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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 17:39

4/30 novembre 2011 

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Pourquoi cette colère froide de l'obligé en a-solitude ? A quand le possible du refuge en l'instant de matin seul et de lumière pâle ? Et ce traumatisme, de quel exil sinon l'unique, souffrance d'une migration de et vers le loin-à-enfants ? Y-a-t-il décompensation, mais alors ne s'agit-il pas de celle du mal-à-autres ? La pathologie du solitaire est un problème de santé publique qui ne souffre pas le trans-disciplinaire mais exige le regard de l'autre, l'émotion de l'autre, toujours à venir. On ne peut réduire la pathologie du solitaire à l'arrachement forcé - et imparfait - à une filiation obligée, on ne peut la réduire à une réorganisation au sein d'une trame sociale imposée; peut-être faut-il plutôt chercher une autre frontière, plus subtile, à la fois impossible séparation et nécessaire refuge.  Peut-être aussi faut-il replacer son traumatisme privé dans l'histoire collective, et voir sa propre pathologie en internalisation d'une violence ressentie et exercée par la société, violence qui en une autre époque aurait-été celle plus concrètement exprimée du colonisé ? Fanon, 1925-1961... Ces dates comme un décalage très léger, mais irréductible, de la mère au soi.

 

 

 

 

Colère, donc, du colonisé1: un non-dit qui me fit pénétrer le logocycle psychanalytique, celui-là qui un temps m'apparut sans règle, comme une quête non bornée vers le processus primaire, par les chemins creux des seuls mots pleins. Il me fallut alors une autre marche encore pour savoir la démarque, entre le tout de l'avant du dire et le mourir de l'écrire, pour voir - au-delà du cycle impératif et infini de l'association - la pelletée arrachée au réel et qui croît l'entre-mot. En ces temps-là le solitaire envahi par le silence risqua bel et bien la purée verbale, mais surgit le poème, sa beauté, sa violence, les mots qui y importent peu. La révolution permanente en devint non plus celle des mots mais celle de l'ego, déplaçant-créant le sujet à l'accord vibratoire originaire, et alors l'exil-naissance ne fut plus que secondaire, l'unique de l'éon en était bien son singulier, et l'arrachage était d'un tout qui n'était plus absolu immuable, mais fluide et immun2.

 

 

 

Alors l'étrangeté, l'étranger, le racisme, cette énergie perdue là, libre du lien perdu, du lien livré au vide, et qui nourrit la violence, qui enfle la colère, dans cette illusoire de s'approprier à un soi-même que l'on fige3, cette énergie-là qui n'est aussi bien qu'amour même du fou, cet amour que personne ne peut s'approprier, tout forcé à partager entre des quartiers réservés de contrepoints immuns qui s'affolent, alors l'aliénation réside dans la tentation de ne s'approprier qu'une forme, et qu'on dit vite noire, et qu'on dit déjà  autre, dont on ne s'approprie que la tunique externe, la contenance aussi devenant contingence, et seul règne l'exil de l'intermédiaire.

 

 

 

Colère vive, oui,  plutôt que pourriture coloniale5, où déjà on aurait rejoint le salon de l'après, celui  où l'on feint d'oublier l'autre absolu, dans l'illusoire d'une compassion des formes. Il y a bien un trouble commun, mais les infusoires y ont des noms. Dans l'émoi et non l'amnésie de tous ceux d'après-guerre et qui tentent de rester enfants, comptant sur ce trouble, l'amnistie parentale fut pour moi levée bien avant, j'étais déjà plus loin, mais par qui, comment, et quand ? Par ce Tout-Monde par qui l'auteur appelle à l'insurrection6.

 

 

 

 

Un écrivain ne doit pas faire lire ses livres à ses proches, l'analyse n'est pas un compromis, le couple n'est pas une psychanalyse, mais il vit par les bois magiques du Tout-Monde. Le bonheur est une beauté qui ne frissonne pas que de la surface mais passe à l'interface qui se meurt de joie. Le papillon s'attrape bien mais quarante années plus tard, de violence, de douleur, d'exil7. Outrecuidance ? Le génie est un voyage des langues, et je n'ai qu'un seul filtre, maternel, qu'il me faut tourner, travailler. Mariage, famille, ces résines, où nous voyageons pourtant, les ailes raides et incluses, à l'immense du sourire échangé avec le fugace et sa beauté, à vivre contre les siens, en bahut ivre qu'il faut disloquer, le pied juste soutenu d'une fiche de paye ébauchée. Mettre au plan, soutenir l'attente, ce perpétuel réemploi; burka, voiles, autant de cicatrices de guerres, de frontières en abymes, et qui se déposent en genre, cette altérité primordiale, l'après-guerre est toujours supportée par la femme, qui colporte la blessure du monde. Reste alors pour elle le possible douloureux d'un processus de réparation, de guérison, de pansement par  la main, presque professionnel, loin des mots, loin des histoires qui disent-pèsent, et de tous ces mensonges4.

 

 

 

 

1. F. Fanon, Les damnés de la terre

2. L'immunon  est notre particule fondamentale et improbable.

3. Car notre contrepoint, qui seul définit le sujet, est fluide et dynamique

4. G. Réal, Mémoires de l'inachevé

5. A. Jenni, L'art français de la guerre, 2011

6. E. Glissant

7. V. Nabokov, Autres rivages

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commentaires

Fred Milongeroz 13/12/2011 15:34

Nous prenons bien la même direction!
Bienvenue à bord du Sarmiento