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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 20:30

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Avant la crise capitaliste de 1929 qui ferma les frontières il n'existait pas de « migration illégale », terrible oxymore. Aujourd'hui, Lampedusa. Les camps sont aussi ceux de la mer aujourd'hui. Des nouveaux-nés y meurent, sur ces embarcations de vie. Nous nous obstinons pourtant encore à choisir et défendre l'usage, chacun, de notre mer du milieu ; alors qu'il faut en dire non plus les frontières mais les courants. Quelle est cette attirance qui me fait plus méditerranéen que baltique ? Des flottes de conquérants puis de fuyards, mer de Chine. Peut-être la Chine, justement, doit-elle être soutenue dans son projet d'une mer totale, à nouveau de brassage plutôt que de faire des flots un cimetière des terres, aujourd'hui interdites à l'Homme. Les « pirates » qui viennent ne sont que les touaregs des océans à venir.

 

 

...et plus ici sur l'antimonde de la piraterie, et sur toute cette "barbarerie", ces figures de l'ennemi que l'occident se génère depuis la fin de la guerre froide pour épouvanter ses consommateurs et les inciter au repli des nations marchandes...

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 18:43

classification et évolution des délires

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   (1) intuitif:                         amour fou

   (1bis) imaginatif:             érotomanie

   (2) hallucinatoire:           acte sexuel

   (3) interprétatif:              jalousie

 

 

 

 

 

 

(voir aussi:

nomenclature du lien en écologie amoureuse)

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 14:38

P1060488.jpgSphères III, Ecumes, Sloterdijk. L'auteur poursuit le développement d'une pensée pré-métaphysique, et ce tome III dit les compromis contemporains aux sphères, les passages qu'elles ouvrent au pôles de leurs courbures, de leurs blessures. Cap sur le Thanatotope:  car dans ce tome III les sphères se mille-feuillent à la Deleuze, deviennent tissus, mais ces strates n'en restent pas moins courbées, sous la force de gravité des morts, comme l'espace physique est, depuis A. Einstein, courbé de par sa propre masse, ce qui donne effet gravitationnel.

 

 

Dans ces topes que nous habitons donc, nous sommes toujours plus ou moins directement soumis à l'ivresse, à la rage, ou à la compassion de nos morts, et notre réel s'y construit de par même cette poussée rétrograde; les hommes sont mortels, énonce Sloterdijk, plus encore dans le sens qu'ils ont leurs morts derrière eux que parce que la mort les attend. Thanatotope, donc, ou province du divin, car notre pensée-savoir actuel n'est qu'une île dans la mer du savoir-pensée, l'intelligence y prend pour point de repère ce par quoi elle est surmontée, nous y explorons ce Dieu que Pessoa désignait comme un intervalle immense, entre cette porte du dedans et celle du dehors, entre quoi et quoi ?

 

 

Aux premières communautés, "on a les ancêtres sur l'échine", leurs images nous touchent, nous effleurent, nous poussent, nous frappent et nous blessent, cultes et spectres, sur l'île anthropocène. In illo tempore, dans ces petites collectivités où s'équilibrent morts et vivants, en nombre proche et en partage de la terre, le thanatotope est un "quelque-chose quasi-personnel et visqueux qui entoure et imprègne l'être", tout près, tandis qu'en haut de la colline proche cent yeux regardent, affamés, vers le petit camp des vivants. L'âme personnelle et des forces anonymes s'associent étroitement, le culte est celui des échanges de proximité de la petite thanatosphère, le vivant est réceptacle d'une  pronoïa toute pregnante, comme si "notre campement était l'objectif logique des sorties et des razzias de nos voisins invisibles", qui revendiquent, qui sont ce Dieu premier, ce "raseur transcendental" !

 

 

Puis, du campement, on éloigne les tombes, on met du silence, de la distance, le Dieu s'éloigne, devient le "Dieu lointain d'Eliade", et nous nous en croyons parfois abandonnés: alors il faut bien obéir à la logique que l'on s'invente, cette organisation de l'espace - comme de la société et du langage - autour de trous, de manques, d'indicible, d'interdits; alors on communique encore par-delà la sphère, mais par la blessure, et dans le temps absolu du traumatisme, ce temps archaïque devenu invasif à l'isolant imparfait de notre société, ce temps électrique, et qui nous dépasse quand il gagne le conducteur, quand il inonde la contenance. Alors les groupes actuels naviguent au sein de la double membrane d'une violence externe, celle des morts-Autres déniés, et interne, celle de la blessure logique que cet oubli impose.

