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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 16:22

Le Monde des livres, vendredi 1er octobre 2010

 

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Cet instant-ci est à synthétiser en boucle à ouvertures: le mythe, l'origine, en système non pas clos, mais auto-entretenu, émetteur d'expansions en quête, et retours qui gonflent ce premier état qui déjà devient autre, qui toujours pourtant est originaire. Ainsi croît la chair du mondeL'écrivain repousse les limites du possible, son texte déploie l'éventail du virtuel, son corps se tient un pas de côté, ou un pas en avant, par rapport à notre expérience familière: il a d'emblée "toute une vie d'avance". Et cette fiction constitue l'"élément vital" de toute enquête philosophique.


 

 

Mouvement premier: l'univers s'effondre, dans ses repères comme dans sa structure, que reste-t-il ? Un regard, un point de vue, une "pure subjectivité", celle du sujet pensant, ou celle du romancier écrivant. Mais on aura beau faire, et les phénoménologistes l'affirment, cette subjectivité demeure incarnée. Mais écrivain et philosophe doivent pour celà posséder un corps très particulier, à la fois disponible, fragmenté et plastique, "un corps constitué d'éléments disparates, sans relations définies et susceptibles de se plier aux différentes structures qu'impliquent les mondes que nous pouvons imaginer. Notre peau psychique est certainement fractale, la créativité du traumatisme sous-tend sa dynamique, et l'acte philosophique ne trace pas la piste unique, le réel n'est pas déterministe au sens du chaos physique, l'essai véritable doit se garder de privilégier une seule interprétation, faute de quoi il se condamne à la structure stable, il se condamne à votre lecture soit métonymique, soit en boucle. L'essai véritable est inchoatif, parsemé de mots morts, conchié de gouffres, qui attendent votre coupe ou votre chute; le concept philosophique se construit lui au risque de ne faire que l'état des lieux d'une structure fixe... L'écrivain, éternel supplicié, tire à lui les flammèches de l'origine.



(...)  tous les poètes lyriques et les philosophes incluent simplement toute la douleur d'autrui dans la leur. C'est encore plus simple; ils ne font pas de différence entre leur propre douleur et celle d'autrui.
M. Tsvétaïéva, Le ciel brûle

 

 


 

L'écrivain est de toutes les orbites, mythes, géographies, temps, systèmes. Perception, signes: ce n'est pas l'oeil qui voit. Ce n'est pas l'âme. C'est le corps comme totalité ouverte. Mais comment donc perpétuer cet espace de contact ouvert par les mots, revisités ? Comment dire le lire ? Et pourquoi ces mots ne sont-ils plus d'aucun secours quand l'humeur chute ? Litanies des faux réveils, qui ne cherchent pourtant - mais en vain - qu'à toucher aux icônes; rêves immenses des vrais veilles, quand est  donnée l'image libre.   

 


 

Ils veulent gagner le monde du silence, ils veulent dépasser les mots dont ils sont privés. Univers médié par les signes, ces gestes d'avant les mots, perdus pour nous, qui ne savons plus qu'articuler, c'est-à-dire couper le sens. Premier mot, qu'est-ce-qui a commencé ? Maman ? Un mort ? L'image a précédé le mot et le mort retourne à l'image. A la mort de leurs chefs certains Aborigènes suppriment un mot de leur langue, comme l'adolescent ivre d'amour se coupe une phalange en gage d'attache, quand le mort fait image alors le deuil est fait, quand l'amour fusionne au rêve le corps se désarticule, l'objet-ancêtre s'incorpore au réel, le mot est bien devenu inutile, l'image est l'indice de la perte et  le gage du souvenir. En attendant ? "Mot" et "mutisme" sont tous deux dérivés du latin muttum. Parce que l'adversité qui est une constante est vaincue soit par notre parole, soit par notre silence. En attendant, faut-il refermer le livre ? En attendant nous n'entr'apercevons  qu'une couleur à la fois fade, contagieuse et doucereuse, mais que nous savons prégnante, image du Dieu-couleur, et nous tous synesthètes. 

 

 

 

  Ce qui me paraissait merveilleux, c'était d'écrire les mots "chapitre premier".

Ca ouvrait des portes d'un monde mythique".

Vassilis Alexakis

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