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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 10:47
langage psychotique, écriture d'aujourd'hui: A. Green et la déliaison

"Ce n'est peut-être pas pour rien que l'écriture d'aujourd'hui suggère l'analogie avec le langage psychotique. A ce titre elle est bien l'écriture du temps, comme l'époque de la
naissance de la psychanalyse fut peut-être surtout celle de la névrose.

 

Il ne manque pas de voix pour clamer haut que c'est le monde d'aujourd'hui
qui est psychotique et par voie de conséquence psychotisant. Ainsi, tendue
entre cette écriture du corps et cette écriture de la pensée, la littérature se
débat dans un univers où la médiation de la représentation est récusée. Le
langage du corps envahit la pensée, la déborde et à la longue l'empêche de
se constituer comme telle. Le langage de la pensée se coupe totalement du
corps pour se déployer dans un espace désertique. On pourrait dire que dans
ces deux cas s'est opérée encore une fois la déliaison.

 

Dans le langage corporel, c'est au niveau d'une écriture éclatée que le processus de liaison s'est brisé pour ne plus laisser apparaître qu'un morcellement ou une dispersion.


(...) L'écriture classique s'efforçait d'imposer un ordre
suffisamment contraignant pour que la liaison opère en surface, en laissant
de temps à autre passer des traces de la profondeur que le texte refoulait
mais avec laquelle il restait en communication. Faut-il céder alors à la
nostalgie d'une « belle époque » à jamais disparue? Certes pas. Mais peut-
être ne faut-il pas céder non plus à un pessimisme fataliste. Peut-être la
littérature mourra-t-elle, mais peut-être aussi qu'une mutation que notre
imagination n'est pas capable de concevoir lui donnera un autre visage.

 


Notre horizon actuel est borné par nos modes de pensée. Après tout, nous
ne sommes guère plus capables d'imaginer ce qui succédera à la psychanalyse que l'on ne l'était, en 1880, d'imaginer ce que Freud nous permettrait de voir, et qui était là sous nos yeux, depuis toujours. Il suffit d'un seul."

 

André Green
La déliaison
In: Littérature, N°3, 1971, pp. 33-52

 

 

liens:

A. Green et le temps à "facettes"
"L'ashram plutôt que la psychanalyse ?"

 

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 12:33
61è anniversaire du "Valmy des peuples colonisés", victoire à Dien Bien Phu

Aujourd'hui, 61è anniversaire du "Valmy des peuples colonisés", victoire à Dien Bien Phu des Vietnamiens sur l'armée française, date bien occultée en France, mais événement qui eut une résonance majeure à travers le monde, précipita les autres guerres de libération, renvoya l'ancienne puissance impériale à son rôle plus naturel de province européenne. Europe qui, d'ailleurs, n'ayant plus depuis cette date le même accès au pillage des richesses du sud (sur lesquelles elle faisait sa prospérité), entama sa régression économique, d'où la "crise" actuelle, qui témoigne simplement d'un début de redistribution plus équitable des richesses au niveau planétaire.

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 15:17
En amont du sujet est la déesse Vâc (son, parole)

Vedâ: le son est la cause efficiente de la connaissance. Pour les théoriciens de l'hindouisme, et contrairement à ce qui prévaut en Europe depuis le XVIIIè, "l'écriture est une puissance de tromperie, (...) elle n'est pas seulement une notation du son, mais une restructuration de la parole, [et] la cause efficiente de la connaissance du sens de la phrase, c'est le son"1. Le mot vâc (parole), en sanscrit, désigne une émission de sons doués de sens, mais ne signifie pas "discours argumenté"; une faculté de langage, mais pas un langage. La nécessité du langage, et la perte de la langue parfaite (samskrita), naissent bien de la séparation d'avec la mère, et tout un devenir-femme s'ensuivra dans la traversée indienne de l'inconscient.

 


Phonologie en Inde: une "décondensation" de l'ipséité. Le sivaïsme du Cachemire et le tantrisme développeront l'idée d'une quadripartition de la parole vâk4. "Dans sa condensation progressive, la parole primordiale de Siva devient vibration sonore primordiale, puis résonance, goutte (bindu) d'énergie phonique, puis phonème (varna), et, enfin, mots". Cette cosmogonie de la parole insiste sur les aspects corporels (parole comme vue sont, dans l'humorisme indien, des fluides du corps), étroitement liés à la pratique des exercices respiratoires yoguiques, à l'activation de la kundalini; le mouvement qui va à l'inverse de la cosmogonie, retour de la Parole vers la source, est pour l'homme chemin de libération spirituelle, on peut remonter les rivières, "les paroles confluent, pareilles à des rivières, se clarifiant par la pensée au dedans du coeur"5: "la parole se donne au poète comme parole à voir".

