise totale. La mort rode: "il va forcément y avoir un accident, sapiens accrochés à votre caillou lancé dans l'univers; la question est: vous vous donnez combien de temps ?"

Retour à la morphogénèse, et pugilat des embryologistes, "chaos" ("magma conceptuel" des réseaux de régulation, des gènes de régulation, etc...) versus déterminisme (une "force essentielle"qui préside à l'écoulement des cellules et à l'archétype...). Pugilat sans débat possible... Même si tout le monde admet la contrainte de l'oeuf, la coquille n'est pas l'alpha et l'oméga du développement... Evidemment, des phrases du designer trop intelligent chantent Deleuze: "Le champ de déformation reste gravé dans la texture"... mais restons donc dans la poétique, alors ! Le déterminime du designer intelligent snobe tous les éliminés (individus), disparus (espèces), mortes (cellules). Sélection naturelle, spéciation, apoptose. La thanatocénose à son mot à dire:
combien ? pourquoi ? dans quelles catacombes ?  Le savoir c'est le manque, l'absence, ce constitutif du réel. Un des deux pôles du tourbillon sur lequel s'enroule notre contrepoint, c'est la mort.


Y-at-il séparation des disciplines quand on change d'échelle (atomique, etc...) ? Le propre de la physique est de tout expliquer. L'objet de la physique est le corps, les choses matérielles, la réalité. La physique est une détermination de la chose (ce "it" qui manque au français). La réalité, ultime, mathématique, est un état où les choses ne sont jamais séparées, elle n'est pas liée à l'existence. La réalité ultime est un point de l'espace, qui n'est plus que représentation euclidienne, et à qui il faut affecter d'autres caractéristiques, assigner une structure, l'individualisation n'est pas réductible à des nombres, l'espace euclidien est relatif (Poincaré) en dehors d'une référence: "Il faut toujours un doigt, un sujet, pour déterminer ce référentiel; tout l'effort de la physique est d'éliminer ce sujet"1. Objectif: objectivité. La chimère du point matériel est à la base de toute la physique classique. Et les points ne meurent pas.


Une loi unificatrice de la physique, une loi structure-fonction générale réconcilierait-elle les physiologistes et les morphologistes ?

 

Le chaos est-il l'informe, alors ? Le réel sans structure ? Cet informe qui apparait dans les rêves, magma, dé-formations ? L'informe est ce contre quoi se défend la raideur de l'archaïque. Le chaos mythologique grec est vide primordial, incréé, antérieur au monde; la mort est antérieure à la vie, et c'est la sexualité, plus tard, qui aménera la reproduction des formes. Mais ce vide primordial est porte empreinte, potentialité de la forme. Il est observable dans les premiers mois de la vie (cf. M. Klein et la confusion des capacités sensorielles). L'enfant, parfois, avant même la pensée infantile, pense cette origine, quand il découvre vers trois ans que la mort le concerne aussi: "où-est-ce que j'étais quand j'étais pas là ?". Ressurgissent parfois chez l'adulte les mots bizarres (créatifs) et angoissants de cette pensée d'origine2,6.


Nettoyer le chaos: le bruit est informe, nous dira aussi le sorcier du son. L'informe est tout ce qui n'est pas langage, même s'il est signifiant, tout ce qui n'est pas langage est repoussé vers le chaos. Ce corps sonore, en constante transformation lors de son déplacement, immatériel et décroissant, met en charge l'espace. Et il y a un retour qui nous est fait, empreinte du lieu, correspondance du son avec le lieu. Il n'y a pas d'extériorité au sonore3, comme pour l'image, mais toute écoute est choix, tri, dépendant du désir d'écoute et aussi de l'état de veille du danger; toute écoute est errance.
La musique non composée (John Cage), elle, à l'inverse, est celle de l'indifférence, de l'apathie, de l'informe, de la dépersonnalisation, de suspension du mouvement esthétique, relation quasi-chaotique au son (des déchets de grammaire musicale persistent): où est le plaisir, où est l'affect ? Le sublime peut-il ne pas passer par les sens ?  Ou bien le chaos se perçoit-il par un sens primordial ?


