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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 14:35

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photo©tramadoc

 

Vienne ne fut-elle finalement qu'un organe de l'inconscient qui se retentait sans l'avouer à son corps tissulaire, "Christophe Freud redécouvrant le passage vers l'Inde", comme le dit joliment B. Breytenbach...? Les analystes anglo-saxons qui prolongèrent l'oeuvre de Freud, eux, ne renièrent pas les apports "orientaux" (Winnicott, Bion, et aussi en France A. Green (http://interlivrehypertexte.over-blog.com/article-27946571.html) en une époque où l'on pouvait parfois clamer "l'ashram plutôt que la psychanalyse". Aujourd'hui, Francis Zimmerman, indianiste à l'EHESS, dialogue avec les philosophes indiens contemporains sur le concept de Soi, ou "autrui dans le monde des vivants" (http://ehess.philosophindia.fr/philosophie/80/).

 

On peut penser que la  position de principe de Freud contre le "sentiment océanique", l'occultisme, le mysticisme, etc... était moins une position personnelle qu'une stratégie, l'adhésion à ces concepts par trop "orientaux" et "non scientifiques" auraient pu alors contrarier l'érection de la psychanalyse en science, objectif de Freud, qui était pourtant lui-même perméable à ces influences.



Par ailleurs l'interrogation est toujours actuelle sur l'existence d'un des postulats-clés - mais tardif, et survenant dans un contexte historique tragique - de Freud, la pulsion de mort. L'étude de sa réception dans le sous-continent indien (Bose), qui est aussi celui de Shiva, créateur et destructeur composite, comme Freud entrelaça pulsion de vie et pulsion de mort, permettrait peut-être d'avancer sur le caractère intrinsèque à la psyché, ou bien sur le déterminisme culturel, de cette "pulsion", et de discuter plus avant la question de l'universalisme supposé de la théorie freudienne versus l'impact des limites culturelles.

 


Ce qui renvoie aussi, dans cette douleur et cette jouissance mélées de l'expulsion lors de l'accouchement, au pays de la "terre-mère", à ce "désir d'être femme" en strate profonde de la psyché, concept passionnant que nous livre la théorie de Bose, et que l'on peut associer avec les développements de P. Sloterdijk autour des sphères primordiales, en particulier autour du plus refoulé peut-être de notre être, le placenta, et par-delà à l'exploration des "pensées archaïques" que tentent actuellement certains analystes kleiniens ou winnicottiens, bien en amont de l'Oedipe et des situations patriarcales...

 

 


- mouvement de la psychanalyse vers et en Inde -

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 14:59

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Un film simplement étrange ? La nuit des têtes coupées, il décide quatre mois de mer ; « physiquement, il avait bien supporté sa captivité... mais il avait changé »... Entre le Mékong et Terre-Neuve, une femme apparaît. Des vétérans, des rescapés, des exilés... Le narrateur, le médecin, ne voulait pas partir; lui, le "Crabe-Tambour",  est resté grâce à sa jonque. Le temps de ce film est impératif; Yack, Yacht et Chalutier y sont le même mot. « Pourquoi a-t-il accepté cette mission, croyez-vous, à son âge ?" Mais pour le revoir, celui qui est Ancou, son chat, son ange de la mort, sa conscience, noire, mais... incorruptible. Un signe radar sur l'écho : vous aussi vous le suivez, qui pourtant dites ne  pas croire à ces signes !


