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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 10:48

17 février / 19 mars 2012


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Sont-ce les Dieux qui ont coupé les premiers hommes, est-ce l'homme qui a coupé sa femme en deux ? Peu importe, flotte une moitié sauvage, centre du trou bleu toujours adolescent de contagion entre le réel et le rêve1. Atteindre à une écriture de rêve – ou de cauchemar – peut-il alors sublimer l'androgyne ? 

 

 

 

La plupart des signes que nous laissons derrière nous ne sont pas de véritables empreintes2. Face au complot supposé des corps, une sociologique se voulut scientifique, et la psychiatrie inventa la paranoïa, car il fallait théoriser la violence, dire les boucs émissaires, et la pulsion de mort cernait déjà la victime; les indices n'en restaient pas moins quelque chose d'étrange, de déroutant, d'inaptes encore à ces mondes là, déchirant encore parfois leurs voiles rouges, en pleine mer, ou sur les berges des fleuves emprisonnés par les villes. Les réflexes inverses ne leurrent pas les amateurs d'opium, ne tuent pas le double, toujours vautré dans le lit de la mère3. Un corps, donc, du rêve et des indices, dont on ne sait ni d'où ni de quand – ni du camp- ils s'accrochent; quel est donc l'arbre de toutes ces strates, quel est donc ce dépôt du tout-là-haut, à la fois racine et rocher, protection au vent de mer et cathédrale qui se construit ? En l'attente de toute réponse, il nous faut pourtant naviguer libres imposés dans cet intermédiaire de l'ou, de l'où, agir dans un monde sur lequel nul ne semble avoir de prise: quel est donc encore le possible de la foule ? Quel lien naturel encore du  nombre, ou de la voix4 ?

 

 

 

La littérature est une moquette, et nous sommes l'acarien qui vit dedans5. Dessus le mille-feuilles familial, états-seconds où nous n'avons plus aucun contrôle de la situation, mais peut-être bien pourtant celui de nous-mêmes. Mais dans l'engagement, quelle est ta famille d'accueil, quel est ton compromis pour ce devoir-là ? Comment se nomme l'attachement aux lieux qu'il nous faut fuir sous peine d'étouffer, ce ni-amour ni-haine plein de vérité6 ? Seul un texte peut donner du monde extérieur une image juste car immédiate; un texte ne parle ni d'un dessus ni d'un dessous mais justement de l'immédiateté d'un réel, couleur du ciel, forme du réveil, seuls passages où l'on peut faire confiance totale à son état antérieur, à un mort, donc, quel que soit ce silence lourd d'entre-réincarnation7. La littérature n'a pas d'être, elle est un objet qui touche, écrire c'est vivre cette expérience déroutante d'être dehors et dedans au même instant9; le texte est en quelque sorte une absence toxicomane de deuil de nous-mêmes, cette étrangeté primordiale des bien-migrants; une absence de deuil, et non l'impossibilité mélancolique d'un deuil de soi-même8.

 

 

 

Les mêmes choses nous toucheraient-elles toutes de la même façon ? Il y a bien ce filtre évolutif de l'espèce dont on ne peut changer une la programmation, tout-au-plus pourrions-nous jouer plus ou moins licitement, plus ou moins traumatiquement, sur le nombre et la position des pores dans cette forme  imposée, en attente soit de l'extinction, soit de l'évolution. Mais ce jeu-là déjà est immense, croisant à l'exploration de tous les autres de l'espèce, à l'exposition presque infinie10 de par le nombre; et le saut suivra, peut-être. On tente parfois, et par plusieurs fois entre ses épisodes alimentaires, de se déterminer à la lumière de cet ailleurs confusément pressenti au-delà de l'enclave déjà arriérée où nous avons commencé, et souvent mal commencé; mais vient l'heure de vieux où l'ailleurs n'est plus, l'ailleurs est introjecté, et au désir minimal donc, et tout ton espoir est sauf, à construire encore ce réel qui ne fuit plus. Oreilles immenses de l'interne, yoguique, cavitaire, membranaire, liberté immense du lien entre tous les sans, blanc qui porte comme d'un toujours dix-sept ans un appel venu du Nordeste rouge de soi-même: la jeunesse du sacré ne serait ressentie lointaine parfois que de la surlimite non-encore métabolisée des morts.

 

 


Y-a-t-il une pensée primaire ? Cette onde même pas porteuse que nous ressentons comme personnelle, une fois mise au ban de toutes nos lectures comme de tous nos souvenirs, qu'en reste-t-il ? Mais s'agit-il bien de cela que nous voulons approcher ? Quelle est cette part d'unique, peut-être, de la vibration du monde qui nous tend l'enveloppe ? Quelle est cette persistance, et cette résistance, qui se prêtent à la contingence, et posent pourtant les traces réelles ? Il y a toujours ce risque que les autorités y trouvent une dimension politique, et avec raison, tous ces restes réduits du pensé formant peu-à-peu une sorte de vague11.

 

 

 

 

 

1. C. Lamarche, La chienne de Naha, Gallimard

2. D. Meyer, A la trace, Seuil

3. E. Roudinesco, Sherlock Holmes enquêteur freudien, Le Monde 17 février 2012.

4. Ce lien devenu en lui-même révolution en ce programme biopolotique productiviste.

5. M. de Viry, Mémoires d'un snobé, Pierre-Guillaume de Roux

6. E. O'Brien, Saints et Pécheurs, Sabine Wespieser

7. (antinote) V. Jankelewicz, Irréversible et nostalgie

8. Qu'est-ce que serait la troisième voie du deuil cette fois ressenti et assumé de soi-même ? Vers la brillance des mourants ? L'au-delà de la psychose, ou de l'extase mystique ?

9. P. Bergounioux, Carnet de notes. 2001-2010, Verdier

10. M. Crowley, L'homme-sans, politiques de la finitude, Lignes, 2009 

11. M. Neyestani, Une métamorphose iranienne, Ca et Là.

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