 

 

Cette double membrane est bien un trope courbe, car l'espace humain se courbe sous la gravité des morts; et aux rares et brefs et peu prévisibles instants d'équivalence, sans doute y-a-t-il flip-flop transitoire de la membrane, et instants de possibles, d'émergence de tous les refoulés, de communication pleine dans la thanatosphère, d'utopies naissantes et autres contre-cultures. Courbure du trope, dès la domestication néolithique, et aussi production dès lors d'une immunologie des organismes-groupes, d'une xénopathie du psychisme, où seul le spécifique incorporé est alors soumis à l'entropie, tandis qu'on s'autorise et on s'invente les "bons" Dieux éternels de la création, mais exilés, inaudibles; pourtant chaque résistant au sein de ce système immun a bien le possible de l'oreille directe de quelque ancêtre de choix. "D'aucuns" en tout cas, dont Sloterdijk, nous le proposent.

 

(Ecumes, p. 392)

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 17:37

18 octobre 2013. Michel de Certeau publie le tome II de La Fable Mystique. Trente ans après son cancer du pancréas. Circulation par les plaies et les souffrances. Les corps transportent et projettent les sens, les jouissances, et aussi les hallucinations, dans cette science expérimentale qu'est la vie et que l'auteur luttait et brillait à dire. P1080618.jpg

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 13:57

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Y. Haenel, Les Renards pâles. Une odeur de sable, de rivière, et l'orée du village, comme protégé d'une fine tresse blanche de coton de la circulation du Renard pâle, et du jumeau; dedans les maisons et les greniers, que d'abord le touriste confond, se rassemblent et montent à l'assaut d'une falaise qui ne menace pas. Commence le roman, et c'est l'époque où le coffre de ma voiture était plein; celui qui accepterait de rester dans sa chambre gagnerait tous les combats, aucun fauve n'y serait plus convoqué, certes. Mais qui le circulera ? Quelle communauté d'attente est-elle encore possible, le jour où nous nous décidons à accepter la mort ? Car la souffrance est plus qu'un pas-de-côté: quelle vie devient-elle possible "quand il n'y a plus de place en nous pour la société" ? Attendre ou anticiper la mort, espace mort ou passion, Haenel anticipe. « La police a remplacé la politique », mais: cellule invisible. Un intervalle encore: à gauche l'insurrection, la folie, la perversité ; ou bien la maitri, la coopérative, la parole de tous ceux qui se taisent, babas et zomia en seul espoir, tous ces « sans » de l'intervalle.



Les Renards pâles : un livre au style bien peu révolutionnaire, et qui ne fait la une de la critique que parce que les critiques sont hypercitadins, surlimités, membres d'une police ! Et s'extasient devant ce monde pour eux fantasque... « Je veille sur quelque chose qui vient de loin, dont je ne connais pas le nom, et qui peut ressurgir à chaque instant », retour certeaulien du refoulé, réveil d'éclats de ce qui n'est pas inscriptible, ces étincelles qui dans la solitude ouvrent le temps : la solitude est politique; la solitude, comme la pensée, reste gratuite. Peut-on hériter d'une extase ? Rousseau, chutant sur le pavé, percuté par un gros chien, le visage en sang, entre dans la Communauté de ceux qui sont unis par le sceau de la souffrance : « je naissais dans cet instant à la vie ». Tracé du sang, voie violente. « Une mémoire particulière, et qui traverse les corps disponibles ». « Il n'y a rien de pire que les cicatrices, il faut que le sang coule ».

