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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 19:11

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Notes de voyages autour de:

Bruce Bégout
Le ParK

Allia, 2010 

 

 

 

 

 Peut-être le déjà-vieux: car ce papier tient de de Certeau, en s'en défendant, mais le moins possible. Un parfum d'usurpation chez Bégout2, donc, en première approche, mais une totale fiction était étrangère au maître de l'entre-deux. Le Park n'est par ailleurs qu'une relecture biopolitique foucaldienne de Malaise dans la culture, mais on ne s'y ennuie pas, oh non, pas du tout, merci !

 

 

 



I. le poète, II. Le pervers (une expression fidèle de ce qu'il a vu4)


Pourrait être le tome II, reliure plein cuir, de Végétal5, pensai-je en premier abord. J'y reviendrai. Je m'égarerai, mais l'auteur m'avait bien rejoint, l'architecte souffre d'un arbre pacifique qu'il n'a plus qu'en lui, et avant de mourir au petit délire de la famille et à l'immobile du social, cette maladie est bien la source, et le débat de ce petit livre devient: où est le sens de circulation du mal dans ces racines internes, bien physiologiques ? Car sur plus de trois mètres de haut se dressait maintenant l'ectoplasme translucide de la tumeur cérébrale: elle se propageait de ville en extrême, jusqu'à ce que l'on sache cet interne de l'architecte, seules les racines du chamane comme celles du jardinier, n'ayez pas peur l'un de l'autre, seules ces racines voyagent de strates en strates22, elles sont  bien cette pensée à développer, cette supra-conscience qui perce-joint le comportement, la pensée,l' affect,le  noir de source: la douleur végétale6 en est le centre7.

 

 

 


Le bordel du monde est dans le terrain vague rescapé entre une cité et un échangeur autoroutier, il renferme toutes les instructions pour survivre à nous-mêmes8, il est ce parc d'attraction et de répulsion9, fréquenté par ceux qui ne peuvent se dire, vrai voyage, les unes en spectacle de leurs seins éclatants, les autres malsains de leur curiosité post-placentaire10. Elles sont belles de leur anatomie délirante,  eux de leur interrogations de puis-nés, et la mère recherchant le risque zéro de sa chair-progéniture, l'offrant en pâture,  et la colonie l'écorchant et la brûlant au toujours plus sensible. Si tous savaient, si tous osaient gagner et vivre cette banlieue sanglante, éclaterait l'émeute de bonté; mais à l'heure les seuls résidents en sont « musulmans », prostrés près d'un mur dans un brouillard d'odeur de cigarettes et de poissons morts, ils se tiennent à l'écart, comme absents au monde et à son agitation fringante, leurs regards trahissent un abandon total à la nécessité, tous les esprits en souffrance viennent ici vérifier l'analogie entre leurs noirceurs internes et les architectures délirantes. CQFD. Hôtesses sexy et déportés vont bras dessus bras dessous dans le ParK: ici, le multicolore de la cathédrale interne n'est plus cantonné au déambulatoire, l'espace sacré explose, flip-flop des murs, le squelette de pierre gagne une nouvelle périphérie, le post-humain meurt dans ce nouvel oeuf, des néons déjà sont fixés à l'extérieur de la coquille nouvelle pour la stabiliser à ce dehors qui n'est plus.

 

 


Il n'y a plus maintenant aucune pause entre les phrases, ni même entre les termes, et c'est cela même qui peut avoir l'air indécent. Accusation, encore, de chaos mal compris, étudiez le chaos s'il vous plait, avant de rire, avant de passer ! Tout coexiste avec tout et nous envahit. Mais quelques rationnels encore tentent une hauteur nouvelle pour observer, représenter, de leurs nouveaux et illusoires faubourgs, car ils ont déserté et interdit tout centre-monde. D'en bas, encore complice, la masse guette l'inscription qui annonce, l'état dans lequel ils se complaisent déjà, qui les masque à leur chair, qui écarte du présent les catastrophes passées et à venir. Ceux-là choisissent la non route, les seuls départs en marées synchrones des sirènes d'écoles, d'usine et de crematorium; ceux-là fuient toute re-création, ceux-là fuient toute nouvelle image qui n'aurait pas déjà été enregistrée au stock. Ceux là préfèrent se briser pour s'articuler au rythme du déjà, prisonniers de l'injonction.