 

 

Le cri et le chant précèdent le discours, le Veda est une masse sonore. Sarasvatî est l'une des déesses, fluviale, de la parole, de l'intelligence à expression verbale... (et des examens !). Un seul mot (Aum), ou bien une phrase mais prise comme un tout et qui fonctionne dans l'intuition (pratibhâ) comme un nom propre, dotée d'un pouvoir iconique, peut porter, outre une éventuelle parole pour communiquer, la voix intérieure, vâc, la parole qui se révèle dans l'intuition12. Remontée du fleuve, accès à la connaissance vraie: "dans l'appréhension séparée des objets, une intuition se produit qui est toute autre que la connaissance d'objets séparés13. Dans les deux sens, conclut F. Zimmermann, paroles venues du dehors ou voix intérieure, je suis toujours en position d'auditeur, et non pas de locuteur14 (position pourtant centrale en Occident).

 

 

Pour le poète et grammairien du Vè siècle Bhartrhari, "la parole se déploie à travers quatre plans de plus en plus différenciés, jusqu'aux sons perçus par l'oreille, plan des objets mondains": parole "voyante", "moyenne", et "étalée", et enfin "suprême" (parâvâk), la divinité fait apparaître l'univers en le disant, à différents niveaux correspondant chez l'homme à des phénomènes d'aperception ou de perception consciente. Au niveau de la "parole suprême" la Conscience suprême prend conscience d'elle-même et de tout ce qu'elle recèle intérieurement6, l'univers sous sa forme germinale de parole.

 

 

Enonciation et ipséité. Pour E. Benveniste  toute énonciation implique l'Autre, l'allocutaire, un rapport au monde; pour lui la subjectivité serait l'émergence dans l'être d'une propriété fondamentale du langage, cette possession du "Je" selon Kant16, cette indexicalité du langage qui constitue la subjectivité, le langage précède donc la pensée17, il n'y a pas de pensée sans parole intérieure. Le locuteur (de la parole ) n'est pas l'énonciateur (l'énonciation constitue le sujet).

 

 

Qu'est-ce qui nous fait homme, doté d'une ipséité1, voire d'une subjectivité: la capacité de parole, la pensée réflexive, l'adresse à l'autre ?

 

 

d'apres F. Zimmermann, séminaire Vâc, EHESS, Philosophindia

 

 

 

 

notes et développements: lien

 

 

la non-parole maternelle et la porte du délire: un langage au corps
. mère, langage, délire: toucher la chose
. la langue en pulsion à la jonction du corps génétique et du  corps culturel
 
pensée préverbale, apophatisme et poésie:
les mots et la chose, apports de l'Inde ancienne

. "penser en relief":  avyapadesa, la non-énonçabilité
. émotion et émission: la déesse parole et l'ipséité


l'homme est-il "parlêtre" ou "métaréflexif" ?
les données évolutives et neurobiologiques

. comment le langage est venu à l'homme
. une folie présociale des pansynaptiques ?

 

 

 

 

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 15:01
un Lampedusa-Frontex ne serait qu'un nouveau Dien Bien Phu de ce monde inégalitaire

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migrants: éclaireurs et résistants

atteinte à la mobilité: matin brun

migration, "terrorisme"

le pas des mendiants fera trembler la terre

 