Conduire d'une main sûre sa barque, sachant qu'elle va au naufrage

J. Chauvel, D'une eau profonde, cité par P. Schoendoerffer.


Pour l'heure,  de quel côté est-il maintenant, lui qui ne peut plus tomber ? Esclave, il fabrique un cerf-volant. Devient Guru, dans une guerre sans plus de combats ni de morts, dans ce film-désastre primé ex-aequo avec Apocalypse Now à Cannes en 1976, tous ces films-désastres, qui atteignent, nécessaires : « sans un bateau nous ne valons pas cher ». Beaucoup de camarades sont morts, Le Crabe-Tambour est bien un film au rythme du trauma, avec ses flash-backs en flous enchaînés. On ramasse le courrier en mer de Terre-Neuve. Pourquoi, pourquoi, n'ai-je pas (re)-vu ce film plus tôt ? Mais qu'est-ce que plus tôt ici ? Comptoir des fracassés, vétérans au café, lien du corps de marine, des voyageurs, des escalés de certitude. Magie des voyages, dont le but a des « escape », des « pas ce coup-ci », des sursis (comme celui du Commandant). « Adieu », et nous rentrons, et il se meurt ; Saïgon est tombée ce matin, ils rentrent à Lorient, « Permissionnaires, rompez vos rangs ! ». Amitié, humiliation, proies à la promesse non tenue. Et une fille bleue au grand large, la Tonkinoise du médecin a été tuée, puis lui expulsé. Quel temps de non-enfance nous autorise-t-il à ce voyage perpétuel ? L'utérus ou l'autobus, en toujours passager solitaire. Lui a Shangri-Laïsé son bateau, diable des glaces ; et le narrateur a quelque chose de cette force toujours à lui demander, enfant brimé, l'autre mourant toujours magnifique. Le bon élève de classe moyenne empêtré, et le messianique fils de haute famille; l'un progressant, l'autre s'enfuyant. De quelle faille post-coloniale s'enthousiasmera la génération à venir ? Après le procès, il n'avait ni démissionné, ni repris la mer.

Nous avions communiqué ce soir là,

à plusieurs centaines de kilomètres de distance,

mais comme en notre pleine mer

par les ampoules brisées sous l'intensité de notre reproche !

 

 

Le Crabe-Tambour, back to the book, immediately. C'est, d'encre, du vieux journal, comme si d'Indochine toujours perdue émanait l'esprit d'une lutte. Nous négocions tous, depuis le 7 mai 54, nos accords de Genève. Assailli par les puissances des ténèbres (Conrad), du désastre oriental qui nous porte de fond. Whisky au léger goût de caramel en terrasse immense du Continental, et même si la vague ne peut parvenir. « Des nuages en fuite sans but et le soleil livide, sans rayon et sans chaleur, très bas au-dessus de l'horizon, droit devant nous », en chacun de notre dernier instant choisi nous poursuivons aux jours du non-quotidien cette même femme, dont jamais le Capitaine n'a parlé. Tout est dans ces trois premières lignes du livre. A force d'être sur la limite, on finit par perdre toute « compétence », mais aussi à s'emplir de soi-même, ce « soi-même » qui est bien plus que ce que nous pensons parfois être. Qui autre que la Mer peut cacher et emplir toute l'énergie vitale d'un renégat de l'Asie, d'un fantôme du peuple oublié ? « Je ne saurai jamais si j'ai failli à ma mission, expulsé de tout centre, sourd et muet, mais la seule pensée qu'il y ait une mission m'apporte un puissant réconfort ». « Et puis... dire quoi ? Nous vivons et nous rêvons seuls » hurle silencieux le Commandant à sa passerelle, arc-bouté à la vitre. Premières lignes d'Indochine, toutes premières lignes, « je viens rêver ici de ce flot d'Empire que je n'ai pas eu », comme tout médecin guettant les boat-people. J'aurais été une bête d'Empire, écrasée au premier palu, au premier obus, sauf si j'avais ingénument engrossée la future déléguée de Genève, moquée par toutes les mères maquerelles des recoins à nuoc-mam. Le père eut été l'amant des yeux coquins qui le regardaient du toit de sa piaule – ah, si celle-là eut été notre mère – elle regardait, elle, d'en haut... Mais  « que peut-on voir dans des yeux noirs ? ». « Sans un bateau nous ne valons pas cher, hein !? ». Le temps passe, les veilleurs oscillent, et nous toujours le visage collé à la vitre, et « qu'as-tu fait de ton talent ? » en parabole la plus terrible, avant le baiser de Judas, avant même le reniement de Pierre. « Docteur, faites-moi une intraveineuse », de morphine sans doute, pour l'ancien opiomane, le cancer n'est que métaphore de ce roman, le grand secret : nul homme n'a jamais été heureux sur terre, mais il faut continuer à veiller, droit. Ressurgit bien à quelque escale une infirmière bronzée « aux seins libres sous la robe légère », et elle cassera la bouteille, et elle libérera à nouveau le bateau ! « Chacun a sa peur. Moi, j'ai peur de rentrer ». De tous les ports, de la mer, on entend le sable, Bigouden, Norvégien ou Indochinois, le crissement que l'on ne voit pas, le ciel est si bas. On sillonne avec le mal, on participe, rêvant de le combattre. Rêvant.

