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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 17:50

15 octobre 2010P1010807.jpg

 

 

I. Une double défection en définition de ce vendredi-ci: celle du sexe que j'attendais, et celle de l'amitié; trop peu de temps pour elle d'un côté, pas assez de trains de l'autre. En fait, non, ou plutôt: son cul a eu peur ou pas envie ou ce n'était pas son jour, au cul; et lui s'est fait rentrer dedans par son propriétaire, gratuitement sur ce coup-là. Histoire de voitures, bien sûr. Voilà pour le cadre de ce vendredi donc à lire. Mais lire alors en se livrant bataille, et pas seulement  pour les mots que nous dit le texte, mais pour ceux qu'il nous cache, pour ceux qui ont disparu, aspirés entre les espaces2. Car l'histoire ne nous dira jamais la fin du monde, seuls les scientifiques: la sédimentation des strates du temps - quelle beauté que ce temps enfin cristallisé - ne sera pas infinie, il y aura une épaisseur fantôme, où tout de nous sera interdit de passage, vide de temps, juste avant d'atteindre la roche. Sans passage possible mourra notre désir d'exil, et la douleur viendra brutalement à la connaissance. Raison de plus maintenant, mais sans empresse, pour explorer la poésie des entre-mots, et vivre non plus  en esclave de  notre avenir, mais dans la liberté infinie de notre contingence3.


 

II. Puis je comprenai qu'ici, en terrasse, je n'étais pas seul comme on me le reprocha jadis en une autre Auberge, tropicale: car ici est une foule, serveuses sublimes, touristes veules, citadins programmés, et cette foule communique dans l'ambiance sonore, un peu en deça du bruit, juste en deça du bruit, dans ce passage  de vieilles pierres qui n'a que trois côtés, qui ont égaré la perspective du mener, depuis une place dite carrée mais terriblement en pente, sas d'élocution, et tout premier canton de cette ville où nous pourrions être. Là-bas, autrefois, la beauté de la solitude était dans les seuls cris déchirés du kalao, et là-bas ma solitude n'était pas née, le silence plein de la piscine abandonnée au soir était vide, comme l'interdit pesant de l'entre-colons, et l'autre-du-Sahel s'était encore oublié.


 

III. Ce vendredi-ci est sans alcool, aussi, car c'est un samedi midi (mais vous-en aperçûtes-vous ?), un peu fébrile pourtant,  ceci pouvant expliquer celà. En résumé, et j'ai un peu pitié de votre éloignement criant qui s'énonce: un cul absenté, une voiture emboutie, et un chapeau à l'aspirine sous lequel  l'écrivain redonne une forme à ceux que la terreur avait tenté d'exclure. Ne redonne rien: est ce passage que les pierres à l'instant refusent aux touristes, les nazillons ayant échoué à modifier l'espèce, l'eugénisme total ayant été reporté à ces quelques dizaines d'années plus tard quand le grand calibrage ultralibéraliste d'Homo identicus réduisit l'espèce à une norme,  c'est-à-dire sans plus la forme de ceux qui ont péri mais font retour par le texte, par ses creux, évidemment, car ce travail n'est que celui d'un survivant, et non autorisé encore. Ce qui se voit vient de l'évidé. Tout art est retour de l'horreur1.


 

IV. Heureuses comme Ulysse pensant le retour, elles s'extasient et rient, les deux copines, sur leurs sachets colorés de sobre,  confiants et allants, de leurs achats immédiats de simulacres tout juste sacrifiés à leur beauté.


 

V. Mon anti-moi se réfugie chez le coiffeur. Je l'avais déjà repéré, à vrai-dire, quasi-nu sur la plage, celui-là, ayant eu sans doute un père, ne craignant pas comme la mère "ce là où l'on vit à moitié-nu, la frayeur de l'aînée de devoir oter son sari, et mon donc trop maigre et trop blanc pour oser dire. Mon anti-moi ne sait pas quelle coiffure il doit choisir, moi je ne sais aucune coiffure qui serait autre.


 

VI. L'exception occidentale: avoir refoulé la violence en périphérie de nations arbitraires, au sein desquelles un calme précaire permet à des nantis de s'organiser en marchands, en artistes, en tribuns. Justifiant tous les paroxysmes de violence pure de ces guerres "extérieures". La guerre, comme la douleur, circule bien aux limites, et toute tentative de la vouloir "externe" ou "interne" est dialectique inutile. La résolution de la violence ne peut survenir que dans sa libre circulation, que dans son aveu, son contact, autant de contrepoints de la non-violence. Masquer les éclats de violence ne mène qu'à l'émeute.


 

VII. Mutilé, Blaise Cendrars fut naturalisé français. Mutilé ---> Naturalisé. Je pensais tout dit chez moi sur Frédéric Sausers, mais voici la nouvelle clef du droit du sol qui est d'abord un droit du sang... allons, allons ! Je ne sais quelle perte le conduisit au premier exil, moteur de tous les autres, dette d'amour coupable à Novgorod, don à la beauté. Puis l'horreur, 14-18 comme Apocalypse Now, Cendrars en est le Yin, en fuite, en  voyage, en Marseille et beauté, Céline en est le Yang, en condensation-douleur. Evidence de voyageur...


 

VIII. Ce passage que les pierres à l'instant refusent aux touristes, sauf à cet homme fort jeune en prime abord, mais qui s'extasie, mal, lui seul regardant le ciel: "c'est très mignon ici !" Hors-sujet, le mignon: il a femme et bébé à roulettes géantes, et ami-couple au tout pareil. Mais lui regarde le ciel. Mais aussi deux chiens en laisses automatiques: il suit, maintenant. Et on ne s'en est pas trop mal sortis, sans pinard au menu, menu refusé plutôt, et fabuleuse beauté, timide à mes rides. Combien d'écrivains parmi les manifestants à la réforme des retraites ? Quatre selon la police, un peu moins de dix mille selon la Société des gens de lettres. L'écrivain retraité pourra toujours entamer une nouvelle carrière de lecteur. Nouvelle ?

 

 

 

 

1. I. Kertész, Journal de galère, Actes Sud, 2010

2. C. Boukho, Troisième jour, Denoël, 2010

3. Lao Tseu

 


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commentaires

panopteric 29/10/2010 17:16


merci, j'irai voir ! bien que je ne pense pas que les lois physiques s'apliquent à l'économie, qui n'est régie que par des "bulles" très... humainement artificielles !


clovis simard 29/10/2010 15:47


Bonjour,
Vous trouverez ci joint l'adresse de mon Blog ( fermaton.over-blog.com).

C'est une théorie mathématique de la conscience reliant très bien Art-Sciences-Mathématique-Mystique
En plus l'algorithme fermaton, permet d'évaluer le chaos dans les affaires et publicité (En affaire avec Bill).

Cordialement

Dr Clovis Simard