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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 20:58


4 février 2011
L'homme-sang, un voyage...

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Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même:
 c'est une morale d'état-civil ; elle régit nos papiers.
 Qu'elle nous laisse libre quand il s'agit d'écrire.


M. Foucault

 

 

 

 

 

Le handicap est arrêt du mouvement pour tout le monde, internes et externes, sauf à être passés au noir de source1. C'est l'autre pôle du voyage pathologique; et, entre: une normalité qui ne sait plus danser. Ce train qui jamais ne s'arrêterait transporte mon moi handicapé au feu de tout le voyage, et quand on me récupérera, me souviendrai-je de ce qui s'est dissocié de ce moi de peu, de ce tout qui déjà ne m'appartiendra presque plus, resté en bloc dans le réel, indicible, expérience qui se nourrit et se détache vers l'instant de liberté ? L'homme-sang, un voyage... Le handicap, c'est aussi une posada en pleine côte, sous le vent, quand on ne parle pas un mot de portugais, et qu'on ne sait pas bien pourquoi elle nous sourit, et qu'on dénie toute méprise dans ce vers-soi. Le handicap c'est un visage d'accumulation et de brèche2, et des départs qui vous sauvent et vous grandissent.

 

 

 

Dans cette attente, nous sommes des malveillants de nous-mêmes, nous condamnant à nous habiller de beau, gonflant nos manches et nos turbans, paraissant d'instruction, masquant la plaie au rossignol qui seule motive notre chant, chaque époque produisant ses discours à départager, son ordre apparent des mots et des choses, mais, derrière, les mêmes désordres et les mêmes failles. Il est, bien sûr, des rôdeurs, et même quelques écrivains de combat, amoureux des mots dans un lieu où le langage est forcément corrompu d'imposture, il est, bien sûr, quelques-uns qui s'appellent. Leurs mots et leurs morts les sur-subjectivent, sans doute, mais ils montent encore au front, refusant toute permission, s'obligeant, minimes pigistes des formes encore libres, tandis que reçoivent les émérites; il faut à certains toute une vie pour tenter de dire non, d'autres désertent à la première occasion. Ceux-ci sans doute portent déjà en retranchement de nombreux corps morts; ceux-là attendent encore, puceaux de l'horreur comme on l'est de la volupté3. D'autres encore (ceux de-ci, de-là), en désespoir de communication avec l'ordinaire, leurs liens de rien traînant et offerts à toutes les foudres de l'inorganique, écorchent, violent, assassinent, pénètrent de force celui qui ne sera jamais leur autre4.

 

 

 

Et quelque chose, par les failles de ces néo-discours, comme le souvenir de ce qui pourrait-être perdu, des cousines russes, le grand-père qui n'ose plus parler, un inconscient linguistique, et un au-delà du langage, ce système de contrainte5. Un homme sans âge6.

 

 

 

 

L'humanité s'installe peu-à-peu dans une monoculture.
 Elle s'apprête à produire la civilisation en masse.
Comme la betterave.


C. Lévi-Strauss

 

 

 

 

 

 

 

 

1. J. Bousquet avait trouvé la solution, seule solution, pour être en-dedans.

2. A. Chédid

3. L.-F. Céline

4. Il y a deux voies exclusives et antinomiques de « sortie » du traumatisme, prétend F. Davoine: la folie ou la perversion, le troubadour de l'amour courtois ou le bourreau. Mais dans ce ou, P. Levi comme H. Arendt posent, eux, la normalité de ceux qui voudraient danser, mais ne savent plus penser: une zone grise.

5. Dans l'écriture de l'histoire comme à la boulangerie, une même théorisation du peuple ("Et avec ça ?" "Un croissant au beurre ?"). Violence des questions fermées qui appellent le rien, mais circulation de tous les possibles par les failles de l'identité.

6. M. Eliade, Jeunesse sans jeunesse (L'homme sans âge de F. Coppola)

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commentaires

yveline ciazynski 14/05/2011 20:04


la tache de l'écrivain,...dévoiler cette à tache aveugle qui nous constitue tous