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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 09:30

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La limite de l'oubli, chez Verdier, orange, bien sûr, écriture post-empire des camps, et leur remontée par le sang, de Sergueï Lebedev. Par le paysage de la terre soudain creuse, creusée, s'affranchir enfin, trouvant l'aven de son nom, de sa généalogie. Tchevengour était d'argile péricommuniste, ici est de déchet soviétique, mais une même veine guide ces deux géologues de la grande Russie, de la grande steppe. 

 

La limite de l'oubli est poésie de la roche, sentiment chtonien. Et Verdier a bien l'odeur et le toucher épais du souvenir, où peuvent s'accrocher les mots. De ce jaune associé au sulfureux parfois arbitraire, structure du monde ou existence du mal, qui ouvre aux perversités-fascisme, qui répulsent et interpellent. Vers la troisième rive de sortie du trauma : l'extase: Je me trouve à l'extrémité de l'Europe. Ici on voit, à nu dans chaque falaise, l'os jaune de la pierre et une terre ocre ou flamboyante semblable à de la chair. La pierre s'effrite sous l'assaut des vagues, la chair s'érode sous les marées. L'océan exige de nous un effort spirituel pour voir la terre, dit Lebedev. Et là-bas s'étiole la force vitale de l'Europe, quand on est arrivé enfin là où elle ne fait plus naître que des lichens, et que juste derrière la touffeur des forêts et les herbes asiatiques menacent de s'étendre : le point des camps, le point nord de l'Empire de quête, la où gèlent encore dans le permafrost les disparus que l'auteur part disloquer, creuser, de ce sang déversé, comme par erreur, en lui. L'auteur, lui, est nationaliste, continentaliste, généalogiste; même s'il n'y avait pas eu cette erreur de sang en lui, il lui aurait fallu le détruire. Je ne sais pas ce que je dois détruire. Tu bois une eau étrangère. Le Caucase est sa ligne de partage des os, là où il est parvenu, tout le reste du livre ne sera que ce déploiement, à la limite du langage : un déploiement de ce « vent du néant » d'Alméry, qui, par la douleur de ceux des camps, de tous ces naufragés du permafrost, qui flottent encore dans la terre, non loin de l'embouchure du fleuve sibérien, mais interdits d'océan jusqu'à ce qu'il les touche, le dire des corps-morts, langage absolu, sans plus d'interdits défroqués à une quelconque logique. Sans plus cette pellicule fine mais ferme, apparentée à cette membrane qui entoure le fœtus dans le ventre de sa mère, et se glisse entre la chose et le nom. A cause de l'encre d'imprimerie très épaisse les cendres de ce livre sont métalliques et grasses, et déterminent l'odeur de tout le récit. Au nord glacé, une parole morte, sans colonisation linguistique, dans laquelle aucun nom n'est plus étranger. Au sud de l'empire, dans la rétention cette fois de la Caspienne, le zaoumde Khlebnikov, aérien. Entre, ce voyage. Au bout de toute cette haine répandue dans l'air et qui marque, toujours intacte, la vie des descendants de ces chiens et de ces hommes, avalée avec la moelle des os qu'ils ont grignotés, une moelle qui fait fi du transgénérationnel, comme une transfusion qui, dans un double effet, permettrait la vie pour comprendre celle de tous les naufragés. Mais pour l'heure, un hameçon avec barbe t'a transpercé la lèvre, et tu avales le leurre qui te déchire les entrailles, tu comprends que tu es un maillon dans la chaîne des dévorations, où ton moi est trop présent qui veut nier la douleur : il te faut lire encore la bible orangée qui vient, ce monument, ce mur des mots, des lamentations, qui sépare les vivants et les morts, mais est leur seul lieu de rencontre. Le langage est spectral.

 

La limite de l'oubli : l'Autre Grand-Père avait vécu une de ces vie qui coupe l'homme de lui-même. Le géologue ressent le ruissellement de la mort, flaire le charnier. Car Lebedev, depuis sa chute première, est doté d'une clairvoyance de type expérimental sur les choses : « j'avais connu trop tôt ce dont l'enfant est protégé par l'unité du corps et de la conscience, sa fusion avec le monde ». NDE précoce, revécu, ce jour-là, des yeux du chien agresseur, et ce regard pourtant n'est pas celui du chien, il a franchi la limite invisible, il a attrapé la mort (« comme on attrape le paludisme »), le chien noir s'était précipité sur lui directement. L'oubli de la limite ouvre sur la thanatosphère, où les corps du permafrost attendent, où les fleuves noirs des commandants de camps crachent leur bile, préservant ainsi leur sang pour que d'autres enfants survivent à la morsure. D'autres, non cadavres encore, irradiés lentement rongés, figures de bardo, leur corps livré au flux du mal, c'est-à-dire à ce que la vie peut faire au corps faute d'un changement intérieur, mystique. 

