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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 19:19
La femme est la première et la dernière maladie (cachexie, mitochondrie)

 


La femme revient par la mère, ne cédant jamais, épuisant notre monde par son homoplasme imposé. Elle nous enflamme, elle nous réduit ; extase et cachexie. La femme est la première et la dernière maladie, celle qui arrache et celle qui rend, celle qui tient, celle qui nourrit, notre énergie au monde.

 

 

 

La cachexie est souvent le stade ultime de la maladie. Elle relève d'un processus pro-inflammatoire actif, et d'un emballement énergétique mitochondrial. Or, nous sommes homoplasmiques, c'est-à-dire que le cytoplasme, l'amnios de toutes nos cellules, est exclusivement maternel: les mitochondries spermatiques sont éliminées durant le processus de fécondation ou au plus tard lors des premiers stades de l'embryon, et notre machinerie énergétique, celle qui baigne notre code génétique hybride, est elle majoritairement femelle.

 

 

Transformateurs énergétiques, dotées de leur propres gènes, les mitochondries produisent l'énergie nécessaire à la cellule, à partir du glucose disponible dans le cytoplasme. Dans la cachexie, cet amaigrissement terminal, aucun aliment ne nous emplit plus, tout est brûlé, le corps nous quitte, le muscle fond, le cerveau reçoit des cendres, écoeuré, n'aime plus à manger dehors, et préfère grignoter le corps sans plus rien demander. Même la graisse se transforme, brune, en son propre crématoire, sous l'effet de la douleur. Last illness.

 


Toutes les cellules de notre corps baignent dans un liquide amniotique primordial, régulé par les mitochondries, depuis Eve. Nous sommes des hétérozygotes homoplasmiques: les gènes recombinés des deux lignées baignent dans un monde strictement maternel.

 

 

Les mitochondries régulent la mort cellulaire programmée par apoptose, cette mort programmée est maternelle: que vienne le milieu externe à s'appauvrir, et la cellule se ratatine sur elle même, se fragmente dans le calme, et ses débris sont phagocytés. Quand le milieu est riche, par contre, on y baigne bien, en cette nounou permanente.

 

La transmission de l'ADN mitochondrial est uniparentale et femelle chez la plupart des métazoaires, « un biais de ségrégation mitochondriale exclusivement maternel chez les mammifères »... quand on porte seins, on baigne toujours dans l'amnios. Quel est donc l'intérêt évolutif à ne baigner que dans le maternel, monsieur Darwin ? « Il n'est pas évident de comprendre pourquoi il serait néfaste de disposer d'une mixture de deux génotypes mitochondriaux » ; double bain serait double peine ? Inceste de la double incarnation ? On ne peut se mouvoir en, et gérer qu'un seul corps, sans doute. L'homoplasmie en gage de « norme », n'aimer qu'un corps en gage de citoyenneté respectueuse... Des souris hétéroplasmiques ont été produites et présentent des modifications métaboliques et comportementales : réduction de l'activité physique, diminution de la prise alimentaire, troubles de reconnaissance spatiale, anxiété. A devoir gérer plusieurs corps, on est désorienté, on ne sait qui nourrir. Alors les mères sélectionnent le milieu qui nous sera imposé comme le plus approprié, nous leurs fils, nous leur espèce, qui ne devons donc baigner qu'à une double et pure homoplasmie. Notre surface seule, sans doute, dans son manque fondamental, pleure ce maternel à la fois interne et externe.

 


La femme est bain unique et eau de brûlure
Seul au bain qui sera aussi celui de notre propre rêve nous nous survivrons un jour

 

 

texte complet, notes, références:

http://medecineconjonctive.blogspot.fr/2016/03/the-last-illness-cachexie-mitochondrie.html

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 14:04
Linda Lê, Roman bipolaire

On est chez bien chez Christian Bourgois, qui imposa Pessoa, contre-courant permanent en lame de fond de l'enfermement. « Publier des livres que le public ne veut pas », mais que notre folie privée, elle, attend depuis toujours. « Editer contre », dit encore Bourgois, oui, mais tout contre. Ainsi vient Linda Le, explorant la double membrane entre le rêve et le réel, renvoyant aux déjantés qui n'en mènent pas large  dans la réalité, mais taillent la zone en hyperfréquence dans le réel. Bipolarité, manie. Dans la réalité leurs voix souvent les assaillent ; mais dans leur Extrême-Orient elles ne sont que langage, parmi tant d'autres, celui d'une foule bienveillante. René Char est en 4è de couverture : « De quoi souffres-tu ? De l'irréel intact dans le réel dévasté » ;  il ne s'agit pas d'exil, mais, au contraire, de retour aux liens originaires, par une faille nouvelle à déployer, et l'accident vasculaire, humoral, végétal, rasique, en sera l'outil.