 
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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 17:12

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"Comment penser l'altérité et la souffrance identitaire chez les migrants", se demandent des collègues canadiens, nous faisant découvrir les travaux d'A. Schütz et de sa sociologie phénoménologique, dans un article qui a  l'énorme qualité de refuser "d'emmurer toute la complexité de l'expérience migratoire vécue dans une "catégorie grossière d'identité ethnique", propos qui de nos jours est très réconfortant. Le propre de l'espèce Homo, depuis plus d'un million d'années, est de migrer, de s'approprier des environnements nouveaux; le phénomène d'expansion-migration ne se heurte réellement que depuis le XVIIIè siècle, avec une acmé au XXè, aux frontières des états-nations, un phénomène très récent dans l'histoire, et très transitoire sans doute espérons-le, nous  débutons bien actuellement une phase de mondialisation, avec certes des échanges qui ne sont licites pour l'heure entre les états-nations que pour les marchandises et les flux d'informations, pas pour les hommes, d'où la stigmatisation des flux migratoires par nos archéopolitiques peu enclins au panoramique historique.

 

 

 

Bref, la thèse des auteurs rejoint quelque peu la notion de pulsion migratoire ou de désir d'exil proposée par F. Benslama (Université R. Diderot), cette énergie qui constitue le sujet migrant et qui rend compte à la fois du vécu pré-migratoire, de la migration per se, puis des difficultés acculturatives. Les migrants seraient ceux-là même, au sein de leurs populations d'origine, qui seraient détenteurs de cette pulsion propre ("n'est pas migrant qui veut", celà nécessite, dit le paléodémographe J.P. Bocquet-Appel, à l'EHESS, de maîtriser dès avant le départ tous les éléments d'un calcul complexe pesant avantages et désavantages de la migration; et on peut dans la clinique des migrants observer par exemple l'extraordinaire énergie combative des rescapés de prisons politiques qui continuent ici le combat pour les droits de l'homme, commencé là-bas). Cette pulsion migratoire spécifique du migrant comporte aussi - presque par définition - des aspects "border-line", et la migration est associée en deuxième et troisième génération à un excès de pathologies de type schizophrénieles enfants du migrant étant exposés à l'ambiguité des cultures et des lieux sans plus disposer toujours eux-mêmes de l'"élan" de cette pulsion migratoire.

 

 

 

Le déracinement (induit par la pulsion migratoire qui agit le sujet) aboutit à une potentialisation du processus de naissance, les premières ruptures biologiques de la matrice-mère étant alors potentialisées par d'autres dans la migration géographique; les collègues canadiens proposent très justement d'appréhender le migrant par sa trajectoire et son projet de vie, d'aider à renouer, chez ceux qui parfois se croient "perdus en route", avec ce qu'ils sont. Il s'agit bien de restituer à la personne son projet de vie, celui-là même qui pré-existe à la migration, et qui réapparaît lors de la thérapeutique; et non comme on s'y risque dans beaucoup de structures médico-sociales aujourd'hui à  "dire" le projet de vie à la place de la personne, quand elle n'est pas en état de le formuler... Tout parcours migratoire est singulier plutôt qu'il ne le devient; il s'agit bien de mieux comprendre comment ont été vécues les différentes pertes sur cette trajectoire du sujet. Les auteurs rapportent également l'intéressant concept d'esthésie ("nouvel ensemble de sensations et de perceptions, de courant sensoriel qui meublent les conditions de vie ordinaire", de Le Breton), qui nécessite un "tuning" du patient dans son nouvel univers, similaire au "tuning empathique" nécessaire au thérapeute dans la cure du traumatisme. Leur conclusion est magnifique: le soignant doit servir d'éclaireur sur le trajet migratoire, tout comme le migrant fut l'éclaireur de son propre sujet souffrant; le soignant doit reconnaitre le résistant en marche, porteur de ses choix "à propos de ce qu'il ne veut et ne peux pas entretenir comme rapports au monde".