"Lampedusa est devenu le nom de ce qui arrive à ceux qui n'ont rien (... ) Faut-il fermer les frontières de la Méditerranée en y élevant une longue muraille ? Les cadavres de Lampedusa s'entassent. Ce sont les restes de la société planétaire. L'opinion publique continue d'assimiler les immigrés clandestins à des criminels. Elle croit vraiment qu'ils ont le choix: elle ignore que chez eux ils sont menacés de mort, que leur vie est invivable, et que pour monter sur ce bateau qui les mène à leur supplice ils ont été rackettés, violés, séquestrés (...) L'esclavage, c'est-à-dire le trafic d'êtres humains et son convoyage comme matière première, n'a pas été aboli (...) Au fond, la traversée suicidaire de l'Afrique à l'Europe est un moyen pour les riches d'éliminer ce "reste" gênant de leur dispositif: ceux qui sont en trop, et dont aucun des deux continents ne veut (...) L'abandon des migrants n'est que la figure d'un monde où l'être humain s'est converti en matière transportable, négociable, monnayable (...) Le fonctionnement fonctionne. Le crime est parfait puisqu'il efface les responsabilités. Les populations en trop débordent les territoires, et elles en meurent. C'est logique: on sacrifie les sacrifiés".

 

Yannick Haenel

Je cherche l'Italie

Gallimard, 2015

un Lampedusa-Frontex ne serait qu'un nouveau Dien Bien Phu de ce monde inégalitaire
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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 09:25
Les migrations sont naturelles et ne sont pas la guerre

Vivre le lieu, entre ravissement et aliénation: mais pourquoi cet "impératif" de la guerre ? Les migrations sont naturelles et ne sont pas la guerre. Qu'est-ce donc que cette machine sanguinaire, cette déportation mécanique et brutale du Moi en institution, en bandes sauvages ? La pulsion migratoire est constitutive, commune, publique; la réaction de guerre est secondaire, élitiste, intéressée, s'éteint une fois un lieu épuisé, arasé, et pour reprendre ailleurs. La guerre participe d'un excès incontrôlé de la pulsion migratoire, en des pseudopodes inutiles et sanglants, en une anaphylaxie au désir premier de faire culture, de faire tissu. Issue de la guerre, la violence des frontières ne cicatrise jamais totalement, l'inflammation suit des fascias fractals, seuls l'amour et le sexe colmatent peu à peu la déchirure, pansent la douleur vers l'autre, qui ne cédera qu'avec le grand métissage en marche de l'humanité, ce retour fondateur, cette abolition de la frontière-peau, cette autorisation totale au voyage, qui ne sera plus ni émigration, ni immigration, et tout individu échappera enfin à cette méfiance-fierté d'un quelconque peuple retranché. Car toutes les membranes, physiques comme spirituelles, sont en continuité, même si ces quelques derniers siècles de nations égotiques, de processus despotiques, ont pu nous le masquer; l'être doit pouvoir migrer demain libéré de tout impératif d'exploitation du lieu d'où il choisira de se penser. Marguerite Duras peut sans aucun doute expliquer plus clairement cela, elle qui a aimé et souffert de ce là-bas toujours adolescent; j'ouvre au hasard le Pléiade de ses oeuvres III et y lit: "son héroïsme c'est moi, sa servilité l'argent de son père", à propos de son amant chinois. La guerre est la dette à la migration des pères; l'amour, le sexe, sont l'enfant qui sera libre et fort, sans plus de lieu-lien.

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 09:53
les psychodysleptiques, l'"oeil didascalos" de H. Michaux

Cahiers critiques de poésie 29, dossier Mescaline 55. Déclenchement lacanien de la psychose : le pirate Jacob Cow fait ranger sur le pont tous les prisonniers, rapporte J. Paulhan, et avant de les jeter à la mer leur fait dire leur nom; à son tour, l'un deux dit : « je m'appelle Cow ». Alors, terrorisé, Cow lui-même regagne en hâte son bateau corsaire, fait larguer les voiles et disparaît. Nous en usons avec les mots, conclut Paulhan, comme si le Pirate à chaque fois devait s'enfuir.

 

 

 

Récits d'expériences :  chacune ressuscite le senti et le vu d'autrefois, et le temps « déplaçant » d'entre les expériences sombre à chaque fois en Lethe inversé. Ce sont les perturbations rejouées de l'esprit qui sont nos enseignants, qui nous découvrent; Michaux réfléchit aux cénesthésies (« sensibilité générale ») induites par les drogues. Mouvement de l'absolu de l'image, qui ne se donne plus uniquement à la mémoire, mais est énergie et non plus trajectoire du temps, amont du souvenir (l'oeil anatomique du télescope des astrophysiciens capte la mémoire de l'univers, le troisième œil capte lui son énergie, toutes deux tiennent pourtant de la même lumière; le psychodysleptique, c'est quand l'oeil subit une folie introjectée, au péril d'une lucidité provisoirement floutée).

