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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 21:54

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La nouvelle apparition de l'enfant qui dort au fond de nous-mêmes,
recouvert par une si épaisse nappe de déceptions et d'oublis,
exige attention et silence.

Michel Butor
Répertoire
Editions de Minuit


 

 

 

Voyage dans un temps composite, au risque de l' inoxydable
 

Il existe un temps de l'espèce, peut-être, et une horloge stochastique de l'individu, sans doute. Nous sommes soumis à l'entropie, peut-être, mais celle d'un vaste système dont nous ne sommes ni clivés ni clivables. Miroslav Radman, auteur de Au-delà de nos limites biologiques, nous emporte dans une quête de l'inoxydabilité: la vieillesse de notre organisme – ou son  jeunisme - est gouvernée par une combinatoire épigénétique d'altérations de nos protéines, bien plus que par notre patrimoine génétique (notre capital de systèmes anti-oxydants étant essentiellement intrinsèque à l'espèce). Nous sommes en marche, sous réserve de préserver ce capital, vers une société enfin culturelle, celle des centenaires jeunes, où, libérés des obligations matérielles et biologiques de la génération, et nos centres thalamiques plus aptes lors d'un vieillissement ménagé à se dégager d'un contrôle surmoïque et cortical de l'espèce,  se développerait un fort noyau de créativité. Les jeunes, en ces jours à venir, reviendront prendre conseil auprès des ancêtres qui ne seront plus intrus, mais hyperlivres retrouvés.

 

 

 

Un gradient d'oxydation

L'oxydation intervient à tous les niveaux de l'entité sujet-environnement: l'altération écologique de l'empreinte-milieu relève du temps-gaïa, celui de l'émission globale de CO2 ; le temps des organes, et celui des cellules, dépendant de l'exposition aux pro-oxydants, est sensible à la  prévention et à l' «hygiène de vie»  alimentaire au sens large; le temps protéique, ce temps princeps de l'oxydation, pourra être médicalement manipulable; quant au temps zero de l'individu, tout en amont du temps psychique, il est lui ce temps inoxydable, qui renvoie à la diachronie de l'individu, documentée par A. Green, D. Winnicott, mais aussi les  philosophes de l'Inde antique par exemple. Le temps de l'individu est donc bien hétérogène, et le sujet circule de façon non-linéaire dans cette polychronie. Tous les légistes savent que la mort est un processus plutôt qu'un événement, et la susceptibilité du vivant à l'oxydation étant différentielle et modulable, le sujet-composite vieillit de façon diachrone: s'il existe des organes, ils sont de l'ordre de dynamiques temporelles et non de celui de puzzles anatomiques. Chacun porte par ailleurs, dans sa globalité oxydable (cette « pulsion de mort » que l'on a pu croire interne), une part inoxydable en perpétuelle exploration; la dynamique du vieillissement n'est pas ce processus à sens unique qui voudrait s'imposer dans le modèle biopolitique. Si la chimie - dans sa flèche réactive - provoque bien par accumulation progressive les dépôts associés au dysfonctionnement cognitif de la maladie d'Alzheimer, une certaine perte de mémoire est favorable, dans un changement de norme "canguilhemien", à la libération de l'expression de cette part inoxydable de notre diachronie interne. Le vieillissement, plutôt que processus entropique univoque, devient conceptuellement un compromis entre une circulation du sujet dans son gradient de temps d'une part, et son exposition lors de ses périples en chaos oxydatif d'autre part; et si on a certes découvert une bactérie immortelle dont le "soma" ne fait qu'osciller entre jeunesse et  ménopause, sa niche écologique - trois grains de sable surchauffés  - est dérisoire: nos vieux circuleront eux de plus belle.

 

 

 

Winnicott et la théorie de la maturation
Zeljko Loparic nous livre maintenant son approche winnicottienne de la dépendance. Par ce Self qui ne peut être réduit à la pulsion freudienne. Par la voix du poète, aussi. Nous sommes dans le dyadisme mère/enfant plutôt que dans la triangulation oedipienne; non plus une métapsychologie, mais une anthropologie, aux dimensions ontologiques non naturalistes. L'homme est en tendance et en maturation, l'être est une tâche et une circulation mais pas un produit, la nature humaine est cette tendance de commencer à être (Heidegger, Levinas). Une relation psychosomatique est en action dans un processus circulaire de maturation: au commencement est le "non-être" (Winnicott fut fortement influencé de philosophies orientales) et la solitude essentielle, puis l'individu nouveau se présentera dans une phase de dépendance absolue de l'environnement, l'adulte atteindra à une dépendance plus relative, qui s'accroitra en fin de vie, puis l'être fera retour en l'essence originelle.

