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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 18:52

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Nicolas Weill nous présente dans Le monde des livres du 31 mai 2013 les travaux du psychosociologue Harald Welzer (Grand-père n'était pas un nazi, et Soldats. Combattre, tuer, mourir, tous deux traduits en français chez Gallimard). Ce chercheur se pose la question: notre société d'aujourd'hui peut-elle prendre une voie totalitaire ? Il nous met en garde contre la tentative qui prévaut encore chez nos dirigeants, c'est-à-dire l'ancrage en nos consciences d'un "plus jamais ça" en norme de pensée quand on évoque les délires dictatoriaux du XXème siècle, et une voie de la réconciliation entre des nations pourtant toujours régies par l'expansion économique... antinomie, oxymore !

 

 

une société stable est une illusion


 

Reprenant les thèses d'H. Arendt sur la "banalité du mal", mais pour les utiliser en projection, décrivant par exemple le commandant d'Auschwitz  en ingénieur social, en expert technocrate, et certes pas en psychopathe, il nous fait comprendre que la marche vers l'horreur dépend surtout du cadre conceptuel dans lequel oeuvrent soldats, employés de bureau, politiciens, technocrates, et tout-un-chacun, que l'holocauste est une potentialité sociale, car notre cadre conceptuel est toujours le même: un mode de production fondé sur l'exploitation infinie des ressources. Il s'agirait, la crise étant bel et bien enclenchée (et les nations ne pouvant plus utiliser des ressources bon marché dans des contrées géographiquement éloignées et mises sous tutelle économique, mondialisation oblige), oser dire cette crise (aucun de nos archéodirigeants en place ou potentiels ne fait le pas !), changer de paradigme, plutôt que de croire pouvoir générer encore plus de croissance, ce qui met justement en péril social la "société des nations".

 


 Le "plus jamais ça" n'est pas un rempart adéquat face au potentiel d'holocauste de la modernité. H. Welzer met en évidence le hiatus entre la mémoire officielle et les récits qui se transmettent dans les cercles privés; qu'on écoute aussi ces groupes éructant, bavant la haine et le rejet de l'autre (manifestations homophobes aujourd'hui) qui prennent l'habitude de se réunir dans les rues... Nous sommes bien là en présence de potentialités sociales d'un nouvel holocauste. "Réconcilier" les peuples, ces fables mythiques, dans un processus qui persiste à cultiver l'idéologie nationale, qui continue à dresser des entités les unes contre les autres économiquement, laisse couver la braise où périrent tous les dits "allogènes", "différents", résistants à la norme, tout au long du XXème siècle. Un appel aux citoyens du monde, à l'indignation !


 

Imposons le modèle culturel de l'indignation cosmopolite !

 

 

Aujourd'hui, faute de critique des frontières, ces cicatrices vives des guerres, le monde est fait de relations entre états schizophréniques, comme le note A. Frachon; la mondialisation gomme la distinction entre ami et ennemi, mais c'est le social qui est contraint et qui souffre, et explose, ou dérive dans ce monde multipolaire mais inapte au lien...

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Published by panopteric - dans révoltes de papier
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