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 19:17
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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 10:45

Nour, enfant de 5 ans à l'hôpital al-Shifa de Gaza

Vous pouvez refuser chez votre pharmacien la délivrance des médicaments génériques de marque TEVA, et lui demander des génériques produits par un autre industriel. En effet, la société TEVA ayant son siège dans l'Etat d'Israël, contribue par son développement au développement économique de ce dernier, et au financement d'armes, dont celles qui viennent d'être utilisées contre des enfants jouant sur une plage... Se soigner avec TEVA meurtrit le monde.

 

Triste sire François

complice

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 18:37

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Le mont sacré (Louise Michel) de la révolte qui porte, où l'on s'enthousiasme avec « cette étrange innocence qu'on ne connaît qu'aux enfants et aux inventeurs d'avenir ». Ces phases où l'on se sent repris au temps que l'on n'a pas suivi, en affirmation de sa non-linéarité, après c'est évidemment plus simple, il suffit parfois de croiser quelqu'un qui parle pour sortir de ses quelques onomatopées familiales, naviguer entre les cris d'animaux-famille entre les repas, de la purée jouissive entre poire et fromage, du plat qui vient toujours sans pause. « Déménagez ! » m'intime-t-il sur l'heure de son regard éberlué, du fond de son cabinet utérin; cabinet : un antre où le langage se décolle de la généalogie. Sans doute ce frère, ce type, cependant, n'a-t-il pas d'enfants biologiques, et là s'accroche toute une différence heureuse pour moi, et pour tous les sans parole: j'ai dégagé l'allée pour la mère, et organise mon déménagement : pour me rapprocher d'une gare. Gare d'attente, lieu de mon organisation, de ma circulation, aux herbes ouvertes, en gage j'ai rendu à la mer l'or emprunté d'hier. Nouvelles terres promises, la boucle d'exil jamais ne se boucle, la circulation demeure, ce balayage impératif n'effaçant jamais totalement l'angle mort, mais « nomadiser est une fête réconciliatrice avec soi-même et non la malédiction du Juif errant », dit N. Weill, sans désenchantement, sans fuite. S'enfoncer dans les terres : oui, mais par la mer. Cabinet : écrire une histoire qui arrive à des gens qui pensent ne pas en avoir, comme W. Bion propose que nous pensons être moins que la totalité de nous-mêmes. Psychanalyser, ayant ainsi posé le voyage toutes ces décennies, serait maintenant reposant et possible inscription, entrée dans la zone d'activités, fin d'une collaboration parfois misérable, mais qui par sa lenteur et sa force de détourage fit émergence.

 

 

 

 

Nous ne procédons pas par invasion ni déferlement, chaque exemplaire compte, chacun, dans l'effroi du camp, n'a que ses gestes contre la montée du rien. Révolution mexicaine en 1910: 1 million de morts sur une population de 15 millions. Ce thanato-collectif-là nous épargnerait-il encore, européens du globish ? Et financer la combinaison de survie post-atomique de son enfant autorise-t-il à toutes les dérives ? Submergé par un feu indicible, on marche comme si on parlait sans cesse, sans avancer d'un pas (in Sans couvercle, A. du Bouchet). Aujourd'hui le salariat est sans doute le mode d'exploitation le plus souple ; quels en seraient les lieux de jouissance, au sens freudien, large, c'est-à-dire celui de tous les liens, quels seraient ces lieux libres d'obligations de performance ou de contrôle ? Ne rien dire des moyens concrets, préserver l'excessif qu'on dit étrange.

 

 


 

Nous ne savons pas le nom ; le ravage et le voyage sont dans l'à-côté de la nomination. La poésie et la force de ses rapports métasignifiants, liaisons retrouvées entre toutes ces antennes hier rompues, hérissées depuis la cicatrice des mots; M. Duras et l'ellipse qui se déploie, de livre en livre, dans la même douleur: le langage ne peut-être qu'une technique, la parole ne nomme pas mais appelle, les vivants et les morts, elle les annonce, les précède. Le langage est matière, il est chair, dit Novarina, et l'histoire est partage entre les langues, leur accouplement, leur corruption dans le temps fluide, leur traduction aussi, dans l'immédiateté qui nous oblige. Partage ontologique et pont des traductions ; et la faille vive du sujet entre généalogie et culture. Le langage peut paraître sécurité d'un ancrage dans le chronos, mais « Moi n'est qu'une position d'équilibre, un mouvement de foule » (H. Michaux), la poésie ne s'est jamais souciée ni du nombre ni du temps, et, chuchotée au fond d'une caverne ou « frisson d'eau sur de la mousse » (Verlaine), elle empreint aussi le marbre au-dessous.