 

 

Dans cette conception l'objet s'absente au profit de l'environnement; il s'agit d'une sorte de théorie "antipolaire" à celle de l'attachement, puisque l'attachement primordial est celui de l'être non clivé de l'environnement, et non l'attachement dans une dyade subjectale. La maturation sera cette perte que l'on élaborera pour préserver ce que l'on est, dans un mouvement circulaire; la vie vient de la non-existence, qui est état de solitude, seule compatible avec l'a-dépendance, plutôt que d'une membranation entre organique et inorganique comme chez Freud. La vie se passe – se transite – dans l'aire de l'illusion de contact, il y a une ouverture antérieure à l'espace-temps, dans un noyau antérieur à la première brisure de symétrie des taoïstes/physiciens quantiques; puis dans l'espace-temps chacune de ces déchirures qui a déjà eu lieu demandera a être soutenue par la mère.

 

 

 

Etant né, l'enfant se meut, débute sa progression, théorie des premiers pas stoïcienne plutôt que du premier cri freudien, il le fait créativement, donnant un sens au toucher. L'enfant doit se mouvoir, utérus/mère/objets transitionnels/réalité externe qu'il crée, s'ensuit la responsabilité, la famille et société, une totalisation dont l'individu se charge; et quand" ça devient trop lours", dans la prise en charge de la totalité de l'environnement, de toute la sphère atteinte, il y a rétrécissement cette fois de la relation d'objet. La vieillesse est ce retour  à le non-relationnalité, à la pré-dépendance, cette régression extrême à un détail de paix, à l'expérience du premier réveil, paisible, ce "tout juste après la non-vie", dans ce temps qui précède immédiatement la dépendance. The “experience of the first awakening”, which a human being makes at the start, gives Winnicott the idea “that there is a peaceful state of unliveness that can be peacefully reached by an extreme regression”. It stands in very close agreement with Heidegger’s concept of  human being as happening-in the-world of a being-to-death: l'existence en intervalle entre deux états de non-vie.

 

 

 

Z. Loparic livre sans doute une vision par trop cyclique, celle -  suspecte – d'un éternel retour; il faut défendre plutôt qu'à chaque cycle d'arrachement au réel puis de croissance, correspond lors de la fusion-retour à l'empreinte, de ré-amarrage au contrepoint de l'être, un apport, une création liés justement à cette exploration par la marche de l'individu. La vie est intervalle, mais aussi réajustement réciproque de la vie avec l'avant de la vie.

 

 

 

On meurt de hasard en allongeant le pas.
J. Brel

 

 

 

 

 

1. Z. Loparic, La vieillesse comme dernière étape du processus de maturation, Colloque International Transdisciplinaire Dynamiques du Vieillissement, 15-17 mars 2012, Université Paris 7 Diderot
2. Z. Loparic, Winnicott e o pensamento pós-metafísico,  Psicologia USP, vol. 6, 2, pp. 39-61, 1995
3. M. Eigen, The Psychoanalytic Mystic, http://www.sicap.it/~merciai/bion/en/eigen.htm (additional  citations are following):

 

 

Winnicott criticized deadening and degrading aspects of compliance and conformity associated with false self, and appreciated ways that chaos and madness contributed to true self aliveness. He did not want to be confined by common sense, although the latter served as ballast. He needed to let go structures, dip into formlessness, the real was not entirely or simply the three dimensional material world, the real was associated with playing, chaos, destruction and surviving destruction, madness. Near the end of his life, Winnicott linked what is most real with a private madness one can only partly touch; a touch of madness adds taste to reality.



A muted sacramental current runs through Winnicott’s work. One senses the sanctity of individual personality, reverence for the vital spark. Consubstantiation is used as an example of how self paradoxically spans dimensions. The spark of life leaps between self and other, dies out when it is localized. Aliveness wanes when confined to merely inner. Reality ceases to be real when confined to merely outer. Religion in the sense of "ties between" (neither here nor there but here-and-there-and-between) becomes a defining ingredient of the real.


 

Winnicott, Bion and Lacan overlap in emphasizing insufficiency in face of who we are and what we go through. Winnicott emphasizes unprocessable agony, a sense of agony beyond what we can experience, an agony that drives us mad. Bion emphasizes shattering, explosive force, whether evil force destroying existence, or force of terrifying truth. Lacan emphasizes inability and fragmentation we fill with imaginary wholeness. In each case, mystical feeling interlaces with insufficiency-excess.

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commentaires

watergut 08/08/2012 19:43

La théorie amyloïde de l'Alzheimer vient d'ailleurs de "prendre un coup" avec l'échec de l'essai thérapeutique utiliant des anticorps monocloaux anti-b amyloïde:

http://online.barrons.com/article/SB50001424053111904239304577575570409967912.html?mod=BOL_da_is