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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 19:21

Entre le signifiant et le signifié, un acte, un yoga,
un non-énonçable (aviapadesya)
qui (gouverne) l'Être

 


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La verbalité ne suffit pas quand il s'agit de saisir le rapport (sambandha) liant (sans doute) le signifiant (vâcaka) et le signifié (vâcya). Il ne peut l'être sans un autre moyen de connaissance, c'est-à-dire sans le contact sens-objet.

En justification d'une psychologie holistique travaillant aussi l'empathie et le corps, le rasa; car un acte (karma), c'est quand le mental (manas) établit une connexion (yoga) entre les objets (artha) et les organes des sens (indriya).





Catégories de langue et catégories de pensées en Inde et en Occident
François Chenet, Michel Hulin, Johannes Bronkhorst, Lakshmi Kapani, Victoria Lyssenko, Jean-Marie Verpoorten
L'Harmattan 2005

 

 

 

 

"La perception, qui est la connaissance produite par le contact de l'organe des sens avec l'objet, n'est ni énonçable, ni susceptible d'erreur et repose sur une certitude définie". La perception sensible (pratyaksa, devant les yeux, expérience directe) vaut pour l'instant premier de la perception, c'est-à-dire au palier de la sensation. Elle est synonyme de sensation, ou contact brut avec la chose. "Ce qui naît d'un contact entre le Soi, les facultés sensorielles, l'organe mental et l'objet est autre (que l'inférence)". Ni le sens externe, ni le sens interne (manas) ne peuvent avoir cette fonction de délimitation de l'objet, et encore  moins le mot. Evanescence du photon et disparition de la perception de l'objet, un moyen cesse d'exister quand sa cible est atteinte.



La perception est autre chose que la dénomination, et le langage est inférence (le monde, qui est dénomination, est l'"infralunaire" plotinien de la perception); mais le nom de l'objet, par cette inférence, n'est pas à même d'en  dissimuler la forme. Avyapadesya s'applique au mode ou au stade pré-conceptuel de la connaissance, tandis que vyavasâyâtmaka s'applique au mode ou au stade conceptuel; mais si l'on tient les objets extramentaux (artha) comme des noms par essence, et sans plus, alors la sensation alocana (sans illumination) qui porte sur eux porte aussi sur des noms: "énonçable" se dit d'une connaissance qui accède au niveau d'objet de mot". Questionnement, alors, du commentateur du nyâya: la connaissance perceptive a-t-elle deux sources, le contact sensoriel et le mot ? Une connaissance sensorielle, et une connaissance verbale ? De "non-énonçable par la parole", avyapadesya deviendrait alors "non-définissable".

 

 

lacanien est ce fragment du réel qui résiste au langage, et persiste dans le Moi ! C'est par le biais du langage que surgit l'idée de Moi, des Moi, dans une chaîne fractale, peut-être celle des réincarnations du samsâra, cet atelier des Moi, en autant de découpes itératives dans le Réel; la pensée ne met en place que des états provisoires dans le temps et l'espace, elle est une faculté catégorielle, un processus d'étai du réel, une vérité mondaine d'enveloppement, une limite métastable.


 

Il n'est d'autre accès au Brahman, absolument hors toute catégorie, que l'expérience directe, expérience d'ordre métalogique, par-delà tous les pramânas (car "la métaphysique est la science qui prétend se passer de tous les symboles", Bergson). La pensée indienne trahit elle aussi une indéniable dépendance par rapport à la structure de la langue sanskrite, mais ne s'est pas fourvoyée dans les impasses de la pensée occidentale; les normes linguistiques et culturelles ne sont que "des échafaudages provisoires, radicalement inadéquats à épouser la vraie nature du réel et à livrer accès à son sens ultime. L'Inde est davantage avertie de l'incogniscibilité ultime de l'être; en Occident l'être s'est vu investi de l'effectivité qui n'appartient qu'à la réalité concrète du monde".

 

 

notes intégrales et liens ici


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