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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 09:05

26 juin 2009 / 9 mai 2011 / 28 août 2011

 

 

le conte / les yeux / l'alcool


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L'enfant est incorrigible, l'humanité est captivante, nous reste un grand délire dont chaque valise fracassée rit au nez de l'un, réconforte l'autre, indispose l'institution. C'est une histoire de la famille, et me comprennent sans peine tous les nomades du livret de famille, tous ceux du luxe des blancs du temps, des ratures d'amour, des surcharges en marges. Remercions donc notre origine folle, tout en murant le silence vers la mère, cultivons nos coupables, vivons  le retranchement qui cuit à petit feu capricieux.

 

 

 

L'alcool les fait toutes maigrir, d'année en année, à date fixe; l'alcool leur vide les yeux, l'alcool les fixe, les transporte d'un trop d'eux-mêmes en ailleurs. J'ai perdu mes papiers d'identité, dit une autre non-née, peu de gens existent vraiment, nous sommes perdus et nous n'avons pas de téléphone portable, pleure l'autre en pleine foule. Dans une autre combinatoire du réel, je chanterai en danois au bord d'un fleuve, tous les fragments sont bien là, tous ré-employés dans ce « Grimm ! » quasi-hurlé qui me fit bachelier de rien, il n'y avait plus encore de fleuve, ce fut le dernier cri, après un « Moi Monsieur !» de strates sages, de maisons fantômes en pain d'épices. A ce stade, je dois paraître bien fou à graphomaner, et bien normal à vider mon verre, qui n'est pourtant que placebo d'inspiration, qu'obligé pour gagner la lumière de ce lieu, extase archaïque. Une voiture remplie de livres débarque à Marseille, et c'était bien un enlévement, pourtant elle était venue avant moi, « Mais... Eric ? ». A la terrasse maintenant, il y a aussi le Commandant, bien sûr il est très sympathique, mais seulement de profil, cette place est le réel-mosaïque de la ville qui tue: j'ai encore faim, et il me faut tout peindre. Mais un vieux maître-collègue désabusé s'est maintenant installé, il n'est plus irritant, il est bon prince mais toujours prince, guignol sympa, et c'est le nez et non plus ses lèvres qui sont lippues. Beau, cette lenteur d'assurance. Elle est la femme de l'ogre, et aussi une mère.

 


 

Ne jamais remercier l'enfant. L'amour est presque inhumain, la haine est coutumière, et dans le presque se perd le lien. Les contes forment un genre presque inhumain; de nombreux animaux rêvent, plus tard, plus tard, les langues apparurent chez les hommes1. Le rêveur – et tous les personnages du rêve – sont une troisième personne, comme la femme que tu cherches éperdument, que tu n'es pas capable de te représenter, qui est immatérielle dans le profond de la chambre rare de l'amour, le héros de l'amour est incapable de se représenter, il s'alluse, il s'équivoque. La femme merveilleuse est au-delà de l'imagination, elle est plus que réelle, presque divine: essayez de l'imaginer, votre femme merveilleuse, déjà elle fuit vers les attributs d'une autre, vos questions fusent, vous ne savez plus, la beauté qui se mirait en vous est au-delà. Au delà, comme le conte n'est pas rêve, avançons, le conte est dans l'entre-deux de la veille et du sommeil, une magie en demi-cercle, une voûte romane, l'abside du sein parfait surgissant soudain – mais pourtant présent depuis toujours – en ces faubourgs.

 

 

 

Bien plus tard le linguistique, bien plus tard l'érudition: le petit garçon regarda ce corps de héros brûler, brûler, brûler, l'ennemi jusqu'alors avait une forme. On ne lit pas un conte. On nous l'a lu. On nous a lu un conte. On nous a vacciné contre le monde fermé de l'histoire, mais la plupart d'entre-nous ont quand-même été submergés. On avait tous droit à notre prince. Entêtement, quelque chose à l'intérieur de la tête, qui ne devait pas céder le pas, une poussée plus entêtante que la conscience, souvent l'entêté avance seul. Seule la lenteur – ou la folie – permet bien de rester dans le conte: le vite d'une carrière embarque, débarque; les contes fondent, les contes ne peuvent se relier de trop-adultes à encore-enfant, la folie-famille seule relie d'émotion les non-mots, elle impose un au-delà du possible, qui fuit, les lents seuls sont d'attention extrême qui garde lien. Le conte nous regarde et nous comprend, le conte est notre envergure, le conte est hypericône, un imaginaire à facettes dont nous sommes, les psychanalystes voudraient toujours nous travailler au miroir2 alors que nous sommes soudés en plein Réel par tous les pores de ce miroir là d'Alice. Le conte est invisibilité sociale, la morale n'a pas à se conformer à l'histoire3.

 

 

 

 

 

 

1. P. Quignard, Grimm, l'enfant incorrigible, Le Monde, 26 juin 2009. Pour Quignard, la régression (ou l'origine) suit un flux -mot / Histoire / légende / mythe / conte / rêve-.

2. La psychanalyse est un matérialisme du sujet

3. E. Levinas, Au-delà du possible, Oeuvres 2, Grasset/IMEC 2009

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