 

 

 

Pour l'heure encore une lune ivre dialogue sous un soleil lépreux, sous ? Flip-flop, la nuit où l'on se sentit tourner avec la terre, « Le vertige de l'expérience ne se compare à rien, sinon peut-être au changement de sexe, (…) un abîme où la volupté la plus étrange sépare du reste de l'espèce. Cette volupté proclame une traversée des limites ». Le feu ne veut rien, poursuit Haenel, « lorsque vous portez en vous un désert, vous allez vers l'eau ». Feu du couchant comme de l'aurore, feu unique, « une révolution qui élargirait l'intervalle, à l'infini ». L'interstice, le même que l'on observe entre les planètes ou entre deux pierres, deux pavés, « se déplie comme les pans d'une carte du monde », interstice d'où fondent les frontières où nos généalogies d'oubli ont été acculées, mais nous  sommes entrés dans le contre-monde, les masques se rejoignent, et maintenant les masques vous frappent. L'absence d'identité, et non une communauté, déborde, absorbe l'espace ; seule la solitude continue d'exister sans illusion et sans limite, « nous en appelons à la communauté de l'absence de la limite », à ce qu'il y a d'imprenable en la solitude de chacun, au réseau de finitude des hommes-sans. Scène finale de I'm not there, ce plus étrange rêve ; abolition par là-même de l'idée de pays, de l'idée d'identité. Destin du monde. « Les révolutions sont toujours précédées d'une révolution secrète qui n'est visible que de quelques-uns ».

 



Nous sommes tous des chiens à entonnoir thérapeutique sautillants dans notre champ de balayage.

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 15:51

James C. Scott

ZOMIA, ou l'art de ne pas être gouverné

Seuil 2013


 

vers une science expérimentale de l'anarchie 

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Imaginez que vous êtes l'homologue de J.-B. Colbert en Asie du Sud-Est, et que votre tâche consiste non pas à concevoir un espace étatique permettant de maximiser l'extraction de la plus-value, mais son parfait contraire. Comment vous y prendriez-vous pour concevoir une topographie, une stratégie de subsistance et une structure sociale qui résistent autant que possible à la captation des ressources par les représentants de l'état et permettent le bien-être positif des populations, et plus encore peut-être, la mise en oeuvre de notre pulsion migratoire positive ? Tel est sans doute le projet scientifique de J. C. Scott, qui nous fait saisir que l'état n'a occupé dans l'histoire de l'homme qu'un très court laps de temps, que l'état centralisateur et sa frontière périphérique (avec sa double fonction, empêcher l'immigration, mais aussi et surtout nous empêcher de fuir) ne sont peut-être qu'une péripétie dans notre histoire, culminant au XXè siècle dans le sang. Mais il y a des millions d'hommes dans la Zomia, ce massif collinaire de l'Asie du Sud-Est, et ils nous disent avec Scott comment ils ont résisté positivement, s'établissant dans les marges de l'état: un paysage découpé à "forte friction" pour la machine étatique; une diversification des types de cultures et d'activités plutôt que la monoculture et le travail monotâche; un travail en rotation dans l'espace et dans le temps; un mode d'implantation nomade; une structure sociale fluide et acéphale, aisément capable de se défaire et de se recomposer; une démographie inférieure à une masse critique mais sans malthusianisme, fluctuant par dissolution/recomposition des groupes, chaque individu restant libre; une taille minimale cependant permettant la mutualisation des risques (au moins quelques familles).

 

 

Go back to the "diagonale du vide" !

Quelles failles transnationales ?

Comment y circuler librement aujourd'hui et demain ?

Assimilation/dissimilation: révolte sur place, ou exil ?

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- on ne naît pas peuple des montagnes, on le devient -

(nous sommes tous des post-sédentaires en devenir)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rapprocher de ce concept de zomia mouvante (qui permet à la fois de fuir un modèle unique et dominant que l'on nous impose dans la "vallée", et depuis la montagne de se recomposer une identité, variable, connectée à d'autres, par son pluriel de facettes) de la position de l'ethnologue Jean-Loup Amselle  qui considère qu'en Afrique de l'Ouest les etnnies n'existent pas comme entités fixées, mais mouvantes; que c'est l'administration coloniale qui a figé les identités supposées, avec son état-civil et ses recensements, qu'il n'existe pas d'ethnie pure mais une circulation, des branchements qui permettent la réinterprétation locale d'éléments culturels globaux. Les zomia nous renvoient face à nos mosaïques, à nous d'y puiser.