 

Les camps et le désastre de la vision : un milieu organisé de telle manière que le mal n'y fut plus reconnaissable. Les détenus creusent la terre, raclent les sédiments, pour parvenir à la roche mère. Espace de pertes, espace de perversions, failles, une fois ôté l'humus qui ailleurs nous baigne tous; ici seul le gel parfois prend l'empreinte d'un corps. Le camp n'a pas disparu, il s'est fondu dans le paysage, il s'est fragmenté, intégré par chacune de ses parties. Mais cette dispersion-intégration évite le face-à-face avec le mal absolu, et, faisant faille, permet la recherche. Lebedev, géologue, théorise les courants telluriques du mal; Platonov, hydrologue, voulait voir couler le bien. Parfois tout se rassemble dans un trou béant, où confluent les villes perdues, et la surface, et leurs fleuves. Là où l'homme nordique a éventré la terre, là où Odin a laissé en gage un oeil à la mémoire, là où le charbon extrait ne donne plus la nourriture, où les mineurs contiennent le ciel sur leurs épaules, dans leur vie d'après l'éboulement, dans leur vie dansl'éboulement. 

 

Lebedev, médecin de la terre plus que biologiste, sait traverser la mort, ce remplacement de la physiologie par la pétrologie. Donner à communiquer par les plaies que nous portons, non pas conséquences de nos propres pas aveugles, mais des morts qui nous précèdent. Forces protectrices de l'enfant, qui nient le moyen terme entre la vie et la mort; puis l'enfant voulant échapper au père tombe dans le gisement d'eudialyte, ce minerai rouge vif, un peu radioactif, ce sang de chamane, ces traces d'un combat. Dans la vie recroquevillée, sans protection, les objets deviennent conducteurs de douleur, cette mort inflammatoire.

 

Lebedev rêve et délire, à la manière de Razon dans Palladium, les vivants et les morts se rencontrent, mais ici sans combat pour tenter de rentrer dans un au-dehors qui n'est plus ; il se laisse gagner vers un centre, son trou noir, il ne demande aucun rappel, il sait sa connaissance incomplète encore, et cette incomplétude risquerait, il le sait, d'être nocive aux vivants, il ne veut pas leur rapporter, il se sent devenir fou, il reconnaît cette fièvre, ce virus et cette peur. Au bord de l'expérience, le risque de la chute, dirait M. Eliade. L'Autre Grand-Père, toujours, tentait d'y résister ; pourtant un cercle a plus de 360°, il y a entre les degrés des fentes dans lesquelles, tirant sur les anges, on peut se glisser, pour porter tout ce qui n'est pas advenu encore. Et survient la crise, le sang reflue, le livre reprend.

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 14:35

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photo©tramadoc

 

Vienne ne fut-elle finalement qu'un organe de l'inconscient qui se retentait sans l'avouer à son corps tissulaire, "Christophe Freud redécouvrant le passage vers l'Inde", comme le dit joliment B. Breytenbach...? Les analystes anglo-saxons qui prolongèrent l'oeuvre de Freud, eux, ne renièrent pas les apports "orientaux" (Winnicott, Bion, et aussi en France A. Green (http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-27946571.html) en une époque où l'on pouvait parfois clamer "l'ashram plutôt que la psychanalyse". Aujourd'hui, Francis Zimmerman, indianiste à l'EHESS, dialogue avec les philosophes indiens contemporains sur le concept de Soi, ou "autrui dans le monde des vivants" (http://ehess.philosophindia.fr/philosophie/80/).

 

On peut penser que la  position de principe de Freud contre le "sentiment océanique", l'occultisme, le mysticisme, etc... était moins une position personnelle qu'une stratégie, l'adhésion à ces concepts par trop "orientaux" et "non scientifiques" auraient pu alors contrarier l'érection de la psychanalyse en science, objectif de Freud, qui était pourtant lui-même perméable à ces influences.



