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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 20:35

12 novembre 2010

 

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Roger, lui, en terrasse, on lui impose maintenant ses habitudes, qu'on lui assène bonnes. Moi, à nouveau, je vais fuir. Au sens littéral: transpercé par elle, par sa terre, par son chant, par cet autre-de-la-ville que je me promettais. Car la ville ne vit que de propriétés, ces bateaux immobiles, ou sans destination précise; la terre, l'eau, la neige, le feu, eux, supportent la tente, et le chant de sa maîtresse. Tricher un peu encore, pour elle, à cause d'elle, vers elle. Ou me dire, peut-être. Pour enfin écrire. Cette poésie, coin d'airain des idéologies, et telle un radeau de pilotis, cité lacustre de pleine forêt, où l'enfant totalement présent aux choses-êtres et à leur rythme me précède, sans peur. Il me faut bien fuir la mer pour la haute-terre1, certes là-bas est une Princesse, et ici personne, et j'ai déjà menti et elle le sait; mais gagner l'épaisse glaise est bien le projet. Le premier jour déjà, tendresse et originaire, déjà tenter le concert. Et si vient la première nuit, alors se mettre en terre, plus de mots, seuls les labours, bruts sous leur écorce arrachée, en semblants de phrases, semblants, car dans mes textes où se logent les caillasses d'attente du réel dans les blancs de la typographie à venir, dans mes textes chacun sera contigu. Chacun de ceux qui me comptent.

 


 

Maintenant seulement je prends le vin, déjà inutile, effervescence du seul goût enfin, du seul contact, de tes lèvres, suc d'ici, tu es loin, vapeur encore à venir. Dès ceci posé je t'appellerai en ta terre: as-tu un passeport pour notre seul jour en dehors ? Maintenant j'ai mangé, l'alcool est monté, il n'y a plus de mots encore, que cette ouverture chaude, ici face au soleil d'automne, il est un dôme de verre inénarrable d'où je suis avec toi, mais l'ivresse était bien inutile tu le sais. Tu surveilles déjà ma santé. Vas-tu fumer avec l'ami qui ne sera pas là peut-être ? L'oubli que nous serons est bien cette joie présente de nous, qui déjà cultive de moi chez toi; une vie de glaise l'emporte sur la raison, et sur la malle de livres que pourtant j'emporterai. Jusqu'à la mort, et jusqu'à la vie, sous couvert de la violence végétale qui recouvre enfin tout, par voie hiérarchique, et qui nous permet l'Etre, sans plus enfin de structure qui le chasse, sans plus enfin de raison qui le masque: un pur englobement, un packing de terre-mère, au doux de ton sourire. Rendons-nous, toute médiation est inutile. 

 

 

 

 

1. T. Gonzales, Au commencement était la mer, Carnets Nord, 2010.

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Published by panopteric - dans livraison
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