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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 20:04

A tous les intermittents en lutte

Dernier combat

Même si... Elle...: rendez-vous dans la 3è Rive !

De l'usine à frites au Foyer occupationnel

Du concert improbable à la première Note

Par tous les chagrins possibles

Et toutes les questions

Qui nous vivent, et ne nous ex-istent plus

Ex-istence et Ekstase

Autant de Champagnes qui nous hissent

A tous les micros qui ne marchent pas

Mais sont les chants de l'Atmosphère

Laissons tourner la terre

L'Amour a pris le vent

Vous:  pouvez faire autrement

 

 

Cosmic Fantaisie

dernier combat

dernier combat

dernier combat

bird people

space people

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 08:57

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La personne spirituelle transmigrante est à la fois active et passive; il y a entre les deux substances une relation réelle, "point de vue de l'union de l'âme et du corps", qui est un état violent où l'esprit est tributaire du corps et sujet aux passions, où il entre en fruition du plaisir et de la douleur (O. Lacombe) (  qui donne la jouissance. Union fruitive). Asservissement, passage de l'esprit au service de la vie, jouissance égoïste amplement compensée de toujours renaissantes douleurs dans cette traversée.


 

Duhka est la résonance affective du mal physique. Bhoga (consommation; nourriture; repas, banquet | plaisir, richesse, jouissance; perception, sentiment | plaisir sexuel | profit, gain | phil. fruit (d'une action), récompense) est l'acte d'éprouver affectivement; le bouddhisme appelle douleur (sorrow) ce que nous nommons dépression, et la douleur dans l'expérience vécue d'un bouddhiste est la matrice de toute affectivité. Tant que nous restons sous l'empire des passions, nos actions laissent en nous des traces qui vont avoir trois sortes de conséquences: la naissance dans une condition déterminée (jâti); une "durée de vie" déterminée, et telle ou telle qualité d'expérience sensible (Bhoga), plus ou moins riche de sensations plaisantes ou douloureuses. Ainsi nos "racines", celles qu'ont laissées lubricité, cupidité, colère, orgueil, etc... de nos vies antérieures, vont déterminer notre degré de réceptivité à l'expérience sensitive du monde, de l'extase à la douleur, vision mystique ou douleur post-traumatique. Les traumatismes retranchés comme les expériences passées déterminent notre sensitivité; la traversée du mal, dans la "Communauté de ceux qui sont unis par le sceau de la souffrance", est un affect-outil de la transgénération, déliaison généalogique, reliaison au Réel.


 

 

La limite corporelle est bien sûr celle de la douleur physique; le sujet, lui, souffre aux-autres-absents. La matière qui souffre n'est plus, en effet, solidaire du reste de l'univers, s'isole, nous dit Cioran (Précis de décomposition, Gallimard, 1949); la douleur, agent de séparation, principe actif d'individuation, nie les délices d'une destinée statistique. Bheda, la fissure, est principe actif du sujet, non en tant qu'essence, non plus qu'en force primordiale, mais comme stratégie d'exploration du réel, les cloisons de la douleur étant appelées à la traversée des états de l'être. La douleur ne circule pas entre les êtres, elle n'est pas principe contagieux indifférencié, mais c'est un affect, un  rasa de douleur, polaire de la compassion, qui contreforte la communauté des dividus et qui tend à séparer le sujet des choses, coque de pensée. Les objets perçus ont pour disposition la luminosité, l'activité et la stabilité, pour constituants les éléments naturels (visaya) et les organes sensori-moteurs (indriya) et pour finalité la jouissance et la délivrance du sujet percevant; l'altérité à soi-même est le fondement de toute expérience vécue, expérience perceptive, l'autre est l'aperception de l'être, et de la concentration sur celui-ci naît la connaissance qui a l'être pour objet: dans la structure en abîme du monde, l'expérience perceptive ("phénoménologique") abolit le voile des limites de la maya (organes sensori-moteurs et éléments perçus, par exemple, ne présentent pas de solution de continuité) et l'esprit ne souffre plus de la friction-fruition de l'âme et du corps; dans la connexion retrouvée s'épuise la circulation jusqu'alors impérative, de surface vive, de limites, de la douleur.

