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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 18:45

6-21 mai 2011

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ASPASIE

(la beauté est androgynie fantasmatique1)

 

 

 

 

Ivresse de l'incertitude, dead-line toujours refoulé9 , angoisse de ne pas avoir assez fouillé le réel et de devoir écrire, et retour impulsif à la fouille, qui en devient permanente, une stratigraphie de frontières, et quand est atteint déjà, enfin, le rocher originel, mais qu'aucun mot n'est venu, il n'y a plus, vite, qu'à creuser à côté, attendant le maître qui fera parler notre propre découpe. Comme un moi qui fait tout - c'est son job en propre - pour rester dans son hypothèse s'il peut encore éviter la norme. Parfois éclate pourtant une bouffée d'écriture, mathématique plus que littérature, avec ses postulats, mais aussi sa part affirmée d'inconnu toujours: ceci suggère cela en est d'ailleurs le seul signifiant.

 

 

 

Un petit oriental entre gris et noir – certains lui refusent le gris, mais lui ne se dit ni bourreau ni victime – un petit oriental à double bosse, cyphose et bedaine – traverse la scène. Comme lorsque le miroir met ses lunettes pour nous regarder d'identité. Cauchemar bureaucratique versus fragilité individuelle2. Et seule Elle peut encore, dans cet unique paradoxe du vivant, nous sortir de la génération... Non pas simplement (dire d'ethnologue, ou langue de belle-mère) simple théorie d'interruption du regard (qui sous prétexte de liberté nous ancre peu ou prou à un autre clan):  car s'aimer est tomber à deux dans l'intermédiaire. Plus de violence administrative, plus de numéro d'attente et de file d'angoisse, mais bien des nations sans parents et des passeports sans enfants, le remords de la guerre froide dès lors est caduc, et la fièvre narcissique, et seul l'adolescent de toujours, celui-là forcément incapable d'avoir un nous, plongeant encore dans le nécessaire poison des douleurs familiales. Les adolescents pèsent leur chair, facturent leurs mensurations.

 

 

 

Mais résiste encore, dans le temps des autres qui pourtant avance, ce fade de la pensée empêchée, et puis - pourquoi en cet instant qui s'effondre ? - surgit cette évidence de la plus jolie femme.  Que me fait tendre, dans ce vacarme qui fige, dans cet assemblage de commun, vers la seule irradiation de ce lieu ? Est-ce là processus primaire, de mon seul désir qui tente ? Elles sont belles d'entre-jeunesse, et aux seuls sourires, mais je suis dans le trop de mâles du monde. Vient déjà une réponse: la beauté est tautologique de son énigme, du rêve de ses yeux, de l'inclinaison songeuse de sa face et du mi-hâle de sa peau: la beauté est juste avant ce trop lisse qui clôt. Je ne peux résister à son potelé de l'amour, à ses bras splendides sur son genou nu, à la flagrance de chair de la ligne de fuite de son grand pectoral, qui la met totalement nue, pour peu que l'on soit exactement à ma distance, médicale.


 

Consommez dans l'instant, nous dit l'école. Ici est un lieu, mais hors sa beauté, tous relégués. Bulle d'externe. La jeune manager est handicap de sa beauté. Mais des orbites vides, mais des toux grasses en terrasse, les relégués en sont au partage. Le poète, lui aussi, est successivement emprisonné et libéré: Elle l'environne, c'est la mission révélée par le prophète à tous ceux qui, envoyés au front, exacerbent leur clivé3; l'éditeur lui est empêché et tous, à nouveau, s'auto-éditent, reprenant ensuite ici - de force, ou par délation - leur nom caché. Je suis né le jour où Elle l'a décidé, nous naissons bien quand nous sommes en état de re-fusionner, et certes pas à la maternité.



 

Que faisaient-ils ensemble avec leurs corps ? Beaucoup d'entre nous meurent vierges et masturbatoires, un devoir en attente, et quelques imaginations. Elle: devrait se métamorphoser en permanence, changer de forme, pour toujours être le contrepoint parfait de ce que jour après jour elle me donnerait. Et moi, amoureux éperdu, finirai donc par la tuer, le vrai amour est forcément crime; le consentement est au-delà de cet équilibre impossible du double contrepoint, le Dao garde bien représentés deux centres, d'où la tentation de continuer à penser en noir et blanc4. C'est l'absence de corps qui permet la relation. Son éternité.



 

Après la mort du père uniquement commence à se dessiner progressivement tout paysage intime: alors je pus, alors je dus m'inventer cette insouciance fracassée des dandys. Me perdre enfin dans ces ruines circulaires que je cultivais. Refuser de suivre, peu-à-peu. Me terrer dans le fragile des mots, étranger parmi les étrangers, chercheur d'amis à jamais perdus dans une vie antérieure, le dialogue en débutant pour autant, appelant de nombreux romans. La beauté naissait en idée fixe, en androgynie fantasmatique, en club des Hachichins aux Mille et une Nuits, mais gardé de son cerbère et donc sans acte possible. Les tyrans sont-ils bien faits de particules mortelles ?5 La beauté fracassée dont j'avais été exilé par l'Empire revenait par navire au sein du continent, et seule la littérature devenait autorisée à faire des nations6. Restent des chiffonniers du concept, des farfouilleurs des savoirs, et parmi eux quelques-uns qui tentent de faire vite avec des idées lentes, d'écrire court sur de gros livres7, tandis que les autres rament pour aimer. Où commence la sincérité d'une relation ? Où finit-elle, surtout ? Seules certitudes, les origines ne mentent pas, et dans le relai qui viendra, seule la contre-culture est consentante, elle seule tend, entre vie et pensée; et tout le reste, tout ce sexe qui  ne passe pas par l'origine, toute cette beauté surprise, elle, se monnaye, est industrie. La zone grise existe, mais pas son interprète; illusion de fermer un livre, mais lui offrir, à Elle, toujours le même livre8.

 

 

 

 

 

 

 

1. http://clio.revues.org/index132.html

2. Marc Weitzmann, à propos de Faute d'identité de M. Assayas (Grasset),  Le Monde, 6 mai 2011

3. « L'Eternel a créé une chose nouvelle sur la terre: la femme environnera l'homme ». Jérémie, XXXI, 22, cité par  B. Cendrars in La main coupée, Denoël, 1946.

4. C. Fourest, http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/05/20/eloge-du-consentement_1524973_3232.html

5. E. Rjevskaïa, Les carnets de l'interprète de guerre, Christian Bourgois.

6. « La beauté, sous toutes ses formes, incarnée, dans la vie, par les femmes, qui lui coûtèrent cher » (M. Contat, Le Monde, 6 mai 2011, autour de Théophile Gautier).

7. R.-P. Droit, autolouange

8. Au présent ou L'Amour des Maytree  (A. Dillard).

9. http://www.creos-forum.org/t8-separation-et-origines

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Published by panopteric - dans le grand bleu du ciel
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