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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 18:58
SHAKTI
(çakti)
(puissance1)

1) puissance, force, énergie

2) pouvoir divin, force consciente du Divin

3) manifestation d'un pouvoir de la conscience et de la force suprêmes (selon Aurobindo)

5) la Mère divine, source de tout pouvoir

6) parèdre et puissance de manifestation et d'action d'un dieu particulier, représentée comme une Déesse (Shakti est également le nom de l'épouse d'Indra; certaines Upanishad  la décrivent comme parèdre de Shiva)

 


Par extension, la shakti désigne l'énergie dynamique féminine, ou principe actif, des divinités du panthéon indien, le principe mâle devenant passif dans son rôle de semence ou d'essence. Dans le tantrisme, la shakti est identifiée à la kundalini. C'est la fusion totale des deux entités, masculine et féminine, conjonction des principes opposés (çiva et çakti, Purusha/Prakriti de la philosophie du Samkhya, etc...)4, fusion physique, mentale et spirituelle, qui permet le dépassement du monde phénoménal et l'accès à l'énergie suprême, hors de toute dualité.

 

 


La shakti est la femme célébrée par le tantra, la déesse, la dépositaire de l'essence féminine, la magicienne de l'amour, celle qui explore les aspects inconscients de son être, celle qui accède au fondement ultime de l'être femme, à son trésor, à son secret. Trop souvent, ni l'homme ni la femme ne perçoivent cette possibilité latente, et la femme est pour l'homme un objet sexuel, une proie, une collaboratrice; quand il veut la sublimer l'homme regarde la femme à travers l'idée d'un éternel féminin. La femme, elle-même, se dénigre et se dit qu'elle n'est ni divine ni mystérieuse, que tous ces qualificatifs sont des inventions de l'homme, mais il n'en reste pas moins qu'elle est habitée par une force créatrice, par le pouvoir de donner la vie.

P. Salomon2


Les hommes, ayant une peur éternelle des femmes,
 se condamnent éternellement à ne presque rien savoir d'elles.
Les femmes ne sont pas tout-à-fait Dieu.
 Il leur manque très peu pour l'être.

C. Bobin, Le Très-Bas
 Gallimard, 1995


Pour qu'une relation sexuelle retrouve sa dimension cosmique et sacrée, il faut que l'homme considère sa partenaire comme une déesse, et inversement que la femme se dirige vers l'homme en le voyant comme shiva, dieu incarné. Cette condition est réalisée quand deux êtres sont amoureux
et qu'ils "subliment" les qualités de leur partenaire; mais l'exercice tantrique permet de se mettre constamment dans cette attitude. L'homme tantrique s'unit à la totalité physique et psychique de la femme. Par résonance avec l'émotion sexuelle intime de la shakti, il conduit tout son corps à vibrer, à devenir organe sexuel au lieu de limiter sa seule excitation au pénis3. Le tantrisme correspond à la révélation que la sexualité est source de religiosité, que le sexe contient un secret essentiel indépendamment de la fonction de reproduction: par le sexe l'humain a une voie d'accès au divin qui est enclos en lui, l'énergie sexuelle n'est plus subie et libérée anarchiquement comme une pulsion vitale: elle est maîtrisée, recueillie, conservée, élevée, au lieu d'être déchargée et dispersée tristement.

P. Salomon2



La rétention du sperme, voilà la clef du mystère pour Guy.
Limer sans fin, éjaculer à l'intérieur,
 et ressentir au plus profond l'orgasme d'une femme,
programme excitant des nuits auprès de Sunshine au royaume de Siam.

F. Armanet, Kung-Fu (l'amour est un sport de combat)
Grasset 2007


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1. J. Herbert et J. Varenne, Vocabulaire de l'hindouisme, Dervy, 1984
2. P. Salomon, La femme solaire. La fin de la guerre des sexes, Albin Michel, 1991
3. Ce que n'ose pas envisager la psychanalyse encore: pour Lacan, en effet, l'orgasme masculin est toujours partiel, phallique, seule la femme pouvant atteindre à l'inclivé de la petite mort. Il n'y a, pour Lacan, que de jouissance du corps, au sens juridique du terme, et le Réel est cette expérience de jouissance (celle des éprouvés du nourrisson, de la "montée de tension" freudienne", du "forçage" lacanien; cette dimension de la jouissance est présente chez le psychotique, chez qui il n'y a pas clivage des jouissances; dans la névrose le corps est en partie "nettoyé" de la jouissance). La jouissance phallique, génitale, résiduelle du clivage, n'est que partielle, renoncée, asujettie. Il n'y a donc pas, pour Lacan, de rapport sexuel, la jouissance phallique n'est pas un rapport sexuel, elle survient hors du corps, sans fusion. Ce que Freud exprimait lui par: "homme et femme n'existent pas dans l'inconscient".
En Orient, la cause du corps des amoureux est le MANÂS, soudure des sens doublée du lien sensoriel amoureux, qui permettra la transmigration de ce corps fusionné...
4. La véritable union sexuelle est celle de la kundalini avec l'atman. Le purusa (le sujet percevant) est voilé par la maya, mais la prakriti (la nature, la constitution) est "dynamisée" par cet "instinct téléologique" entiérement tendu vers la "délivrance"
(M. Eliade, Patanjali et le yoga, Seuil, 1962); la jouissance (bhoga), c'est de ne pas apercevoir la différence entre l'être (purusa) et l'essence (sattva) (F. Zimmermann, Philosophindia).

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