 

Mais la mescaline semble pauvre à Michaux, elle a mauvais goût visuel, le sens de l'infini y est curieusement aplati et désenchanté, le grotesque y est monotone, seule la sensation d'un écoulement du réel jusqu'à sa perte, pas de synesthésie dans cette cénesthésie-là... Oeil didascalos. Cette drogue-là ressasse les questions qui divaguent, ne pose pas les questions qui délient ; on ne peut, non plus, diriger le rêve mescalinien, prouesse de direction à laquelle atteignent bien les méditants ; et l'intention affichée de Michaux d'observer semble de plus fatale aux hallucinations. Antipolarité de la drogue et de l'amour, sans doute : richesse de la création libre, mais pas d'orgasme sans l'autre, pauvreté de la masturbation. Chacune, femme, ne ressuscite pas le vécu de celle d'hier, mais le refoule. Edith Boissonnas décrira en poèmes « tsétaïeviens » l'impuissance de ce monde mescalinien: « Les chemins les dires s'entrecroisent / Vastes conversations sans voix ».

 

La mescaline avait pourtant semble-t-il ouvert les portes de la perception pour Huxley, mais il avait longtemps auparavant pratiqué la contemplation : il ne faisait qu'atteindre à un nouveau palier. «J'étais donc observé», dira R. Daumal ; ça vient de derrière les yeux et ça ne regarde que vous. L'hallucination est-elle cette perception « sans objet », c'est-à-dire, de l'autre côté du miroir opaque entre êtres et étants, un univers entier qui vous regarde ? Ce soleil noir est dédié à tous ceux que la fermeture des cercles effraye (B. Colin). Paulhan est plus convaincu que Michaux : « à remonter si haut vers les sources convulsives des couleurs, c'est à croire qu'encore un peu et ce sera Dieu », ici encore les couleurs ne servent plus à peindre les choses mais à tenir leur énergie. En 1955, contexte de fin d'Empire colonial oblige, il ne s'agit plus de refuser l'opium (au nom de la morale ? de l'épuisement transitoire de la source ?), il s'agit d'essayer la mescaline, les laboratoires sont en marche outre-Atlantique, nouveau monde, vieille Europe. Roger Heim, ethnomycologie des psilocybes. D'autres psychodysleptiques (le cannabis) donnent eux à toucher et à saisir les mots-moellons (la drogue de Ponge est le Malherbe...). Pour Michaux, si la poésie doit tout décrire, et dans tous les instants, il doit s'agir d'une réduction phénoménologique de toutes les choses, de toute la chose, et non d'un « flog » ou mosaïque d'images ; la poésie est la ligne directrice du journal, mais certes pas sa chronologie. D'une expérience l'autre, on passe le palier, puis on se perd à nouveau dans un fleuve sans rive encore. Il vient un jour, dit Paulhan, où il faut se dire qu'on ne découvrira plus rien (ici), ou qu'on se rend compte que, tel Galaad, on a déjà découvert et on est passé outre. Qu'on a tout soupçonné, tout pressenti. Qu'on ne s'est pas laissé, en tout cas, et c'est l'essentiel, et ça laisse ouvert, imposer, imprimer, du dehors.

 

Les mots, étant par nature signes de pensée, ne suffisent pas; l'homme qui ne parle pas cherche à garder en l'absence des mots leur seule force de présence. Dans un mouvement indéfini, l'homme passe d'un côté à l'autre du langage et des rêves, c'est le zéro qui permet les mathématiques, nos pensées ont leur zone d'ombre qui courent et cousent le monde, et toute vie, nous montre Paulhan, est la quête d'un impossible équilibre. La puissance du mot, dispositif optique, et projection. Le corps est le nuage interstellaire, le langage l'explorateur des amas planétaires qui y voguent. Le nuage du corps, c'est sa variance topologique après prise en compte du mirage gravitationnel. Le voyageur, de toutes façons, même sans style, est émerveillé.

les psychodysleptiques, l'"oeil didascalos" de H. Michaux
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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 14:57
Auschwitz encore (gare du nord, francie nationale, 2015)

Auschwitz encore (gare du nord, francie nationale, 2015)

Jospin vanta le sécuritaire et s'y perdit dès le premier tour, Sarko le fit passer dans les deux neurones de ses téléspectateurs lobotomisés, le Facho National jubile, les machines à surveiller l'autre prolifèrent, on se déteste à l'identique. Heureusement, les gares survivent, les voyages résistent, les quais se remplissent de différences actives et nous mobilisent. Le Facho National, par l'image unique et le retrait du monde qu'il s'impose, se met hors la République universelle.