Par ailleurs l'interrogation est toujours actuelle sur l'existence d'un des postulats-clés - mais tardif, et survenant dans un contexte historique tragique - de Freud, la pulsion de mort. L'étude de sa réception dans le sous-continent indien (Bose), qui est aussi celui de Shiva, créateur et destructeur composite, comme Freud entrelaça pulsion de vie et pulsion de mort, permettrait peut-être d'avancer sur le caractère intrinsèque à la psyché, ou bien sur le déterminisme culturel, de cette "pulsion", et de discuter plus avant la question de l'universalisme supposé de la théorie freudienne versus l'impact des limites culturelles.

 


Ce qui renvoie aussi, dans cette douleur et cette jouissance mélées de l'expulsion lors de l'accouchement, au pays de la "terre-mère", à ce "désir d'être femme" en strate profonde de la psyché, concept passionnant que nous livre la théorie de Bose, et que l'on peut associer avec les développements de P. Sloterdijk autour des sphères primordiales, en particulier autour du plus refoulé peut-être de notre être, le placenta, et par-delà à l'exploration des "pensées archaïques" que tentent actuellement certains analystes kleiniens ou winnicottiens, bien en amont de l'Oedipe et des situations patriarcales...

 

 


- mouvement de la psychanalyse vers et en Inde -

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 14:59

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Un film simplement étrange ? La nuit des têtes coupées, il décide quatre mois de mer ; « physiquement, il avait bien supporté sa captivité... mais il avait changé »... Entre le Mékong et Terre-Neuve, une femme apparaît. Des vétérans, des rescapés, des exilés... Le narrateur, le médecin, ne voulait pas partir; lui, le "Crabe-Tambour",  est resté grâce à sa jonque. Le temps de ce film est impératif; Yack, Yacht et Chalutier y sont le même mot. « Pourquoi a-t-il accepté cette mission, croyez-vous, à son âge ?" Mais pour le revoir, celui qui est Ancou, son chat, son ange de la mort, sa conscience, noire, mais... incorruptible. Un signe radar sur l'écho : vous aussi vous le suivez, qui pourtant dites ne  pas croire à ces signes !


Conduire d'une main sûre sa barque, sachant qu'elle va au naufrage

J. Chauvel, D'une eau profonde, cité par P. Schoendoerffer.


Pour l'heure,  de quel côté est-il maintenant, lui qui ne peut plus tomber ? Esclave, il fabrique un cerf-volant. Devient Guru, dans une guerre sans plus de combats ni de morts, dans ce film-désastre primé ex-aequo avec Apocalypse Now à Cannes en 1976, tous ces films-désastres, qui atteignent, nécessaires : « sans un bateau nous ne valons pas cher ». Beaucoup de camarades sont morts, Le Crabe-Tambour est bien un film au rythme du trauma, avec ses flash-backs en flous enchaînés. On ramasse le courrier en mer de Terre-Neuve. Pourquoi, pourquoi, n'ai-je pas (re)-vu ce film plus tôt ? Mais qu'est-ce que plus tôt ici ? Comptoir des fracassés, vétérans au café, lien du corps de marine, des voyageurs, des escalés de certitude. Magie des voyages, dont le but a des « escape », des « pas ce coup-ci », des sursis (comme celui du Commandant). « Adieu », et nous rentrons, et il se meurt ; Saïgon est tombée ce matin, ils rentrent à Lorient, « Permissionnaires, rompez vos rangs ! ». Amitié, humiliation, proies à la promesse non tenue. Et une fille bleue au grand large, la Tonkinoise du médecin a été tuée, puis lui expulsé. Quel temps de non-enfance nous autorise-t-il à ce voyage perpétuel ? L'utérus ou l'autobus, en toujours passager solitaire. Lui a Shangri-Laïsé son bateau, diable des glaces ; et le narrateur a quelque chose de cette force toujours à lui demander, enfant brimé, l'autre mourant toujours magnifique. Le bon élève de classe moyenne empêtré, et le messianique fils de haute famille; l'un progressant, l'autre s'enfuyant. De quelle faille post-coloniale s'enthousiasmera la génération à venir ? Après le procès, il n'avait ni démissionné, ni repris la mer.

