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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 22:52


Les INDRIYA, organes sensitivo-moteurs, permettent l'incarnation de l'ÂTMAN  dans le vivant. Ils sont au nombre de cinq (le toucher, l'ouïe, l'odorat, le goût et la vision) et sont articulés par le MANÂS ou sixième sens. Il y a deux sphères associées à chaque sens, l'une interne, subjectale, qui correspond à l'organe, et l'autre externe, objectale. La forme donnée au vivant par les organes des sens correspond au premier agrégat du bouddhisme qui en comprend cinq:

1. Forme matérielle
2. Sensation
3. Perception
4. Synthèse mentale
5. Conscience

Les deux derniers agrégats permettent, lors des renaissances samsariques, la connection avec le nouveau corps, au niveau duquel le regroupement des sens se refera par le MANÂS.


Dans les textes bouddhistes canoniques, le terme KÂYA désigne aussi bien le corps que le toucher, attestant de la place particulière que tient cet organe des sens.

D'une part, alors qu'avec le vieillissement les autres sens vont décliner progressivement, le toucher sera le dernier sens à persister au moment de la mort:

in Jain texts the body (kâya)- as a producer of karma in the triad body, speech, and mind- is also, of that triad (as of touch [kaya] among the five sense faculties), the last to cease functioning at death, after, first mind, then speech (in E.B. Findy).

Or le toucher est aussi notre organe des sens primordial, présent chez le nouveau-né, chez qui la relation au monde se fait essentiellement sur le mode "peau-à-peau" avec sa mère: c'est le toucher qui permet au nouvel être vivant d'appréhender le monde.
D'autre part, les textes bouddhistes précoces considèrent les végétaux comme des vivants "borderline" dans la mesure où ils ne comprennent qu'un seul organe des sens, le toucher, précisément (les jaïnistes qui classent les vivants selon leur nombre d'organes des sens en attribuent un seul également, le toucher, aux végétaux; par contre dans la tradition du Mahâbhârata, qui précède ces "hérésies" jaïnistes et bouddhistes, quatre faculté sensorielles sont attribuées aux plantes). Considérées au bas de l'échelle samsarique dans l'hindouisme, exclues dans les textes bouddhistes plus récents, les plantes sont au contraire placées au sommet de cette échelle dans certaines régions d'Asie de l'est, où on les rapproche des hommes renonçants, de par leur immobilité qui libère du désir, et de par le fait que les plantes ne font que consommer le karma et n'en produisent pas.


Le KÂYA est considéré non seulement en perception, mais également en "émission", interrelation entre individus, et connection à la matière. Parmi les cinq éléments, le KÂYA-toucher est couplé à l'élément physique le plus englobant, la terre. C'est donc par lui que tous les êtres vivants, qui ont tous ce sens primordial des plantes, sont connectés à la terre (voir  Ω = log Os). Dans le bouddhisme, le toucher est considéré comme un sens primordial, qui influence les autres (qui eux sont considérés indépendants), qui donne une connaissance des choses plus profonde que les autres sens (link). Le KAYA joue donc un rôle fondamental dans les interactions et le devenir des êtres tégumentaires que sont les plantes et les hommes, animaux qui ont rendu pleinement accessible en périphérie leur système sensitif ("limite externe").



Me voici vivant, et les gens sont incapables de m'ôter la vie.
S'ils me crèvent les yeux, j'éprouverai de la joie en écoutant les chants de l'amour et les mélodies de la beauté.

   Et s'ils me bouchent les oreilles, j'éprouverai du plaisir en touchant l'éther

où se mêlent les soupirs des amoureux avec la fragrance de la beauté.

   Et enfin s'ils me bâillonnent, je vivrai avec mon âme,

car l'âme est la fille de l'amour et de la beauté.

  

 

 

 


Tu as toujours eu du goût pour le feu. (...) Tu rampas jusqu'au bel âtre plein d'étincelles, et, avançant ta petite main potelée vers les flammes, tu y prélevas un bout de bois en le tenant par son extrémité intacte. (...) le brandon s'inclina et te toucha la jambe. Tu compris alors ce qu'était cette synaptique efflorescence rouge. Il s'agissait de la douleur, telle qu'elle se voit. Voilà à quoi la douleur ressemblait à l'extérieur du corps. Tu en as conservé une cicatrice, soyeuse et blanche, semblable à un nid d'araignée, au dessus de la rotule.
 
Sarah Hall, Comment peindre un homme mort, christian bourgois éditeur, 2010


- E.B. Findy, Borderline beings: Plant possibilities in early buddhism, J. Am. Or. Soc., 122:252-63 (2002)
- F. Zimmermann, Philosophindia  link
 
  

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Published by panopteric - dans fous de l'Inde
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