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 18:52

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Nicolas Weill nous présente dans Le monde des livres du 31 mai 2013 les travaux du psychosociologue Harald Welzer (Grand-père n'était pas un nazi, et Soldats. Combattre, tuer, mourir, tous deux traduits en français chez Gallimard). Ce chercheur se pose la question: notre société d'aujourd'hui peut-elle prendre une voie totalitaire ? Il nous met en garde contre la tentative qui prévaut encore chez nos dirigeants, c'est-à-dire l'ancrage en nos consciences d'un "plus jamais ça" en norme de pensée quand on évoque les délires dictatoriaux du XXème siècle, et une voie de la réconciliation entre des nations pourtant toujours régies par l'expansion économique... antinomie, oxymore !

 

 

une société stable est une illusion


 

Reprenant les thèses d'H. Arendt sur la "banalité du mal", mais pour les utiliser en projection, décrivant par exemple le commandant d'Auschwitz  en ingénieur social, en expert technocrate, et certes pas en psychopathe, il nous fait comprendre que la marche vers l'horreur dépend surtout du cadre conceptuel dans lequel oeuvrent soldats, employés de bureau, politiciens, technocrates, et tout-un-chacun, que l'holocauste est une potentialité sociale, car notre cadre conceptuel est toujours le même: un mode de production fondé sur l'exploitation infinie des ressources. Il s'agirait, la crise étant bel et bien enclenchée (et les nations ne pouvant plus utiliser des ressources bon marché dans des contrées géographiquement éloignées et mises sous tutelle économique, mondialisation oblige), oser dire cette crise (aucun de nos archéodirigeants en place ou potentiels ne fait le pas !), changer de paradigme, plutôt que de croire pouvoir générer encore plus de croissance, ce qui met justement en péril social la "société des nations".

 


 Le "plus jamais ça" n'est pas un rempart adéquat face au potentiel d'holocauste de la modernité. H. Welzer met en évidence le hiatus entre la mémoire officielle et les récits qui se transmettent dans les cercles privés; qu'on écoute aussi ces groupes éructant, bavant la haine et le rejet de l'autre (manifestations homophobes aujourd'hui) qui prennent l'habitude de se réunir dans les rues... Nous sommes bien là en présence de potentialités sociales d'un nouvel holocauste. "Réconcilier" les peuples, ces fables mythiques, dans un processus qui persiste à cultiver l'idéologie nationale, qui continue à dresser des entités les unes contre les autres économiquement, laisse couver la braise où périrent tous les dits "allogènes", "différents", résistants à la norme, tout au long du XXème siècle. Un appel aux citoyens du monde, à l'indignation !


 

Imposons le modèle culturel de l'indignation cosmopolite !

 

 

Aujourd'hui, faute de critique des frontières, ces cicatrices vives des guerres, le monde est fait de relations entre états schizophréniques, comme le note A. Frachon; la mondialisation gomme la distinction entre ami et ennemi, mais c'est le social qui est contraint et qui souffre, et explose, ou dérive dans ce monde multipolaire mais inapte au lien...

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 17:43

(reprise de quelques faits saillants de 1380 à 1941 à N.D. du Trou

essai historique et archéologique

par les frères Paul, 1950)

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Le connétable Nicolas du Guesclin de Nagy-Bocsac vînt au Trou-en-Velay et ne tarda pas à succomber, on y célébrera un jour ses funérailles. Cependant on y offrit aussi au souverain une statue d'or à l'effigie de Notre-Dame, et il manifesta son remerciement en exemptant de tailles la ville France pendant trois ans. En outre, le souverain fit changer la couleur des robes consulaires qui, de perses (un bleu vert), devinrent rouges: un remaniement inespéré, le duc de Mélenchac ne pouvait en espérer plus. Mais les désastres des guerres, la folie du roi, les dévastations apportées par les Grandes Compagnies, firent, dans cette période si sombre de notre histoire, que la piété des fidèles revêtit un caractère en quelque sorte plus sacré; au Jubilé de 2012, Juvénal des Ursins nous parle de 200 personnes écrasées sous ses yeux dans une procession pour, ou bien contre, l'archive ne le dit plus, le mariage entre hérétiques. Mais alors la Reyne Marina de Bavière, après grand messe à Nostre-Dame, fit feste avec le connétable de Nagy-Bocsac, et le malheureux roi d'alors et son premier consul Jean Ayraud, sans pouvoir et sans troupe, furent repoussés par tous les féodaux qui avaient pactisé avec Marina de Bavière. 