 

Idyllique Royaume des Mots, tous liés à la mort, et sans pensées morbides. Une encre-chai, l'imprimerie de la vieille cave, secrète. Et dans cet irréel, le sursis semble toujours attribué à quelqu'un d'autre, jusqu'à ce que, enfin, et dans un bénéfice bilatéral, on se sente la force de la solitude. Mother dit !! Le frère jamais venu, l'ami confident éclipsé, il aurait su « te changer », lui, dit Mother ! Tu n'aurais pas été cette pauvre chose entichée de littérature ! Tu aurais vécu comme la majorité des gens ! Mais famille que l'on peut parfois attaquer d'angle, par la béance des non-venus, des disparus, des morts-nés, des égarés, des tués. Nous, du réel, le sursis encore nous semble. Ne pas perdre, à la jouissance du jeu, cet autre qui nous est, et continu; nous nous exilons trop peu, alors pensants, en ce double. Survient heureusement l'ami Roman, enfant sans parents, le dilettante, l'amusant, le bon à rien, dont le rôle est de refuser de rentrer dans le jeu.

 

Exilée, écrivaine, Linda Lê dit le deuil du double en manque fondamental; quelque chose qui nous touche encore – mais d'une manière autre - résiste au détachement que nous avons un jour subi. Chtonien. Aucune nostalgie. Elle aide le le double à gagner le pays où elle ne veut pas retourner. Elle rend les amis amarres à la fiction commune ? Croyez-vous à votre fréquence originaire ? A-t-on un double possible en ce monde, de même détachement ? Donc surgit Roman, sa paranoïa. S'aimer, mais comme des cosmopolites. Hyperfréquences en résonances. Celle du mort ??? Folie, grigris et contre-monde. On se processe à l'autre. En Asie, les voix de Roman l'épargnent, leur niche est pleine, il est sur sa terre à Elle-au-même, il l'avait bien senti, son livre ne s'adressait qu'à lui seul, l'élu persécuté. En Asie-ma foule on s'offre davantage, sans nécessaire socialisation obligée. Toutes les hauteurs sont possibles, l'Asie est modale, elle est notre exploratoire, ici est tonal, forme imposée seule licite. Des voix, pas de mélodie. Surgit un livre en réseau vasculaire modifié, abandon de la quête du jumeau, cet inconsolé nous-même, qui serait tout juste sur le plan d'à côté. Lecteur, tu es le seul survivant. Le livre élance à l'autre comme le cimetière attire à lui, quand pourtant les morts sont les mêmes. Elle : peut alors se lancer seule dans la quête.

Linda Lê, Roman bipolaire
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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 10:40
d'après jeann©udin

d'après jeann©udin

Comment le langage est venu à l'homme
J.-M. Hombert et G. Lenclud
janv. 2014

(notes de lecture)

 

Y-a-t-il un ou plusieurs moments de l'apparition du ou des langages ?

On va croiser ici le biologique, le culturel et le linguistique; J.-M. Hombert est ingénieur en informatique et linguiste, G. Lenclud anthropologue. 

On est ici cognitiviste, centré sur l'évolution de modules internes qui deviendraient des "cassettes" du langage, mais on pose aussi des hypothèses en bons scientifiques.

 

 

(1) le langage n'aurait que 70 à 80.000 ans, soit une très courte période à l'échelle humaine ! 

