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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 15:37

 
16 septembre 2011
 

  comédie

 

eleutheria plutôt qu'eureka

 

 

 

 

L'auteur interrogé n'est pas innocent de son côtoiement. Je suis le voyageur de cette première fuite toujours si présente, hors toute coque et toute nucléation, au sillon du paysage - qui lui a des idées2 - , au coeur d'une route de blocs, toujours et pensants, milliers et contingents. C'est leur nombre et pourtant leur ligne une qui est cet éventuel du tangible, l'instant d'eux seul est confiance, le train passe - pourtant - , pourtant il n'y a ici aucune place pour la route, plus forte en est la pensée qui trace, pensée-horizon. Là où le moi n'est que boucle, famille, le paysage est bien résistance de l'évanescence du sensible, appel, et articulation. On se rappelle que la philosophie peut aussi être vue panoramique sur ce qui n'est pas un toujours-présent. Famille-superposition, paysage-articulation: la généalogie ne se composte qu'au mélange des strates.

 

L'interprète est au piège de la zone grise, cet imaginaire sans avant, cette mémoire sans mémoire, soumise au jugement, comme une frontière qui s'entrouvre entre le souvenir et le mensonge, et ce quelque chose-là est volatile et euphorisant; le traducteur, lui, ne lâche pas le réel: trans-crée, produit. Il peut y avoir traîtrise ou compromission dans l'interprétation, cette technique, mais les seuls risques de la traduction sont la médiocrité ou le génie; l'interprétation est du domaine de la compétence, la traduction de la volonté. L'exil, ininterprétable, est bien l'aboutissement d'un projet et n'a rien d'une quelconque obligation3, il est mise à nu d'une facette du sujet, traduite depuis toujours; le traducteur, hautain, abandonne tous les immobiles à leur zone grise, à leur compromis permanent. Où es-tu, lecteur ? La contamination par ton écrivain constitutif – si elle utilise pourtant quelque peu le langage – relève-t-elle bien de l'empathie, ce medium trans-créateur ? Tout lecteur devient-il un traducteur de son état perdu, de son enfance, de ses dix-sept ans à venir5, de son au-delà de sa limite ? Et seul le critique, peut-être, parfois mauvais quand il n'a pas reçu ce flash empathique en provenance de son écrivain-gagne pain, parce que l'auteur peut-être n'avait rien à passer à ce Soi-là, ou alors parce que ce littérateur se cantonnait à un unique registre d'expert, seul le critique parfois interprète, oppose, en lecture savante versus lecture affective, en autant des collisions illusoires et automatiques entre ces mondes4. Le lecteur (l'intransigeant) et le traducteur, eux, voyagent où ils veulent, eleutheria plutôt qu'eureka, et leurs tables de chevet se façonnent à eux.

 


Comment tout quitter
dans un monde où plus aucune place n'est un lieu – un monde sans territoire -  ?
Marc Weitzmann

 

 

 

Toi, dans ce compromis parfois, quelle est on intransigeance ? Que de ton intransigeance survit toujours ?  Ta compassion n'est-elle qu'hypocrite, clamée de ta zone grise ? Dois-tu plutôt aimer une interprète, ou une exilée, pour être aux belles choses que porte le ciel 1?  Tu es jeunes, tu déplaces ta peau, alors tu ne meurs plus sans doute, mais tu leur disparais, à cette famille bientôt redite, et restent les trous, enfin utiles et plus cachés, et te permettent le dire et le lire, et te sont toi, toi enfin griot de ton père, celui-là même que  tu découvriras. Sans boucle: car l'âge nous sème comme le livre nous a ouvert. Je croyais que vous soigniez les cicatrices, ré-intervient le père, lointain et presque amical, presque déçu encore, et il reviendra, reprendre la conversation. Les romans sont fractales et les traductions sont formidables, nécessaires et trop longtemps introuvables.

 

 

 

Tous nous passons nos jours sous un ciel de légende,
 et nous l'oublions à chaque instant.
Jean-Claude Pirotte

 

 

Il ne suffit pas de lessiver longtemps ses morceaux de mémoire pour les rendre doux: il nous faut se rappeler, par tous ceux des livres, et les livres. Ecrire: rien que pour retrouver.

 

 

 

 

1. D. Mengestu

2. M. Collot, La pensée-paysage

3. Le psychanalyste interprète-t-il, traduit-il, ou bien plutôt est-il dans cette troisième voie de la découverte des différentes traductions, toutes aussi réelles, du sujet ?

4. J. Birnbaum

5. L'écrivain du sensible ne fait que commencer ce cycle par le livre, puis vivre son adolescence: Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre ceux que nous avons passé avec un livre préféré (M. Proust, Journées de lecture, Fata Morgana, 2006).

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