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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 16:38

Existe-t-il une pensée Badiou, ou un Heideggerisme remétabolisé, un préplatonisme redécouvert ? La modélisation vers le Mathème est-elle hyperlecture lacanienne1 ou apport ?

 

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La voie du mathème1 plutôt que celle du poème ? Le sujet en entrecroisement de l'être, que l'on voudrait accessible de par ce mathème, et de l'événement indiscernable. A la question philosophique sur l'être, une réponse: « les mathématiques tiennent le discours ontologique2 », et Badiou s'érigerait en anti-Russell ? Mais la "diagonale de Badiou" est un enchevêtrement, une circulation, et non un choix, entre 1/la question ontologique, cette déconstruction de la métaphysique, cette recherche du savoir plutôt que de la vérité comme l'a argumenté Heidegger, le « dernier philosophe »; 2/la révolution mathématique, logique, qui cherche un transmissible, une rationalité scientifique; 3/ des processus pratiques, des opérations, une doctrine post-cartésienne politique, analytique, marxiste et freudienne, une vérité à l'épreuve d'une subjectivité, car toute effectuation ontologique (sur un savoir) est désubjectivante (le sujet en royaume des représentations). Y-a-t-il une ontologie poétique selon Heidegger, dans une hantise de la perte de l'origine, et une ontologie mathématique, déductive, vers cette énigme, cantorienne ? Il y a en tout cas, en base de la philosophie, un noeud être / non-être / pensée.


 


 La Nature est l'offrande de ce qui est voilé, l'Idée est le côté évident de ce qui est offert; le virage platonicien sera la restriction à l'idée, cette découpe de l'apparaître; quand l'idée est prise pour l'être de l'apparaissant, commence le « déclin », cette trajectoire d'oubli de la Nature « objective »8, cette substitution du manque à la présence. Eriger la soustraction: l'éclosion du réel devient le défaut d'être. L'idée mathématique, plus particulièrement, relèvera de cette découpe; le « mathème platonicien »9 est une disposition séparée et oublieuse du poème préplatonicien. Heidegger propose de différencier la voie originaire poético-naturelle du non-voilement (« initiatique ») et la voie mathématico-idéelle, clôture métaphysique, pas premier de l'oubli (« transmissible »); Badiou proposerait une autre disposition de ces deux voies, apparues dans une multiplicité de site (Chine, Inde, Egypte,...), tandis que l'ontologie (occidentale) n'est qu'historicité des enchaînements mathématiques, et labeur du texte10, corrélative d'une nostalgie de la présence et du repos... L'être (Nature) en stable du se-tenir là, du tenir-ensemble, de la con-sistance; l'existence en instabilité, marche, ontologie, corrélation, inférence.



 

 

Les procédures génériques
Mathématiques. Paul Cohen3 1963, mise en miettes de la théorie des ensembles , une révolution intellectuelle à vecteur mathématique, base de L'être et l'événement, nous dit Badiou. Elaboration de la théorie de la généricité. Il existe quatre procédures génériques, amour, art, science et politique, pour une instance finie qu'est un sujet; une procédure générique est la venue au jour d'un indiscernable du temps, d'une vérité de son être. Il y a un mystère de ces procédures, renvoyé soit au domaine du représentable (le savoir), soit  dans un au-delà transcendant de leur Un (l'espérance révolutionnaire, la fusion amoureuse, l'ek-stase poétique,...). Les procédures génériques sont indéterminées (indiscernables, innommables) et complètes5, et un sujet ne se supporte que d'une procédure générique6; il est un moment fini de cet avéré. Badiou en matheux mystique, en ontologique extatique; les mathématiques en... technique archaïque de l'extase !! Une vérité, artistique, politique, scientifique et amoureuse, et une torsion de l'être dans le tissu des savoirs, torsion enclenchée en un point déterminable par les mathématiques, plus accessible, et plus univoque, que par la poésie.


 

Les failles nécessitent des lieux. L'extase et l'effet de bord du générique peuvent-ils résister à la fermeture physique du livre papier, au reflux des mots? En tout cas persiste la circulation, entravée pourtant de toutes les encyclopédies disponibles. Divers indices empiriques attestent que l'amour existe, l'amour fou existe  pour les mathématiciens, faut-il arrêter la suite (géométrique) ? Virus castrateur, inflammation et déprime du sujet, dilution au tout d'un amour en sens unique, archétype de séparation fébrile, il nous reste à établir l'intégrale-retour du processus générique d'amour, de l'alpha du social à l'omega de l'expérience. Nous n'avons aucune structure, nous la recréons chaque jour, Dieu est processus.