(2)  la "grammaire comparée", basée sur le postulat controversé de l'existence d'une "langue mère", ne remonte que jusqu'à 8000 ans, ce qui rend impossible l'étude de son objectif

 

 

 

ͻ la réflexivité de la pensée est le propre de l'homme, mais/et il existe un état pré-linguistique de l'humanité; un prélangage global gestuel en voie vers le digital logique de l'énonciation; l'attribution du symbole au signal phonique est secondaire et arbitraire; il n'y a pas de "langue-mère" ni d'"évolution" des langues, mais une interpénétration culturelle des différentes langues créées;

 


ͻ l'hominisation: une continuité génétique et neurologique jusqu'au franchissement d'un "seuil" où le langage s'émancipe (sur quelques dizaines de milliers d'années seulement) de l'évolution. Un neo-organe mental du langage (- 500.000 ans ?) résultant d'une intégration entre plusieurs aires cérébrales ayant évolué "en mosaïque" pour des fonctions biologiques distinctes

 


ͻ absence d'artefacts archéologiques du langage, mais hypothèse - 80.000 ans pour son émergence. Langage et "deuxième monde", non naturel, de l'institution

 


ͻ notre cerveau immature étant longtemps exposé à l'environnement culturel, sommes-nous asservis au langage ?

 

 

 

"L'échelle humaine" est-elle culturelle ou biologique ?

Y-a-t-il un point d'inflexion entre l'évolution biologique et la transmission de la culture, qui serait paradigme de l'humain ?  Y en aura-t-il un autre entre évolution culturelle et autonomisation de l'intelligence artificielle, qui serait celui du post-humain ?

Quel post-langage ? Arrêt de l'évolution neurobiologique du fait de l'appendicisation post-humaine, cette réduction cybernétique à des modules neuronaux non intégrés, et confinement dans la logique de la langue, glissement sur les images ? Ou poursuite d'un développement cognitif indépendant du langage, d'une "téloduction" corticale vers une noosphère, "supra-communication" hors emprise de la culture-outil ?

 

Quand nous dépasserons l'humanité alors nous serons homme
L'animal fut une aide L'animal est l'entrave

Sri Aurobindo / G. Moustaki

 

Le langage, cet échappé de l'évolution ? (Hombert et Lenclud)
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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 15:46
illustration d'après And@rt  (fragment)

illustration d'après And@rt (fragment)

lien sur l'Atman et la notion de soi en Inde
lien sur Asraya, le corps vivant
lien sur Manas, le mental

 

Buddhi et l'organe interne selon Cankara

(d'après O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedanta, 1937)

 


Le corps vivant est défini comme Asraya, composé psycho-physique, lieu d'implantation des facultés sensibles (Indriya), point d'appui de l'action (Karman) et de la connaissance (Vijnana), dans un concept qui déborde les limites du corps individuel pour la nature entière. Le soi hindou (Atman, l'esprit) n'a pas plus besoin d'organe que d'objet; le sujet se trouve du côté de l'esprit sans s'identifier avec lui. Un vivant (Djiva) est caractérisé par l'Atman associé aux organes des sens (Indriya): le vivant est un Atman incarné.

 


L'organe est "cause instrumentale". Indriya, organe des sens, désigne les organes des 10 sens externes, 5 de perception et 5 d'action (parole, préhension, marche, excrétion, génération). On ne distingue pas cependant dans l'Ayurveda la composante sensorielle de la composante motrice de l'organe, et les Indriya sont plus que des "récepteurs" au sens biomédical moderne, mais des interfaces, des jointures, des connections entre le Djiva et la matière, les cinq éléments.

 


Buddhi (intellect, esprit), Citta (le mental), et les autres organes internes (cf. illustration), ceux du psychisme, ne sont pas le soi mais ont qualité d'organes. L'organe interne dans sa globalité appartient au corps subtil, lieu de fonctions biologiques et psychologiques, qui perdure jusqu'à la délivrance de l'âme; il est succession de formations mentales se produisant au gré des interactions de l'organe mental avec ses objets, provoquant un ébranlement de toute l'âme, une "actualisation" (au double sens d'actuel et de véritable) du corps grossier. Le corps grossier, dernière des manifestations vitales, siège des sens externes, se dissout lui à la mort.

