Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 21:45
lianes.jpg

J'expérimente maintenant "a volo" le livre de l'intranquillité1. Grand week-end et réveil décalé: l'espace intermédiaire se dilate, libéré du temps contraint: sans l'angoisse du temps, il est aisé de s'étendre dans l'infini, en "2D": étirement, étirement jouissif, "s'étirer" au réveil, cette douce sensation qui se propage de proche en proche à toute l'enveloppe
, qui ramène à ce clivage sous-épidermique, ce... "bullage" (!), ce syndrome de Lyell2 psychique !!!, cette schizophrénie dirigée où l'on sait bien que l'on n'est pas deux, mais juste à cheval sur la dimension: il n'y a plus ni entrée ni sortie, il n'y a que cette limite qui prend du volume, ce retournement sensitif de la limite (tel que théorisé par F. Dagognet, A. Franck, etc...), la dimension se réfugie jouissivement dans l'espace intermédiaire du réveil, analogue à celui de l'extase cannabique où la distance s'amenuise du fait de l'hyperacuité sensorielle, mais ici l'aplatissement du sujet est cependant beaucoup plus proche de celui de la relaxation du yoga, "laissez les deux feuillets de votre corps se déposer l'un sur l'autre", dit le professeur, "échappez-vous de ces feuillets", dissection jouissive des feuillets sensitifs et perceptifs dans le réveil dirigé: je peux "a volo" - et là est la nouveauté de ces derniers temps - voyager sur le ruban de moebius de ma surface corporelle (me grattant alors l'épaule, je ne sais pas dire si je le fais de l'intérieur ou de l'extérieur: il n'y a plus de réflexivité du toucher, mais dissociation).


La fatigue, l'ennui3: Expérience du pas assez de temps ou du trop de temps, du décalage. Le voyage physique, géographique lui aussi cherche ce décalage. Le sujet englué dans le temps synchrone ment à lui-même, est disparu par le temps. Le sujet est vertical au temps et plat à l'instant: intersectionnisme pessoen, Eureka ! Le sujet est bien une "verticalité horizontale"4 !

zoom07

Seul un sein parfait, ce sein tant espéré, cette sphère originaire du désir, vaut maintenant la peine de ne plus librement circuler dans cet épais feuillet. Parfois cette chair semble tendre à se matérialiser dans cette double membrane de la liberté: flip-flop versus vésicule, dit le biologiste cellulaire5: débat sur la limite, ou polarisation. De la continuité des cytomembranes qui m'exaltait tant en ces années là, vers le yoga cellulaire aurobindien, tout se tient dans cet espace intermédiaire infini et plat, le sujet en protéine transmembranaire voguant dans son océan lipidique en bi-couche, au risque de l'arrêt sur micelles. Intersectionnisme: la faille infinie de l'entre-deux et la verticalité du sujet, son iceberg tantôt intra-, tantôt extra-cellulaire; deux possibilités de mouvement: une translation dans l'espace plat, un flip-flop vertical d'un milieu l'autre, externe versus interne... Yoga (cellulaire), espace intermédiaire (psychologique), intersectionnisme (poétique) ou enthéogènes: l'espace intermédiaire va bien de Dieu à Dieu, le réseau des cytomembranes6 va de l'infiniment petit à l'univers, contiguité et continuité des différents niveaux de conscience, le mille-feuille deleuzien8 est tubulaire et ses feuillets ne s'interrompent pas d'une strate l'autre, le sujet est pelote de fil à dévider, le filament présente des entrées à différents niveaux de conscience7 mais est unique et continu.


Obligé par la pression du temps et la mondialisation biopolitique, le "sujet 3D" se résume à Auschwitz, attraction du noyau du mal, structure dense autour de "Das Ding"10; le "sujet 2D", plat, psychotique, en nanotube infini, jouit de l'univers de la connaissance, "au delà du bien et du mal", dans la "supraconscience", libéré du temps. Mais tout celà a déjà été dit, par Nietzsche, Artaud et bien d'autres, la nouveauté est dans mon ressenti, et dans ce ressenti maintenant provoqué, invocable, dans une technique sans doute archaïque de l'extase9. Le sujet a deux organisateurs, un noyau central (d'animalité ?), et le temps, il est ellipse et donc à deux centres, mouvement de condensation et d'expansion, condensation dans un absolu douloureux du temps, expansion du sujet dans un absolu de continuité de la connaissance. Au sujet clivé entre ces deux forces, l'intersectionnisme redonne contact,  dans l'ancrage au réel, ou la douleur, dans l'ancrage au présent. Mon épaule gauche ankylosée "m'oblige" maintenant à me lever à ma faim.


C'est que dormir et jouir consistent à laisser aller la vie sans lui demander de comptes
G. Canguilhem
Le normal et le pathologique, 1943




1. F. Pessoa, Le livre de l'intranquillité
2. Le syndrome de Lyell est un décollement de l'épiderme et du derme, réaction allergique à la prise de certains médicaments, et qui aboutit à la constitution de bulles cutanées sur toute la surface du corps.
3. La fatigue, l'ennui. Revue L'animal.
4. Poèmes intersectionnistes de F. Pessoa, inspirés du cubisme, tels que dans le cycle de pluie oblique (1915):

La silhouette du quai est le chemin éclatant et calme
Qui tel un mur se relève et se dresse
Et les navires passent à l'intérieur du tronc des arbres
Selon une horizontalité verticale

5. J. Barry, professeur de cytologie, et J.P. Dessaint, professeur d'immunologie, faculté de médecine de Lille.
6. L'étude en microscopie électronique de la cellule révéla dans les années 1960-70 que les différents organites cellulaires (membrane, noyau, vésicules, appareil de Golgi, etc...) n'étaient pas discrets, déparés, mais que leurs enveloppes étaient en continuité et qu'ils composaient un même système morphologique et dynamique (à l'exception des mitochondries).
7. Castaneda
8. G. Deleuze et F. Guattari, Mille plateaux
9. M. Eliade, Le chamanisme et les techniques archaïques de l'extase.
10. Ce noyau intime d'"étrange étrangeté", ou d'altérité interne, décrit par S. Freud.

Partager cet article

Repost 0

commentaires