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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 15:58

 

Où, à là lecture de la Troisième Ennéade de Plotin,

(traduction d'Emile Bréhié, introduction de Jérôme Laurent, Les belles lettres, 2002),

se poursuit ici le débat sur l'origine du mal, sur l'existence ou non d'une "pulsion de mort"

(voir chrétiens et gnostiques: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-29136132.html;

magie noire, magie blanche: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-27231945.html)


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Chacun naît conforme a sa propre espèce, mais par quoi sont déterminés les caractères ? Il reste à considérer, nous dit Plotin, la thèse d'un principe unique qui relie et enchaîne toutes choses les unes avec les autres, qui confère à chacune sa manière d'être, et par qui tout s'accomplit suivant des raisons séminales. L'âme est cause première, porteuse du bien, non dérivée d'une semence, qui est elle génératrice d'un possible mal physique. Les états passifs se produisent dans le corps, les sensations sont des actes relatifs à des affections, l'objet est passif mais le jugement comporte une empreinte, une impression de l'objet qu'il juge. Forme et physique sont régis par le principe séminal, mais l'âme et la pensée relèvent, dans le dualisme plotinien (contrairement au modèle stoïcien pour qui l'âme est corporelle), d'un principe, d'une âme de l'univers, qui se déploie dans les limites imposées à l'espèce du corps physique. La liberté ne l'être ne serait donc qu'un mot, et le sujet remis en cause dans cette humoralité désindividualisante ? Mais des choses dépendent de nous, car l'âme du monde nous fait des concessions, poursuit Plotin. Toute sa philosophie tendrait à rendre raison du pouvoir causal du bien, via la pronoïa, cette "providence" des stoïciens, mais qui est aussi pensée prévoyante qui permet des choix, activité humaine, retrait du divin qui permet cette liberté du sujet. Cette "tendance" n'est pas plus en notre pouvoir que celle des animaux, des nouveaux-nés dirigés par des instincts aveugles, ou même des fous, car les fous aussi ont des tendances, (...)  et le feu aussi a ses tendances, comme toutes les choses qui sont assujetties à leur propre constitution et s'y conforment dans leur mouvement. On a donc tort de croire que le monde s'engendre grâce à une volonté délibérée de son créateur: Plotin reprend l'idée stoïcienne que tout ce qui arrive dépend d'une spontanéité dans la pronoïa.


 

Plotin reprend également le concept aristocélien de l'existence d'un monde sensible sublunaire, dans lequel les vivants ne sont éternels que par leur espèce, où la providence ne trace qu'un schéma général sans diriger tous les mouvements des corps, et d'un monde supralunaire, depuis la limite supérieure de la sphère des fixes jusqu'à la lune, monde de l'ordre éternel et parfait. L'objet de la providence, qui porte le bien, est le monde sensible dont le destin est cependant le changement et l'écoulement, et non le monde supérieur. Nous sommes l'objet du bien, et la pronoïa donne une certaine consistance à notre contingence sublunaire, et, partant, rejoignant là le principe stoïcien du tonos, une possibilité de mouvement, de liberté; la vie psychique qui est une des formes du tonos est ainsi une vie d'autonomie, mais le temps qui en corollaire y est constitué fait frontière à la beauté intelligible du monde supralunaire, parfait.




Imaginez une source qui n'a point d'origine: elle donne son eau à tous les fleuves; les fleuves, issus d'elle, confondent d'abord leurs eaux, avant que chacun d'eux prenne son cours particulier; mais, déjà, chacun sait où son flot l'entraînera (Plotin, troisième ennéade)

 

Situation dans le flux: Plotin (205-270) est un néoplatonicien également influencé par la philosophie indienne et le stoïcisme, et qui a lui même interpellé Augustin, les penseurs islamiques, Hegel, Bergson, Levinas, Deleuze et Badiou par exemple.

 

 

Voilà pourquoi je t'envoie un salut impossible, comme quelqu'un qui fait de vains signes d'une rive à l'autre du fleuve tout en sachant qu'il n'y a pas de rives, vraiment, crois-moi, il n'y a pas de rives, il n'y a que le fleuve, avant nous ne le savions pas, mais il n'y a que le fleuve, je voudrais te le crier: attention, sache qu'il n'y a que le fleuve !, maintenant je le sais, quels idiots nous étions, à nous préoccuper tellement des rives quand il n'y avait en fait que le fleuve (A. Tabucchi, il se fait tard, de plus en plus tard)


 

... il n'est sans doute pas improbable que l'un ou l'autres de ces récits (dont la troisième rive du fleuve, de Guimaraes Rosa) aient pris quelque chose aux rives de la troisième Ennéade de Plotin, telle que nous la transmit Porphyre, où il est question d'un fleuve infini qui est à la fois Principe et Absence, émanation primordiale et impossibilité de déterminations mesurables... (A. Tabucchi)

 

 

 

 

 

 

 

1. L'éternité, pour Borges reprenant Plotin, relève de la conservation de la forme, et donc de l'espèce. Nous rossignolons cette éternité: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-l-eternite-est-une-forme-je-cherche-sa-contenance-avec-borges-49670994.html


2. Des liens entre Inde antique et stoïciens: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-28056015.html


3. La Ganga, cette divinité super-enroulée qui nous flue: http://exotoblographie.over-blog.com/article-la-descente-du-gange-98879126.html


4. La nature humorale du lien entre les êtres, ou maitri de l'Inde ancienne: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-24702746.html

 

5. De Plotin à Aurobindo: la pensée est la résultante de la traversée du physique par l'extase du monde, cette pensée primaire (http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-metonymie-du-vendredi-xxiv-101875810.html), cette extase archaïque, ce principe du bien mais qui passe par le broiement des os, cette supraconscience à laquelle le physique comme le mental peuvent s'ouvrir par  l'exercice yoguique, ou parfois le traumatisme.

 

6. Une concession de l'âme du monde à l'âme individuelle: le Jivâtman (http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-24855084.html)

 

7. La folie est pronoïa, et pas uniquement paranoïa: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-36011800.html

 

8. Seules les conceptions monistes peuvent tenir le mal pour intrinsèque à la Nature (http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-ebm-jane-la-medecine-un-art-entre-ingenierie-et-charlatanisme-67716031.html ); le débat progresse donc, le mal est extérieur si l'on considère le monde sensible comme reflet, voile, Maya; le mal est intrinsèque si l'Ego existe et fait de ce monde des limites son univers...

 

9. C'est bien pour l'Inde la lune qui restitue le rasa, les humeurs, au monde sublunaire: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-25353264.html

 

10. Une vision positive, en écoulement, de l'effondrement winnicottien: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-entre-oxydation-et-circulation-la-tentative-du-vieillissement-winnicott-and-the-experience-of-th-102622472.html

 

11. Les sensations sont des actes, des mouvements de jonction (Yoga) par l'intermédiaire du mental entre les organes des sens et les choses: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-28503361.html

 

12. L'empreinte de l'objet sur le jugement du sujet: http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-29114606.html

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commentaires

Philvar 11/12/2015 17:41

Les commentateurs des œuvres originales sont rigoureusement sans intérêt car il sont toujours réducteurs, bien souvent à contresens et même à non sens car leur but est de défendre leur chapelle.

panopteric 11/12/2015 17:59

Plotin commente Platon avec beaucoup d'ouvertures ! Sans doute n'y a-t-il pas d'oeuvres originales, personne n'a de "révélation", chacun explore. Merci pour vos commentaires.