 


L'organe interne est siège des quatre fonctions psychiques. L'activité sensible des Indriya (cf. illustration) est connectée au Manas ou "mental", "sixième sens"1, premier organe interne. Manas est caractérisé par le doute de l'activité psychique: c'est un opérateur de synthèse en contact avec la dispersion, entre consentement et indétermination.
Citta ou "élaborateur de pensée" est un des opérateurs hiérarchisés de l'organe interne. Il intègre les connaissances nouvelles et les connaissances remémorées, actualisées et enrichies ou représentées sous forme de souvenirs. Il forme des complexes dynamiques (Samskara) au hasard des associations, dans l'effort méthodique de remémoration, ou dans la clairvoyance2 (du yogin). Ces complexes appartiennent à la fois au domaine de l'objet et à celui du sujet: ils forment "un trésor d'impressions sans nombre rassemblées en totalité organique"3.
Ahamkara est producteur du Je, expérience du Moi4.
Buddhi est fonction psychique suprême, éveilleur, caractérisé par la certitude et la décision; il ne correspond pas comme Citta au domaine des idées mais à celui de la Vérité et du vouloir. "A toutes ces portes de la perception, l'organe interne, l'esprit (Buddhi) exerce sa présence illuminatrice, par "une sorte d'épanchement de la pensée elle-même": la pensée en fluide, flux, rasa dont les organes permettent l'écoulement.

 


Des organes externes d'action-perception connectés à des organes internes psychiques;
une chaîne d'organes internes sur un continuum de sensations,
le continuum d'organes fait globalité, les organes ne sont pas connectés
en parallèle dans un organisme.
Des "modules" cognitifs ??? Un flux neuronal ?? Mais flux qui s'épanche depuis l'objet jusqu'en un au-delà du corps anatomique...

 


Nous sommes confrontés d'une part à l'illusion universelle de la Maya, cette illusion cosmique dépendante du pouvoir créateur, par ces formes illusoires surimposées à un fondement réel; et d'autre part à l'erreur individuelle, illusion psychique, dépendante de l'expérience. L'analyse par l'organe interne, via les formations du Samskara où "l'illusion est mise en forme de mémoire", et la rencontre de la perception correcte nécessitent un fonctionnement harmonieux et atteignant au continu de cet organe interne, l'absence de toute fissure (Bheda), de toute solution de continuité dans cet organe interne par où l'illusion puisse insérer son propre jeu. Alors les représentations ne s'arrêtent plus en chemin mais vont jusqu'à l'objet et s'identifient à lui dans un vécu actif des processus perceptifs. L'organe interne agit, si nous atteignons à sa continuité, en démodulateur au travers du réseau de limites de la Maya, vers la reconnaissance d'une mémoire nue.

 

 

lien sur Bheda, la fissure active

 

 

notes

1. parfois associé à l'épiphyse ou "oeil pinéal"; sensibilité de l'organe interne à différents degrés d'une lumière

2. et "remémoration éclair" de Tulving, madeleine de Proust ?

3. ou aura-objet ? des équivalences représentation / perception dans la "chaîne" de l'organe interne ? depuis le réseau de limites du perceptif jusqu'à une perception pure ? La maturation du Samskara nous permet-elle d'analyser notre erreur perceptive ?

4. en lien avec la mémoire épisodique ? le Jivatman ? Ahamkara est-il l'organe interne de l'attention à soi, qui pour les cognitivistes fait défaut chez les patients souffrant de schizophrénie ? voir aussi "un atelier d'embryologie indienne"

Buddhi, l'organe interne et l'épanchement de la pensée
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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 18:24
Byung-Chul Han, La Société de la fatigue (Bartleby, ce Medecine-man)Byung-Chul Han, La Société de la fatigue (Bartleby, ce Medecine-man)

Où on ne théorise plus en immunopathologie la négativité d'un "autre", mais la surcharge en positivité d'un "hypermoi"; où l'on propose la réduction d'ego, et non le renforcement des lignes de défense, car l'énergie impérative qui se déploie sur ces limites boucle sur elle-même plutôt que de faire réseau. Cage de Faraday, le moi est un trauma chronique auto-administré; et le soi n'est pas une catégorie immunologique. Un essai où on ne théorise plus l'altérité dont il faudrait se défendre systématiquement, mais la  reconnaissance de la dangerosité, interne ou externe. Et une approche sociale de l'excès de positivité, ce "gavage autogène", ce dopage mental que l'on nous dit "renforcement neurologique", en source de nombreuses pathologies: dépression, déficit de l'attention, états borderline, burn-out, infarctus d'âme.