 

 

plaidoyer-pour-la-fraternite-tome-II-de-l-art-francais-de-la-guerre

 

matin brun: atteinte à la mobilité

(et les avions s'écrasent de l'intérieur)

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 12:41
Plaidoyer pour la fraternité d'A. Bidar, en tome II de L'Art français de la guerre

Pour un réchauffement spirituel de la planète: dans Plaidoyer pour la fraternité, Abdennour Bidar ose l'impensable de nos frontières: proposer à la République, avec son nom non-de-souche, de tenter de vivre enfin tout le tryptique de la devise républicaine. D'un côté, "l'occident chrétien", qui à force de chercher l'ennemi de l'extérieur, travaille efficacement à sa propre implosion; d'autre part, les musulmans, qui, dit l'auteur, doivent abandonner leurs rites d'un autre âge, les cinq prières par jour, le halal, le voile, les crachats par terre lors du carême ! Gaulois, soyez Francs, c'est-à-dire libres et épris d'un idéal, au-delà de la religion, au-delà d'un territoire ! Changez d'ère, plutôt que de poursuivre, de vivre et de valider l'implosion de l'empire colonial ! La République est un universalisme plus grand que le territoire, qu'après le XVIIIè siècle les violences coloniales ont fourvoyé (que ceux qui ne se représentent pas la tension vive accumulée depuis le temps de l'Empire lisent L'Art français de la guerre ! Ce mal qui d'ailleurs n'est pas français mais occidental...). Le successeur d'A. Meddeb peut se permettre de réaffirmer l'utopie d'a-culture qu'est la République: spiritualisons nos vies ! Les affrontements de peuples sous couvert de religions (monothéismes, marxisme) et d'expansion économique furent éclipses de l'empathie, le XXè siècle fut celui de la déliaison du monde, place à l'insurrection des consciences, son Plaidoyer pour la fraternité est le tome II de L'Art français de la guerre. Le Franc est migrant, il n'est pas attaché à un territoire, et peu regardant sur la religion: il est l'homme libre.

 

 

Aucune civilisation n'a jamais été auto-suffisante, tous les empires se sont écroulés où se disloqueront. Apoptose de l'empire colonial et métastases du cancer de l'islamisme radical, celui du stalinisme ayant cédé au libéralisme économique, dans le grand déséquilibre des échanges mondiaux. Quelques îlots de contre-culture émergèrent dans les années 60, prônant la fraternité, mais furent contenus par le système; la société diverse de la République peut aujourd'hui être le laboratoire de la liberté de penser, dans un projet de fraternité positive, et non dans une laïcité passive; il faut aujourd'hui mondialiser les rapports de conscience. N'ayons plus peur du sacré, dit A. Bidar, mais libérons-le des rites archaïques, nous sommes au XXIè siècle, et libérons-le de toute soumission de la pensée à un quelconque dogme. Libérons-le aussi de toute interdiction du rire ! Nous sommes peuple de la Révolution, et non des armes ou du pouvoir économique, si nous avons une mission c'est celle de la fraternité, du lien, et non des règnes, des frontières. Nous sommes tous des immigrés, l'Europe du XVIIIè en a sans doute eu conscience avec les Lumières, puis s'est abattu l'ère sanguinaire des nations qui culmina dans les horreurs du XXè... Mais d'autres prises de conscience non-violentes sont advenues bien avant, en Asie, avec la Maitri de l'Inde ancienne, et le bouddhisme par exemple; avec Aristote aussi: la difficulté majeure à l'acceptation du plaidoyer d'A. Bidar est son centrage sur la France... car on est passé à autre chose maintenant que le concept de nation immune.