 

 

 

 

 

 

sources

- O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedânta, Paris, Geuthner, 1937

- F. Zimmerman, Philosophindia

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 18:33

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Essayer de comprendre ne donne droit ni raison à une philosophie personnelle. Acte exploratoire pur, déjà libéré de l'illusion du monde de nos sens, insensible non pas à sa souffrance mais aux conditions de cette souffrance que sont les autres. Comme un médecin en diagnostic, n'écoutant plus l'illusoire d'une quelconque thérapeutique, cherchant seulement à passer, aidant à passer peut-être, loin l'idée d'une guérison dans cet espace pauvre. Tentant le passage toujours invisible, le sentant, le détourant. Convaincu d'ailleurs, d'une autre permanence, convaincu de la contingence, riant de toutes ces amarres. Un explorateur n'adhère à aucune conduite: libère sa pensée, seul possible face à l'angoisse qui nous obligerait à ces frontières folles et dures. Comme une envie de rire de la peur, comme une conviction d'un inutile qu'il faut traverser, pour donner un reste à tenir à ceux qui restent, à ceux qui passent derrière nous, nous qui cherchons à rejoindre les pierres d'attente du corps premier qui croît (croissance du croire par la connaissance). Espoir du rire : dans cet esprit chacun a sa musique propre, qui rejoint au jamais seul.

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 09:44

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Concevoir ce que la langue en général, et la notre en particulier, ne conçoit pas, dit Roland Barthes dans L'empire des signes ; comme un verbe qui serait à la fois sans sujet, sans attribut et cependant transitif, c'est-à-dire un acte de connaissance: cette imagination nous est demandée devant le dhyâna indou (racine dhyâ), origine du dzong tibétain, du zen japonais, "que l'on ne saurait évidemment traduire par méditation sans y ramener le sujet et le dieu". Olivier Lacombe distingue, avec Cankara (L'Absolu selon le Vedânta), trois types de méditations pieuses, upâsana et son aspect dévôt, d'adoration; vidyâ qui marque la participation à la Suprême Sagesse; et dhyâna qui marque l'aspect de recueillement et de fixation aboutissant à l'intuition, c'est-à-dire à la connaissance des profondeurs métaphysiques de l'existence, l'intuition étant entendue comme une participation, à la fois intellectuelle et affective, à son objet: "Du Brahman à celui qui médite il n'y a nulle distance à combler, nulle opposition d'objet à sujet, mais il est le soi-même universel et donc plus nous-même que nous-mêmes".

 

 

On obtient la dhyâna, la méditation yogique, dit l'Içvara-gîtâ citée par Mircéa Eliade dans Patanjali et le yoga, sur un espace de douze prânâyâma, en prolongeant la concentration (dhâranâ, de la racine dhr, "tenir serré", fixation de la pensée en un seul point) sur un seul objet. La dhyâna est pour Patanjali un "courant de pensée unifiée", aboutissement d'un continuum de l'effort mental, mettant en oeuvre le continuum correspondant des organes mentaux de plus en plus "internes" du corps subtil (manâs, citta, buddhi, etc...), permettant une "pénétration" de l'objet. Cette pénétration, poursuit Eliade, est processus magique (puisque re-mettant en relation), ne peut se concevoir ni sous les espèces de l'imagination poétique, ni sous celle d'une intuition de type bergsonien: ce qui distingue la méditation de ces deux états irrationnels, alors que la méditation touche à la chose, c'est sa cohérence, l'état de lucidité qui l'accompagne et ne cesse de l'orienter. Le "continuum mental", en effet, n'échappe jamais à la volonté du yogin (le jivâtman, en d'autres termes, "tient toujours la gouverne" dans l'âtman), ne s'enrichit pas latéralement par des associations non contrôlées, des analogies, des symboles, etc...; la méditation (qui en celà est technique "archaïque" en amont de la psychanalyse classique) est un instrument de prise de possession du réel .

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