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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 08:57

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La personne spirituelle transmigrante est à la fois active et passive; il y a entre les deux substances une relation réelle, "point de vue de l'union de l'âme et du corps", qui est un état violent où l'esprit est tributaire du corps et sujet aux passions, où il entre en fruition du plaisir et de la douleur (O. Lacombe) (  qui donne la jouissance. Union fruitive). Asservissement, passage de l'esprit au service de la vie, jouissance égoïste amplement compensée de toujours renaissantes douleurs dans cette traversée.


 

Duhka est la résonance affective du mal physique. Bhoga (consommation; nourriture; repas, banquet | plaisir, richesse, jouissance; perception, sentiment | plaisir sexuel | profit, gain | phil. fruit (d'une action), récompense) est l'acte d'éprouver affectivement; le bouddhisme appelle douleur (sorrow) ce que nous nommons dépression, et la douleur dans l'expérience vécue d'un bouddhiste est la matrice de toute affectivité. Tant que nous restons sous l'empire des passions, nos actions laissent en nous des traces qui vont avoir trois sortes de conséquences: la naissance dans une condition déterminée (jâti); une "durée de vie" déterminée, et telle ou telle qualité d'expérience sensible (Bhoga), plus ou moins riche de sensations plaisantes ou douloureuses. Ainsi nos "racines", celles qu'ont laissées lubricité, cupidité, colère, orgueil, etc... de nos vies antérieures, vont déterminer notre degré de réceptivité à l'expérience sensitive du monde, de l'extase à la douleur, vision mystique ou douleur post-traumatique. Les traumatismes retranchés comme les expériences passées déterminent notre sensitivité; la traversée du mal, dans la "Communauté de ceux qui sont unis par le sceau de la souffrance", est un affect-outil de la transgénération, déliaison généalogique, reliaison au Réel.


 

 

La limite corporelle est bien sûr celle de la douleur physique; le sujet, lui, souffre aux-autres-absents. La matière qui souffre n'est plus, en effet, solidaire du reste de l'univers, s'isole, nous dit Cioran (Précis de décomposition, Gallimard, 1949); la douleur, agent de séparation, principe actif d'individuation, nie les délices d'une destinée statistique. Bheda, la fissure, est principe actif du sujet, non en tant qu'essence, non plus qu'en force primordiale, mais comme stratégie d'exploration du réel, les cloisons de la douleur étant appelées à la traversée des états de l'être. La douleur ne circule pas entre les êtres, elle n'est pas principe contagieux indifférencié, mais c'est un affect, un  rasa de douleur, polaire de la compassion, qui contreforte la communauté des dividus et qui tend à séparer le sujet des choses, coque de pensée. Les objets perçus ont pour disposition la luminosité, l'activité et la stabilité, pour constituants les éléments naturels (visaya) et les organes sensori-moteurs (indriya) et pour finalité la jouissance et la délivrance du sujet percevant; l'altérité à soi-même est le fondement de toute expérience vécue, expérience perceptive, l'autre est l'aperception de l'être, et de la concentration sur celui-ci naît la connaissance qui a l'être pour objet: dans la structure en abîme du monde, l'expérience perceptive ("phénoménologique") abolit le voile des limites de la maya (organes sensori-moteurs et éléments perçus, par exemple, ne présentent pas de solution de continuité) et l'esprit ne souffre plus de la friction-fruition de l'âme et du corps; dans la connexion retrouvée s'épuise la circulation jusqu'alors impérative, de surface vive, de limites, de la douleur.

 

 

 

 

 

 

sources

- O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedânta, Paris, Geuthner, 1937

- F. Zimmerman, Philosophindia

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