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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 20:13

P1040467

transforme © apeleka  

 

La Pacha Mama - "Terre Mère" des Andins - est plus que l'homme et moins que le monde; elle est biocénose au sens de la science écologique, un réseau d'hommes - vivants comme défunts -, d'animaux, de plantes, de terres et de roches dans un territoire limité,  et dans ce limité là est la clef de la communication et de la relation: considérer la ressource à la fois externe et illimitée conduit droit au néolibéralisme, cette utopie libertaire qui engendre la victimologie et le sécuritarisme. L'attachement au monde restreint qui régit une société de coopération et de ressources limitées - mais pas forcément de manque - peut seul supporter une sérénité libérant la pensée, et en particulier en rendant à l'ancêtre le statut que les juvéniles de la pléonexie avaient confisqué.

 

 

La population (occidentale) reste aveugle à la possibilité d'une société post- industrielle

où coexisteraient plusieurs modes de production complémentaires.

Essayer de susciter une ère à la fois hyperindustrielle et écologiquement réalisable,

c'est accélérer la dégradation des autres composantes de l'équilibre multidimensionnel de la vie.


Ivan Illich

La Convivialité

 

 

La Pacha Mama est une réalité biologique mais aussi sociale, un mode de relation écologique et non une cosmogonie, elle est relation non pas d'un individu au monde, mais d'une communauté à un sol: elle est réseau ou rasa de la communauté, un lien de nourriture et de don au sein d'un premier cercle, et non une sève étendue à l'ensemble des vivants, mais sans obligation de communication par ce réseau, dans le modèle humoral de l'Inde antique. De par sa dimension et sa nécessité de circulation réciproque, la Pacha Mama n'est pas non plus totalement superposable au modèle global de l'hypothèse Gaïa, dans lequel la biomasse modifie les conditions de vie de la planète dans un sens qui les rapproche de ses propres besoins, homéostasie qui rend la planète plus « hospitalière » (Lovelock).

 

 

Car la Pacha Mama a une voix émotionnelle, elle envoie des messages internes et parle aux communautés. Par cette voix aussi qui nous touche la Pacha Mama se reproduit et essaime.

 

 

La Pacha Mama n'est pas sanctuaire muséifié et protégé par des contraintes externes, mais système de mise en valeur raisonnée des ressources en correspondance avec les besoins vitaux de la communauté; elle n'est pas objet de culte mais principe de relations. Elle n'est pas frontière a ériger mais lien d'attachement biocénotique et équilibre du don et du contre-don. La Pacha Mama est façonnée collectivement et dans le respect des limites nourricières qu'elle offre; sa limite première n'est pas démographique mais biogéographique.


 

La ligne rouge du vivant de la Pacha Mama, qui met à distance tout ce qui ne peut ni ne doit être animé, est  l'au-delà de la colline, mais aucune autre frontière interne ne sépare terres, plantes et  hommes. Aucune norme externe ne peut non plus s'imposer à la Pacha Mama: les outils y sont élaborés par et pour la communauté. La Pacha Mama redessine une forme à un monde.

 

 

Mais par quoi donc est limitée l'emprise de la Pacha Mama ?

 


 

 

Revue des Livres

N° 004

Mars-Avril 2012

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