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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 17:44

 

 

La femme, une archi-écriture

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Pour Lacan, l'homme serait l'esclave du semblant (un discours de la parade), tandis que la femme serait plus proche d'une épreuve de vérité, d'une sorte d'"archi-écriture" (discours de l'inconscient, de la jouissance à l'état brut) qui lui permettrait d'échapper au semblant1. Lacan s'inscrit là dans la déconstruction des mythes de domination masculine, psychologisation outrancière du complexe d'Oedipe, telle que dénoncée par Deleuze et Guattari. Influencé par Derrida, il abonde donc dans la non-complémentarité des deux sexes, contrairement au courant existentialiste qui lui remet en cause la différence des sexes. 



Qui me dira les mots d'amour qui font si bien du mal ? Qui me tiendra quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui viendra me dire l'enfant
2 ?

 

 

"Tu es ma femme" est l'une des paroles les plus importantes qu'on puisse prononcer3, alors que dans la "communication" moderne on ne fait plus que répéter des mots déchargés d'affect. Peut-être dirait-on plutôt "je t'aime" aujourd'hui ? Mais il y a alors un mélange d'invérifiable (qu'est-ce-que ça veut dire, "je t'aime ?" On ne le sait pas, mais le dire a du sens, et une fonction), et de sens unique. Y-a-t-il un équivalent masculin à "tu es ma femme" ?

 

 

Pulsion de plaisir de Freud, qui porte en germe son insatisfaction,

désir de Lacan:


Dans la jouissance de l'amour se mêle une souffrance très réelle quand on aime fortement: l'impuissance de pénétrer l'âme de celui qu'on aime. Dans les courts instants du plus entier abandon intime et de la confusion des deux amours, on est en possession du corps, mais on ne possède de l'âme que ce qui s'échappe par les yeux et ce que la parole en livre. Mais ce n'est pas encore l'âme tout entière (...). De là l'immense tristesse, inexplicable, qui se glisse dans les moments des plus intimes épanchements, et qui domine la fin des plus vifs moments de bonheur. Ce n'est pas la saciété mais l'irrésistible désir d'aller au-delà et je ne saurais m'expliquer pourquoi je n'ai désiré plus vivement mourir que quand j'étais heureuse...


Amélie Ozanam, deuxième moitié XIXè4


 

 

 

"Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour" disait P. Reverdy dans les années 30: l'amour ne serait perceptible que par les traces, les blessures des flèches d'Eros. "Pathos", passion, et ses deux sens, Amour fou, maladie, et martyre. Cet Eros "qui nous prend pour cible à son heure et à son gré"5, cette force étrangère à nous-même, qui dépossède le sujet amoureux, et dans la même trajectoire nous fait posséder l'autre. Transe amoureuse des poètes antiques. Sujet transi qui croît, érotomane, dans son sentiment océanique, au bord de la psychose physiologique, faire un avec l'autre. Et qui dit je t'aime. Je... Je ? Mais les mots font leur oeuvre. Mythe de la dévoration de l'autre. Folie et martyre. Mais vous: disiez peut-être mariage, couple, pacs, social, sécurité, arrangement, habitude, appartement, nécessité, vide à combler, besoin: l'amour-échange, où chacun demeure lui-même. Demeure. Toit. Cas commun. Pas toi.

 

 

 

 

 

1.Elisabeth Roudinesco, Théorie lacanienne de l'amour, à propos du livre XVIII du "Séminaire" (1970-71), Le Monde 18 janvier 2008.

2.Qui me dira ? in musiques de Lelouch

3.Jacques Lacan, Le mythe individuel du névrosé, Seuil, 2007

4. Citée in Alain Corbin, L'Harmonie des plaisirs, Perrin, 2008

5. Jacques Lacarrière, préface à Calligraphies d'amour, Hassan Massoudy, Albin Michel, 2002 

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