 

L'archaïsme des pratiques religieuses ne doit pas non plus continuer à faire frontière, c'est du côté profane que l'on pense, et ré-écrire maintenant à tous nos frontons le mot fraternité est un acte fort: "tout ce qui monte converge". Nous restons au yeux des "nations" le peuple de la Révolution, celui qui a rappelé la fraternité des être humains, les inscrivant "libres et égaux en droits"... puis vint l'aberration morale de l'épisode colonial, que nous pouvons choisir aujourd'hui d'assumer et de transformer, ou de finir d'en mourir. Il n'est pas une "anthropologie sinistre", guerre de tous contre tous, mais une mesure de l'homme à partir de son humanité même, et nous vivons un de ces moments où il est possible de contribuer à changer d'ère. On ne naît pas fraternel, on le devient...; des petites choses, un peu plus à chaque fois. "Du clos à l'ouvert", proposait Bergson l'indianiste; "l'amour est ma religion et ma foi", disait Ibn Arabi. Dire bonjour, en premier pas de la fraternité spirituelle... Abandonner les rites archaïques de la sous-alimentation religieuse... Être critique à l'égard de la religion, au nom d'une expérience intérieure, dit l'auteur, qui, elle, se partage. Sinon, dans les sociétés multiculturelles et immunologiques que certains veulent cultiver, ce sera inévitablement la guerre.

 

 

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 11:01
le racisme ordinaire des cognitivistes ?

Classification de maladies entités distinctes, ou dimension pathologique unique à l'oeuvre ? C'est un débat d'importance en psychiatrie actuellement, sur lequel font une intéressante synthèse P. Tyrer et al. dans la revue The Lancet (Classification, assessment, prevalence, and effect of personality disorder, 2015, 385: 717-26). Abordant les troubles de la personnalité, qui ne sont pas forcément dans le champ du pathologique, mais correspondent aussi à des "tempéraments" tels que les décrivait déjà Galien dans l'antiquité (phlegmatique, cholérique, mélancolique, etc...), les auteurs suggèrent que leur distinction étant floue et difficile, il est préférable de considérer, "sans que cela porte une connotation péjorative", un trouble unique de la personnalité d'intensité variable, avec troubles des conduites sociales au-delà d'une certaine intensité, c'est-à-dire quand "le contrôle de soi est perdu"... C'est la proposition qu'ils font pour la CIM-11, nouvelle édition de la classification des maladies. Au sein de ce trouble unique de la personnalité existeraient cependant des dimensions quantitatives qui permettraient de préciser le type de personnalité. Par ailleurs, le trouble de la personnalité en général serait facteur favorisant de nombreuses pathologies mentales, comme en témoignerait la comorbidité psychiatrique fréquente (troubles dépressifs, anxiété généralisée,etc..., et mortalité prématurée par suicide). Ces troubles de personnalité, qui sont "le plus souvent manifestés dans l'enfance et deviennent clairement évidents à l'adolescence"... ouvrent une porte au "dépistage" de ces futurs antisociaux !! La nouvelle édition 5 du DSM, elle, adopte une position plus "intermédiaire" que la CIM-11 entre classification des pathologies psychiatriques et prise en compte de cette "dimension unique" d'un facteur psychiatrique que l'on pourrait quantifier, mais la "notion" en est bel et bien intégrée (l'édition IV du DSM ne considérait que les catégories, et pas ce "continuum", tandis que le DSM III introduisait à côté des pathologies mentales (axe 1) le "deuxième axe"  des troubles de la personnalité).

 

 

Vers le "PQ test: "g factor", QI et "intelligence"; "p factor" et "maladie mentale"... Là où l'affaire "s'aggrave", c'est quand les auteurs suggèrent que les quatre dimensions qualitatives des troubles de la personnalité (déregulation émotionnelle, extraversion, antagonisme, contrainte) pourraient être décrits par une dimension unique, renvoyant à un article proposant le concept de ce fameux "facteur p" (The p factor: one general psychopathology factor in the structure of psychiatric disorders ? A. Caspi et al., Clinical Psychological Science, 2014, 2(2): 119-37), construit sur une méthodologie et des résultats statistiques très criticables (un seuil de risque statistique à p <0.1 au lieu des usuels 0.05 ou 0.01, et des coefficients de corrélation jamais supérieurs à r = 0.4 entre autres !)... mais qui prend le soin de citer la publication de C. Spearman de 1904 sur "l'intelligence générale"... On se rappellera utilement ici que la statistique (celle de K. Pearson, qui développa corrélation, variance, chi2, etc..., fut développée à des fins raciales et bientôt eugénistes aux XIXe et XXe siècles... (cf. J.-P. Demoule, Mais où sont passés les Indo-Européens ?, Seuil, 2014, p.137, p. 252, p.316). Les élèves de Pearson, partisan de l'apartheid et du génocide amérindien, développeront bientôt - avec Spearman - le test du QI et "démontreront" par exemple l'intelligence inférieure de la "race noire"... Mais nos auteurs, donc, concluent de leur manipulation statistique "que les troubles psychiatriques les plus communs semblent unifiés par une dimension psychopathologique unique, elle-même associée avec des atteintes de l'intégrité cérébrale" (qu'ils évaluent par des mesures du diamètre des veinules et artérioles rétiniennes...!) Tout un "foutramini" indescriptible, donc, au service d'une idéologie cognitiviste et son corollaire de la norme et du sécuritaire: "at the level of the population, this General Psychopathology factor reflects the epidemiological reality that psychiatric disturbance tends to unfold across years of development as persistent and comorbid"...