 


La société actuelle post-moderne du sujet "performant", c'est une société où le surmoi s'homogénéise, religieusement, et paradoxalement s'éloigne, avec la négativité de tous les "autres". Alors on s'auto-gratifie, on se cotardise, puis on implose, forcément, car le rapport de production interdit d'achever quelqu'oeuvre que ce soit, c'est-à-dire de se représenter. Il n'y a plus aucun "précipité des investissements d'objets abandonnés" (Freud), il n'y a plus de forme, l'hypermoi n'est qu'un gel poreux pour  la productivité sans fin, le dépressif est a-morphe, accès à l'image totale, selfie. Le cri ou l'hallucination de la psychose n'est plus résistance à l'histoire, à l'écrit; l'infarctus d'âme est effondrement face à l'image continue, inclivée. RIS et plus RSI; le conflit structurait, l'image gélifie. Le performant post-moderne n'est plus sujet mais projet, et  se consume lui-même.

 

Obésité des systèmes d'images actuels d'information, de production, de communication; Homo positivus finit par saponiser toute sa graisse, chimie plutôt qu'immunologie, et gavé il forme bulles de rien; il s'est auto-comburé dans la performance, ce n'est pas la brûlure de Méduse qui  l'effraie ni le révolte, c'est l'apathie paradoxale d'une société de liberté à laquelle il s'est donné, c'est le trouble de l'attention dans un multitasking sans plus de réflexivité. Or, "c'est à une attention profonde et contemplative que nous devons les productions culturelles de l'humanité; la culture présuppose un environnement où il est possible d'avoir une attention profonde", une expérience du beau, cet étonnement sans prise au doute, et qui, paradoxalement, échappera toujours à la mise en culture. Le vital est anonyme, la culture un choix souvent peu délibéré, et souvent le prolongement outillé du biologique; autre est le beau. La mort, aussi, ce processus, est la seule conjonction totale maintenant notre lien direct à la nature, et dont la symbolisation nous clive, comme les thanototechniques religieuses. Il faut narrer, battre le détail, exposer, plutôt que de représenter, éloigner.

 


Mais chacun n'en est plus qu'à diriger son propre camp de travail, en même temps prisonnier et gardien, libéré et relégué, marges impossibles d'Auschwitz, boues lourdes des Goulags. Ça fonctionne sans maîtres de chair; mais pourtant les impatients border-line ou "troubles de l'attention" partagent le clivage des "musulmans" des camps, et le bardo long plutôt que la mort créative, leurs yeux ne brillent plus que de l'intérieur, et ne contemplent plus. Dans son propre camp de travail, dans ce siècle immunologique, on s'interdit la peur comme le chagrin, ces contre-productifs quasi-pathologiques; la pensée y est calcul et non plus réseau. L'ordinateur, machine positive (car la logique est par définition écart de ce qui n'est pas de son propre système) est plus rapide encore. La réflexion, elle, est le propre de notre pensée partielle et empreinte de négatif, ce ne-pas-faire, ce contemplatif; Bartleby se libère de la peur de l'échec, revendique l'esprit, et le pouvoir (plein et extatique) plutôt que le faire (forcément limité et frustrant). Mais le détenu de son propre camp de performance se dope, on le "renforce", et il s'épuise ou fait, plus brutalement, un infarctus d'âme, cette fatigue séparatrice selon P. Handke, qui n'est plus exploratoire, où seul le Moi occupe le champ du regard en entier, alors que la fatigue peut aussi être espace intermédiaire créatif qui ouvre à l'autre, relâche les liens du Moi, permet la pause, rassemble Dasein et Mitsein. La fatigue fondamentale inspire, l'activité érigée en principe absolu imprime. Une "fatigue au regard clair", dit Handke, celle qui offre accès aux formes lentes, tandis que le travail nous pousse à l'agressivité de l'instant, et l'économie de l'accélération à la disparition de toute forme; une pulsation différente de la fatigue, qui autorise aux rythmes propres, "société de Pentecôte" où toutes les langues se partagent, et n'oblige pas au refuge maniaco-dépressif.