Nous avions communiqué ce soir là,

à plusieurs centaines de kilomètres de distance,

mais comme en notre pleine mer

par les ampoules brisées sous l'intensité de notre reproche !

 

 

Le Crabe-Tambour, back to the book, immediately. C'est, d'encre, du vieux journal, comme si d'Indochine toujours perdue émanait l'esprit d'une lutte. Nous négocions tous, depuis le 7 mai 54, nos accords de Genève. Assailli par les puissances des ténèbres (Conrad), du désastre oriental qui nous porte de fond. Whisky au léger goût de caramel en terrasse immense du Continental, et même si la vague ne peut parvenir. « Des nuages en fuite sans but et le soleil livide, sans rayon et sans chaleur, très bas au-dessus de l'horizon, droit devant nous », en chacun de notre dernier instant choisi nous poursuivons aux jours du non-quotidien cette même femme, dont jamais le Capitaine n'a parlé. Tout est dans ces trois premières lignes du livre. A force d'être sur la limite, on finit par perdre toute « compétence », mais aussi à s'emplir de soi-même, ce « soi-même » qui est bien plus que ce que nous pensons parfois être. Qui autre que la Mer peut cacher et emplir toute l'énergie vitale d'un renégat de l'Asie, d'un fantôme du peuple oublié ? « Je ne saurai jamais si j'ai failli à ma mission, expulsé de tout centre, sourd et muet, mais la seule pensée qu'il y ait une mission m'apporte un puissant réconfort ». « Et puis... dire quoi ? Nous vivons et nous rêvons seuls » hurle silencieux le Commandant à sa passerelle, arc-bouté à la vitre. Premières lignes d'Indochine, toutes premières lignes, « je viens rêver ici de ce flot d'Empire que je n'ai pas eu », comme tout médecin guettant les boat-people. J'aurais été une bête d'Empire, écrasée au premier palu, au premier obus, sauf si j'avais ingénument engrossée la future déléguée de Genève, moquée par toutes les mères maquerelles des recoins à nuoc-mam. Le père eut été l'amant des yeux coquins qui le regardaient du toit de sa piaule – ah, si celle-là eut été notre mère – elle regardait, elle, d'en haut... Mais  « que peut-on voir dans des yeux noirs ? ». « Sans un bateau nous ne valons pas cher, hein !? ». Le temps passe, les veilleurs oscillent, et nous toujours le visage collé à la vitre, et « qu'as-tu fait de ton talent ? » en parabole la plus terrible, avant le baiser de Judas, avant même le reniement de Pierre. « Docteur, faites-moi une intraveineuse », de morphine sans doute, pour l'ancien opiomane, le cancer n'est que métaphore de ce roman, le grand secret : nul homme n'a jamais été heureux sur terre, mais il faut continuer à veiller, droit. Ressurgit bien à quelque escale une infirmière bronzée « aux seins libres sous la robe légère », et elle cassera la bouteille, et elle libérera à nouveau le bateau ! « Chacun a sa peur. Moi, j'ai peur de rentrer ». De tous les ports, de la mer, on entend le sable, Bigouden, Norvégien ou Indochinois, le crissement que l'on ne voit pas, le ciel est si bas. On sillonne avec le mal, on participe, rêvant de le combattre. Rêvant.

 
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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 17:12

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"Comment penser l'altérité et la souffrance identitaire chez les migrants", se demandent des collègues canadiens, nous faisant découvrir les travaux d'A. Schütz et de sa sociologie phénoménologique, dans un article qui a  l'énorme qualité de refuser "d'emmurer toute la complexité de l'expérience migratoire vécue dans une "catégorie grossière d'identité ethnique", propos qui de nos jours est très réconfortant. Le propre de l'espèce Homo, depuis plus d'un million d'années, est de migrer, de s'approprier des environnements nouveaux; le phénomène d'expansion-migration ne se heurte réellement que depuis le XVIIIè siècle, avec une acmé au XXè, aux frontières des états-nations, un phénomène très récent dans l'histoire, et très transitoire sans doute espérons-le, nous  débutons bien actuellement une phase de mondialisation, avec certes des échanges qui ne sont licites pour l'heure entre les états-nations que pour les marchandises et les flux d'informations, pas pour les hommes, d'où la stigmatisation des flux migratoires par nos archéopolitiques peu enclins au panoramique historique.