 

Au cours de ces années tragiques, un grand mouvement se fit du côté du vieux sanctuaire païen, les marées humaines se pressaient auprès de la pierre des fièvres, des foules venues de partout  se courbaient sous l'espérance de la crainte, tandis que les prêlats faisaient prier pour la victoire des armées, sursaut de notre race, dernière artère du sang vraiment français. Le vieux roi de Pétin avait été avant Marina de Bavière le dernier monarque à s'y prosterner; en montant à la cathédrale pour y assister à la grand-messe, le Maréchal des âmes brunes renoua, comme le lui fit remarquer l’évêque du Trou, « le fil d’or d’une grande tradition nationale », la pensée de Jeanne d'Arc y fut mêlée de façon constante par ceux-là même qu'elle y avait délégués à sa place. Le pauvre peuple des pèlerins, lui, boîtant, clochant et clopinant, soufflait sur la rude montée, suivi par les troupeaux de boeufs et de moutons qu'on poussait aux boucheries. Une ambassade de Turquie, pourtant, sauva le monarque et ses troubadours nationalistes, confinés encore une fois en leurs murailles par une nouvelle épidémie de peste; des draperies persanes sauvèrent bien des gentilhommes.

 

 

On trancha enfin le nez de bois de la vierge que l'on ne voulait pas noire, on la brûla. Il restait aux gueux à se risquer à fêter encore, en le lendemain du jour de l'ascension, la journée des Transits. Mais ce moyen-âge fervent et enthousiaste va faire place maintenant à un monde beaucoup plus réaliste où les violences de l'instinct social l'emporteront sur l'idéalisme démodé; seuls quelques pèlerins assainissent l'air du Trou aujourd'hui.

 

 

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 21:19

L'ashram de la fondation Bhole Baba de Cisternino, dans les Pouilles (Italie du Sud) a fait l'attention des médias lors de la "fin du monde" annoncée par le calendrier maya, en décembre 2012. Nos envoyés spéciaux, intrigués, s'y sont rendus un peu plus de deux mois après l'événement

 

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C'est dans un pays de presque printemps en février, au bout d'un petit train rouge et bleu, et de toute une marche d'approche, à pied, oui on peut se tromper de gare, même en étant prévenu, l'Italie est riches de trains qui ne jouent pas aux TGV, nous avions le temps peut-être, et ce rendez-vous nous semblait si improbable que nous usâmes de cent détours, à la pleine lune, puis dans les lacets d'encre de la montagne, et bientôt et comme malgré nous les Trulli (photo) qui donnent un air de pays de fée à ce bout du monde encore, comme pour ne pas arriver nous tentons une dernière escapade dans une oliveraie, mais le signe est là, discret et tentant, et il nous faut poser notre barda, nous n'avons plus le choix. (photo) Cest la pause après le karma yoga, nous ignorons tout encore de cette pratique qui sonne tantrique, mais déjà, formalités d'usage dûment accomplies, Antonio nous assure que l'on n'est jamais appelé ici par hasard, si nous sommes là, c'est bien que Babaji nous a appelés, je vais vous faire visiter, je vais vous montrer un peu.

 

 

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Méditation du Trullo, méditation de la spirale, énergie masquée de Babaji, quelques indignés ont été appelés ici, un gestionnaire, un cuisinier, une prêtresse qui ne se dit que servante du culte, et eux finalement doivent incurver leurs pas, et eux doivent s'arrêter, qui tentaient encore de passer. Quelques hommes fumaient là où ce n'était pas toléré, ils se diront petits de fumer parce que ce n'est pas toléré, ils se diront petits quand tout un monde à côté fume de rien, ils étaient arrivés, le comptable fait compter le gestionnaire, oui c'est bien eux qui devaient venir, oui ils ont été retardés, mais ce n'est pas grave, non ce n'est pas grave dit le gestionnaire qui les attendait le jour d'avant le jour où ils marchaient, ils sont bien arrivés, il faut signer pour ceux qui sont encore de l'autre côté, et je vous fais visiter. Nous avons des informations sûres. Vous choisissez la chambre plutôt que le dortoir. Voilà le lieu du culte. Nous avons beaucoup de dépendances. Il faudra vous laver avant le culte. Nous sommes peu nombreux mais nous avons des informations sûres, nous savons qu'il reviendra, mais il ne s'est pas encore manifesté, voilà les sanitaires, voilà vos draps et couvertures. C'est silence jusqu'à quatorze heures, vous savez eux ils se lèvent très tôt, c'est le repos. Nous nous étendons sur six hectares, ici ce n'est qu'une part, ici il faut ôter ses chaussures, il faudra aussi revenir en été, mais je vous attendais avant, mais si vous êtes ici c'est qu'il vous a appelés, je vous avais dit pour le train, mais vous êtes venus à pied !

