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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 18:44


21 octobre 2011 / 13 février 2012 

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Le voyageur regarde toujours troisième. Le fou, le voyageur, et la femme. L'amant a voulu s'approprier le monde par les mots, ces micelles amphiphiles, au pourtour apparent public et instantané, au centre profond privé et diachronique. Agrégation à l'univers, on peut dès lors découvrir l'oeuvre sans rien connaître des dates de l'auteur, et des poètes nouveaux n'auront pas Rimbaud comme héros. De rencontres en rencontres, nous nous surgirons un jour à nous-mêmes; dans cette attente, cher Critique, tous vos personnages restent habités par ce vide où il faut caser un monde, relatif et clos: aucune raison ne fait écrire sinon un instinct de déterrement1, une déconcentration de passoire. On rit beaucoup des guerres-mères,  et de leur après-coup la folie; l'enfant-père, lui, fait avec ce qui lui tombe entre les mains, souverain, refusant le débat, cherchant l'école sous les bombardements. Quand, plus tard, le fils raclera le chaudron du doute, il aura parfois la chance de trouver des grumeaux intéressants2.

 


 

Douleur. Notre corps, un sac informe d'os brisés. Dans la misère les poux se nourrissent et leurs armes se vendent, mais la poésie du pire, la métabolisation de l'horreur3, l'alphabet de cendres, la méditation de l'horrible, la danse macabre, relèguent les Saigneurs au cabinet du rire, ce vestibule de la vie, cette anti-chambre de torture4. L'âme, ce temps qu'il fait là-bas, et que l'on pense fonte ou effacement. Le langage poétique, musculature puissante qui va droit à la lumière. Le personnage le plus proche de tous les romans est la mort, romans-réconciliations, saisissement par le souvenir, photographies d'auras, l'inconsolable et le sage, le luxe et la misère.

 

 

 

Le pèlerinage, quête de lieux, quête du lieu dévoré de soi-même, passion. Marche mystique, source d'enfance, et désir de génération; cette écriture du chemin, où dépose-t-elle l'enfant ? La Jérusalem l'englobe depuis toujours, il peut y éclore en fièvres d'espérance, comme en cette première métamorphose, toison pubienne en la foule pourtant des orthodoxes de tout poil, comment dépasser sans haine toutes leurs rebuffades, comment savoir attendre, résister  à la pression contagieuse d'être l'autre ? Toutes les discussions savantes en sont reléguées en bas de page, toutes ces sujétions. Pèlerinage-révolution, dans le retour les tuniques des chevaliers s'inversent. Sujet et passion, limite d'une citoyenneté qui exclurait fous et pervers5, invention permanente de l'insoumis, ce malêtre névrosé-résistant, en route vers une autre limite que celle de la cicatrice. En recherche non pas d'une muraille mais d'un collectif, d'une institution sans lieu et non d'un « surmoi public », d'une coopérative et non pas d'une nation, en compromis-douleur avec tous les programmes de l'ordre social; Autres-du-genre et Aliens relancent par entrechocs la pulsion d'égalité, vers un statut du migrant, ce sujet-citoyen supra-légal, ce créateur d'institution fluide, qui refuse la gestion des frontières-cicatrices. Il n'y a bien qu'un seul courant, et le tout regagne la source.

 

 

 

L'autre, donc, en seul salut possible mais aussitôt refusé, jusqu'à ce tremblement retrouvé de l'adolescence et qui brûle l'enveloppe, chair à nu, sans modèle. Dans cette attente, une glaciation, et nous nous offrons à ceux et celles qui nous parlent le mieux du silence, comme un jour d'un certain oubli de soi-même découleront toutes les femmes. Ces femmes de non-attente que l'homme, lui, traverse de ses propres lieux, et vice-versa, car elles n'attendent pas que le bonheur vienne à elles, double torsion de l'androgyne, double hélice de la génération, double détourage de toute terre. Le cul. Cette métamorphose, donc, dont toutes se souviennent, alors que toutes oublient la douleur de leurs accouchements. Entre, ce dégout des sécrétions tierces6, cette angoisse de la sexualité, on préfère la couleur du premier sang, qui fit passer la ligne, au trop de fluides. De l'autre côté du fil rouge, donc, l'interdit du sexe en interdit de l'inceste, qui permet de ne pas voir l'enfant d'avant la femme, qui réfute justement la métamorphose, et l'homosexualité des néoténiques. Pas plus que de rapport sexuel, il n'y a d'éducation sexuelle, mais un invraisemblable encombrement du corps à l'adolescence7, cet autre langage, non pas des organes, mais de la surface. L'adolescence est border-line, schizophrénie sans contagion, elle embrasse son reflet, et le pouvoir de penser, de sentir, d'observer se décuple en elle;  la bonté aussi existe, et il y a des êtres qui l'attrapent.

 

 

 

 

 

1. G. Brisac, Petit vocabulaire durassien, Le Monde, 21 octobre 2011

2. Sempé, Enfances, Denoël

3. U. Orlov, Poèmes écrits à Bergen-Belsen, Editions de l'éclat

4. Z. Herbert, Corde de lumière, Le Bruit du temps

5. E. Balibar, Citoyen sujet et autres essais d'anthropologie philosophique, PUF; A. Green, Pourquoi le mal ? in La folie privée, Gallimard, 1990

6. S. Spielrein, Entre Freud et Jung, Aubier, 1981

7. M. Darrieussecq, Clèves, POL

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