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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 16:37


(attention à la marche: dégel)

 

 

"Cher Bobologue, en ce mois mémorable, reçoit ce petit ouvrage parlant de contrées que tu apprécies". Le même jour, curieusement, je la retrouvai juste à point, car chez elle on ne voyage pas sans piscine, et en bas de la montagne il faisait bien chaud: "Vous savez, je ne suis pas d'ici", me protégè-je d'abord, mais rien n'y fit, des dragons gardaient les pentes, protégeaient notre seuil, alors je grimpai. La cuisson fut parfaite, drôle de recette. Inédit.

 

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Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à cotoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr.


Nicolas Bouvier

 

 

 

J'y suis, en plein dedans. Or nous n'avons accompli ni exploit, ni première, nous n'avons été que des touristes un peu plus étourdis que les autres. Nous savions que le temps de l'inconnu était passé depuis longtemps. On en voudrait bien, du confin, on se figure parfois en avoir déniché un petit, on y va, on s'enfonce dans la jungle, on tombe sur un raid Nouvelles Frontières. Mais la Haute Asie est un confin spécial: non pas un confin du bout, un confin du centre. Nous y consacrons énormément d'énergie à faire du surplace.


 

Je ne sais pas ce qui, de la mystique au canular, nous a conduits au Tibet. D'abord, au tout d'abord, Eliade abordant Ceylan par le large, la fournaise qui exalte les odeurs, tout ce qui diffuse, tout ce qui monte, tout ce qui cuit. A l'origine, l'odeur, donc. Puis la montée. La route est bien un lieu, un monde à elle seule, une société avec ses aristocrates et ses parias. La route vers le père, dès l'enfance, ne cesse de se contredire, jouissance de vivre dans un égarement, on devait la suivre à l'odeur, et nous étions chez nous. A une limite précise, le principe de moiteur fait place à l'ascendance du sec, les états de la prolifération à l'empire des étendues vides: une durée blanche, indéterminée. Golovanov de la montagne, col tantrique, attrait, nous n'avons pas pu ne pas aller vers elle: la grande passe.



J'avais toujours tenu à promener mes amours sur les routes, vers le sans obstacle, vers le secret, te rendre princesse de ma tente. Mais, arrivé à Shangri La,  je commençais à en prendre la mesure: la capacité d'une civilisation (occidentale) à admettre l'autre est en raison inverse du degré d'asservissement des femmes. L'articulation du féminin et du masculin est libératrice. Leur exclusion mutuelle, tyrannique, goût pour la souffrance. On a tiré un rideau blanc sur la scène de nos exploits tantriques qui n'auront pas lieu, l'au-delà est bien un parfum, je suis seul dans la beauté, je tente de retourner là-bas, il faut fatiguer le langage pour parvenir à se débarasser de lui, et il me semble encore qu'il y  a de ça dans ce qui nous pousse à écrire cette familière intensité de l'émotion toujours à venir. Car nous avons l'impression, dans le peu de veille qui nous reste, que le monde réel n'est qu'une étrange intermittence du sommeil

 


 

Qu'est-ce qui nous empêche de rester éveillé ?

Une chanson peut faire rêver comme un beau tableau, mais c'est épuisant

quand on consomme à haute dose - C'est peut-être pour ça que nous préférons souvent dormir

ou nous activer en attendant la secousse finale.

Graeme Allwright

 

 


 

Pierre Jourde

Le Tibet sans peine 

Gallimard, 2008

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