 

 

 

Entrer à jamais dans la ville, parce que la partie sauvage que l'on vient de quitter n'est pas toujours forcément rassurante ? L'attrait des flashes du trauma, qu'il faudrait de temps à autre réactiver, revivifier ? Pleurer sa grand-mère plus de trois jours, et puis se rabattre sur des fringues de marque, mais qui auraient des défauts  ? Car entre marginaux, le cadeau doit être nickel, c'est le fondement du code de la faille. Et une fois libéré, aucun panneau n'indique la moindre direction, c'est le véritable labyrinthe du Même11, parfois l'on rencontre un autel précaire, bâtonnets d'encens et grains de riz multicolores, parfois on s'éclipse en Inde, et, toujours en descendant, alors le ciel nous accompagne12, et les bâtiments se syntonisent en fonction de nos émotions et non plus d'un pauvre programme: syntonisation au noir de source, et non à l'externe: car la matrice est toujours aléatoire, seule Das Ding n'est pas random.

 

   

 

Le bâtiment se modifiait en fonction de ses propres émotions1,  et tout ceci dit écoutant la musique qui élargit et le vin qui y porte, qui y porte nos désirs et déstratifie nos phobies: l'espace ainsi gagné donne sur une espèce de balcon géant encombré de broussailles, ce balcon du rêve qui surplombe tout, mais d'où l 'on entend encore - assourdis mais asservis à l'escalier que l'on pourrait emprunter si quelque chose d'inattendu devait survenir – d'où l'on est encore uni à tous les sens de la maison où s'ébrouent sans nous, mais nous toujours proche, toutes les générations. Nous sommes aussi dans le rêve central, et les  conspirateurs de ce livre, de ce ParK: nous contemplons en nouveau maître ce lieu que nous ne voulons pas tel quel mais qui nous livre les cris du tout du lieu. Nous sommes à l'orée, la nature en élément essentiel du système claustrophilique. Nous vérifions notre existence, puis nous n'avons pas le choix, nous devons quitter ce balcon, nous lever très tôt pour le train que nous sommes interdits de rater, et qui nous attendra même si nous nous y refusons; il faut suivre le chemin qui appelle13
 

 

On fait le pari du déclin des masses au profit de la naissance de nouveaux groupes sociaux plus petits: la situation insulaire serait absolument nécessaire. Loin du tourisme light, la folie est l'unique voie de délivrance.

 

 

 

Facteur E: le ParK est une économico-hypnose empathico-dirigée. Et nous n'en sommes encore qu'aux balbutiements. Architecture biopolitique, divertissement panoptique. Agir par le biais de constructions sur les réseaux neuronaux. Rendre le chaos déterministe. Agir sur le noyau, syntoniser Das Ding,  les autres systèmes se vassaliseront de surcroit; ne plus se restreindre à un chatouillis romantique de la sensibilité, ne plus se contenter d'imposer à la douleur, car nous sommes bien au XXIè siècle, imposer le ParK ou la mort: l'eugénisme épigénétique. Lamarckisme cognitiviste. Ville-homuncule. Rome par les jeux de l'oligocirque. Continuité des cytomembranes, mais emprise thalamique. Post-bidonville. L'architecture quitte sa tranchée de terre et de roches granuleuses, et rejoint l'eau. L'architecture, santé mentale que l'on te souhaite en haut lieu, lecteur dernier14. Post-thermalisme. Auschwitz s'efface, cette flânerie métaphysique, les cellules souches maintenant s'implantent, le situationnisme est ringard, la ville est cyborg mental, la tranquillité soporifique lecorbusienne elle-même est has been, l'architecture s'érige en redoublement de la séparation entre dedans et dehors, et le citadin ne cherchera plus jamais, maintenant, à savoir15, Homo limes est leurreux en son Autoville, création de la Thalamique qui a adoré le Guru, et sans doute Homo limes ne souffre-t-il même plus, et sans doute est-il donc totalement brownien: libre16 (la Thalamique, bien que perverse17, ne manquait pourtant pas de compassion, mais Homo limes ne se voit même plus en survivant).

