Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 16:48

distanciations pirates autour de

 

Knut Hamsun
Au pays des contes
Choses rêvées et choses vécues en Caucasie

Grasset & Fasquelle, Paris, 1936
Ce livre n'a aucun traducteur, aucune ?

 

 

Delattre-table-d-tail.jpg 

 

 

Fièvre du Caucase

 

Je ne pourrai garder ce livre, offert d'une fée pourtant, car commis d'un antisémite qu'Hitler honora. Je ne pourrai garder ce livre mais veut en être de tous les départs, là où rien encore, là où rien plus ne blesse le voyageur, n'offense l'exposé au voyage. Je ne pourrai garder ce livre, mais il y est des sourates privilégiées, et point de voyagés, et l'accent littéraire justement d'un S. Zweig, plus naturaliste, et quelque peu conventionnel de la "haute" . Oh! Me dit-elle ! Si tu savais la dureté de son enfance... Oui, mais le déguisement ne peut tout pardonner. Stoï ! Pagaï ! Une jouissance d'obéir ? Ou plutôt un soulagement de la pensée qui blesse link? Aucune foule ne doit plus jamais tomber à genoux !  Et étape pourtant vers mon Asie centrale.


 

 

 


C'était au tout début du siècle précédent, c'est encore, et quelques rôdeurs... Rien n'équivaut à la première fois: après, on ne rougit que de honte. Pour l'heure, ne sachant pas la première, j'use ici délibérément de mon légitime droit de me perdre. Je reviendrai, peut-être, tard, mêmes faits, mêmes heures, mais l'innervation de la rougeur se sera perdue au plein d'un savoir incertain, et le voyage ne se fera plus m'englobant, mais en dedans de ma propre et pauvre limite, homuncule de souvenir, prisonnier, à partir d'ailleurs. Pour l'heure, je ne sais quelle direction prendre; pour l'heure le papa ne règle plus et le père ne règle pas encore l'addition: le garçon ne dessert pas, et c'est très bien ainsi, tout dure de ne pas devoir recommencer, à cette table là je me trouve chez moi, c'est-à-dire loin de chez moi, et donc à merveille. Et très vite ces tâches de bougie sur la veste sont baromètre de ce monde nouveau, disparaissant presque au fil du temps vain, figeant blanc au rude retrouvé de chaque immersion. Plus on approche de l'Orient en effet, moins les hommes parlent, mais doit être dite toute trace, musique d'une vie autrement fossile, car alors le peuple souvent muet, le peuple enfin étrange, a le temps de faire de la musique, et la musique dès lors continue dans toute nuit.

 

 

 


Vient déjà la passe du M'goun... cet air violent comme un vent dans cette échancrure de roche surplombant tout... Darshan... toute armée sera toujours inutile ici, ce passage sera toujours notre, nomades... il eut suffit, il suffit et il suffira d'une poignée de visionnaires pour soigner l'autre du monde... mais la route maintenant monte encore, et de plus en plus, un autre tout donc s'annonce, sans doute analoguelink, que nous aurions hier pourtant de toute bonne foi dénié... de cette route tout espoir semble fini, enfin, de tout cet immense l'arrivée se découpe au possible, et bientôt nous en ferons notre halte... déjà le glacier nous touche presque: cette montagne blanche nous paraît être d'une autre planète, mais qui est là, et qui nous regarde, une impression vertigineuse me saisit tout entier, c'est comme si je me trouvais face à face avec Dieu, je n'entend, au travers du murmure de l'air, que le silence qui englobe maintenant l'image révélée. Je ne perd pourtant pas pied, et je ne suis plus sur terre. Mais déjà on installe le campement, on arrime et leste les tentes aux pierres, on décharge, on sécurise les mules, nous étions missionnaires, et la vision à disparu. La montagne se proclame.

 

 


Nulle chose au monde n'égale, oh ! non, la sensation d'être loin de tout, pensé-je encore.  De la haut j'entendais si bien le tintement des sonnailles, de la haut je voyais si bien monter la fumée droitelink, comme de tout deuxième étage, calme du fébrile du rez-de-chaussée, s'ordonne le réel. Libre du social, et au sein de la bande. Au risque du tyran, perdant l'onde d'humus ? Chef de bande, au risque de la guerre, survol simple ? Pourtant de là-haut j'étais bien en empathie avec le bancroche qui faisait son bois, bien plus peut-être qu'à la distance revenue quand il me serra la main, devenu classe sociale à lui seul, toute douleur vers lui perduelink. La sensation d'être loin de tout, comme en autonomie dans une tente sous une bonne pluie, comme une rêverie du chemin surplombant un peu le pré bien vert et détrempé, comme un Grand Jeu au camp, coupe franche du temps, attendu accident du devant, abri du pourtant. Il est encore une vallée indienne de moisson, d'immenses cases rondes surgissant de la brousse à Salemata, et tous ces livres  qui livrent le chtonien d'origine. Et, pour le plus grand nombre, ou pour le plus de temps de chacun peut-être, le social en alternative subie à ce "loin de tout"... Knut Hamsun, est, bien sûr, Eliadien, comme je le fus... Ce loin de tout géographique, philosophique, ou scientifique, contrée de tous les hommes se libérant au fruit des longues heures ou des longues marches... Surplomb, suffisancelink, du deuxième étage déniché, oublié, puis recherché... Je sens que je pourrais très bien prendre racine par ici et m'isoler délicieusement du monde, la lune m'emplit et m'empêche de ressentir de la nostalgie, cet ancien lieu d'exil est bien le plus merveilleux de tous les pays, je frétille, me réjouissant dans mon corps que tout soit si bien et que je sois si seul. Voilà ce que j'écrirais.

