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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 13:57

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Y. Haenel, Les Renards pâles. Une odeur de sable, de rivière, et l'orée du village, comme protégé d'une fine tresse blanche de coton de la circulation du Renard pâle, et du jumeau; dedans les maisons et les greniers, que d'abord le touriste confond, se rassemblent et montent à l'assaut d'une falaise qui ne menace pas. Commence le roman, et c'est l'époque où le coffre de ma voiture était plein; celui qui accepterait de rester dans sa chambre gagnerait tous les combats, aucun fauve n'y serait plus convoqué, certes. Mais qui le circulera ? Quelle communauté d'attente est-elle encore possible, le jour où nous nous décidons à accepter la mort ? Car la souffrance est plus qu'un pas-de-côté: quelle vie devient-elle possible "quand il n'y a plus de place en nous pour la société" ? Attendre ou anticiper la mort, espace mort ou passion, Haenel anticipe. « La police a remplacé la politique », mais: cellule invisible. Un intervalle encore: à gauche l'insurrection, la folie, la perversité ; ou bien la maitri, la coopérative, la parole de tous ceux qui se taisent, babas et zomia en seul espoir, tous ces « sans » de l'intervalle.



Les Renards pâles : un livre au style bien peu révolutionnaire, et qui ne fait la une de la critique que parce que les critiques sont hypercitadins, surlimités, membres d'une police ! Et s'extasient devant ce monde pour eux fantasque... « Je veille sur quelque chose qui vient de loin, dont je ne connais pas le nom, et qui peut ressurgir à chaque instant », retour certeaulien du refoulé, réveil d'éclats de ce qui n'est pas inscriptible, ces étincelles qui dans la solitude ouvrent le temps : la solitude est politique; la solitude, comme la pensée, reste gratuite. Peut-on hériter d'une extase ? Rousseau, chutant sur le pavé, percuté par un gros chien, le visage en sang, entre dans la Communauté de ceux qui sont unis par le sceau de la souffrance : « je naissais dans cet instant à la vie ». Tracé du sang, voie violente. « Une mémoire particulière, et qui traverse les corps disponibles ». « Il n'y a rien de pire que les cicatrices, il faut que le sang coule ».

 

 

 

Pour l'heure encore une lune ivre dialogue sous un soleil lépreux, sous ? Flip-flop, la nuit où l'on se sentit tourner avec la terre, « Le vertige de l'expérience ne se compare à rien, sinon peut-être au changement de sexe, (…) un abîme où la volupté la plus étrange sépare du reste de l'espèce. Cette volupté proclame une traversée des limites ». Le feu ne veut rien, poursuit Haenel, « lorsque vous portez en vous un désert, vous allez vers l'eau ». Feu du couchant comme de l'aurore, feu unique, « une révolution qui élargirait l'intervalle, à l'infini ». L'interstice, le même que l'on observe entre les planètes ou entre deux pierres, deux pavés, « se déplie comme les pans d'une carte du monde », interstice d'où fondent les frontières où nos généalogies d'oubli ont été acculées, mais nous  sommes entrés dans le contre-monde, les masques se rejoignent, et maintenant les masques vous frappent. L'absence d'identité, et non une communauté, déborde, absorbe l'espace ; seule la solitude continue d'exister sans illusion et sans limite, « nous en appelons à la communauté de l'absence de la limite », à ce qu'il y a d'imprenable en la solitude de chacun, au réseau de finitude des hommes-sans. Scène finale de I'm not there, ce plus étrange rêve ; abolition par là-même de l'idée de pays, de l'idée d'identité. Destin du monde. « Les révolutions sont toujours précédées d'une révolution secrète qui n'est visible que de quelques-uns ».

 



Nous sommes tous des chiens à entonnoir thérapeutique sautillants dans notre champ de balayage.

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