 

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Babaji a déjà regagné un corps, nous avons des informations formelles, mais il ne s'est pas encore manifesté, sa chambre est prête, nous l'attendons, ici. Je suis désigné pour le karma-yoga du bois de chauffe, voilà donc ce karma yoga, Babaji l'a dit, le seul yoga qui vaille, le seul yoga complet, il s'agit d'oeuvrer pour la collectivité, sans recherche de profit quelconque, alors ont agit pour tous, pour sa compagne, pour ses enfants, pour tous. Elle est orientée vers la cuisine, végétarienne bien sûr, discipline de fenouil et d'artichauts, tous les restes de repas iront directement au compost soigneusement travaillé. Personne n'est appelé ici par hasard, le compost s'impose juste en amont du potager bio, un lieu végétal et des oiseaux, comme en Auroville, Babaji comme Aurobindo semblent prêcher au même, mais sans doute pourtant sont-ils l'un à l'autre blasphématoire, même si tous les ouvrages du guru de Pondichéry sont ici, ils sont sous clef dans la bibliothèque que l'on ne peut que visiter, la clef est ailleurs. On peut croire à une image sans être fou, sans doute, sans en renier une autre plus usuelle, on peut sans doute les joindre dans cette existence-ci. Le comité exécutif semble avoir, après une discussion tendue, maintenu Antonio-de-Nevers à la limite de son poste de gestionnaire. Car le soir passe le parrain du nord, venu comme pour un comité d'entreprise, égrenant un chapelet écarlate comme pour faire tenter de croire pourtant à son personnage, d'un rire suffisant, d'une adhésion toute mécanique. Le mafiosi qui débarquait là pour le conseil d'administration du premier dimanche, et pourtant comme imprégné de ses prières, avait un col de loutre en synthétique. Grand financier obscur, parrain sans doute.

 

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Les oliviers tentent de tenir la terre tout en s'y arrachant. Les trullis se privatisent presque tous. Le secrétaire, aux lunettes et à l'allure réservée mais têtue de Ben Kingsley dans La liste de Schindler, lui, est tout entier à l'oeuvre. On ne le reverra plus. Andar le cuistot: le prêcheur de l'évolution à venir, le pécheur d'hier, qui s'est exclus, qui a été appelé, qui goûte et dit chaque jour le bonheur surhumain de l'espoir, qui se consigne aux choses très simples, un "nous sommes très pauvres" est aussi son appel. Depuis vingt ans il a été appelé, une vie de couple maintenant sublimée, Hare Krishna, et Babaji. Om Namaha Shivaya, me précise par écrit le disciple-pateint ici placé par ses parents plutôt qu'en milieu spécialisé, ici c'est très spécial, et ici c'est très ouvert, et ici personne ne peut échapper pathologiquement à une norme qui ne fait pas loi. Nous partirons dans quelques jours à l'heure de la sieste, ne pouvant leur dire au revoir; et comme nous étions venus, en retard et sans promesses, sans doute nous recroiserons Babaji.