 

 

 

Mais voilà, il est antisémite... Il y a du désir, de la douleur, de la survie, du besoin de postérité pour se distancer du doute de l'inutile. La possibilité du suicide a consolé bien des personnes... plus tôt ce boeuf sera usé sous le joug... plus tôt le père, diminué, sera mort... décidons donc pour le plus faible du jour... D'aucuns sont grands parce que leur entourage est petit, parce que ce siècle fut petit... le temps les change pour d'autres valeurs, le Caucase ! Tant de poètes, les grands Russes, y vinrent, y viendront... tant de cordonniers, le rôle est aussi dévolu maintenant aux cordonniers, car ce siècle est passé, car je revends vite cet antisémite, car je reste au noeud entre, entre douleur et désir, au loin toutes les certitudes mortes, la postérité est immédiate, et c'est maintenant. La littérature enfle, le champ est encore plus libre, les lois de l'hérédité s'effondrent, et plus aucun journaliste n'interviewe un poète, car le poète lui n'est pas ailleurs, car les médias ne parlent qu'à des cadavres, les écrivains redeviennent publics, et leurs lettres bizarres ne demandent plus à être déchiffrées et refusent que l'on s'incline. Seul l'art d'écrire même, seul le papier même sur lequel on écrit, sur lequel on lit, demeure sacré, le seul fatalisme est celui du papier, qui seul capte à jamais tout l'inutile de tous les cris. Bien des fois nous retournâmes au quartier asiatique, et maintenant, le père mort, moi aussi je bois du pivo pour étancher notre soif: mais le pivo paraît au contraire exalter ma fièvre, cordes, branes, membranes.

 

 


L'eau de la Koura. Idée néfaste entre toutes.
Car celui qui boit une fois l'eau de ce fleuve aura pour toujours la nostalgie du Caucase...
La nuit tombe. Les voyageurs sont descendus, nous voici seuls.

 

 

 

 

Mais ? où ? donc vivai-je cette poussière sympathique, qui revient, imperceptiblement, comme en cul-de-sable plat ? Bakou est noyée dans un nuage de blanche poussière. On dirait d'un monde complètement à rebours, d'une chaleur un peu brutale, tenté, tenté de la trace, semblant de saupoudré, et bientôt effacé d'un autre tourbillon, d'une fine pellicule toujours nouvelle, toujours identique, toujours tentée. On à l'air de rouler sur la mer, et la steppe est toujours immobile, et treize espèces différentes d'indigo, car l'indigo peut lui se tromper de ligne, et c'est avec une joie de savant, d'analyste, qu'on le redécouvre ici, ici où le naphte est maintenant partout, sanctuaire atteint, on dit qu'il existe là un temple de feu, tout voyageur y part, tout citoyen du feu, et aucun voyage jamais ne s'arrête. On le dit, vers ce bout du monde là; les méthodes de forage sont toujours d'ailleurs, mais le feu toujours chtonien, feu de naphte, eau épaisse des Maccabées. En ce foyer néolithique du mal, en cette libération de la pulsion de mort de la boîte de Pandore, puis par cette contagion monothéiste et de proche en proche, par bien de peuples et bien de bûchers, et tous les camps, qui tous voulaient purifier le templelink.

 

 


Au temps du Christ une doctrine sur les esprits et sur le diable s'était,
en tout cas, pleinement épanouie en Judée.

 

 


J'hésite à te revendre, maintenant, de ta nuit au bout du voyage, malgré ton crime. De bonnes femmes possédées survivent, pré-néolithiques, flottant sur l'eau comme des bouées, ces sorcières, sève sauvée de tous ces arbres fossiles et qui brûlent mais de ce feu éternel. Il nous fallait bien le retour de la déesse, enfin, tandis qu'un chapeau toujours, dans une cité, vous lance un homme bien plus rapidement qu'un livre ou une oeuvre d'art. Et cet étudiant en loques bariolées, bizarre et comme égaré, qui aurait touché trois fois Allah aux dires des terrassés, joue-t-il la folie ou est-il triplement sain ? De quoi pouvait-il bien parler ? Et puis les égards auxquels il semblait s'attendre, parce que fou.

 

 


Vous marchez tous la tête en bas; moi je vois tout, toutes les profondeurs.
 Je vois l'Unique, il me fatigue. Je suis souvent sur la montagne.


Aujourd'hui je me sens mieux, nonobstant la sagesse de tous les charlatans et de tous les touristes.

 


Partager cet article

Repost 0

commentaires

l'autre 09/04/2011 08:29


les chiffres sont étrangement autistes, ils ne répondent pas à l'appel...peut-être ne sont -ils pas sortis indemnes de l'effroi du voyage


panopteric 09/04/2011 10:44



je vais les sculpter un peu, mais je ne sais ce qu'il en restera...