promenade créative d'un mot l'autre, d'un auteur l'autre, d'une sensation l'autre, en route vers le Réel
La beauté féminine ne serait, pour Mona Chollet (dont le livre Beauté fatale, les nouveaux visages d'une aliénation féminine, La Découverte, 2012 est analysé dans le n° 4 de la Revue des Livres), qu'une hétéronomie, une construction du corps féminin par le "complexe mode-beauté" encore prégnant dans notre société de consommation qui tarde à s'effondrer. Mais faisons donc la révolution, et n'ayons pas pour autant d'inquiétude sur l'avenir de la beauté: la seule inégalité constitutive et inialénable - sauf improbable chimie, sauf ce grand saut de conscience à venir - est celle de l'orgasme, complet mais rare de la femme: la beauté et la corporéité féminine en appel à cet orgasme. Le partage de l'androgyne primordial fut bien inégal, et l'homme lui n'a qu'à sublimer cette faiblesse constitutive, la beauté féminine s'érige à cette condamnation de la sublimation masculine, la beauté tient du monde supralunaire dans lequel toujours se meut la femme. Toute corporéité dès lors renferme bien une forme de féminisation, de par cette inégalité même; le corps de l'homme n'est plus que caractère sexuel secondaire, aux zones érogènes réservées, de par cette incomplétude. Et le "moins de corps" exigé par l'industrie du profit à des mannequins anorexiques, non-corps prétendus pré-orgasmiques aux pages des magazines, relèvent, bien plus que de l'illusion à laquelle la presse "féminine" et publicitaire voudrait atteindre, du mensonge, car la femme ne peut atteindre que par le plus de corps. C'est bien la matrice qui se revendique de l'orgasme, sa porte en est la beauté, et la voie qui peut s'ouvrir demain n'est pas vers une "parité" dans une société pléonexique impliquant une perte du corps féminin collaboratrice de l'actuel activisme de surface masculin consumériste, mais bien vers une société de la beauté, une universalisation de la sensibilité et de la sensibilisation à l'autre. Au prisme de la beauté, une société de l'être et non plus du paraître, une société de la contenance et plus de la surface, où circulera à nouveau l'émotion de l'Un.
le corps, saintes et sorcières
Les hommes, ayant une peur éternelle des femmes,
se condamnent éternellement à ne presque rien savoir d'elles.
Les femmes ne sont pas tout-à-fait Dieu.
Il leur manque très peu pour l'être.
C. Bobin, Le Très-Bas
Gallimard, 1995