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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 11:31

Une carrière. Ces deux mots sentent bon le titre d’une autobiographie sérieuse d’un homme ou d’une femme de la fin du second millénaire de notre ère, bien installé(e) dans la consommation, et qui a beaucoup construit. Réussite expliquée au monde, quand, après un empilage exponentiellement croissant et auto-entretenu de promotions, de pistons, de calculs, d’efforts, de choix de pouvoir, beaucoup d’argent investi et retrouvé au centuple, Dieu merci, d’influences amicales bien utilisées et bien retournées, on se dit qu’il faut faire profiter de la recette simple de cette réussite, quand tout risque de partage est écarté, et les fistons bien lancés. D’ailleurs ça pourra les aider. Une superbe illustration de la linéarité du temps, enfin correctement déployé en surface, lisible par tous, enfin ! Une superbe illusion, du "Coué" classique.

Savoir, savoir-faire, savoir-être: trois étapes de la vie, évidentes pour ceux qui ne sont pas aveuglés par les attraits du pouvoir-profit, qu’ils soient paysans hindous, psychanalystes, ou poètes. L’homme occidental tente, dans un dédain illusoire, d’inverser les âges de la vie: produire avant de connaître. Et toi, et toi, tu refuses tellement cet artifice que tu tentes d’aller directement sur le chemin blanc, que tu t’imagines avoir assez de feu pour, sans avoir pu être un jour maître de ta maison, t’enfoncer déjà, seul, dans la forêt des sages et des renonçants.

Il a retrouvé les Bardes  de son enfance. Pauses, retours, redécouvertes, souvenirs, impressions, vécu. Une route vers les origines à l’échelle des générations, du Clan primordial, et non de l’individu. Un cycle ininterrompu mais caché par l’invasion d’un néolithique agressif, d’une invasion de cauris. Un jour, l’or s’effondre ? Les puces s’envolent. Transgéniques et siliconées, elles terrorisent les nouveaux candidats à la richesse. L’Ordre inégal à toujours une richesse d’avance. Mais les Bardes jamais ne se résigneront. Ecoute-les, chante avec eux si tu veux te libérer de cette galopade écrasante et stérile qui jamais ne te demandera ton avis. Arrête-toi, moulin de l’oubli ! Nous avançons sans cesse et en vain, notre soif de construire des routes toujours plus vite et toujours plus riche est sans avenir, car nous ignorons le passé. Faire demi-tour ? Nous serons les seuls à en profiter, quelques instants ou quelques années, et nos enfants ne verrons à nouveau que des routes superbes, vides d’hommes, et s’écartant soigneusement de l’esprit. Qui pourrait leur dire la volte-face illusoire ? Et d’ailleurs quelle importance ? Alors, arrête-toi. Et retourne tes yeux, au moins un instant, parfois, souvent. Contemple tes pas. Lis dans tes traces et dis. Et ne passe la barre du moulin que la main dans la main de l’enfant, tous les yeux dirigés vers la trace. S’arrêter, regarder, dire. Chacun de vous deux ensuite... Plus rien ne s’effacera.

Le printemps. Le jour, l’instant, où la coextensivité de chaque chose est pleinement révélée. Le jour où les impressions de voyages nous bombardent sans que l’on bouge, simplement en respirant dans la rue. Le jour où le souffle lent de l’air, la consistance légérement particulaire de la lumière, et la fraicheur parfaitement stable véhiculent toutes les parcelles de la rencontre et du bonheur partagé. Tous les jours pour le Brahmane du temple de Jesalmer, les bras levés, debout sur une butée en pierre surplombant l’eau, laissant le vent glisser sur l’étoffe qu’il lui offre.

Ecrire pour agir, laisser une trace plus accessible de ce chemin intérieur que nous construisons tous, chemins qui se croisent, tôt ou tard, inéluctablement, et rejoignent, et construisent, la Route.





Et puis d’abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.
C’est de l’autre côté de la vie
          L.F. Céline




Tout ce que je sais, c’est que je dois faire ma valise,
et que les déserts sont grands, et que tout est désert,
et aussi une espèce de parabole là-dessus, mais je ne m’en souviens plus.
            Fernando Pessoa

            Poésies d’Alvaro de Campos



in Le Gémeaux, Lgransec

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Published by panopteric - dans autographe
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