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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 14:52

Qui sommes-nous croyant connaître les autres ? Derrière moi une vieille oui-oui dit la chance de Semprun à Büchenwald, et moi je le dis proche  du "musulman" du mort qu'il faut. Qui sait, qui déconne, qui fusionne ? Une chose est sûre, je suis le "musulman" des bobos. L'amie grecque de oui-oui adore la musique mais pas les politiciens. Bien sûr, bien sûr que Jorge Semprun était dans la "zône grise" des camps, celle qui communique et qui imite, et c'est bien pour ça que nous sommes ici, devant lui, dans cette marge à atteindre, qui blesse ceux restés en blocs, totalement dedans ou excessivement dehors. Les copines bobos m'empêchent de lire: alors j'écris. Il y a assez peu de monde ici, il discutait dans le hall, où sont les attirés ? "L'orchestre n'est pas en plein air", assène la Grecque: il faut louer, il faut réserver, il faut l'église. Inondons les extérieurs. Ecoutons. Amis du musée, ne m'accueillez jamais, s'il vous plaît. Mais il parle, enfin.

 

stretch

 

 

  conférence de  Jorge Semprun, Montpellier, 25 mars 2010   

 

 

 

 

Une pensée au-delà de l'horizon pour l'Europe d'hier et d'aujourd'hui. Une tombe au creux des nuages: Weimar, la ville de Goethe, est très proche de Büchenwald, et depuis des décennies Jprge Semprun évitait les commémorations. Le camp libéré en plein fonctionnement par l'armée US en 19452 fut utilisé jusqu'en 1950... par l'URSS... En 1992 il y revient pour la première fois, il n'avait pas envie, il avait dit non, il rappelle pour dire oui, pour finir son livre plus facilement, il y retourne pour pouvoir parler, plus loin. Le crématoire est toujours en haut de la colline, et, en bas, la jeune forêt masque les fosses du camp stalinien. Nous sommes bien en plein centre nerveux de la mémoire de l'Europe et il ne s'agit pas de cognitivisme, il ne s'agit pas d'image, il ne s'agit pas de passé ni de projet: mais d'un lieu. Le lieu de la mort, ce maître de l'Allemagne nazie, de l'Espagne franquiste, de la France vichyste. Les mots sont ceux de l'initiation, l'allemand est la langue de sa formation intellectuelle, mais ici c'est un lieu. Marx, tous les poètes, et tous les philosophes, Levinas dans son introduction à Husserl et Heidegger, l'allemand n'est pas la langue des SS. De 1920 à 1930, l'Europe est celle de Marx, Freud et Einstein, et certains même d'évoquer une nouvelle Jérusalem en Allemagne... Hurla le nazisme, et cette culture là est aujourd'hui l'absente d'une Europe qui s'exprime en anglais: le nazisme a tué une culture européenne, nous vivons en a-culture européenne. Crématoires et Autodafés. Mais déjà Heidegger avait effacé la dédicace au juif Husserl de son oeuvre Etre et Temps... Et Brünschwig, ce grand maître intellectuel s'il en fut en France, fut victime de Vichy. Hüsserl, Brunschwig1 et Blum: une même idée de l'Europe. Semprun n'est pas juif, il est résistant, il est combattant, il constate l'amputation de ce qui était un moteur intellectuel - et non marchand - de l'Europe. Aujourd'hui les ados, avec l'outil de la monnaie unique en poche, pratiquent l'Europe, mais sans aucun sésame intellectuel et sans aucun projet éthique: parce qu'ils circulent dans le tissu cicatriciel de cette plaie, dans la fibrose inactive de cette amputation. Mais comment maintenant inciter le retour de la pensée en Europe ? Quelle évolution de cette idée de l'Europe construite autour d'une pensée à reconstruire ? La crise profonde de l'Europe est là: elle s'était construite "contre", contre le fascisme, le nazisme et le monde soviétique, aujourd'hui les particularismes nationaux ré-émergent, seuls repères dans la mondialisation et l'a-pensée. Retrouver une âme: quelle est l'envie et la vision de la jeunesse ? Cet "autre chose" que l'échange par le commerce ou les armes, et que disait Hüsserl...?

 

 

 

...mais déjà-encore devant moi un auditeur fatigué lit "mes ordonnances alimentaires"

du Dr Bien-Etre personnel... 

 

 

 

 

1. J. Brunschwig, L'esprit européen

2. L'objectif militaire était Weimar, pas le camp, qui, contrairement à Auschwitz, libéré en janvier par l'armée rouge, n'avait pas été évacué, et contenait plusieurs dizaines de milliers de personnes. Des déportés, dont Jorge Semprun, prennent les armes, détournées par la résistance communiste du camp à la faveur d'un bombardement allié sur l'usine de V2 du camp en août 44, et attaquent les miradors à l'approche des Américains, le 11 avril 1945. 

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Published by panopteric
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