 

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La grille ouverte est derrière, est devant, n'est plus, que la terre; quelques oliviers, les temples mâle et femelle qu'il nous reste tous deux à pénétrer, dedans/dehors devient une décision illusoire. Nous restons, invités par l'officiante femelle. Temple-église dans un assemblage de trulli. Ici donc nous sommes maintenant cinq dévots, une prêtresse, une sous-prêtresse, un cuisinier, un jeune homme que ses parents ont préféré confier à babaji plutôt qu'à la médecine des hommes; d'autres, les habitués de l'extérieur, passeront le week-end pour le culte, le repas ou un séminaire organisé pour subvenir aux besoins financiers de l'ashram. On est bien loin de la foule de décembre que l'on nous dit, Babaji n'est pas adepte du calendrier maya, mais cette affluence, nous dit Antonio, a permis d'indispensables travaux d'entretien du domaine et des bâtiments.

 

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Temple mâln, 7h, le matin. Un rythme sanskritique émerge quand les mots et le chant parfois sont en phase, le vibratoire parfois émerge, il faut restituer les voyelles comme à sa guise, si on s'applique par trop on n'en met pas assez, il faut laisser faire le souffle, après avoir fait les offrandes à Shiva, tout l'hiver l'officiante s'est gelé les pieds nus aux dalles du temple. Babaji que seconde le linceul de Turin, Andar le cuistot est au soufflet du petit harmonium indien, le jeune patient tente le djembé, Rivière sacrée entraîne la psalmodie, au bout de quelques jours seulement ce rythme des jours par ce culte simple nous manquera, nous nous retrouverons comme perdus et irrités par la grande ville...

 

 

Om

Sahana vavatu saha no bhunaktu

Saha viryam kara va vahai

Tejaswina vadhi tamastu ma vidvisha vahai

Om Shanti, Shanti, Shanti

 

 

 

Le temple femelle, temple du feu, obscurité, éternelle fumée toujours s'échappant de la braise mêlée de sable et de pierres, le feu jamais ne s'est éteint, mantras devinés aux lueurs des bougeoirs, clochette fébrile de la prêtresse en second. Rivière sacrée, elle, officiante principale, depuis vingt ans en Babaji, habite pleinement le temple, gardée par ses chiens, forte de son huile de millepertuis, se confiant aux appelés, offrant à ma compagne l'écharpe de ses fleuves. Une immersion en simple, et ses plaisirs de contrepoint, nature, nourriture, repos, méditation pour ceux qui le souhaitent. Deux jours d'observation: déjà les règles se resserrent pour les dévôts, les rivalités se précisent dans la micro-équipe où chacun prend ses démarques. In devotion, nevertheless. Antonio doit bien financer, la "fin du monde" lui a permis d'équiper en double vitrage la bibliothèque de l'ashram, avant nous n'avions pas l'eau chaude, le papier toilette est toujours interdit, tous les déchets de ce que l'on mange partent au compost, on coupe au plus fin possible les tranches de fenouil, culture savoureuse et locale qui révèle ses chakras bien alignés lors de sa découpe pendant le "karma-yoga".

 

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Mais c'est dimanche, et un Plastic-guru du New-Age tente l'approche financière. Sa compagne-agent-dévote a loué la grande verrière de l'ashram, les bobos locaux affluent à deux cents euros le week-end, il embrasse ses fidèles pré-pâmées sur le thème de la Respons-ability, la compagne-agente-dévote nous chasse, puis après consultation du Maitre revient sur ses pas, nous admet quelques temps, après nous déciderons, il use de toutes les techniques de manipulation des groupes, vient imposer les mains sur les yeux fermés des deux nouveaux auditeurs, qui se défileront pour aller trancher le fenouil, Antonio-le-gestionnaire en sera contrarié, la compagne-agent-dévote nous proposait l'après-midi a seulement cent euros... Mais Plastic-guru n'est pas dans la simplicité volontaire des dévots de Babaji, il ne prêche qu'un système de décroissance du dimanche, le discours est vide, la technique parfaite, la robe safran de bonze et le regard de bonté soigneusement travaillés aussi, ils doivent en avoir pour leur argent, ils doivent revenir. On est loin du rythme simple, et librement accepté, de l'ashram, survie et pauvreté, de l'autre côté de la verrière surchauffée; ici la bourgeoisie d'excès s'endort à sa bonne conscience et aux porte-monnaies communicants, on est aimé de l'univers du New-Age et on peut repartir, sauvé, gracié. On sait un centre neurologique de la responsabilité en temporal gauche, où quand le neuro-cognitivisme et le New-Age se rejoignent pour mieux façonner le porte-feuille et le sourire béat des égarés de la ville.

