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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 17:20

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 Langue du filtre maternel, bien sûr, filtre générationnel, qui vient pourtant par cette même génération d’une origine, et nous en sépare en même temps… Et si le conscient était structuré comme une langue, et co-évoluait avec elle ? La langue, ce sont d’abord les failles de l’entre-signifiants du langage; la langue c’est une absence de logique, aussi, alors que les associations de signifiants sont régies par ces règles logiques de l'exclusion; la langue est un crible qui nous perd et nous sépare du réel dans un processus quasi-aléatoire de méïose culturelle; elle est une contagion par ce que nous avons tété, et qui nous rend immun à l’objet, dans notre aire linguistique, qui n'est plus tactile que par les quelques facettes culturellement survivantes.


 

... des mots qu'on avait oublié d'inventer à cause de notre enfance (malheureuse)...

H. - F. Thiéfaine



Cette séparation au réel nous pousse, en retour, dans l’espace du poème (ou dans les paradis psychodysleptiques), en ouvrant les « portes de la perception », rendant chaque objet accessible en continu et non plus sous les angles partiels de cette déconstruction par la langue – étrangeté et beauté de l’objet « plein », retour au direct de l’objet, au toucher primordial – car langue, vision, audition de par leur construction ne permettent que des images médiates et discrètes, partielles. Le poème est bien ce magnifique "pas-de-porte" dedans/dehors, cette  véritable absence de porte vers l’objet, et présence à lui pourtant mais enserré dans  la langue qui engrange, range, réserve, sépare germes des pailles.

 
On devrait pouvoir - de quels exercices s'agit-il là ? -, de la naissance à la mort, évoluer dans sa langue, s’autoriser à changer de langue, pour « échapper » au filtre généalogique et atteindre au réel ; poésie, manie, peut-être aussi ; construction progressive, comme le fit J. Bousquet, d’un langage entier du contrécrire, langage du noir de source du corps, de cette chair libérée de la génération, d’où se dégagera, l'œuvre avançant, l'inutilité de la plupart des paroles; on devait chacun tenter de faire évoluer notre langue maternelle vers cette méta-poésie qui devient alors mode de lecture, et non plus d'écriture, vers cette 3D d'une encre que la représentation ne contrôlerait plus. Le réel nous offre un certain délire, vers le paléo-language inclivé de l’objet, la mère nous donne une langue qui nous clive mais nous préserve d’un certain délire... Jeu entre le délire du réel et le clivage du mot: comment remonter au sens plein sans s’effondrer dans le non-moi, cette question princeps de la quête mystique, gnostique, poétique, psychanalytique peut-être aussi…


 
Trouver son langage-ruban de Moebius,  capable de dire le dedans, et de revenir au dehors, sans solution de continuité, sans distance ; poésie, chamanisme… Dire les pôles de chaque mot, ces pôles qui se donnent par la logique des interdits du signifiant-découpe; alors chaque mot peut redevenir cette flexion-torsion moebusienne qui donne au réel... Chaque mot, ce multi-pôle  maquillé de logique, par qui la mère nous préserve du délire mais nous clive, doit redevenir moment dynamique d’un ruban de Moebius d’une langue pleine du toucher de l’objet, ainsi progressivement détouré.


 

La mixite à venir de ce monde migratoire, et le métissage linguistique par-delà les océans de dispersion, est sans doute espoir de retour. Si l'on préserve et associe les plus grandes différences. L'intégration, l'assimilation, sont les outils de la pauvreté, de l'isolement et de l'oubli.





 
 

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