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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 20:07

Vendredi 1er avril 2011


 

Réveil dans le train, la route crie le post-primordial, ce train d'échappe, et le jour qui se lève, long. Nous n'en sommes que là, assez de toutes ces introspections maladives, nous avons plutôt à rejointoyer en bonne couche, truelle à l'âme, toute la ligne. Aucun contrôleur ne m'a jamais réveillé.

 

Elle n'a rien, elle a tout, tout est au plus près d'elle, immense jardin, tandis que je m'accroche à mon rêve propriétal, n'ose lâcher le trop, peur du corps-à-lâcher demain. Les lichens: dans ses seuls jardins d'immense, au beau gris d'une danse. Mais Jésus, Rio, du haut de son suc, te salue maintenant à l'odeur de sa mer: Nord. Tout est dans ce parfum remuant des chairs passées, d'algues encore, et d'écume: il est dit que tu rechanteras pour moi. Je ferai Octon/Ochtezeele, y planterai notre Golden Retriever qui broutera silencieusement notre immense pelouse; tous nos enfants auront la clef, celle de par derrière, qui n'a pas besoin de route. D'ici là je m'encholestérolise doucement aux amis que je n'ai pas, d'ici là je suis chez moi, j'y fais dinette, avec surprise: on n'emmagasine jamais trop de beauté, c'est bien la seule maladie de non-surcharge, et de crise perpétuée: nous sommes incapables de la beauté chronique.

 

 

zoom07

 

 

Il n'est donc point de tête-à-queue libérateur, comme si un solitaire pouvait atteindre au limage interne, ventriloque de l'incapacité sexuelle. Il fut une scandaleuse beauté du mal, une légende douloureuse de l'occident qui culmina aujourd'hui avec Auschwitz, un cycle de mort et d'effroi qu'il nous faut quitter, pour passer en celui de la beauté. Tous les départs ne seront pas réussis, nous lirons encore trop d'écrivains russes, mais un jour une pure beauté, sans doute africaine, patiente, indifférente à la crue du mal, sera là, à force de réverbération: le Sud1. Où tous les exilés de la mémoire connaîtront la dernière heure du dernier jour, leur coeur s'étant déjà jeté par la fenêtre, mais leur être toujours pensant, jusqu'à se briser de réel. Un bruit court déjà et gronde, une gigantesque et profonde rumeur de beauté;  femme était déjà mère de toute révolte, elle est orgasme de celle-là. La précédente vague était néolithique de douleur, celle-ci submerge tout maintenant, et nous nous laissons emporter sans peur, des immigrés repeuplent le territoire de la pensée2, les livres ne sont plus visibles dans cette lumière, mais chaque hirondelle y signe le ciel selon son espèce, chaque lecteur s'y expose à sa façon, se réapproprie sa propre énigme, et s'engage dans d'autres possibles. "Ne t'en fais pas, je reviendrai", est toujours la dernière phrase que l'on a entendue du père.

 

 

 

 

 

 

1. J. Henric, La Balance des blancs, Seuil, 2011

2. M. Macé, Façons de lire, manières d'être, Gallimard, 2011

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