 

Faites votre PQ test, jeune homme, j'appelle la police...

 

 

Ainsi, les psychiatres considèrent de plus en plus fréquemment (sur la base de théories cognitivistes aussi mal ou aussi peu étayées) la pathologie mentale comme un spectre ou un gradient de manifestations (par exemple hyperactivité-dépression-bipolarité- schizophrénie) sans limites précises, avec des comorbidités importantes, ce gradient étant sous tendu par une causalité au moins en partie génétique commune. Le "facteur p", lui, se voudrait en facteur quantifiable de cette causalité unique... Demain on soumettra les jeunes "patients" ou "déviants sociaux" non plus à des tests d'intelligence ("facteur g" du QI) mais aussi à des "PQ tests" incluant le "facteur p", tests qui se voudront prédictifs des conduites sociales futures.... Le graal des cognitivistes, toute une existence réduite à un facteur "linéaire", "logique", "quantifiable"...! Et qui exclurait toute possibilité de "rédemption", ou de remaniement de la maladie vers un autre état d'équilibre, puisque le "facteur p" ne peut que vous faire évoluer linéairement vers la déviance...

 

Ils devraient relire Canguilhem...

 

 

Alors, classification ou dimension ? Des dimensions, oui, mais multiples, et une complexité qui échappe aux analyses linéaires et causales de pas-en-pas; appréhender la complexité du vivant, comme celle de la pensée, nécessite l'élaboration de nouveaux paradigmes basés sur les théories du complexe, du chaos, des systèmes instables, et sur de nouvelles "machines"au moins conceptuelles qui ne soient plus purement logiques; Turing lui-même ne réduisait pas la machine à un cerveau, à un homme, ou à une catégorie d'homme, mais l'assimilait à l'univers dont nous sommes tous part, et donc sans plus de notion d'identité ni d'inégalité possible: "le message est l'apparence que l'univers décode", pensait-il. Et l'univers est sans doute lui-même insuffisant à sa propre compréhension, puisque, comme l'a démontré le logicien K. Gödel, qu'on oppose souvent à Turing l'inventeur de l'ordinateur, "tout système cohérent est incomplet": la pensée restera toujours ce qui ouvre le système, le plus complexe soit-il. Le "facteur p" n'est qu'une quête inquiétante et récurrente d'inégalité inter-humaine. Nous vivons dans, et sommes part, d'un nombre sans doute infini de dimensions.

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 09:46
Achetez un Rafale ! La guerre est la santé de l'Etat ! Eichmann savait où allaient les trains, Sarkollande sait à quoi sert un Rafale...

Achetez un rafale ! la guerre est la santé de l'Etat ! Vaut-il mieux être criminel que pauvre ? Chômeur ou fabricant d'armes ? Comment au XXIè siècle peut-on librement faire le commerce d'armes sans être inquiété ? Nos petits-enfants jugeront. Les fils et filles des ouvriers, ingénieurs, commerciaux, hommes d'affaires et politiques de l'armement, déjà, honnissent leurs parents. Comment est-il possible de montrer de la compassion ici, et de fermer les yeux sur la fonction des effroyables machines à sang que nous fabriquons, 4è marchands de guerre de cette pauvre planète... ? Eichmann savait où allaient les trains, Sarkollande sait à quoi sert un Rafale...

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