Byung-Chul Han, La Société de la fatigue (Bartleby, ce Medecine-man)
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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 14:45
Evaluez votre risque cardio-vasculaire !
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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 18:37
Boucheron & Riboulet, Prendre dates

Avril 2015. Tome II de L'insurrection qui vient ?

Un historien et une sorte de métaphysicien. Une lecture.

 

Dans la stupéfaction de la violence, on sait d'instinct que c'est cela l'histoire, ce quelque chose d'indéfinissable mais de soudainement commun, inadmissible et moteur à la fois: on est passé à autre chose, de l'autre côté du pli, par l'événement, ne sachant pas bien si quelque chose en nous aussi est mort, ni ce qui a survécu. On a parfois du mal à se peupler soi-même, et que ces instants nous demandent de peupler le monde ! Un monde qui ne nous tend plus que des miroirs lustrés, et puis, les bombes ! Le courage de l'insurrection pacifique contre l'ordre, et la réprobation de leur violence. Ils frappent ceux que l'on n'aime pas vraiment sans pouvoir se l'avouer, juifs, musulmans, Charlie Hebdo. Et cette culpabilité qui nous vient de nos pères: Vichy, l'Algérie. Qui nous prend en tenaille, qui pèse de tout le poids de ses malentendus, nos corps sont criblés des éclats de notre histoire, de l'internalisation de l'Empire colonial, comme malgré nous, comme obligée, comme non métabolisée encore. Et même 68 est jugé indigne par un ex-Président haineux... Et puis la mondialisation, et puis ces replis nationaux... Et ces religions, en dehors du siècle...

 

 

Et les somptueuses propositions politiques venues des plus affirmées de nos marges... Alors que le flux nous donne envie de nous saisir, nous ! L'événement est cette déflagration qui rend d'un coup le passé imprévisible. Et cet élan, sans même savoir, au fond, pour quoi ni contre quoi. On guette les images qu'en donneront les médias, qui en feront leur représentation, qui n'a rien avoir, justement, avec notre élan. On ne pense qu'à ça et on ne fait plus rien, compulsivement. C'est un deuil, et c'est la guerre, et c'est pernicieux. En Europe, ces dernières décennies, l'usage de la violence a considérablement régressé, en même temps que la violence symbolique et matérielle exercée par le capitalisme s'installait partout, dès le mur de Berlin tombé. On ne veut pas voir non plus que ça vient du conflit palestinien, l'infamie pétainiste est dure a digérer, on a aussi ce dégoût de la politique d'Israël, on sait aussi ce rejet tenace des juifs par beaucoup de musulmans... Mais sous le choc on ne pense plus, on ne pense pas, on est simplement là, tous ensemble.

 

 

Derrière "on" nous écrira l'histoire. Nos bombes, là-bas. Mais pas celle de ceux qu'on égorge, là-bas. On chante qu'il faut saigner les salauds. On ne voit, ici, que des opérations de police. Le corps du chef se réécrit. On révère, et on craint, l'ordre qui s'installe ici, on aime comme malgré-nous cette terreur sacrée. Notre pensée est derrière le périmètre de sécurité qui nous protège de la guerre civile, elle est bloquée en pleine ville, avec la précarité du reclus, là où la seule grande cause qui fasse rêver est l'islamisme. Le chahîd est le nouveau morituri du jeu du cirque de l'Occident, il est ce perdant radical à la jouissance inclivée; d'ici on voit la musique orientale comme lascive, la femme ne nous est jamais étrangère à sa beauté, la femme est la patrie des droits de l'homme quand le fusible saute... N'ayons aucun respect pour les traductions politiques de notre foi. Manifestons-nous. Moquons-nous des pouvoirs, de la bouffe cacher, des croisés, des moyennâgeux barbus en robes. Vivons dans ce gai foutoir, l'érotisme exotique et le sexe, paisibles. Ou bien la catastrophe se poursuivra d'un même mouvement, dans une attente docile d'une victoire des fachos nationaux. Ça commence. Tout est à refaire.