 

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Au repas, celui-là était là en décembre, qui travaille au calendrier maya tous les dévots de Babaji. Le frappé de la fractale maya nous calcule, marmonnant, tout pris à son décompte, "You are 7 ! Blue resonance !" Chacun doit être fixé dans ce dharma-maya, et la "fin du monde" ici a beaucoup rapporté. Les dévôts de Babaji s'ouvrent à toutes les métaphysiques et toutes les mystiques, pourvu qu'au benedicite, on proclame le guru, qu'ici on attend, avec son message de simplicité et de paix. Je suis resonant, deux points sur un trait long dans la numérologie maya de treize caractères, elle: is equal, un point sur un trait, Elle:est six, lui sept, eux deux font la boucle du 13 de la fin du monde. Donc. Om Namaha Shivaya, I bowl in Shiva, elle est "vent du dharma" dit Maya, "ailes du dharma" préférè-je retenir. Le souffle ou l'effort ?

 

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Un vieil adepte, lui, après une longue préparation dans un ashram des années 70 en Italie du Nord, fait en 1983 le voyage en Inde, et rencontre Babaji peu de temps avant qu'il ne quitte son corps. Des bains avec le maître, le Shiva d'Herakhan, à l'aube chaque matin dans les rivières glacées de l'Himalaya. Andar-le-cuistot nous fait signe de ne pas être dupes, il nous raconte toujours ses histoires, tout ici est beaucoup plus simple. "J'avais peur en rencontrant Babaji pour la première fois", dit-encore l'homme, "il a des pouvoirs extraordinaires, il te scanne complètement dans l'instant, mais il a reconnu ma sibcérité, il m'a demandé de créer ici l'ashram, il ne peut revenir qu'ici, c'est sûr". Si ce n'est Maya-le-calculateur, c'est son frère, maintenant, qui nous interpelle. Celui-là m'a déjà croisé en Inde. "C'est possible, dis-je, peut-être à ..."; "Oui, en Inde, sans importance, l'endroit, me coupe-t-il".

 

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Vous devez changer à Zollino peut-être, à Maglie certainement, pour Otranto. Mais il n'y a pas de trains le dimanche. Nous changerons, nous avons vu un espace communautaire encore, comme il en reste quelques uns de ces années soixante-dix, en résistance au monde pléonexique, aux règles simples, à la dévotion sincère, bien loin du catastrophisme millénariste des mayas, où des habitants de cette région aride, des voisins, soutiennent la communauté mais sans sans lâcher pour autant leurs activités temporelles, il faut bien vivre, mais le dimanche on participe, et c'est sérieux, ce monde a besoin du message de paix, universel, de Babaji. Allez au Bhole Baba Ashram, nous nous recroiserons peut-être, l'esprit a besoin de permanents, il en manque. Derrière la spirale energétique, récepteur pour le guru, la petite chambre blanche et simple, chaque jour, est nettoyée pour le maître, quelques fleurs, de l'eau.  Il faudra bien, oui, revenir à cette simplicité volontaire là, au plus près de l'appel de la nature, de l'écorce du monde, de l'humus qui fait l'homme.

 

 


lien vers le site officiel de l'asram de Babaji à Cisternino

 


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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 20:41

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Le voyage n'a pas de lieu mais un milieu, là tout est présent, Paul prend sa part, parcourt beaucoup de chemin avec ses parents et ses amis, descend, meurt. L'image du voyage. Le souvenir en pérégrination. Il y a un milieu comme lieu d'origine et destination du voyage. Ai-je atteint le but ? Suis-je l'invité ? Je me tiens sur la scène, même en tant que mort fuyant le phénomène. Il y a un milieu où exister, et la contenance est dmilieu/dt. La fuite devant l'apparence, pas de tranquillité... voyage... emporté... déchet, rien que déchet. Le pèlerinage, lui, est contenance du groupe, contenance des morts, communauté. Il me restait encore quelques représentations. Le déchet est partout. Ce qui nous appelle, c'est le devoir de reconstruire.

 

H.G. Adler

Un voyage

Christian Bourgois 2011

 

 

 

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