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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 14:39

 
18 novembre 2011 P1030221.jpg


L'image est perturbante: le vieux jeune homme se dit de conscience, mais reste pourtant obstinément attaché – ce lien du profit - à ce qu'il ressent encore comme une élite. Chemise noire, cheveux blancs... Voit des choses; est hypnotique, aussi. Finira par crever la page ? Clame qu'en dehors de la scène il n'y a rien, alors: continue à jouer. Conscience cosmique, mais lui la veut comique, improvise, car la réalité, quelle que soit la façon dont nous tentons de l'agripper, est barbare, brutale, muette, fragmentaire et sans signification: Enrique Vila-Matas en  homme de droite ? Une littérature qui veut s'incarner à la lumière de la nuit ?  Des barrières qui s'effondrent entre sphère publique et vie privée, mais une rencontre avec le réel qui reste improbable, et toutes les femmes s'en trouvant reléguées en note de bas de page ? Toutes: en une note1, et en bas de chaque page. Où se situe donc l'insolite confrérie des Shandy ? Et pourtant le centre de cette littérature qui se trompe en se cherchant transmet bien le bonheur.


 

 

Droite. Car la virilité requiert bien, aussi, et d'abord, des qualités physiques, et des « culs noirs » conduisent les peuples. Alors, éphèbe, ou androgyne, celui-là qui shunte l'âge de vie du maître de maison ? Peut-on à l'ère du post-humain dissocier la virilité du corps ? Le mâle n'est mâle qu'en certains instants, la femelle est femelle toute sa vie2, accessoires virils, mais chair de toujours... La femme ne peut admettre la zone grise; l'homme, lui, ne peut jamais être sûr de son identité sexuelle, menace, dérive, retour d'exil, par spasmes. Et résistances réactionnaires et dominatrices, aussi, à tous ces doutes quant à l'issue de cette introspection vertigineuse qui, peu à peu, se mue en une méditation sur l'amour, la solitude, le sens de l'existence au regard de l'écriture3

 


 

Traduire est schizophrénie ordinaire du sujet: être celui sur lequel on écrit, brûler au bûcher la voix qui vient pour écrire l'Autre, dire l'anachronisme de Soi. Au risque d' un  comique encore, où le premier degré vaut le second, où tout peut devenir vain, où les mots peuvent être vidés de leur chair4 dans un tour de passe-passe qui n'a rien de gratuit, une sorte de négationnisme littéraire; ou bien alors traduire peut tendre à la polarité première des mots, qui sont à bien plus que deux degrés, qui sont par chacune de leurs facettes sur de pleines lignes de réel. L'acte de traduire devient une croisade contre un humour négationniste, contre une religion, vers une immanence; la traduction se sort alors du piège de ses propres contradictions, comme le mystique qui, jusqu'alors tiraillé entre la violence et le détachement5, ne se refuse plus, et lèche ses plaies. Le trop de langues ouvre grand le crible de l'oubli, mais dans cet apaisement qui est aussi négation quelque chose d'intense proximité et de jubilatoire survit, surgit. C'est le ton d'un enthousiasme que seule l'idée de destruction est capable d'éveiller. C'est la seule non-décision possible, et les choses sont arrivées comme elles sont arrivées, comme venant d'un voyage à la fois en amont et au-delà de celui que nous avons toujours fait.


 

 

L'illusion de l'inter-règne est source de la violence. Lui6 n'était plus connu que de quelques-uns, tout au plus une topographie affective de lecteurs marqués à vie, insatiables, navigant leur dette en ses dieux solaires. Fournier, Illich, Dumont. Ce réel, que nous avions cru ployer, se redresse et nous gifle la gueule7. Va falloir compter avec la nature, autour de nous, en nous. Les écologistes sont des visionnaires, pas des nostalgiques, nous ne recherchons pas des refuges, mais des avant-postes. (…) Va falloir passer et vite d'une mythologie conquérante à une mythologie pacifiante, substituer, à la vieille conception animiste d'une « nature » consistant en un donné brut à transformer pour l'organiser, la conception rationnelle d'un réel consistant en un ensemble de lois à comprendre pour s'y adapter. Il y a peut-être là, pour chacun de nous, une petite chance d'échapper à la violence inscrite, comme une fatalité justificatrice, au plus profond des comportements, au plus intime de notre confort moral. La notion de mal est corrélative de ce confort moral qui nous fait inventer et refouler l'étranger; on veut nous faire croire à une société hors de toute ressource thérapeutique et où la catégorisation serait à jamais reine, les encyclopédistes nous ont fourvoyé, mais notre médecine doit redevenir humorale.

 

 

 

 

 

 

1. Signe qui, en musique, représente à la fois la durée et l'intonation d'un son ; la durée par sa forme ou figure ; l'intonation, par sa position sur la portée (dict. Littré); Love is just a tone I mean, Joy is the melody (Graeme Allwright)

2. J.-J. Rousseau, L'Emile

3. Ch. Rousseau, Ananda Devi, à livre ouvert, Le Monde, 18 novembre 2011

4. M. Weitzmann, Les bienveillants, Le Monde 18 novembre 2011

5. Cioran (qui refusait que son oeuvre première en roumain ne soit traduite en français)

6. H. Kempf, Comment on redécouvre Pierre Fournier, pionnier de l'écologie, Le Monde 18 novembre 2011

7. « Le tabou de la réalité a remplacé celui du sexe », J. Baudrillard, in Les Exilés du dialogue, Galilée, 2005

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