A-t-on une intuition du chaos, ce fossile psychanalytique ? Et puis l'enfant, ensuite, entre en errance, et en partage, tandis que le maître de maison écoute déjà le discours de la bande enregistrée, emmené-même où on le veut par le synchronisme son-image du film; et que pas beaucoup plus loin, le sujet cette fois est écrit par l'injonction du langage totalitaire. Mais dans les marges des pages et les failles de l'écho, le sage parle à l'enfant, procède par ré-écoutes.


 Y-a-t-il un chaos inaccessible (le fond du bruit) et un chaos visitable ? Mais "Il ne peut être ici question que de concepts nomades" (Prigogine et Stengers) nous dit maintenant l'ami de F. Guattari4. Il est des chaos bibliques, d'autres philosophiques. Tous ont une communauté de sens: l'innommable, et l'essai de synthèse entre le vivant et l'inanimé. Pour Guattari, le chaos est richesse infinie, immanence de possibles non vectorisés, et par où chaque être passe à chaque instant. Le Réel est le chaos, et les schizophrènes en auraient une sorte d'intuition: les composantes psychotiques ne sont pas des régressions, mais des strates (du refoulement originaire du chaos chez Freud; d'un inconscient "context-sensitive" chez le psychotique): psychose et chaosmose. Lors de l'entrée dans la psychose, des agencements discursifs (cf. Schreber, Joyce, Kafka, Beckett, etc...) cherchent à contrer le chaos et la souffrance des corps, fantômes sourds: le chaos est appréhension psychotique du monde, l'écrivain chaosmique prévient la menace, par une structure personnelle du discours, et envisage le moment de sa décompensation.



Quels filtres deleuziens ? Le chaos n'est-il, selon Spinoza, que construction ? Est-ce un concept philosophique ? "Le chaos n'est pas car il est inséparable d'un crible", dit Deleuze: "c'est l'envers d'un grand crible": "cette table n'est pas rouge" porte un jugement indéfini5. Le chaos est, pour Leibnitz, un universel étourdissant, un ensemble de toutes les perceptions possibles, une danse de poussière. Un bruissement de vagues superposées, murmure encore Deleuze. Comme dans la réalité physique (cf. ci-dessus), il y a continuité du chaos, et non juxtaposition d'une infinité d'éléments; le morcellement n'intervient que par le crible. Seule notre limitation à connaître le réel nous fait théoriser un chaos. Pour Kant, la sensation, grandeur intensive, est anticipation de la perception, cette conscience empirique de l'objet, composition, grandeur extensive. "La grandeur intensive est le réel, la science renonce à l'infini", dira Deleuze. C'est bien le cerveau qui pense, nous disent Deleuze et Guattari, mais sans réductionnisme synaptologique: un cerveau-sujet où se croisent les trois plans de l'art (qui redonne naissance à des modes de sensation infinis, par des rapports nouveaux), de la philosophie et de la science. Un flirt créatif avec le chaos, concept en lutte contre la phénoménologie (car il n'y a pas de données), en lutte contre l'opinion, et critique de la logique anglo-saxonne. Il n'y a pas de donné réel, mais une vitesse infinie de circulation de toutes les idées et de toutes les particules (la science est raison nécessaire, ralentissement de cette vitesse de circulation). La philosophie est ouverture de la pensée, acte dangereux, proche de la folie: la raison reste contingente, la pensée est système disjonctif...



Notes
1. Comme le narrateur de La géologie de la morale, dans Mille-Plateaux, finit par parler devant un auditoire absent, et lui même par se désintégrer peu-à-peu... Deleuze, lui, aussi, veut se débarasser de référence par rapport à la pensée.
2. "Ce qui apparaît bizarrerie au sein du rêve", pour Jung ?
3. Et le sujet est bien métonymie du chaos sonore (Qu'est-ce-que la philosophie ?).
4. Le "problème" central de F. Guattari aurait été l'incurable de la psychose et l'impossible de la révolution... avec les fous, faire exploser le capital ? Voir Chaosmose, L'anti-Oedipe.
5. Le jugement indéfini n'implique pas seulement qu'un objet n'est pas contenu mais qu'il se retrouve en dehors de la sphère du prédicat, où on voudra (Kant): limite d'un concept, action positive, mais ce fini n'est pas donné; puissance positive du a- sanscrit.
6. Mais on peut aussi penser cet "antérieur", cet originaire qui ressurgit, cette pensée archaïque, non pas comme celle du vide ou du chaos précédant la vie, mais comme "simple" reviviscence du séjour utérin (un chaos alors... hyperdéterministe !)