 

 

 

Les éléments restants recristalliseraient in situ, déjà les horizons profonds de profil d'altération recouvrent 33 % des continents18. Totalement détourées, nos noix de noir interne perdent toute répulsivité et s'auto-polymérisent. Cette exhibition simple du mal est-elle passage à l'acte ? Ou bien est-elle cet immobile entre folie et perversité19 ?

 

 

 

 

 

 

 

Le parc est devenu camp (…)

Il a élevé son niveau tout en restant cette enceinte spéciale  à laquelle,

depuis toujours, l'humanité20 confie son sort.

 

 

 


 

 

 

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2. B. Bégout, La découverte du quotidien (!), et voir article Esprit

4. Husserl; Bergson et notre réel-image

5. Ce livre sur le seul arbre, celui que l'on cherche partout, les pieds en bas, qui effraie jusqu'au bout de son étrange, et qui finalement, élégamment, s'implante en nous, en notre moelle interne, oligodendrogliome, on accusera les téléphones embarqués à bord, ils n'ont rien à voir, il fallait bien que le rasa se fraie un réseau dans le non-tissu que nous devenions, merci.

6. cf. douleur animale / végétale / minérale

7. Et à l'extrême de la périphérie, notre nom, qui est bien cette terrible corvée de signifier.

8. Instructions pour sauver le monde

9. Désir d'exil et sables mouvants: Choir, de Chevillard.

10. Lien vers billet HHhH

11. cf. Paul dans Voyage

12. Le Mont Analogue

13. Car on est dépendant du voyage lorsque, incapable par la seule pensée de passer de mémoire en mémoire, incapable de retrouver les odeurs de nos états antérieurs, on les recherche compulsivement, ou de réveil en réveil, de par le monde. Puis au jour de la dépendance corporelle, traumatique ou par la dent de ce temps à qui jusque là on s'est déclaré consentant, au jour de la dépendance du corps, ce jour qui s'impose parfois, inaugural, soit l'on touche à l'image par la contenance enfin acquise et acceptée - toucher à toute l'image et à toutes les couches de l'image - , soit l'on s'absente pour reprendre la route.

14. Mais je te prescris la route.

15. cf. libération de Paul dans Voyage

16. Seuls quelques uns peut-être, ayant dérivé vers l'Est, attirés par le gouffre mystique de la dissolution dans l'air chaud et humide, resteraient quelque peu liés...

17. Folie comme perversion ne seraient-elles toutes deux que refus de la zone grise ???

18. Latérite, a-latéralité, attracteurs étranges.

19. Quelque chose comme la non sortie, l'acceptation du trauma per se. La fin de toute tentative de traversée du traumatisme: ni naufragé, ni rescapé.

20. Et le vivant plus globalement, de la cellule au camp. L'instigateur du camp n'est que l'inorganique confronté à l'entropie, et préserver le vivant par des membranes est inutile sans doute si à l'intérieur le noyau profond ne s'y exprime pas... (le mal, alors, est intrinsèque à la nature mais ne s'y exprime que dès lors que des limites, des frontières, sont érigées). Protéger, isoler, divertir, domestiquer, exterminer; la limite est survie mais la limite est corrélative de l'a-pensée de la masse...

1. D'autres architectes passèrent leut vie à bâtir de pierre leur intuition géniale mais pourtant conservatrice (Gaudi exprime la nature à la Sacrada Familia); lui syntonise la ville à l'évolution de ses émpotions.
21. cf. mon interrogation in  notes de "linguistique sanscrite" 

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