 

 

 

Bref, la thèse des auteurs rejoint quelque peu la notion de pulsion migratoire ou de désir d'exil proposée par F. Benslama (Université R. Diderot), cette énergie qui constitue le sujet migrant et qui rend compte à la fois du vécu pré-migratoire, de la migration per se, puis des difficultés acculturatives. Les migrants seraient ceux-là même, au sein de leurs populations d'origine, qui seraient détenteurs de cette pulsion propre ("n'est pas migrant qui veut", celà nécessite, dit le paléodémographe J.P. Bocquet-Appel, à l'EHESS, de maîtriser dès avant le départ tous les éléments d'un calcul complexe pesant avantages et désavantages de la migration; et on peut dans la clinique des migrants observer par exemple l'extraordinaire énergie combative des rescapés de prisons politiques qui continuent ici le combat pour les droits de l'homme, commencé là-bas). Cette pulsion migratoire spécifique du migrant comporte aussi - presque par définition - des aspects "border-line", et la migration est associée en deuxième et troisième génération à un excès de pathologies de type schizophrénieles enfants du migrant étant exposés à l'ambiguité des cultures et des lieux sans plus disposer toujours eux-mêmes de l'"élan" de cette pulsion migratoire.

 

 

 

Le déracinement (induit par la pulsion migratoire qui agit le sujet) aboutit à une potentialisation du processus de naissance, les premières ruptures biologiques de la matrice-mère étant alors potentialisées par d'autres dans la migration géographique; les collègues canadiens proposent très justement d'appréhender le migrant par sa trajectoire et son projet de vie, d'aider à renouer, chez ceux qui parfois se croient "perdus en route", avec ce qu'ils sont. Il s'agit bien de restituer à la personne son projet de vie, celui-là même qui pré-existe à la migration, et qui réapparaît lors de la thérapeutique; et non comme on s'y risque dans beaucoup de structures médico-sociales aujourd'hui à  "dire" le projet de vie à la place de la personne, quand elle n'est pas en état de le formuler... Tout parcours migratoire est singulier plutôt qu'il ne le devient; il s'agit bien de mieux comprendre comment ont été vécues les différentes pertes sur cette trajectoire du sujet. Les auteurs rapportent également l'intéressant concept d'esthésie ("nouvel ensemble de sensations et de perceptions, de courant sensoriel qui meublent les conditions de vie ordinaire", de Le Breton), qui nécessite un "tuning" du patient dans son nouvel univers, similaire au "tuning empathique" nécessaire au thérapeute dans la cure du traumatisme. Leur conclusion est magnifique: le soignant doit servir d'éclaireur sur le trajet migratoire, tout comme le migrant fut l'éclaireur de son propre sujet souffrant; le soignant doit reconnaitre le résistant en marche, porteur de ses choix "à propos de ce qu'il ne veut et ne peux pas entretenir comme rapports au monde".

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 19:17
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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 10:45

Nour, enfant de 5 ans à l'hôpital al-Shifa de Gaza

Vous pouvez refuser chez votre pharmacien la délivrance des médicaments génériques de marque TEVA, et lui demander des génériques produits par un autre industriel. En effet, la société TEVA ayant son siège dans l'Etat d'Israël, contribue par son développement au développement économique de ce dernier, et au financement d'armes, dont celles qui viennent d'être utilisées contre des enfants jouant sur une plage... Se soigner avec TEVA meurtrit le monde.

 