Boucheron & Riboulet, Prendre dates
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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 15:05
Dionysos et Thanatos
Dionysos et Thanatos

(Alain Godon, 2014 et Le Monde, 2015)

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 13:32
traumatique
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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 17:50
Loïc Merle: le but à atteindre, post-colonial, de la Grande Révolte

Babel fait sa rentrée: L'Esprit de l'ivresse (Loïc Merle). Trois cent quatre-vingts pages pour quelques sentiments, et une Révolution au passage, mais c'est sacrément appuyé, épaulé, amené, digéré, restitué. Ca tire, ça vient, on s'enferme tous en présent, ignorant le héros du chapitre suivant, rongé dans l'instant au sang des cimes, le mille-étoile, et bientôt on descend, déjà: la mort décide, littéralement, de notre reste. Il est bien tard pour prendre une mer qui le ramènerait chez lui, glorieux, pense Monsieur Chalaoui; mais n'ayez rien à craindre,  ici on compte autrement les talents, ni d'or, ni d'argent. Et l'or - en broquille. Un tome II de L'art français de la guerre, mais en Roman trans-ethnique, la couleur de peau n'importe plus, le centre sédimenté de l'ex-Empire n'est plus que marge du peuple, qui tient l'encre, qui tend au nouvel humus, fort. Les administrateurs sans plus d'Etat de cet avant assailli: "Un goût pour la cendre, dès la fin de l'enfance. Alors j'avais pris sur moi de rallier directement le terme probable, la sagesse et la tranquillité et l'inutilité absolue du dernier âge." La chute de L'esprit reste probable. Convenue. Mais on aura vécu l'émeute. Plutôt que sexe et trimard obligatoires.

 


Empire, Zomia, masse et barbares. Fiction: les révoltes à venir ne seront pas nationales."Eliminant toute trace des mensonges passés me voila femme formée", "offrant gracieusement une fin bâtarde et dégradée", nuit de l'homme contraint, jour de la femme obligée, de la jeunesse plus vive dans ce langage d'enfants à un homme absent. Véritable troisième millénaire, d'un coup: "Les clochards avaient disparu, et on pouvait être seul, rester seul, quand bien même rien de ce qui valait ne se faisait seul". L'homme politique d'hier: de l'intérieur le cancer a cette précision, cette simplicité et cette beauté d'horloger, dont on ne voit plus, chez l'autre, que l'angoisse, la surprise, la désorganisation. Parfois tenter de freiner un peu, dans des aller-retours au corps. Trop tard. On est arrivé, "elles ont toutes doublé ou triplé, leurs personnalités", on observe la liberté bleue vaquer sans nous, comme tous les petits garçons par la fenêtre, l'essentiel est la leçon d'une mémoire vive, douloureuse, je survole maintenant 117 pages trop liées, cette agitation enfiévrée devient par trop "coutume exotique, émotion qu'on n'éprouvera pas", dépendance, on n'y prend plus aucune part, on "voudrait s'y imposer par ses qualités seules, sans avoir à se battre, par la seule pensée", il n'y a plus aucun Guru dans l'époque de ce livre, mais "il est des périodes qu'il faut supporter, où l'absence de son seul amour est comme celui d'un organe qui prend sans jamais rien donner, pas le coeur, plutôt le pancréas, absence qui se fait sentir par des creux dans les journées qu'on ne s'occupe pas de combler". Le père du président absent disparaît, bien sûr, s'efface, apoptosé, au-delà maintenant du spectral, fragments vifs de révolte morte. Alors rien ne vous distrait plus, ni les risques d'une mauvaise rencontre, ni le souvenir confus de la nuit dernière peuplée de buveurs formidables. Le père mort, et une douleur insupportable, aussi, quand même la mère s'oblige à s'opposer, la mère c'est tous les jours ce goût de cendres "comme si la maison venait tout juste de brûler"; alors on rêve "d'une autre réalité (...) où le temps ne serait plus consacré au vieillissement mais à une croissance infinie, non plus à la normalisation mais au développement des qualités les plus singulières, où l'humanité ne serait plus une promiscuité, mais un amour de la pensée". Une oeuvre post-coloniale, comme il en est des post-exotiques, où l'"on teste différentes allures, comme si telle ou telle vitesse pouvait hâter la transformation. Mais en quoi ?" "Dès qu'il s'agissait des corps et de leur volonté propre, la morale n'importait plus, mais le but à atteindre, de la Grande Révolte c'était la leçon".

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