 


Le générique, donc, est l'indiscernable qui nous fonde. Il est soustrait au savoir, à la nomination exacte (une vérité est toujours ce qui fait trou dans un savoir). La procédure générique est fidèle, fidélité post-événementielle, militante; le savoir lui, ce langage, ignore l'événement, développe une encyclopédie de la situation. La vérité n'échappe au classement du savoir (qui dit le vrai mais pas le véridique) que si elle est infinie: une vérité est une partie infinie de la situation. Structure en abyme, donc, de la vérité et du savoir, et le processus générique à l'émergence du sujet. L'événement rencontre (« l'amour fou ») ne modifie pas la procédure fidèle générique amour; les épisodes existentiels ne sont que des conséquences, ou des conquêtes, des procédures génériques7. Un réseau de procédures fidèles, des événements en grandes mutations conceptuelles, en césures historiques, mais la génération de vérités est soustraite au savoir; toutes les autres pratiques (le « service des biens »), plus ou moins intriquées au savoir, ne génèrent aucune vérité. Une procédure générique fidèle (PFG) va à l'infini, ce qui implique un remaniement de chaque situation: l'art, la science et la politique changent le monde, mais par ce qu'ils y indiscernent.

 

 

alors, cette voie générique vers l'inaccessible mathème: simple outil, ou substrat d'une pensée ? (à suivre)

 

 

 


Notes

1. Ecole de la Cause freudienne: le mathème est l'idéal de l'enseignement de la psychanalyse, il serait cette écriture, trouvée par Lacan, qui répondrait le mieux au discours analytique. Le mathème est " fixion " de ce qui du réel échappe toujours au dire. Avec le signifiant, ce n'est jamais ça ! Ce dernier ouvre à d'autres signifiants, à l'infini. L'analysant, en fin de cure, en fait l'épreuve : il a à lâcher cet amour pour le signifiant où s'éternise son amour de transfert; le terme d'une analyse, la passe, supposerait d'arriver à savoir ce que veulent dire ces mathèmes pour soi, dans la singularité de son propre cas; de rendre compte de la façon particulière dont le réel en jeu s'est fait présent pour soi, la façon dont le sujet a cerné, de manière singulière, le savoir vidé de sens et de jouissance, pour atteindre un point de réel.
Pourquoi miser sur cet idéal du mathème, sur cette intégralité, alors que par ailleurs on sait qu'il n'y a pas de métalangage et que la vérité ne peut que se mi-dire ? L'objet a, l'invention de Lacan, qui entre dans nombre de ses mathèmes est l'objet qu'une science analytique peut se donner. (Le concept de mathème  renvoie au) bilinguisme foncier de la psychanalyse, entre poésie et mathématique... (Ce même bilinguisme réel/sujet, entrelac dont Badiou propose une "nouvelle" formalisation de l'approche )

2. Ontologie: science de l'être-en-tant-qu'être

3. Démontre, utilisant la méthode du forcing,  que l'hypothèse du continu est indépendante des axiomes de la théorie des ensembles (Wikipédia)

5. …des procédures sociales certeauliennes aux procédures génériques « ineffables » de Badiou... L'oeuvre de Certeau matérialise dans la poussière des jours sociaux, effet Tyndall, la torsion de nos procédures génériques constitutives.

6. Voici donc une formulation mathématique de la consistance, cet influx de réel qui gagne la sous-enveloppe, cette rencontre Purusha/Prakitri...

7. Vibration primordiale de l'être, cet éon clivé du tout et en perpétuel retour; route des « noeuds-coïncidences » et Maya de leurs représentations. Et la mystique ne serait que l'intégrale de la procédure générique, du sujet vers l'être: voilà bien comment de Certeau pressentait sans doute l'élaboration de la mystique en science expérimentale...

8. Heidegger, Certeau, Green, hindouisme, etc...

9. Et Badiou ne semble pas « passer outre la condamnation lacanienne du platonisme »

10. L'idée en quelque chose du péché originel qui soustrait au règne de la Nature et condamne au mille langages sur le tout, Babel vers l'origine... Le sujet dans une vision topologique du labeur nostalgique, vers l'originaire, et du labeur évolutif, vers la supraconscience...

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