Triste sire François

complice

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 18:37

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Le mont sacré (Louise Michel) de la révolte qui porte, où l'on s'enthousiasme avec « cette étrange innocence qu'on ne connaît qu'aux enfants et aux inventeurs d'avenir ». Ces phases où l'on se sent repris au temps que l'on n'a pas suivi, en affirmation de sa non-linéarité, après c'est évidemment plus simple, il suffit parfois de croiser quelqu'un qui parle pour sortir de ses quelques onomatopées familiales, naviguer entre les cris d'animaux-famille entre les repas, de la purée jouissive entre poire et fromage, du plat qui vient toujours sans pause. « Déménagez ! » m'intime-t-il sur l'heure de son regard éberlué, du fond de son cabinet utérin; cabinet : un antre où le langage se décolle de la généalogie. Sans doute ce frère, ce type, cependant, n'a-t-il pas d'enfants biologiques, et là s'accroche toute une différence heureuse pour moi, et pour tous les sans parole: j'ai dégagé l'allée pour la mère, et organise mon déménagement : pour me rapprocher d'une gare. Gare d'attente, lieu de mon organisation, de ma circulation, aux herbes ouvertes, en gage j'ai rendu à la mer l'or emprunté d'hier. Nouvelles terres promises, la boucle d'exil jamais ne se boucle, la circulation demeure, ce balayage impératif n'effaçant jamais totalement l'angle mort, mais « nomadiser est une fête réconciliatrice avec soi-même et non la malédiction du Juif errant », dit N. Weill, sans désenchantement, sans fuite. S'enfoncer dans les terres : oui, mais par la mer. Cabinet : écrire une histoire qui arrive à des gens qui pensent ne pas en avoir, comme W. Bion propose que nous pensons être moins que la totalité de nous-mêmes. Psychanalyser, ayant ainsi posé le voyage toutes ces décennies, serait maintenant reposant et possible inscription, entrée dans la zone d'activités, fin d'une collaboration parfois misérable, mais qui par sa lenteur et sa force de détourage fit émergence.

 

 

 

 

Nous ne procédons pas par invasion ni déferlement, chaque exemplaire compte, chacun, dans l'effroi du camp, n'a que ses gestes contre la montée du rien. Révolution mexicaine en 1910: 1 million de morts sur une population de 15 millions. Ce thanato-collectif-là nous épargnerait-il encore, européens du globish ? Et financer la combinaison de survie post-atomique de son enfant autorise-t-il à toutes les dérives ? Submergé par un feu indicible, on marche comme si on parlait sans cesse, sans avancer d'un pas (in Sans couvercle, A. du Bouchet). Aujourd'hui le salariat est sans doute le mode d'exploitation le plus souple ; quels en seraient les lieux de jouissance, au sens freudien, large, c'est-à-dire celui de tous les liens, quels seraient ces lieux libres d'obligations de performance ou de contrôle ? Ne rien dire des moyens concrets, préserver l'excessif qu'on dit étrange.

 

 


 

Nous ne savons pas le nom ; le ravage et le voyage sont dans l'à-côté de la nomination. La poésie et la force de ses rapports métasignifiants, liaisons retrouvées entre toutes ces antennes hier rompues, hérissées depuis la cicatrice des mots; M. Duras et l'ellipse qui se déploie, de livre en livre, dans la même douleur: le langage ne peut-être qu'une technique, la parole ne nomme pas mais appelle, les vivants et les morts, elle les annonce, les précède. Le langage est matière, il est chair, dit Novarina, et l'histoire est partage entre les langues, leur accouplement, leur corruption dans le temps fluide, leur traduction aussi, dans l'immédiateté qui nous oblige. Partage ontologique et pont des traductions ; et la faille vive du sujet entre généalogie et culture. Le langage peut paraître sécurité d'un ancrage dans le chronos, mais « Moi n'est qu'une position d'équilibre, un mouvement de foule » (H. Michaux), la poésie ne s'est jamais souciée ni du nombre ni du temps, et, chuchotée au fond d'une caverne ou « frisson d'eau sur de la mousse » (Verlaine), elle empreint aussi le marbre au-dessous.

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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 20:04

A tous les intermittents en lutte

Dernier combat

Même si... Elle...: rendez-vous dans la 3è Rive !

De l'usine à frites au Foyer occupationnel

Du concert improbable à la première Note

Par tous les chagrins possibles

Et toutes les questions

Qui nous vivent, et ne nous ex-istent plus

Ex-istence et Ekstase

Autant de Champagnes qui nous hissent

A tous les micros qui ne marchent pas

Mais sont les chants de l'Atmosphère

Laissons tourner la terre

L'Amour a pris le vent

Vous:  pouvez faire autrement

 

 

Cosmic Fantaisie

dernier combat

dernier combat

dernier combat

bird people

space people

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 08:57

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La personne spirituelle transmigrante est à la fois active et passive; il y a entre les deux substances une relation réelle, "point de vue de l'union de l'âme et du corps", qui est un état violent où l'esprit est tributaire du corps et sujet aux passions, où il entre en fruition du plaisir et de la douleur (O. Lacombe) (  qui donne la jouissance. Union fruitive). Asservissement, passage de l'esprit au service de la vie, jouissance égoïste amplement compensée de toujours renaissantes douleurs dans cette traversée.


