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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 09:47

2 septembre 2011

 

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  ceux-là qui ne supportent plus leurs os

 


 

Les hommes ne sont que d'une époque et d'à peine quelques lieux1, essayant de trouver une sortie honorable. Ou du moins non douloureuse. D'autres veulent confirmer leur rang de vivant, leur cape d'être, leur véhicule d'unique, leur  panne d'autre; veilleur de nuit, le troisième s'impatiente, poète, chemineau, mercenaire du doute. Nous résistons au programme de notre unique, de notre asexualisme, l'homosexualité n'est que rébellion sans doute contre l'ennui d'un hétérocorps par trop formaté. Tuer le vide du politique, s'éloigner de la misère: petites besognes, aumônes, larcins du vent, sans violence, prendre d'autrui, les pieds au même du chemin. Drogués, fatigués, corrompus, blets en somme, en somme les gens ne supportent plus leurs os, en somme peu de gens existent, les autres barbotent dans le chaos, seuls les pervers tentent l'alliance rouge-brun ou la zone grise, et leur face trop tendre n'excuse rien2. Les fous, eux, jamais ne valident, les hommes n'existent qu'ambigus, ces seuls émetteurs du plusieurs: restreignons-nous donc aux mots, offrandes de la seule dimension qui vaille, pieux du seul décalage qui dise, bagage de tout aventurier du réel, viatique des mauvaises compagnies, celles qui blessent, comme celles qui pansent. Le réel, c'est là où personne ne veut être tiré d'affaire. C'est là où la nuit est partout sans plus d'espace, noyant les racines du jour, et noyant l'hier. C'est l'assassinat de toute sa famille, là où on ne ment plus, à la conquête du « je », mais saisi et se saisissant de ce qui lui est le plus étranger. C'est là où la rudesse est justesse. C'est là ou fleure la rage de ceux qui ne sont plus personne dans l'empire, où crisse la ruse des petites frappes, où déraillent les rois, où s'effondre la glace des lois: cristaux, oxyde, limpide et sang.


 

 

Une boite à cigares remplie de serpents sert à communiquer, à saisir des similaires, auprès des étrangers-patients. Quelques-uns s'échappent.

 

 

 

 

Examen par une seule de ses facettes d'une oeuvre, d'un auteur: c'était l'inchoativité de l'ancienne formule du Monde des livres, l'avis pur incitait à commencer une fouille, à creuser l'oeuvre, comme les dates de l'auteur.  Car le livre est une affaire de cécité3, lecteur et auteur ne se rencontrent qu'en se devinant; mais aujourd'hui, dans ces diptyques qui se redisent sans vraiment s'opposer, dilution et passivité du lecteur, et raréfaction des apports, la place étant prise par la répétition: appauvrissement. Tentative d'élargissement du lectorat dans une standardisation de la pensée ? On se retrouve un peu en classe de terminale, adhésion/objection, etc... Ne peut-on laisser au lecteur la possibilité d'émettre, plutôt que de lui livrer cette cuisson sans reste de « notes de notes de lecture » ? Ou bien alors n'est-ce que le poids de mon habitude, et faut-il bien tenter de se débarrasser de certains de ces lecteurs-là, de leur faire faire le saut, tourner la page, passer ailleurs, les faire lire,  écrire, et non plus se faire lire ? L'idéal littéraire est sans doute un trou noir, ce même-pas-mot qui attire tout style, tout sentiment et tout vécu, ouvert à l'espace et à l'avenir, qui attire au delà même de son cercle de moindre résistance. Dans cette pure a-circonférence la littérature reprendrait ses droits. Mais serait-ce plutôt le cadavre du livre-papier qui doit demain nous fasciner ?


 

 

 

La beauté ne se comprend pas, elle nous nourrit, Elle est le quark de notre contenance. Le style est irritant mais on reste, car la chose est toujours à dire. Lisant les anciens, nous sommes à la fois nous et non nous, et eux appartiennent aussi à ces histoires que nous devons inventer pour savoir qui nous sommes4: nous n'en aurons jamais fini avec nos ombres, dont le peuple vit - se dit-on - dans le même monde que nous: nous y croyons et créons des communautés, et pourtant il n'existe pas de  monde, le monde même est espace intermédiaire, pauvres percepts. Quelle est donc la couleur de cette sensation ? Le trou noir est synesthétique5.

 



Que se cache-t-il aujourd'hui derrière l'église, celle qui n'affiche encore ni zen, ni new-âge ? Où vont ces parvis d'antan toujours touristés, toujours dévalés, octogénaires, retraités ? Et quelques artistes ? D'où sourd, encore, ce chant, cette culture, alors que le relai reste à faire ? D'où vient toujours la pierre ? Qui capte aujourd'hui la racine du pourtant, qui chiffre le carré du temps ? 


 

 

 

Panne de l'égalité. C'est le crépuscule de l'idole, et qui chante encore: la trahison est le coeur de l'amour6. La Cause, Elle, Révolution. La nation est le pic de l'inégalité, métastases d'humanité, mais nourrit aussi le karma des minorités apoptotiques, pouvoir des fragments, refondation. Quelle place alors pour l'anarchie, ce rêve d'une société libre, sans l'étouffoir de l'institution ? La même que celle des mots qui se couchent ici en lectécriture: quand je lis bien, mes tendons s'allongent7. Oui, voyager et écrire comme les chiens errent8, et cette force animale de l'étrangeté absolue de l'autre, désir et désastre, chance absolue: la vie.

 




1. Yasmina Reza

2. Dexter, apôtre de la zone grise... où les victimes restent toujours laides et repoussantes...

3. N. C. Ahl

4. R.-P. Droit

5. trou noir synesthétique / mondes intermédiaires de la perception / chaos

6. M. Schneider

7. van Vaffan, cité par J.-C. Gallotta, et aussi E. Swedenborg au XVIIIè: « chaque partie physique a sa contrepartie sur le plan subtil ». Mais la guerre du Prince Eric ??

8. E. Chevillard






 

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