promenade créative d'un mot l'autre, d'un auteur l'autre, d'une sensation l'autre, en route vers le Réel
-
migrants: éclaireurs et résistants
atteinte à la mobilité: matin brun
le pas des mendiants fera trembler la terre
"Lampedusa est devenu le nom de ce qui arrive à ceux qui n'ont rien (... ) Faut-il fermer les frontières de la Méditerranée en y élevant une longue muraille ? Les cadavres de Lampedusa s'entassent. Ce sont les restes de la société planétaire. L'opinion publique continue d'assimiler les immigrés clandestins à des criminels. Elle croit vraiment qu'ils ont le choix: elle ignore que chez eux ils sont menacés de mort, que leur vie est invivable, et que pour monter sur ce bateau qui les mène à leur supplice ils ont été rackettés, violés, séquestrés (...) L'esclavage, c'est-à-dire le trafic d'êtres humains et son convoyage comme matière première, n'a pas été aboli (...) Au fond, la traversée suicidaire de l'Afrique à l'Europe est un moyen pour les riches d'éliminer ce "reste" gênant de leur dispositif: ceux qui sont en trop, et dont aucun des deux continents ne veut (...) L'abandon des migrants n'est que la figure d'un monde où l'être humain s'est converti en matière transportable, négociable, monnayable (...) Le fonctionnement fonctionne. Le crime est parfait puisqu'il efface les responsabilités. Les populations en trop débordent les territoires, et elles en meurent. C'est logique: on sacrifie les sacrifiés".
Yannick Haenel
Je cherche l'Italie
Gallimard, 2015