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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 19:12

Septième Vague, dans ses interrogations premières, voulait confronter la psychanalyse à l'hindouisme... autour de la notion de Soi... Du côté des philosophes, Bergson et Deleuze nous ont souvent interpellés, mais Winnicott nous avait déjà ouvert des ... espaces
:

Fear of breakdown
est le dernier texte écrit par D. W. Winnicott. Il y envisage  la faillite de la résidence dans le corps, la perte du sens du réél, le sentiment que l'on ne cesse de tomber... Winnicott aborde en quelque sorte l'agonie sous-jacente à toute tentative de structuration du sujet (comme l'écriture tue la pensée, y introduisant des coupures), l'effondrement que l'on redoute, mais qui a déjà eu lieu par le passé...: le "faux-soi"*, celui qui se structure à l'environnement, effondre le "vrai soi" (âtman)... Et cet événement passé ne s'est déposé nulle part, il n'est pas enfoui, il n'est pas refoulé: irréductible, il est maintenu à part, clivé du sujet traumatisé; il y a formation d'un vide nécessaire au sujet, un espace vide, en négatif (selon A. Green): pour Winnicott, dans la construction freudienne des instances psychiques, le sujet s'est déjà mutilé, en se délimitant membranairement de l'objet. Quelque chose a eu lieu au creux, au contrepoint de l'être, cet espace intermédiaire (citta). Ce blanc est témoin d'un non-vécu, il n'est pas un gommé ou un latent, il n'est pas encore surchargé de sens:

Il existe un stade dans le développement des êtres humains qui se situerait avant l'apparition de l'objectivité et de la perceptivité (...), un écart conception-perception, (...), un terrain de jeu aux frontières mouvantes, qui fut notre réalité (en d'autres termes, pour le bébé, l'objet ne vient ni du dedans ni du dehors, et n'est pas non plus une hallucination).

Winnicott théorise la capacité de jouer, au-delà de l'adaptation-soumission à notre environnement culturel: le soi winicottien est jeu dans l'entre-deux (
citta): entre dehors et dedans, entre enfant et mère, entre concept et langage.

Winnicott développe ainsi une théorie de la relativité du monde extérieur; en effet les objets transitionnels, ni-soi ni non-soi, vont être désinvestis progressivement et se répandre "dans la zone intermédiaire qui se situe entre la "réalité psychique interne" et "le monde externe tel qu'il est perçu par deux personnes en commun"; autrement dit, ils se répandent dans le domaine culturel tout entier. (...) Cette aire intermédiaire d'expérience
(arts, religion, etc...) entre réalité du dedans et réalité du dehors, est en continuité directe avec l'aire de jeu du petit enfant "perdu" dans son jeu.


Dans cet écart entre conception et perception, non mis en question chez l'enfant, peuvent nous ramener le voyage, l'exil, la quête, l'art, la religion, la science, la septième vague, etc...


* Le vrai self de Winnicott peut être rapproché de la notion d'ipséité (lien) des stoïciens, concept somato-psychique traduisant le sentiment d'exister, d'être au monde; le faux self est une stratégie en trompe-l'oeil, une conformation du sujet à ce qui est attendu de l'extérieur; il "protège" le vrai self en s'adaptant, jouant un rôle imposé. La notion de Soi est discutée par les psychanalystes, tantôt recouvrant celle du Ca, tantôt chevauchant partiellement le Moi...


Chritophe Freud a découvert le passage vers l'Inde... (B. Breytenbach)... mais chemin faisant il dépassa le vrai Soi (atman) et glorifia l'idole du Moi (maya)...




- D.W. Winnicott, Jeu et réalité, Gallimard, 1975

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