Annexe: retranscription de conférences d'I. Prigogine

Le modérateur fait remarquer à Prigogine que Rousseau considérait que toute la Nature est harmonie; à ceci le physicien répond que le terme "chaos" est considéré à tort par beaucoup comme synonyme de "désordre", alors qu'en fait il est un ordre, mais un type d'ordre instable, et dont les séquences temporelles sont très complexes. Alors que l'on considérait par exemple en chimie que seules les lois classiques, linéaires, étaient capables d'expliquer la  production de molécules, on sait maintenant que les modèles de non-équilibre peuvent également produire des structures cohérentes, et ces modèles nous permettent de voir et de comprendre beaucoup mieux les structures de la Nature. "Vous avez besoin de plus d'anarchie, y compris dans votre temps; vous avez besoin d'activités multiples et plus variées", conclut-il à l'intention de son contradicteur !

Le monde est un système déterministe (et déterminable si on connait les conditions initiales); la physique peut aboutir à une réduction de la complexité des modèles, si on étudie la Nature au plus profond, de l'intérieur, plus complétement que par ce que nous en voyons uniquement; et cette compréhension accrue diminuera notre aliénation. Prigogine fait alors référence à J. Monod qui disait que la vie, évolutionniste, est juste "tolérée" par la physique, déterministe, que la vie est dans les marges de la physique, et l'homme lui-même, "en marge de cette marge",  est un "nomade de la Nature", quasi-extérieur à elle. Il s'oppose à cette vision, au contraire, c'est la linéarité qui nous fait perdre notre nature; l'homme est un aspect basique de la Nature, et par sa créativité en est part plus intégrante que tout autre être vivant  ou toute autre objet.


Un climat de nostalgie des univers sans temps était de mode en de nombreux domaines, dans la jeunesse de Prigogine. Il ne pouvait admettre que l'étude du temps soit l'apanage des sciences humaines, tandis que les "sciences dures" s'en désinteressaient au mieux, ou avaient une attitude "défensive", l'éliminant de leurs modèles. Dans la quête de l'élimination du temps, on s'adonnait à remplacer le temps réel par un temps imaginaire, non différent en nature de l'espace, le temps n'aparaissant qu'en brisure de symétries géométriques de l'univers. Cependant ces concepts amenaient à une auto-destruction de l'évolution humaine. Les ouvrages de Prigogine devaient amener à considérer l'irréversibilité en fondement de la nature.

Des connexions très inattendues s'offrent dans l'univers.
Le monde  où nous sommes comprend des lois et des instabilités, des bifurcations. Ainsi, la musique classique, qui répond à des règles très strictes, comprend cependant une composante imprédictible dans sa modulation. La musique, mais aussi la sculpture, sont symboles de temporalité. Funéraire à son origine probablement, pour parler de la vie après la mort, la sculpture est roche et signaux temporels incorporés dans cette roche par l'acte de sculpture. De même, dans la biochimie des états non-à-l'équilibre, c'est bien à une temporalisation de la matière à laquelle on assiste. Les signes doivent mettre l'emphase sur notre enveloppement dans la Nature, les signes ne doivent pas nous conduire à l'aliénation.



Miscellanées
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Le doute du scientifique sur sa théorie, sur ses résultats, fait la frontière avec les sciences sociales, au premier rang desquelles la psychanalyse...

La pensée des plantes serait la synthèse chlorophyllienne (pour l'Inde, la conscience des plantes serait le toucher. Le soleil absorbe nos rasa, la lune les émet)

Artère et veine, mariage forcé

Le placenta est contrepoint de l'individu

Littérature chaosmique, littérature fantastique: peut-être la limite est-elle dans la constance au cours du récit chaosmique de ce qui n'est pas un artifice séparant le normal du fantastique; alors extraire un objet de sa strate ne l'empêche pas de rester actif

Pas un mot de Bergson. Serait-il, comme Jung, exclu du sérail ?
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