 

Duhka est la résonance affective du mal physique. Bhoga (consommation; nourriture; repas, banquet | plaisir, richesse, jouissance; perception, sentiment | plaisir sexuel | profit, gain | phil. fruit (d'une action), récompense) est l'acte d'éprouver affectivement; le bouddhisme appelle douleur (sorrow) ce que nous nommons dépression, et la douleur dans l'expérience vécue d'un bouddhiste est la matrice de toute affectivité. Tant que nous restons sous l'empire des passions, nos actions laissent en nous des traces qui vont avoir trois sortes de conséquences: la naissance dans une condition déterminée (jâti); une "durée de vie" déterminée, et telle ou telle qualité d'expérience sensible (Bhoga), plus ou moins riche de sensations plaisantes ou douloureuses. Ainsi nos "racines", celles qu'ont laissées lubricité, cupidité, colère, orgueil, etc... de nos vies antérieures, vont déterminer notre degré de réceptivité à l'expérience sensitive du monde, de l'extase à la douleur, vision mystique ou douleur post-traumatique. Les traumatismes retranchés comme les expériences passées déterminent notre sensitivité; la traversée du mal, dans la "Communauté de ceux qui sont unis par le sceau de la souffrance", est un affect-outil de la transgénération, déliaison généalogique, reliaison au Réel.


 

 

La limite corporelle est bien sûr celle de la douleur physique; le sujet, lui, souffre aux-autres-absents. La matière qui souffre n'est plus, en effet, solidaire du reste de l'univers, s'isole, nous dit Cioran (Précis de décomposition, Gallimard, 1949); la douleur, agent de séparation, principe actif d'individuation, nie les délices d'une destinée statistique. Bheda, la fissure, est principe actif du sujet, non en tant qu'essence, non plus qu'en force primordiale, mais comme stratégie d'exploration du réel, les cloisons de la douleur étant appelées à la traversée des états de l'être. La douleur ne circule pas entre les êtres, elle n'est pas principe contagieux indifférencié, mais c'est un affect, un  rasa de douleur, polaire de la compassion, qui contreforte la communauté des dividus et qui tend à séparer le sujet des choses, coque de pensée. Les objets perçus ont pour disposition la luminosité, l'activité et la stabilité, pour constituants les éléments naturels (visaya) et les organes sensori-moteurs (indriya) et pour finalité la jouissance et la délivrance du sujet percevant; l'altérité à soi-même est le fondement de toute expérience vécue, expérience perceptive, l'autre est l'aperception de l'être, et de la concentration sur celui-ci naît la connaissance qui a l'être pour objet: dans la structure en abîme du monde, l'expérience perceptive ("phénoménologique") abolit le voile des limites de la maya (organes sensori-moteurs et éléments perçus, par exemple, ne présentent pas de solution de continuité) et l'esprit ne souffre plus de la friction-fruition de l'âme et du corps; dans la connexion retrouvée s'épuise la circulation jusqu'alors impérative, de surface vive, de limites, de la douleur.

 

 

 

 

 

 

sources

- O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedânta, Paris, Geuthner, 1937

- F. Zimmerman, Philosophindia

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 18:33

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Essayer de comprendre ne donne droit ni raison à une philosophie personnelle. Acte exploratoire pur, déjà libéré de l'illusion du monde de nos sens, insensible non pas à sa souffrance mais aux conditions de cette souffrance que sont les autres. Comme un médecin en diagnostic, n'écoutant plus l'illusoire d'une quelconque thérapeutique, cherchant seulement à passer, aidant à passer peut-être, loin l'idée d'une guérison dans cet espace pauvre. Tentant le passage toujours invisible, le sentant, le détourant. Convaincu d'ailleurs, d'une autre permanence, convaincu de la contingence, riant de toutes ces amarres. Un explorateur n'adhère à aucune conduite: libère sa pensée, seul possible face à l'angoisse qui nous obligerait à ces frontières folles et dures. Comme une envie de rire de la peur, comme une conviction d'un inutile qu'il faut traverser, pour donner un reste à tenir à ceux qui restent, à ceux qui passent derrière nous, nous qui cherchons à rejoindre les pierres d'attente du corps premier qui croît (croissance du croire par la connaissance). Espoir du rire : dans cet esprit chacun a sa musique propre, qui rejoint au jamais seul.

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Published by panopteric - dans autographe
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